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Full text of "Le Petit-Trianon: histoire et description"

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LE PETIT-TRIANON 



Droits de traduction et de reproduction réservt^s. 



IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE : 

io Exemplaires sur papier du Japon, numérotés de 1 à 15 

lo Exemplaires sur papier de Chine, de i6 à 30 

40 Exemplaires sur papier de Hollande van Gelder de 31 à 70 



LK 



PETIT-TRIANON 



HISTOIRE KT UESCRIPTIUN 



GUSTAVE DESJAHDIXS 

AXnRN AHnilVIKTE T>L~ IlfrAflTEIIENT DE !iK1\K-KT-l>LSK. 




VERSAILLES 



L. BEItNAHU, hlBRAIHK-KDITliUll 

9. RUE SATORY 



Voici, semblera- t-il, un bien gros livre pour un tout petit 
sujet, et peut-être s*étonnera-t-on de voir, sur la première page, 
à côté du nom du Petit-Trianon qui appelle toutes lesileurs de la 
littérature et de la poésie, celui d'un archiviste paléographe, 
destiné par état à figurer sur des titres plus rébarbatifs. La paléo- 
graphie, à vrai dire, n'a rien à faire ici; quant aux archives, 
c'est différent. 

Si l'utilité des documents, conservés dans nos dépôts publics, 
pour l'histoire même la plus moderne, avait besoin d'une démons- 
tration, le travail que nous offrons au public pourrait servir à l'éta- 
blir. Les événements sont d'hier; ceux qui y ont pris part vien- 
nent à peine de disparaître ; on a sur les hommes et les choses 
de ce temps, si rapproché de nous, des mémoires, des corres- 
pondances, des journaux, des livres, des brochures de tous genres 
en si grande abondance qu'on en formerait presque une biblio- 
thèque ; la tradition elle-même est comme vivante ; tout paraît 
connu, ressassé, usé... On va voir comment les registres et 
liasses des archives nationales et départementales ont permis 
de renouveler une matière qui semblait complètement épuisée, 



VI PHEPACB. 

quelle quantité de détails ignorés ils font connaître, quelles 
erreurs ils fournissent le moyen de rectifier*. 

Aux divers motifs qui peuvent pousser les rédacteurs de sou- 
venirs à altérer la vérité, se joint, pour ceux qui ont traversé la 
Révolution, une cause générale et involontaire, c'est Timpression 
profonde qu'ont produite sur leur esprit l'effondrement de 
l'Ancien Régime et la Terreur : leur mémoire en a été troublée. 
Lorsque, après avoir repris pied sur un monde nouveau, ils ont 
voulu jeter un regard en arrière vers la rive qu'ils avaient quittée, 
la distance entre le présent et le passé était devenue telle que 
tout, dans ce lointain, leur est apparu avec des contours vagues 
et confus. Leurs récits ont gardé quelque chose de cette indéci- 
sion ; on y chercherait vainement l'exactitude et la netteté des 
mémoires sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV. Grâce 
aux indications certaines des dossiers des archives, nous avons 
rétabli d'une façon rigoureuse l'ordre des dates ainsi que la suc- 
cession et la physionomie des faits. 

On aurait pu, au cours de cet ouvrage, relever Terreur toutes 
les fois qu'on la remplace par la vérité. Mais il eût fallu, sans 
intérêt pour le lecteur, augmenter démesurément les proportions 
du livre, et cet appareil pédantesque aurait juré avec la nature même 
du sujet. On a dû cependant s'arrêter quelquefois pour écarter des 
autographes supposés qui ont acquis une autorité imméritée. 



(1) Je serais ingrat si je ne remerciais de leur concours M. Delerol, biblio- 
thécaire de la ville de Versailles, ainsi que mes confrères des archives natio- 
nales et des archives départementales de Seine-et-Oise , principalement 
M. Fernand Gerbaux, et si je n'accordais un souvenir reconnaissant à M. Bou- 
tade, sous les auspices duquel j'ai commencé ce travail. 



PRÉFACE. VII 

On trouvera à la fin du volume un choix de pièces justificatives, 
curieuses à divers titres. Les planches elles-mêmes ont la valeur 
de preuves : elles sont toutes exécutées d'après des peintures, 
dessins ou gravures du xvnf siècle ou d'après nature. 

On a adopté pour l'exposition des faits Tordre chronologique 
qui permettait de suivre les progrès des constructions et de mettre 
les choses à leur place. Pour les lecteurs qui voudraient recons- 
tituer la monographie de chaque objet, un répertoire alphabétique 
du château et des jardins a été imprimé à la fin du volume. 

Bien qu'on se soit interdit toute digression inutile, il a fallu 
toucher aux questions les plus variées qui naissaient du fond 
lui-même: botanique, jardinage, beaux-arts, théâtre, biblio- 
graphie, biographie; et c'est ce qui explique l'ampleur de l'ou- 
vrage. Je n'ai rien négligé pour les élucider, et j'ai essayé d'ap- 
pliquer, dans cette étude d'histoire toute moderne, l'esprit de 
critique et la méthode que mes confrères de l'école des chartes 
apportent dans leurs recherches sur des époques plus reculées. 
Le lecteur jugera si j'ai réussi ; j'ai tout fait du moins pour ne 
pas mériter qu'on me reproche d'avoir manqué de conscience et 
d'impartialité. 



INDEX 



HISTOIRE ET DESCRIPTION 



Première partie. — LE JARDIN FRANÇAIS. 

I. — La nouvelle ménagerie (1749-1753). 

Page». 

Ménagerie. — Premier jardin. — Invités de Louis XV. — Salon frais. 

— Salon de jeu et de conversation. — Dépense i 

IL — Le nouveau potager (1750-1739). 

Claude Hieliard à Saint-Germain. — Claude Richard à Trianon. — Exten- 
sion du potager. — Dépense. — Culture du fraisier. — Expériences 
agricoles 9 

III. — Le jardin botanique (1759-1774). 

Bernard de Jussieu. — Classification botanique. — Linné et Trianon. 

— Plantes exotiques. — Antoine Richard. — Emplacement du jardin 
botanique 17 

IV. — Le cuateau (1761-1771). 

SfM'ond jardin. — Dépense. — Distril)ution des appartements. — Déco- 
ration. — Tables volantes. — Communs. — Reines-marguerites. — 
Chap(?lle. — Dépense totale. — Dernier jardin français 27 

V. — Style Louis XVI et jardlns anglo-ciiinois. 

SI vies Louis XIV et Louis XV. — L'architecte Gabriel. — Essai de re- 
naissance. — Jaf'din antique, jardin français, jardin hollandais. — 
Parc anglais. — Jardin chinois. — L'homme sensible et le jardin de 
la nature. — Gessner. — Mort de Louis XV 39 



INDBX. 



Deuxième partie. — LE J A RDI S ANGLAIS. 



I. — Le jardin de la reine il774i. 

Page». 

Goûl du jardinage. — Monceau. — Don du Pelil-Trianon à Marie-An- 
toinette. — Louis XVI. — Le Petit- Vienne. — Monsieur, le comte 
d'Artois, Madame, la comtesse d'Artois, Mesdames tantes. — Sup- 
pression du jardin botanique 53 

IL — Plan du jardlnier Antoine Richard et du comte de 

Caraman (1774). 

Jardin pittoresque ou paysager. — Rejet du plan de Richard. — Le 
comte de Caraman. — Larchitecte Mique. — Résistance de Turgot. 

— Jardins anglais en coiffure 63 

IIL — Le jeu de bague (1775-1776). 

Théâtre dans la galerie du Grand-Trianon. — La princesse de Lam- 
balle. — Le jeu de bague. — Théâtre dans Torangerie du Petit- 
Trianon. — Fête en l'honiieur des frères du roi — Le danseur Pick. 

— Ordonnances, livrées et fonctionnaires de la reine. — Mique pre- » 
mier architecte du roi. — Lutte avec la direction des bâtiments du roi. 73 

IV. — Projet de l'architecte Mique (1777). 

Théorie des jardins de Morel. — Adoption du projet de Mique. — 
Modèles. — Finances. — Visite de Joseph IL — Le duc de Coigny. 

— Inauguration du jardin anglais 88 

V. — Le théâtre (1778-1779). 

Progrès du jardin. — Temple. — Tableaux envoyés de Vienne. — Fêtes. 

— Théâtre : construction, dépense, décoration i02 

IV. — Premier voyage de la reine (avril 1779). 

Rougeole de la reine. — Ses quatre femmes de chambre. — Les « mes- 
sieurs externes ». — Le baron de Besenval. — Le comte Esterhazy. 

— Le duc de Guines. — Convalescence de la reine. — Madame 
Elisabeth. — Nicolet à Trianon. — Le comte Axel Fersen. — 
Mémoires du comte du Tilly. — Mémoires supposés du comte 
Esterhazy il3 



INDEX. XI 



VII. — La bibliothèque (1779-1780). 

Divertissement champêtre (juin 1779). — Les princes de Hesse-Darm- 
sladl (printemps de 17s0). — Le comte d'Artois danse sur !a corde. 

— Bibliothèque de la reine aux Tuileries. — Livres du boudoir. — 
L*abbé de Vermond, l'hisloriographe Moreau, M. Gampan. — 
Madame Canipan. — Bibliothèque du Petit-Trianon 127 

YIIL — La reine actrice Quillel-octobre 1780). 

Passion de Marie-Antoinette pour le théâtre. — Comédie de société. — 
La troupe de Trianon. — Premier rapport de Mercy. — La Gageure 
imprévue, — Le Roi et le Fermier. — On ne s'avise jamais de tout. 

— Les fausses Infidélités. — L'Anglais à Bordeaux. — Le Sorcier. — 
Bose et Colas. — Le Devin de village, — Mercy spectateur. — Rôles 
d'hommes. — Le Roi et le Fermier et le Devin de village joués une 
seconde fois. — Mécontentement de Joseph IL — Pique entre la 
reine et Madame. — Jalousie des courtisans. — Spectateurs. — 
Théâtres de la marquise de Montesson et de mademoiselle Guimard. 

— Opinion du public 142 

IX. — La société de la reine (1780). 

Deuxième séjour de la reine. — Elégie du chevalier Bertin. — Goût de 
Marie-Antoinette pour la vie privée. — Son amie. — Son cercle 
intime. — La comtesse Jules de Polignac. — Le comte de Vaudreuil. 

— Le comte d'Adhémar. — Les parentes de madame de Polignac. 

— Culture intellectuelle des favoris. — Infériorité de Marie-Antoi- 
nette. — Moralité de la société de la reine. — Faveurs dont elle 
est Tobjet. — Intrigue du comte d*Adhémar. — Irritation de la 
cour. — Mort de l'impératrice Marie-Thérèse 162 

X. — Appartements, garde -meuble, cuisines 

ET dépendances (1781). 

Communs sous Louis XV. — Agrandissements. — Ordinaire du roi 
et de la reine. — Garde-meuble de la reine. — Nouvelle distribution 
des appartements. — Mobilier. — Maisons de bois 184 

XI. — Le belvédère (1781). 

Grotte. — : Construction et décoration du belvédère. — Le prince de 
Ligne. — L^s Jardins, de l'abbé Delille. — Aurore du romantisme. 

— Pastiche de Tantique. — André Chénier 196 

XÏI. — FÊTES nocturnes (1781-1782). 
1781. — Premier voyage. — Spectacles. — Second voyage. — Fête 






XII INDEX. 

Pages. 

offerte à Monsieur. — Visite du comte de Falkenstein et fête en 
son honneur. — Naissance du dauphin. 
1782. — Reprise de la comédie de société : Le Sage étourdi. — La 
Matinée et la Veillée villageoises. — Premier voyage. — Fête en 
l'honneur du comte et de la comtesse du Nord. — ï.e cardinal 
de Rohan. — Deuxième voyage. — Le dauphin et Madame royale 
au Grand-Trianon. — Troisième voyage. — Démission de Ma- 
dame de Guéménée. — Madame de Polignac gouvernante des en- 
fants de France. — Galerie du jeu de bagne. — Projet du hameau. "207 



Troisième partie. — LE B AME AU. 

I. — Paysanneries et féeries. 

Diderot et Greuze. — Fête des bonnes gens. — Masures normandes. 

— Hameau de Chantilly. — Contes de fées. — Surprises. — Dessina- 
teurs du hameau de Trianon 229 

II. — La tour de Marlborough (1783). 

Jardinage. — Comédie de société. — Les Sabots. — Les Deux Chasseurs 
et la Laitière. — Isabelle et Gertrude. — Fête en l'honneur de la 
duchesse de Manchester. — Construction du hameau. — La ruine. 

— Chanson de Marlborough. — Madame Poitrine, nourrice du 
dauphin. — John Eggleton, jardinier anglais. — Plantation du 
nouveau jardin. — Travaux d'Antoine Richard 238 

IH. — La robe blanche de la reine (1783-1784). 

Portrait de Marie-Antoinette en a chemise ou gaulle ». — Mœurs bour- 
geoises. — Suppression de l'étiquette. — Versailles désert. — Le 
salon des Polignac. — Grâces nouvelles qui leur sont octroyées. — 
Fête en l'honneur du comte de Haga. — Un gala royal. — Illu- 
mination. — L'habit de Trianon 250 

IV. — Les enfants royaux a Trianon (178i). 

Epigrammes aimables du comte de Ségur et du chevalier de Boufflers. 

— Madame royale et le dauphin. — Leur ordinaire. — Le loto 
du roi. — Spectacles. — Le prince Henri de Prusse. — Progrès du 
hameau. — L'horloge du château. — Achat de Saint-Cloud. — 
Refroidissement entre les deux amies. — La duchesse de Fitz- 
Janies. — Présentations à la cour. — Pastorale 261 

V. — Le portrait de la reine (1783). 

Bals sous la tente. — Achèvement des maisons du hameau. — Affaire 
du collier. — Dernière comédie de société; Le Barbier de Séville. — 



INDEX. XIII 

Pages. 

Le tableau de Wertmuller. — Fêtes à Saiiit-Cloud, à Fontainebleau, 

à Versailles 272 

VI. — Le hameau de la reine (1786). 

Chaumières et jardinets. — Paysage. — Exploitation rurale. — Ferme. 

— Maison du garde et du jardinier. — Volière. — Légende des 
familles pauvres. — Saint-Antoine-du-Buisson. — Scénario du 
docteur Mejer. — Pauvre Jacques. — Miniatures de Van Blaren- 
berghe. — Maison de la reine et maison du billard. — Réchauffoir. 

— Boudoir. — Moulin. — Tableaux de fleurs. — Exposition des 
modèles. — Grange. — Tour et laiterie 287 

VU. — L'affaire du collier et Trianon (1786). 

La fermière. — Le bouc blanc. — Le comte de Nellenbourg. — 
Recueils de vues du Pelit-Trianon. — Acquittement du cardinal. — 
Motifs de cette décision. — Visites supposées de madame de Lamotte 
à Trianon 301 

VIIL — La laiterie (1786). 

La décoration de la laiterie. — La manufacture de porcelaine de la 
reine. — Jardinage. — Marie-Cbristine, sœur de la reine. — Chagrin 
de la reine. — Nouvelle tente pour le bal. — Lettre à Mercy. — La 
reine joue à la paume 312 

L\. — La politique a Trianon (1787). 

Meubles et lambris pour le boudoir au château. — Porte Saint-Antoine. 

— Nouvelle extension du jardin. — Mort de la princesso Sophie. — 
La reine gouverne. — Vie à Trianon. — Réformes à la cour. — 
Klles commencent par les favoris. — Leur attitude. — Bals. — 
Arrestation d'un moine prémoniré. — L'abbé de Vr^rmond. — 
Portrait de Marie-Antoiuette et de ses enfants, par madame Lebrun. 

— « Madame Déficit » 321 

X. — Dernière promenade (1788-1789). 

Malveillance publique. — Fête à Saint-Cloud. — Dîner de Mesdames 
tantes. — Portrait des ambassadeurs indiens. — Désaffection de la 
société intime. — Le comte de Fersen et Trianon. — L'amoureux de 
lan.'ino. — La f^rotle. — Le cabinet dediamants. — Leooclobre I78î». 338 

XL — Thianon dkva.nt lk tribunal révolutionnaire. 

Dépense du Petit-Trianon. — Pamphlets de la femme Lamotte. — Ca- 
lomnies de la cour contre Marie-Antoinette 349 



XIV I>JDEX. 



XII. — APRÈS 1789. 

Pages. 

Mise en vente du château cl du jardin. — Leur conservation décidée. 
— Visite du docteur Meyer en 1796. — Location des jaitlins à un 
cafetier. — Bal public. — Jardin botanique et pépinière du potager 
de Versailles. — Fin d'Antoine Richard et de l'architecte Mique. — 
Le jardin sous le premier Empire. — Restauration par Louis- 
Philippe. — Faits notables. — La princesse Borglièse et la du- 
chesse d'Orléans. — La « déesse » de Trianon 357 



DOCUMENTS 



L — Jardins du Petit-Trianon. 

Superficie et enlrelion 309 

n. — Journal de Louis XVL 

1° Extraits des passages relatifs au Pelit-Trianon. . 373 

2® Tableau des voyages du roi 380 

\\\. — FP.TR EN l'honneur DU COMTE DE ILVGA. 

Menu du souper 383 

IV. — Liquidation des dépenses du Petit-Trianon. 4o:> 

V. — Bibliothèque du Petit-Trianon. 4()h 

LisTK DKs AuaiiTECTES, peintres, sculpteurs, botanistes, Jardiniers, etc. 462 

RÉPERTOIRE alphabétique du palais et des jardins du Petil-Trianon. . . 404 

Errata et addenda 470 



INDEX. XV 



GRAVURES 



I. — HORS TEXTE. 

Pages. 

I. Château {héliochromie) en regard du titre. 

II. Jardin français vers 1782 {héliogravure) en regard de la page. . i 

III. Plan du terrain en 1746 2 

IV. Plan du jardin de la ménagerie en 1753 4 

V. Salon frais 6 

VI. Plan du jardin botaniqce 18 

VII. Plan du château sous Louis XV (premier étage et rez-de- 

chaussée) 28 

VIII. Lambris du château (cabinet du roi, salon de compagnie, salle 

à manger) • • • . 42 

IX. Jardin anglais vers 1782 53 

X. Plan pour le jardin anglais proposé par Antoine Richard (non 

exécuté) 64 

XI. Plan du jardin anglais en 1783 90 

Xlbis, TaÈATRE {eau forte) 110 

XII. Plan dr la chapelle et des communs {héliogravure] 188 

XIII. Belvédère vers 1782 196 

XIV. FÊTE NOCTURNE vers 1782 210 

XV. Hameau (héliochromie), maison de la reine et maison du billard. 229 

XVI. Plan du hameau {héliogravure) 245 

XVII. Portrait de Marie-Antoinette se promenant avec ses enfants 

dans le jardin anglais de Trianon 282 

XVIII. Hameau, boudoir et moulin en 1786 288 

XIX. Hameau, tour, ferme et maison du jardinier en 1786 300 

XX. Plan d'une tente servant de salle de bal 320 

XXI. Boudoir de la reine au château 322 



IL — DANS LE TEXTE. 

1. Volière de Louis XV 4 

2. Plan du château sous Louis XV (second étage) 32 

3. Chapelle 36 

4. Esquissede jeu de bague (non exécutée) 77 

5. Chinois (postérieur au xviii® siècle) 77 

6 Porto du théâtre 108 



XVI INDKX. 

Pages. 

7. Plan du théâtre 109 

8. Armoiries frappées sur les livres de la bibliothèque du château de 

Trianon 439 

9. Marque au dos de ces livres 139 

10. Cachet du garde-meuble de la reine 188 

11. Pot à fleurs du hameau 274 

12. Plan de la ferme 289 

13. — de la maison du garde 290 

14. — de la maison du poulailler. 291 

15. Saint-Antoine-du-Buisson 293 

16. Plan de la maison de la reine et de la maison du billard ..... 297 

17. — du réchauffoir 299 

18. — du boudoir 299 

19. — du moulin 299 

20. — de la tour de Marlborough et de la laiterie 300 

21. — de Saint-Antoine-du-Buisson 324 

22. Porte Saint-Antoine 325 



PREMIÈRE PARTIE 



LE JARDIN FRANÇAIS 



PREMIÈRE PARTIE 



LE JARDIN FRANÇAIS 



I 

LA NOUVELLE MÉNAGERIE 

1749-1753 

Ménagerie. — Premier jardin. — Volière. — Invités de Louis XV. -— Salon frais». 

Salon de jeu et de conversation. — Dépense. 



Le duc de Luyncs, dans ses Mémoires sur la cour de Louis X F*, 
à la date du 24 novembre 1749, dit ex abrupto et sans autre 
indication préalable : « Pendant le voyage de Fontainebleau, 
on a fait beaucoup d'ouvrage à Trianou ; la ménagerie nouvelle 
est presque finie. » Les registres de la comptabilité des dé- 
penses relatives aux bâtiments royaux, conservés aux archives 
nationales, d'accord avec le chroniqueur, mentionnent, de 1749 
à 1753, des paiements faits à divers entrepreneurs pour des 
travaux exécutés « à la petite ménagerie du palais de Tria- 
non*. » A partir de 1754, on ne trouve plus enregistrées que 

1. Paris, 1860-65, 17 v. in-8», X, 42. 

2. Ce sont des registres de mandatement des dépenses. 0^2249. En 1749, 
terrasse : 24,956 liv. ; maçonnerie : 89,000 liv. ; serrurerie : 22,600 liv. ; 

1 



t LE JARDIN FRANÇAIS. 

des dépenses d'entretien ; il en résulte que la ménagerie et ses 
dépendances, dont le duc de Luynes nous signale l'existence à la 
fin de 1749, ont élé terminées en 1753. 

Louis XV avait toujours aimé Trianon. Enfant, il disait au 
niari-dml ilo VillL-niy : <•■ Mon uiirlr mu fuil iilli-r .-i Saiiil-Clnn,!. 
à Vincpnnes. D'où vi«Dt qu'il ne me ini>ne jias ^i Versailles, h 
Trianon? J'aime tantTrianonl' » En Hii, a[irès la mort de la 
marquise de Cliâleauroux. il vient s'y établir, et, comme la ré- 
sidence lui parait agréable, il y rclounie dbs lors fréqucramenl. 
" Trianon, » dit Barbier, i. élail abandonné auparavant el 
n'était fail même que pour quelques fêtes el pour faire colla- 
tion après la promenade pour Mesdames. Mais à présent cela 
fait maison de campagne', 'i Louis XV y amène madame de 
Pompadour. <• Le lltii, » remarque le marquis d'Argenson', « prend 
grand goût h Trianon; il commence fi se lasser de ses fréquents 
voyages, et il dit que son apparlcmonl do Trianon est le seul 
qu'il ait encore trouvé à sa fantaisie. Cet appartement commu- 
nique de plain-pied avec celui de la marquise qu'il voit par là à 
lous moments comme il souhaite. » » Le Rui, >• dit encore Bar- 
bier*, " a une grande disposition h s'ennuyer partout : c'csl le 
grand art de mailumo de Pompadour do cherclicr à le dis- 
siper. I) La distraction du moment était l'élève des oiseaux^ de 
basse-cour : k Le Roi et madame de Pompadour, u rapporte ]<• 
duc do Luynes', » s'amusent beaucoup des pigeons et poules 
de différentes espèces. Ils eu ont partout, à Trianon, à Fontai- 

Ireill&ge : 7,U04 liv. — Ui22J>0. En I7S0, lerrasse : ll),t<UU liv. — 0>-ii>:il. 
EiilTol, lerrasse : 5,Ï(KI liv. — 0'a352. liii 1732, târrussB : 6,300 liv. ; maçon- 
nerie : m, 300 \iv.; serrurerie : UjHOO liv. ; trtiillAge : T,iOO liv. ; glaise pour 
les bassins : 336 liv., IS sous, 6 deniei-S. — > 2253. En ( 733, terrasse : 1 ,700 liv. : 
maçonnerie : 80,000 liv. : Ireillatje : 4.300 liv. 

1. Malli. Marais. Journal e( Hèmoùes; Paris, 1863-68, 4 v. in-S". 1, 316. 

2. Journal liiaturiquv el laiecdotiquc du rêfpte de Lmis XY : Paris, 1817-36. 
4v. iii-8MV, 421. 

3. Journal el Mànuirce: Paris, i8»l-«5, 7 v. in-8", Vl, (OW. 
i. tV, 4LM. 

5. X, 430. 



If t™ 




LA NOUVELLE MENAOBRIR. 3 

neblcau, à Compiègne, à l'Ermitage, à Bellevuc, et même le 
Roi en a dans ses cabinets, dans les combles. » Ce goût, joint 
à celui du laitage qui convenait sans doute au tempérament de 
madame de Pompadour*, fut la cause de la construction de la 
ménagerie dont parle le duc de Luynes. C'est, dit le marquis 
rt'Argcnson*, « une ménagerie d'utilité apparente plus que de 
curiosité, une grande laiterie, beaucoup de poules, quantité de 
belles vaches qu'on tire de Hollande, et la marquise de Pom- 
padour, inventive pour les amusements du prince, ne sachant 
plus à quoi l'amuser, évoque toutes ces inutilités qui peuvent 
le distraire de sa mélancolie. » 

Le terrain devant le Grand-Trianon était, comme aujourd'hui 
la plaine Saint- Antoine, une prairie coupée par des avenues et 
plantée çà et là de bouquets d'arbres. Au nord-est, sur le bord 
de l'allée du Rendez- vous, se trouvait un petit bois dit des 
Onze- Arpents. Au point culminant, entre ce bois -et le château 
bâti par Louis XIV, on avait creusé u:i grand réservoir, le bassin 
du Trèfle, qui alimentait le jardin. Au sud-est de ce réservoir, un 
petit enclos triangulaire comprenait deux glacières, une pépi- 
nière et quelques logements de gardes et de jardiniers. (Voyez : 
pi, III, un extrait du plan de Versailles et du petit parc, 
dressé, en 1746, par l'abbé Delagrive.)Acôté, des avenues limi- 
taient un espace ayant la forme d'un trapèze. C'est cet empla- 
cement que le roi choisit pour la nouvelle construction. 

La ménagerie s'élève sur les dessins de Gabriel, près des gla- 
cières {pL IV, a). Elle comprend une laiterie, un logement 
pour la laitière, une vacherie et une bergerie*. Devant la lai- 
terie, l'architecte trace, autour d'un pavillon octogone (e), flanqué 
de quatre cabinets, un jardin planté de bosquets et orné de bas- 
sins. En pendant à la ménagerie , au sud-est du pavillon , il 

1. Dans le pavillon construit à Fontainebleau pour la mai*quise, se trou- 
vaient également des poulaillers el une laiterie. Lerouge, Jardins anglo- chinois, 
cahier I, pi. 13. 

2. VI, 83. 

3. Les plans et élévations sont conservés aux archiv. nat., OMSSo. 



4 LE JARDIN FRANÇAIS. 

bâtit un petit édifice carré , nommé le salon frais , au milieu 
d'une salle de verdure rectangulaire (g). Vers le palais du Grand- 
Trianon, le roi a l'attention de ménager un petit bosquet, avec 
une pelouse et des corbeilles de fleurs, pour l'agrément des 
officiers des gardes du corps qui sont de service (h, i). Au 
nord-est du pavillon, à droite et à gauche d'un parterre, 
sont disposés de nombreux poulaillers (kk). Au delà, un po- 
tager (o) s'étend jusqu'à un portique de treillage* (p) qui fait 
face au pavillon octogone. En bordure, le long de l'avenue 
et à droite du salon frais, on place une volière (l) : 




pavillon carré, percé d'une grande porte cintrée, et accosté de 
deux bâtiments moins élevés, à une fenêtre, avec trois cours 
qui ont chacune un petit bassin*. Viennent ensuite : une figuc- 
rie (m), des serres (ss) et des jardins de couches (nn) pour les 
fruits et les fleurs rares. 

« J'oubliais, » écrit le duc de Luynes à la date du 14 jan- 
vier 1753', « j'oubKais de parler des voyages de Trianon. Le Roi 
fait un grand usage de cette maison de campagne, où il a fait 
accommoder plusieurs appartements et ajouter en dehors, du 
côté de Versailles, un nouveau potager avec des serres chaudes 



r 



i. Une grande arcade en anse de panier, surmontée d'une corbeille en 
treillage également, formait le motif principal. Il en existe un dessin colorié 
aux archiv. naU, 0* 1885. 

2. OH885. 

3. Xn, 319. 



- i# il il iJ*-^" 




LA N0UVBLL8 MâNAOBRIB. S 

pour toutes sortes de fruits, légumes et arbustes, tant de ce 
pays-ci que des pays étrangers. Au milieu de ce potager est un 
salon avec toutes les commodités qu'on peut désirer pour y 
jouer et s'y tenir dans la belle saison. On a construit aussi, au- 
près du potager, un grand nombre de poulaillers aussi magni- 
fiques qu'on peut en faire, dans lesquels sont rassemblées une 
quantité de belles espèces de poules. Les dames qui vont à ces 
voyages sont toujours à peu près les mêmes : elles sont huit ou 
neuf*. Les hommes qui y sont presque toujours sont : MM. de 
Soubise', de Luxembourg*, d'Aycn*, de Gontaut', de Poyanne*, 
quelquefois M. le baron de Montmorency', toujours M. de La 
Vallière\ M. de Meuse* quand il se porto bien, mais présente- 



\, C'étaient sans doute les dames de la société habituelle de la marquise 
de Pompadour et les actrices du théâtre des petits cabinets (Ad. Jullien. La 
Comédie à la cour; Paris, s. d. in-4<*) : madame de Mirepoix, la duchesse de 
Brancas, la marquise de Livry, madame de Mar)chais, future comtesse d'An- 
giviller, la marquise d'Estrades, la comtesse de Pons, la marquise de Sasse- 
nage, madame de Roure, etc. 

2. Charles de Rohan, prince de Soubise, né le 16 juillet 1715, alors lieu- 
tenant général des armées du roi» qui deviendra maréchal de France, le 
19 octobre 1758. 

3. Charles-François de Montmorency-Luxembourg, duc de Piney-Luxem- 
bourg, né le 31 décembre 1702, gouverneur de Normandie, capitaine des 
gardes du corps, brigadier dos armées du roi, qui avait épousé en secondes 
noces la veuve du duc de Boufflers, et qui sera nommé maréchal de France 
le 24 février 1757. 

4. Louis de Noailles, duc d*Ayen, né le 21 avril 1713, premier capitaine en 
survivance des gardes du corps, faisant le service conjointement avec son 
père, le maréchal de Noailles, et lieutenant général des armées du roi. 

5. Charles-Antoine-Armand de Gontaut- Biron, marquis de Montferrand, 
frère cadet du futur maréchal de Biron, né le 8 septembre 1708, lieutenant 
général des armées du roi. 

6. Léonard de Baylens, marquis de Poyanne, en Béarn, maréchal de camp, 
plus tard colonel des carabiniers. 

7. Anne-Léon de Montmorency, né en 1705, lieutenant général des armées 
du roi, chevalier d'honneur de mesdames Henriette et Adélaïde de France. 

H. Charles-François de La Baume-le-Blanc, duc de La Vallière, lieutenant 
général des armées du roi, mestre de camp général de la cavalerie légère, 
gouverneur et sénéchal du Bourbonnais. 

9. Henri-Louis de Choiseul, marquis de Meuse, comte de Sorcy, colonel 



6 LB JARDIN FRANÇAIS. 

ment il est souvent chez lui à Sorcy en Lorraine, et outre cela 
il est souvent malade ; mon fils * a aussi l'honneur de suivre le 
roi presque toujours à ces voyages, et M. de Chaulnes* très sou- 
vent. Je n'ajoute point au nombre des courtisans MM. les pre- 
miers gentilshommes de la chambre, » (notamment M. de Ges- 
vres* qui, dit ailleurs le duc de Luynes*, « a ce même goût' et 
est souvent appelé dans ces détails »), « les capitaines des gardes 
et autres grands officiers du roi qui suivent pour leur service. 
J'oublie encore un grand nombre d'autres courtisans. Les voyages 
n'interrompent pas les conseils. Le roi les tient dans tous ces 
lieux » (ceci s'applique, ainsi que Ténumération des courtisans qui 
précède, aux diverses résidences royales) « lorsqu'il y demeure 
plusieurs jours. » 

Parmi les fabriques qui décoraient le jardin de la nouvelle 
ménagerie, il en est deux qui méritent une description : le 
salon frais et le pavillon octogone. 

Le salon frais {pi. V) était un bâtiment carré, à terrasse 
ornée de vases, et dont un treillage vert couvrait entièrement 
la façade. Des lambris très élégants décoraient l'intérieur ; 
une plaque de marbre de Languedoc sculpté tenait lieu de 
la cheminée, inutile dans une pièce que l'on n'occupait que 



depuis n04, lieutenant général gouverneur de Ribémonl el Saint-Malo. 
11 devail mourir Tannée suivante (i75^). 

i . Marie-Charles-Louis d'Albert, duc de Chevreuse, lieutenant général des 
armées du roi, devait être nommé, en 1754^ colonel général des dragons dont 
il était mestre de camp général depuis 1736. 

2. Michel-Ferdinand d'Albert d'Ailly, duc de Chaulnes, né le 31 dé- 
cembre 1714, d'abord destiné à Téglise, et qui du séminaire avait passé dans 
Tune des compagnies de mousquetaires, lieutenant général des armées du 
ix)i, gouverneur général de Picardie et d'Artois^ membre honoraire de l'aca- 
démie des sciences. 

3. François-Joachim-Bernard Potier^ duc de Gesvres, né le 29 septem- 
bre I6*.i2, brigadier des armées du roi, grand bailli de Valois, gouverneur de 
Paris, premier gentilhomme de la chambre. 

4. X, 439. 

5. Le goût des pigeons et des poules. 



LA NOUVELLE MENAOBRTB. 



pendant l'été'. Elle servait de salle à manger'. « Elle avait pour 
accompagnement deux galeries de treillage; et ces portiques 
qui entouraient une sorte de parterre de cinquante mètres 
de large sur vingt seulement de long, développant trente- 
six arcades, logeaient autant de caisses d'orangers; les pilastres 
do treillage renfermaient les tiges de quarante tilleuls, taillés en 
boule'. »Les tilleuls sont encore en plaee^ mais le salon frais et 
les portiques ont disparu. 

Le pavillon, accosté de quatre cabinets, qui contenait le salon 
de jeu et de conversation, existe encore. Il est, comme le salon 
frais, couvert d'un toit en terrasse. Sur la balustrade, des groupes 
d'enfants alternent avec des vases. On y entre par quatre portes 
cintrées, garnies de vitres. Chacun des quatre cabinets* qui l'ac- 
compagnent est éclairé par trois grandes fenêtres à linteau recti- 
ligne. (Voyez :p/. XX, le plan, et pi. II, la vue de cet édifice'.) A 
l'intérieur, dans le salon central, huit colonnes corinthiennes, 
placées dans les angles de l'octogone, portent des consoles à tète 
de femme qui soutiennent un plafond en coupole. Sur la frise 
courent des cygnes, des canards, des pigeons, des coqs et des 
poules. Au-dessus des portes, des amours tiennent des corbeilles 
ou des cages. L'ornementation, on le voit, s'inspirait de l'en- 
gouement du roi et de la marquise de Pompadour pour les 
oiseaux domestiques. Sur la coupole est peint un aigle, roi de la 



i. Elle manque dans notre dessin. La sculpture était de Verberck, la menui- 
serie de Guesnon. OM 151-52, 1885-86. 

2. D'Argenville. Voyage pittoresque des environs de Paris; Paris, 1755, 2 v. 
in-12, n. 

3. A. Ducliesne. Le Cicérone de Versailles; Versailles, 1805, in-18, 95. Le 
salon frais n*existait plus au moment où Duchesne écrivait. Il était déjà en 
ruine sous la Révolution. Archiv. dép. de Seine-et-Oise, série Q, procès-verbal 
d*estimation du 12 messidor an IV. 

4. L'un de ces cabinets servait de cuisine, le second de réchauffbir, e 
troisième de garde-robe, et l'autre était un boudoir. Ce dernier esl à gauche, 
en face du château. Le plafond et les lambris de celle petite pièce sont 
ornés de charmantes arabesques. 

5. Celte gravure offre Télat du jardin français vers 1782. 



8 LE JARDIN FRANÇAIS. 

gent ailée, prenant son essor vers l'Empyrée, emblème flatteur du 
maître de ce lieu. 

La ménagerie et le pavillon paraissent avoir été terminés 
en 1750. La volière et les poulaillers furent construits en 1751 \ 
On mit la dernière main au salon frais en mai 1753*. Il est im- 
possible d'établir le prix de cette première fantaisie de Louis XV. 
On relève dans les registres de comptabilité dont j'ai parlé plus 
haut, de 1749 à 1753, diverses sommes dont lé total monte à 
253,846 livres, i2 sous, 6 deniers. Mais toutes les dépenses n'y 
sont pas spécifiées : il y manque celles de la couverture , de la 
sculpture, de la menuiserie, de la peinture. Les crédits affectés à 
Trianon ne forment pas, dans le compte des bâtiments, un cha- 
pitre particulier. Ce palais était considéré comme une dépendance 
de Versailles, et c'est sous la rubrique : Château de Versailles^ 
qu'on a inscrit les chiffres qui le concernent. Les entrepreneurs 
présentaient souvent des mémoires collectifs embrassant tous les 
travaux payables sur les fonds du chapitre, et alors, dans renon- 
ciation brève que le comptable consigne sur son registre après 
avoir délivré le mandat, on ne peut démêler ce qui appartient en 
propre, soit à la grande ménagerie située sur la route de Saint- 
Cyr, soit à Trianon. 

En 1753, le nom de Petit-Trianon n'est pas encore donné à la 
nouvelle création de Louis XV. On l'appelle la nouvelle ména- 
gerie de Trianon^ \q jardin de la ménagerie de Trianon, le nou- 
veau jardin du roi à Trianon, quelquefois [ermitage de Trianon', 
à cause de l'analogie entre sa situation auprès du parc du Grand- 
Trianon et celle de l'Ermitage de Versailles qui avoisinait le 
bassin de Neptune. Ce n'est que vers 1759* que le terme de Pe- 
tit-Trianon sera définitivement adopté. 



2. OM885. 

3. OM885. 

4. 0«225a. 



II 

LE NOUVEAU POTAGER 

1750-1759 



Claude Richard à Saint-Germain. — Claude Richard à Trianon. 

Extension du potager. — Dépense. 
Culture du fraisier. — Expériences agricoles. 



Le roi, dit le duc de Luynes, fait ajouter au parc de Trianon, 
« en dehors, du côté de Versailles, un nouveau potager, avec des 
serres chaudes pour toutes sortes de fruits, légumes et arbustes, 
tant de ce pays-ci que des pays étrangers. » D'Argenville, dans 
la description des environs de Paris qu'il publia en 1755, fournit 
sur ces additions des indications plus précises : « De la cour des vo- 
lières, )) on passe, dit-il, « dans un jardin fruitier. Il renferme un 
grand nombre de plantes étrangères, telles que l'ananas, le café, le 
cierge, l'aloès, le géranium, le figuier des Indes, Voptmiia major, 
appelée raquette à cause de ses feuilles larges de quatorze pouces. 
Ces plantes sont rangées sur des gradins, à l'exception de celles 
qui demandent à être en pleine terre et qui sont enterrées dans 
du tan. Un second jardin qui a, ainsi que le premier, des serres 
vitrées pour les primeurs, est suivi d'un fleuriste* dont les murs 
sont couverts de filaria^ de buissons ardents, de jasmins jon- 
quilles et de siliquasirum ou gainiers. Les plates-bandes sont 
bordées de petits orangers, mis dans des seaux garnis de fer et 
enfoncés dans le sol, ce qui ferait croire qu'ils sont plantés en 



1. C'est le jardin de couches triangulaire qui a un bassin semi-circulaire 
et une grande serre dans Tangle du sommet, à droite de la planche IV. 



it LE JIRDIN FRANÇAIS. 

pleine terre. Je ne dirai point qu'il y a de plus un colombier*, 
un nouveau potager, el m» autre jardin ob l'on travaille h placer 
des serres vitrées pour faire venir des fruits prématurés et des 
plantes curieuses. » 

On remarquera que ni ce « nouveau potager » ni cet « autre 
jardin » ne sont portés *ur le plan de 1753 (pi. IV). A dater do 
cette époque, en effet, Louis XV ajoulo, chaque année, à son po- 
tager de Trianon quelque carré de terre et y bfltil des serres nou- 
velles. Il aimait l'agriculture et le jardinage; on lui avait enseigné 
la botanique et il montrait pour celte science un goût particulier. 
Il s'était toujours intéressé aux cultures du grand potager du 
Versailles, et il y surveillait des essais d'acclimatation de l'ana- 
nas, du figuier, du caféîor". Après avoir fait la part des goùls de 
sa maîtresse en construisant la laiterie et les volières, il voulut 
satisfaire les siens et posséder dans sa résidence favorite un jardin 
d'expériences. Le duc d'Aven lui découvrit l'homme qui conve- 
nait pour mettre ce projelàexécution. Son père, le duc de Noailles, 
était alors chargé du gouvernement de Saint-Germatn dont il 
avait lui-même la survivance. Il entendit vanter par le botaniste 
Lemonnier, médecin de l'infirmerie royale, un jardinier de celte 
ville qui, jiai' smi iiili'lligfiicc ul son lialiiii'ti'', ulilciiiiiL dus n-sul- 
IhIs prodigieux. Il alla visiter son jardin et y conduisit le roi. 

Ce jardinier, nommé Claude Richard, était fils d'un irlandais, 
émigré en France it la suite de Jacques II', Entré au service 
d'un lord, grand amateur de fleurs, fixé h Sainl-Germaîn, il 
avait fait des plates-bandes confiées à ses soins " une des plus 
L-tunuantes merveilles en ce genre. » Mais ce seigneur, trJ-s dé- 
viil. voulant se détacher de toutes les jouissances terrestres, prit 
la résolution de iiMinnrfr h son jardin auquel il se repruolmit de 



1. Archiv. nal. O'aiST, année 1757 : « un chapeau pour le colombier, 
130 liv. » 

2. J. A. Le Roi. Coup d'œit rétrospectif tur quelques faits kittoriques de l'h-rti- 
culture versailUiise, in-S". 

3. Le père de Claude Richard étail jardinier du chancelier d'Allure. 



LB MOUYBAU POTAGER. il 

consacrer des sommes trop considérables, et il l'abandonna à 
Richard. 

Celui-ci « n'avait point assez de foi:tune pour soutenir un éta- 
blissement aussi dispendieux, qui exigeait des serres chaudes 
considérables. Cependant, refuser tant et de si belles collections, 
c'était s'exposer à voir périr tout ce que la culture avait encore 
offert de plus rare à l'admiration des amateurs instruits. Il n'en 
a pas le courage et il accepte. Il établit en quelque sorte sa rési- 
dence dans ses serres chaudes ; du foyer do leurs fourneaux il 
fait le foyer de sa famille et épargne ainsi pour ses serres le bois 
destiné au ménage. Laissé à ses seules ressources, il redouble d'ac- 
tivité et de vigilance. Tout prospère, s'embellit et se perfectionne 
sous sa main ; et bientôt la renommée proclame ses talents. » 

Initié à la science botanique par Lemonnier qui suivait ses 
travaux avec un vif intérêt, il devient capable d'opérer une vé- 
ritable révolution dans l'art du jardinage. « Avant lui, on 
connaissait à peine, en France, l'usage des serres chaudes, ou, 
par leurs imperfections, elles coûtaient beaucoup et produisaient 
peu. Avant lui, on ne voyait que de faibles primeurs. Cet agro- 
nome... vient à bout de... diriger les serres avec plus d'art... et 
de faire éclorc etmûrir chez lui, en même temps, ces fleurs et ces 
fruits précoces qui semblent effacer l'intervalle des saisons. . . 
C'est à lui qu'on doit la création de cette belle variété de renon- 
cules qui, par la richesse de leurs couleurs et le développement 
de leurs formes, firent la jalousie et le désespoir des amateurs 
de Harlem, obligés de s'avouer vaincus... C'est lui qui, le pre- 
mier, inventa la méthode de cultiver les plantes en terre de 
bruyère, méthode qui a fixé pour jamais la naturalisation dos plus 
belles plantes du nord. » 

Louis XV admira beaucoup les cultures de Richard, et, dès 
lors, il n'alla jamais chasser dans la forêt do Saint-Germain sans 
entrer chez lui, « et toujours il faisait remplir sa voiture de 
pots de fleurs et de fruits qu'à son retour à Versailles il offrait à 
la reine et aux dames de la cour. » Quand il établit son nouveau 
potager à Trianon, il pensa à en confier la direction à Richard. 



12 LB JARDIN FRANÇAIS. 

Le jardinier de Saint-Germain se fît prier : il ne pouvait s'arra- 
cher à la propriété qui lui avait coûté tant de privations et de 
travaux. Il finit cependant par consentir, « mais il osa imposer 
une condition : c'est qu'il ne recevrait d'ordres que du roi. Elle 
fut acceptée et, plus tard, si religieusement remplie qu'il ne reçut 
jamais, même ses appointements, que de la main de Louis XVV » 
Louis XVI demeura fidèle à l'engagement pris par son aïeul. Le 
compte de ses dépenses particulières, conservé aux archives na- 
tionales, témoigne qu'il paya directement le jardinier jusqu'en 
juillet 1782, époque à laquelle celui-ci remit sa place à son fils. 

Richard dut être appelé à Trianon en 1750. Un bon du roi, 
daté du 22 janvier 1751, nous le montre en fonctions avec le 
titre de jardinier-fleuriste*. Il est chargé exclusivement du nou- 
veau potager. C'est Belleville, jardinier du Grand-Trianon, qui 
fit les bosquets devant la ménagerie et qui en conserva l'en- 
tretien jusqu'en 1775, moyennant 1,200 livres par an*. Parmi 
les dépenses de maçonnerie relevées plus haut [chapitre I"), il faut 
comprendre celle qu'occasionna la construction d'une maison 
près du réservoir du Trèfle, dans laquelle le roi établit le jardi- 
nier de Saint-Germain. Il lui donna, pour son usage, le terrain 
qui s'étendait devant elle et qu'on appela spécialement le jardin 
de Richard*. Non loin de là, il avait concédé à Gabriel un enclos, 
où son architecte favori traça quatre carrés autour d'un bassin 
circulaire, et bâtit un petit pavillon*. 

De 1753 à 1759, ce fiit dans les terrains qui entourent la mé- 



1. L*abbé Caron. Notice nécrologique sur Ant. Richard^ lue à la séance 
publique delà sociélé d*agriculture de Versailles, l(rl4juin i807, in-8*^. 

2. a Richard, jardinier-fleuriste, demande 400 petites caisses, depuis 9 pouces 
jusqu'à i2 de largeur. » De la main du roi : « Bon. » OH071. 

3. 0*2251-68. Pour dédommager Belleville du surcroît de travail que lui 
donnait ce nouveau jardin, le roi nomme jardinier- adjoint, «avec 600 liv. de 
gages et rhabit de jardinier.., son flls, qu'il élève dans son talent et qui 
promet beaucoup », par un bon daté du 13 février 1763. OM071. 

4. Il était borné par un mur que Ton voit sur notre planche VI au milieu 
des plates-bandes. 

5. OM885 et iN* Seine-et-Oise, 38. 



LB MOUVBAO POTAGER. 13 

nageric un perpétuel mouvement de construction et de démoli- 
tion. On fit d'abord un potager sur remplacement de Tavenue 
oblique, située derrière le portique de treillage {pi. IV, p); puis, 
à droite de celte avenue, un fleuriste carré, qui subsista, et à l'ex- 
trémité duquel on éleva plus tard une orangerie. Ensuite, on dé- 
truisit le potager dont il vient d'être question pour établir, à 
gauche de ce nouveau fleuriste, deux jardins de même dimen- 
sion, avec des serres chaudes, des serres sans feu, une serre 
hollandaise pour la culture des ananas, des figuiers et d'autres 
arbres à fruits. Enfin, par derrière, le terrain qui monte vers le 
plateau du Trèfle fut coupé en terrasses, et des serres, consa- 
crées spécialement à l'élève des pêchers, y furent établies V 
(Voyez : pi. VI, les carrés situés à gauche du jardin botanique). 
Les comptes des bâtiments indiquent, pour ces diverses cons- 
tructions, des dépenses s' élevant ensemble à 58,964 livres, 
14 sous, 4 deniers*. 

« Les travaux, » raconte M. delà Gorse dans \es Mémoires d'un 
homme de courra ne marchaient jamais assez vite au gré du roi. 
Un jour, il demanda à Richard d'où venaient les retards. « Sire, 
« lui répondit le jardinier, M. de Marigny évalue à 90,000 li- 
« vres ce qui reste encore à faire. Or, comme on ne le paie pas, 
« la suspension des travaux s'ensuit naturellement. Si cette en- 
« treprise me concernait, je me ferais fort de l'achever moyen- 
« nant 30,000 livres. — Gomment! vous en viendriez à bout 
« avec cette somme ? Mais on me vole donc ! — En douteriez- 
« vous, sire? — En ce cas, Richard, je vous charge expressé- 
« ment de la confection de cet ouvrage. — A merveille, sire, 
« mais l'argent, où «st-il? Je n'en ai point, moi! — Quoi! vous 
« en manquez! Eh bien! Venez me voir demain matin, vers les 



i. 0^ 1885. 

2. Les frais de jardinage, certains achats de plantes, etc., y sont compris. 
Sur cette somme, 30,000 liv. sont dépensées à la fois, en 1756, pour des bâti- 
ments qui ne sont pas désignés dans le compte. 0^2250-2258. 

3. Paris, an XIII-1805, 2 v. in-8% 1, 45. Je ne répondrais pas de l'exactitude 
de tous les détails de cette anecdote, mais elle m'a paru mériter d'être citée. 



14 LE JARDIN PRA^ÇAtE. 

" dix heures, je vous en prêterai. » Richard fut exact à altcp 
chez le roi qui lui remit les 30,000 livres en lui disant : « Oh 
'< ça! mon cher Richard, quaad on paiera, vous me rendrez 
" cette somme, n'est-ce pas? — C'est trop juste, sire, je vous le 
" promets. » — Les constructions se firent promptemcnl. A 
quelque temps de là, les fonds de la caisse des bâtiments Hrcnt 
face aux déboursés du premier jardinier, cl celui-ci, conformé- 
ment k sa parole, restitua au roi la somme prêtée. >< 

« Jamais fruits, » dit ailleurs M. de La Gorsc', « ne parurent 
meilleurs au roi que ceux do son nouveau jardin, où il allait deux 
fois la semaine dans la belle saison. Il les distribuait aux per- 
sonnes de sa suite; il fallait les manger en sa présence, les louer, 
les trouver délicieux, si on voulait lui bien faire sa cour. » Il 
était surtout friand de fraises. « La fraise », dit le botaniste Du- 
chesne, « est un de nos fruits les plus agréables, noire Roi la ché- 
rit. On vient de rassembler par son ordre au Pctit-Trianon les 
différentes sortes existantes en Europe : la fortune des fraisiers 
est faite. » Duchcsne' fut lui-mémo admis à prendre part aux ex- 
périences tentées dans le nouveau potager de Louis XV. 11 y se- 
ma de la graine de fraise et en obtint directement des fruits tel- 
lement remarquables qu'on les jugea dignes d'être présentés au 
roi. Plus tard, il réunit ses observations dans un livre qui, men- 
tionné honorablement par l'académie des sciences, obtint les 
éloges de Linné, de Haller, do Bernard de Jussicu, et contribua 
beaucoup à l'amélioration et au développement de la culture du 
fraisier en France \ 

Hors de l'enceinte du potager, dans le champ qui avoisine h 
bois des Onzc-Arpcnts, le roi « fit, le 2 avril il54, une des ex- 



1. II, 391. 

2. Son pËrc était prévôt des bâliinmils du roi, cl il lui suucédéi dans celle 
charge, le I" janvier 1776. t^ même anuâe, le successeur de Louis XV lui 
donne un congé avec la permission ■ d'aller en Angielerre pour y acquérir 
dans la botanique, qu'il cultive depuis longtemps avec suocès, de nouvelles 
connaissances utiles au service du Roi e( de la Nalion. "O'IOSj. 

3. Hisloire naturelle des fraisiers; Paris, I76G, in-lt!. 



LB NOUVEAU POTAGKR. 15 

périences du nouveau système d'agriculture fondé sur les prin- 
cipes du sieur Duhamel du Monceau, pensionnaire de Tacadé- 
mie des sciences*. » Si Ton veut savoir quelle est cette théorie, 
qu'on écoute Duhamel lui-même qui la résume ainsi : « Les prin- 
cipes généraux de la nouvelle culture se réduisent à deux objets 
principaux : le fréquent usage des labours et l'épargne do la se- 
mence. » Et, simplifiant encore son enseignement, il dit, en ter- 
minant ses Eléments d'agriculture* : « La nouvelle culture peut 
se réduire au seul usage du semoir. » Maintenant de quelle na- 
ture fut l'expérience à laquelle participa Louis XV? Est-ce dans 
cette occasion qu'il mit la mam à cette charrue qu'on conserva 
pendant tout le règne de son successeur au Petit-Trianon et qui 
fut vendue par le district de Versailles avec les autres meubles 
et ustensiles des palais? On l'ignore. Malgré la solennité attribuée 
par la Gazette de France à la cérémonie agricole du 2 avril, il est 
probable qu'en réalité elle ne fut pas très sérieuse, car Duhamel 
qui, chaque année, de 1751 à 1760, a publié le résultat des essais 
faits d'après son système sur divers points de la France; n'en a 
pas rendu de compte détaillé'. 

D'après la Gazette encore, le 30 octobre 1755, « le Roi vit à 
Trianon les préparatifs des expériences sur la cause de la corrup- 
tion des blés et sur les moyens de la prévenir. Le sieur Tille t*, 
chargé par S. M. défaire ces expériences, lui présenta le plan de ses 
opérations et lui donna quelques détails sur les principaux effets 
qui devaient en résulter. » On lui avait livré un terrain de huit 
cent neuf pieds de long sur cent deux de large, qu'il partagea en 
quatre bandes, séparées par des sentiers, et qu'il sema de grains 
infectés. Une moitié de ces grains fut laissée à elle-même, afin de 
montrer jusqu'où pouvait aller le mal. Il appliqua à l'autre moitié 
une préparation destinée à les guérir. Le 22 juin de l'année sui- 



1. Gazette de France , 1754, 167. 

2. Paris, 1762, 2 v. in- «2. 

3. Traité de ta cutture des terres; Paris, 1751-1760, 6 v. iii-12. 

4. Il était titulaire de la Monnaie de Troyes. 



16 LE JARDIN FRANÇAIS. 

vante, peu avant la moisson, le roi alla « examiner les différents 
états des blés. S. M., » dit la Gazette^ » daigna entrer dans des dé- 
tails qui sont une suite de ces expériences, et elle écouta avec 
satisfaction le compte que le sieur Tillet lui en rendit. » Ces ré- 
sultats furent portés à la connaissance du public par une lettre 
du sieur Le Roi, lieutenant des chasses du parc de Versailles, à 
Diderot, lettre que celui-ci fit insérer dans le Mercure d'octo- 
bre 1756. Tillet, de son côté, les exposa plus amplement dans une 
brochure publiée à la fin de la même année*. 

Trois ans après, en 1759, Louis XV faisait commencer au 
Petit-Trianon une autre expérience, plus intéressante encore, et 
qui allait exercer sur la constitution de la science botanique une 
influence décisive*. 



1. Précis des expériences faites à Trianon sur la catise qui corrompt les blés; 
Troyes, 1756, in-4®. Ce travail a eu une seconde édition en 1785. 

2. Avant de passer à une époque postérieure, notons, afin de ne rien 
oublier d& ce qui regarde Trianon, que c'est en montant en carrosse pour se 
rendre à ce château que Louis XV fut frappé par Damiens, le 5 janvier 1757. 



III 



LE JARDIN BOTANIQUE 

i7?)9-mi 



JJornard de Jussicii. — Classification botanique. — Linné ot Trianon. 

Plantes exotiques. 
Antoine Richard. — Emplacement du jardin botanique. 



Depuis le commencement du siècle, la botanique avait fait do 
grands progrès : on avait décrit des milliers de plantes, déter- 
miné les genres, fixé la nomenclature. Mais il restait à établir 
une classification générale des espèces sur des bases véritable- 
ment scientifiques. Tous les savants à Fenvi cherchaient quels 
étaient les caractères constants dont les diverses combinaisons 
dans les plantes pouvaient être regardées comme des lois de la 
nature. Lânné s'était flatté de les trouver dans les étamines et les 
pistils; mais on n'avait pas tardé à reconnaître que ce système, 
loin d'être l'expression des rapports réels entre les espèces, « di- 
lacérait, » suivant l'expression d'un naturaliste contemporain*, 
« les genres les plus naturels » et que, dans la pratique, il était la 
cause de fréquentes erreurs. 

Il V avait alors au Jardin des Plantes, à Paris, un botaniste 



L Le chevalier de La Marck. Encyclopédie mélhodiquCy in-4®. Botanique, I, 
discours préléminaire. 

3 



1S LB JARDIN FRANÇAIS. 

dont l'autorilé était de beaucoup supérieure à sa situation offi- 
cielle. Chargé de diriger la plantation du droguîcr', avec le mo- 
deste titre de sous-démonstrateur, Beroard de Jussicu avait 
acquis une grande réputation par l'étendue de ses connaissances 
et la sûreté de sa méthode. 11 n'avait publié qu'un petit nombre 
de mémoires, mais ses leçons et ses conversations l'avaient mis 
en haute estime parmi les naturalistes ; « l'Europe était pleine 



„.K. 



■ J"^' 



Louis XV. 

En 1739, ce prince, à rinsligaticm sans doulu (io son jardinier- 
fleuriste, qui, nous l'avons vu. s'était peu à peu élevé di' la pra- 
tique à la sciiiuce-, se proposa de joiudrc à ses potagers un jardin 
botanique, et il chargea Bernard do Jussieu de présider h l'ar- 
rangement de cette culleclion. Le botaniste vint s'établir dans la 
maison de Ricbnrd'. Il avait beaucoup réfléchi jusque-là au pro- 
blème de la classification des plantes, et il pensait qu'il fallait en 
chercher le principe dans la structure de l'embryon et l'insertion 
de l'étaniine et de la corolle. C'est d'après ces idées, absolument 
nouvelles, qu'il disposa dans le jardin de Trianon les ordres de 
végétaux, en suivant la nomenclature de Linné. Il ne publia ce- 
pendant aucun mémoire sur sa découverte, parce qu'il se réser- 
vait de la porfL-clionner par des observations ultérieures. Mais 
on peut dire que la méthode natxielle était dès lors fondée. Aussi 
Adanson, qui avait suivi de priis ses travaux à Trianon, l'ap- 
pelle-t-il, dans le grand ouvrage i^u'il fit paraître, en 17G3, sur les 
Familles des p/antes'^, le Newton de la botanique. Bernard de Jus- 
sieu, qui eût pu facilenienl obtenir la direction de ce nouveau 
jardin, ne songea même puiut JL la demander. Cependant, s'il 
n'eut pas le litre et les appointements d'un directeur, il en exerça 



i. Jardin de plantes médicinales. 

2. Histoire de l'académie roj/ate des sciences. Année \m . Èlofie de Bernard 
de Jussieu. Paris, 1780, in-i". 

3. L'abbé Caron. Notice nécrologique sur Ant. Richard, elc. 

4. Paris, 2 v. in-8". 



LB Jardin botanique. 19 

quelque temps la charge et il surveilla, pendant les premières 
années, le développement des plantations*. 

« Le Roi le mandait souvent à Trianon et se plaisait à causer 
familièrement avec lui : Textrême simplicité du botaniste avait 
âté au monarque, dès leurs premières entrevues, cet embarras 
que fait contracter aux princes l'habitude de la représentation, 
le malheur de ne vivre qu'avec des hommes occupés, en leur 
parlant, de vues secrètes, et la nécessité de songer, en leur 
répondant, à se défier de leurs pièges. Le Roi trouvait dans 
M. de Jussieu un homme toujours également prêt à répondre 
à ses questions ou à lui avouer qu'il n'y savait pas répondre, 
et ce prince ne pouvait craindre de lui ni des insinuations dan- 
gereuses, ni des demandes indiscrètes. M. de Jussieu ne retira 
de la familiarité de son souverain aucun avantage que le plaisir 
toujours piquant, même pour un philosophe, d'avoir vu de près 
un homme de qui dépend le sort de vingt millions d'hommes ; 
il ne demanda rien et on ne lui donna rien, pas même le rem- 
boursement des dépenses que ses fréquents voyages lui avaient 
causées. Cependant le Roi ne l'avait pas oublié; il cessa, au 
bout de quelques années, de le mander à Trianon où sa pré- 
sence n'était plus utile. Mais il parlait souvent de lui avec in- 
térêt*. » 

Si Bernard de Jussieu n'écrivait point, il parlait, et d'autres 
écrivaient d'après lui. Il fit à Trianon, sur les rapports natu- 
rels des plantes, plusieurs leçons dont l'abbé Garon', membre 
de la société d'agriculture de Versailles, célébrait encore le 
souvenir, plus de quarante ans après. Un jeune naturaliste, 
dont on a déjà parlé à propos de la culture du fraisier, puisa 
dans cet enseignement l'idée d'un livre dont Bernard de Jus- 
sieu encouragea et surveilla la publication. Le professeur lui 

1. On trouve son visa au bas de projets d*agrandisscment : « Approuvé les 
neuf prés sur la plate-bande et les seize prés sur le carré, 9 décembre 1761 . 
De Jussieu. » Ârchiv. nat. ^ 1 885-6. 

2. Lloge de B. de Jussieu. 

3. Notice nécrologique sur Ant. Richard. 



SO I.K JARDIN FHAKÇA18. 

permit même d'y insérer le catalogue des genres fonnés dans 
le nouveau jardin du roi'. Cet ouvrage parut en 1764, sous le 
titre de Manuel de botanique contenant les propriétés des plantes 
tjuon trouve à la campagne, aux ejimrutis de Paris'. Ducliesne 
y traite succt-ssivemeiit : dos piaules utiles pour ta nourriture, 
(les plantes d'usage en médecine, des [duntes employées dans 
les arts, enfin des plantes d'ornement dans tes jardins. Afin de 
populariser la science, il les désigne toutes sous leur nom vnl- 



Voici la lislo de ces 1 


'amill 


es: 






Champignons. 


13. 


Garante. 


37. 


Juliip. 


Aiguës. 
Mousses. 


)6. 


OmbeliifiTR?. 


3S. 


Amnmnlû. 


17. 


iJibiées. 


30. 


Anochr. 


Naïades. 


IK. 


Verveine. 


40. 


Gnrou. 


Arisloloches. 


19. 


Personiiées. 


il. 


CImlef. 


Fougères. 


20. 


Horclle. 


4i. 


Prreicnire. 


Orchidées. 


SI. 


Liseron. 


43. 


Joiiburlie. 


Perce-neige. 


2Î. 


Lysiinnchic. 


4t. 


Airelle. 


Liliacées, 


33. 


Grasselk. 


4o. 


Mauïo. 


ionl. GIiiODl. 


24. 


Geiiliane. 


46. 


Légmiiiuen 




SS. 


Troène. 


47. 


Campanule 


m. Lii, 


■26. 


l'ervcncho. 


48. 


Nériette. 




27. 


Bourrache. 


40. 


lîrioitic. 


Palmiers. 


58. 
20. 


Crucifères. 
Pavot. 


30. 
31. 


Salicairp. 
Myrl«. 


GniDiiiiées. 


30. 


Cn prier. 


sa. 


Nerprun. 


31. 


Renoncule. 


33. 


lîosacfii^s. 


Composées, 


32. 
33. 


l'pine-ïinifr. 
Cislu. 


33. 


Krahlf. 
Piment. 


m. Corynibiii!™», 


31. 




jll. 


t.li;lMitf[iief 


IV. Annoiw. 


33. 


Till.'ul. 


37. 


Tilliymale. 



14. Dipsacées. 



36. Morgelim 



38. Gei: 



Bernard de Jussiuu avait dressé, cnl730, uncaLaloyiie en langue latine des 
véfiélaux plnnlésh te nionienl; son neTcuAnloine-LaurcnU'o publié, en 1787, 
dans son ouvrage sur les familles des plantes [Gênera pluiUarum: Poi-is, 2 y. 
in-8°, t. U, iii Jtnc). Mniî, comme on le verra loulà l'heure.ily eol un rema- 
niement du jardin en 1781. Le livre de Ducbesoe, quia paru en 1764, indique 
l'état dérinilirdehi collecliou : c'est ce qui explique les ditTérences qu'on 
Irouve entre lo liste qu'il donne et Ih premier essai de liernai'd de Jussieu, 
A ce litre, il nous n paru plus intéit'ssanl de repi-oduii-e le catalogue do 
r).ifb<>Rne. 



2. Paris, i 



-12. 



LB JARDIN BOTANIQUE. 2t 

gaire. « Les amateurs », dil-il, « qui veulent s*amuser de la bota- 
nique pourront, sans autre secours que ce manuel, connaître 
les 575 plantes dont nous rapportons les propriétés; ils pour- 
ront les voir vivantes à Trianon, où elles font partie de la nom- 
breuse collection que le roi y a fait rassembler et entretenir 
depuis 1759. Ils trouveront, dans ce magnifique jardin, les plan- 
tes dans le meilleur état par les soins de Thabile cultivateur à 
qui elles sont confiées ; elles y sont rangées comme dans ce li- 
vre et portent sur les étiquettes les mêmes numéros et les 
mêmes noms français et latins. L'ordre qu'on y observe est ce- 
lui des familles proposées par M. de Jussieu. C'est le fruit de 
ses observations sur toutes les parties des plantes et principa- 
lement sur la considération de l'embryon dans la graine et de 
la situation des étamines'. » 

Tous les botanistes de l'Europe avaient alors les yeux fixés 
sur les jardins de Trianon. Les succës dus à l'habileté de Ri- 
chard, qui s'honorait maintenant du titre de « jardinier-bota- 
niste du Roi », étaient, à mesure qu'il les obtenait, signalés par 
les publicistes à l'attention des amateurs de botanique. A la 
première page de son traité sur les familles des plantes, Adan- 
son écrit, avec l'orthographe singulière dont quelques esprits 
systématiques préconisaient à cette époque l'adoption : « Il ne 
sera pas hors de propos de citer 2 faits nouveaux : le 1°' est 
que le chionante grefé sur le frêne depuis près de 2 ans* à Tria- 
non a fort bien réussi et suportéles 8 degrés de froid de l'iver 
dernier qui a été des plus longs ; si cette grefe se soutient et 
si ele n'est pas dans le cas de celés qui, faites sur des arbres 
trop peu analoges, résistent quelkefois 2 à 3 ans et meurent 
ensuite, ele confirmera le raport que nous avions soupçoné 
entre ces 2 plantes... » Nous ne continuons pas la citation, 
dont la suite n'intéresse plus le Petit-Trianon. 



i. Préface, xv, 

2. Le livre, nous Favons dit plus haut, a paru en 1763. 



22 LB JARDIN FRANÇAIS. 

Beaucoup d'étrangers venaient visiter ce jardin botanique. 
Linné était entré en correspondance avec Claude Richard qu'il 
regardait comme « le plus habile horticulteur que l'Europe eût 
jamais vu*. » Le vœu suprême qu'il formait était d'aller à 
Trianon pour y apprendre de Richard l'horticulture, « cet art,» 
lui écrivait-il, « dans jequel vous avez surpassé tous les autres 
hommes.* » Il lui signalait des essais à tenter, lui demandait 
des raretés, et reconnaissait qu'il devait à Claude et à son fils 
Antoine, dont nous parlerons tout à l'heure, plus de végétaux 
qu'à personne*. Louis XV lui-même eut la galanterie d'en 
adresser un panier au savant suédois. L'envoi arriva à Upsal 
le 19 juillet 1771, avec cette étiquette : « Plantes données par 
le Boy du jardin botanique du Roy à Trianon. » Mais, ô dou- 
leur ! lorsque Linné ouvrit le panier, il n'y trouva que du foin : 
le courrier avait oublié de l'arroser pendant la route*. 

Pour enrichir le Petit-Trianon, les chefs d'escadre eurent 
l'ordre de récolter, au cours de leurs navigations, les produits 
de la flore exotique. On avait conservé des graines de tulipier, 
apportées de Virginie en 1732; Claude Richard les éleva, et ce 
bel arbre se répandit dans les jardins. Dans un voyage à la 
Louisiane, en 1750, M. de La Galissonnière recueillit des échan- 
tillons du galé^ arbre à cire, que divers cultivateurs essayèrent 
vainement d'acclimater; Claude Richard seul réussit, on le 
plantant dans le sable de bruyère. L'abbé Pingre, chargé, en 
1761, d'aller observer à l'île- Rodrigue le passage de Vénus sur 
le soleil, fit dans les Indes une ample moisson de végétaux 



i, « Gumtusis summus cultor plantarum quem Europa unquàm vidit.. » 
24 septembre 1765. 

2. « Profeclo, si Jupiter mihi referrel annos, nil magis in votis haberem 
quam te adiré et a te in horliculturâ instrui, in quà arte morlales omnes 
superasli. » Septembre 1767. 

3. 16 février 1770. 

4. Correspondance de Linné avec Claude Richard, traduite et annotée par 
Landrin dans les Mémoires de la société des sciences naturelles et médicales de 
Seine-et'Oiae, de 1862 h 1863; Versailles, 1864, in-8». 



LB JARDIN BOTANIQUR. 33 

pour Trianon. En 1764, Montucla, Tauteur de Thistoire des 
mathématiques, ayant accompagné dans une mission à Cayenne 
le chevalier Turgot, offrit, en revenant, au roi un grand nom- 
bre de plantes qui furent cultivées aux potagers de Versailles 
et de Trianon. Parmi elles se trouvaient « un haricot sucré ap- 
pelé gros-perlé^ une petite lentille rouge qui plut à Marie- 
Leckzinska et reçut le nom de lentille à la reine y le cacao et la 
vanille. » On cite encore, en 1770, un chef d'escadre, le comte 
Hector, qui rapporta de la Chine et des Indes orientales une 
superbe cargaison de plants d'arbres et d'arbustes. Le fils de 
Claude Richard alla les chercher à Brest et les transporta heu- 
reusement à Trianon*. 

Élevé à l'école de son père, Antoine Richard* se prit de pas- 
sion pour la botanique. II suivit, à Paris, les leçons du Jardin des 
Plantes, et ses maîtres lui firent donner la mission d'herboriser 
sur le Mont-Dore. En 1760, il alla explorer les provinces méri- 
dionales de la France, la chaîne des Pyrénées, le Portugal, l'Es- 
pagne, les îles Baléares. Il y recueillit une quantité prodigieuse 
de végétaux inconnus en France. On les répartit entre les jar- 
dins royaux. Citons, parmi eux, le buis de Mahon, à feuilles de 
laurier, — la giroflée maritime, ignorée alors, si répandue de- 
puis, qui devint double après une année d'acclimatation, grâce 
aune culture savante dans une succursale duPetit-Trianon, éta- 
blie à Âuteuil et confiée à un frère de Claude Richard*, — le 
chêne de Gibraltar, sorte de chêpe-liège *, dont les fruits sont 
bons à manger. « Antoine Richard eut la constance d'en apporter 
dans sa poche, des tles Baléares en France, une bouture bien 
enveloppée de mousse qu'il arrosait de temps à autre. » Planté 
à Trianon, ce rejeton devint un arbre magnifique. Il n'a malheu- 
reusement pas résisté aux rigueurs de l'hiver de 1879-80. On 



1. Le Roi. Coup d'œil rétrospectif sur l'horticulture versaillaisef etc. 

2. Il était né à Saint- Germain, le 24 octobre 4735. 

3. Duchesne. Manuel de botanique, etc. 

4. Quercus pseudo-suber. 



ii LK JAHDIN CH&NgAlS. 

(!ii voit tîiicore, à citlc do l'orangorio, le tronc ilcsséclié, cunservé 
comme une relique. Malgré le roi qui, redoutant pour lui les 
dangers d'un pareil voyage, lui fit refuser un passeport, il s'em- 
barqua ensuite pour l'Afrique, herborisa le long descfllcs, d'Alger 
à Tunis, passa de là dans les îles du Levant et alla jusqu'en 
Asie-Mineure. Il revint chargé d'un immense butin, et reçut en 
récompense le titre de jardinier-botaniste-adjoint de Trianon. 
Bientùl il rpparlil, en 17111», ]>ourliorbiiriscr eu Lcussi' ri en Ir- 
lande, puis en Hollande l't en Allemagne, où il recueillit des 
variétés de pommes de lorro supérieures à celles qu'on culli- 
vaîl alors en France. En revenant dans son pays, aprts un an 
d'absence, arrivé au pied des Vosges, il ne peut résister au désir 
de jeter au moins un coup d'œil sur la flore de celle chaîne, di- 
montagnes encore inexplorée. II s'y engage sans guide et se 
laisse entraîner par la passion dt^s découvertes jusqu'aux con- 
fins de la Suisse. A la vue des Alpes, une nouvelle ardeur l'em- 
porte, et il n'iiésile pas h en entreprendre l'ascension. Ce voyage 
enrichit le nouveau jardin du roi de plus de Irois cents plantes 
qui ne figuraient pas dans ses plates-bandes et d'int plusieurs 
étaient inconnues. Enfin, en 1767, il retourna au Mont-Dore el 
dans li's l'yrénées pour y compléter les recherches qu'il y avait 
faites une première fois, dix ans auparavant'. 

Le Pelit-Trianon réunit ainsi plus de quatre mille végétaux' mé- 
tiiiidiquemcnt classés ; c'était alors la plus nombreuse et la mieux 
soignée des colli^ctions botaniques de l'Europe. La vue de ces 
richesses et l'exemple d'Antoine Richard dcterminfcrent la vo- 
calïon tie a(tn cousin, Lnuis Richard, plus jeune que lui de 
vingt ans. 11 éliiil fils du jardinier d'Auluuil que nuu.s iivniis 
mentionné plus haut, cl faisait alors ses humanités au collège de 
Versailles. Antoine avait exploré le vieux continent; Louis alla, 
dans les dernières années du xvni" siècle, étudier le Nouveau- 
Monde. Dessinateur habile, préparateur exercé, écrivain savant, 

i. L'abbé Caron. Notice nécrologique sur Ant. Bichard, etc. 

2. Le Roi. Coup tTœit riirospeetif sur l'horticulture versailtaisc, etc. 



LE JARDIN BOTANIQUE. 25 

aussi versé dans la zoologie que dans la botanique, il a marqué 
sa place au premier rang des naturalistes français'. 

On a perdu le souvenir de la situation précise du jardin bota- 
nique. D'après la tradition la plus généralement acceptée, il 
aurait été placé entre l'orangerie et la maison du jardinier, au 
lieu où se trouve actuellement un fleuriste. Le plan reproduit 
ici {pi, VI) lèvera tous les doutes. Il a été dressé en 1774 et 
gravé dans la collection des dessins et plans de jardins formée 
par Lerouge. S'il a échappé jusqu'à ce jour à l'attention des 
nombreux écrivains qui se sont occupés de Versailles , c'est à 
cause de l'extrême rareté de cette publication*. Les collections, 
disposées suivant Tordre imaginé par Bernard de Jussieu, occu- 
paient une large bande de terrain au nord-est du jardin français. 
Le jardin botanique commençait au bout du fleuriste actuel et 
s'étendait jusqu'à la limite de l'enceinte près du château. Il fut 
planté en deux fois. On fit d'abord, en 1759, la portion supé- 
rieure qui contient une grande serre', sur la terrasse la plus 
élevée, avec le carré au-dessous que termine un canal destiné à 
la culture des plantes aquatiques. En 1761, lors de la construc- 
tion du château, le jardin entier fut remanié, ainsi que nous l'ex- 
poserons tout à rheure, et une nouvelle section botanique fut 



\ . Il devint, après la Révolution, professeur à l'école de médecine de Paris et 
membre de Tlnslitut. 

2. Cah. VI. pi. 20. La planche 2t offre un plan du Trianon de Louis XV, 
dressé, en 1774, à une plus grande échelle, par Muller, jardinier de Garlsruhe. 
Ce plan ne va pas plus loin que les escaliers du château et ne contient pas, 
par conséquent, le jardin botanique. — La collection Lerouge dont, parmi les 
bibliothèques publiques de Paris, celle deThôtel Carnavalet possède seule un 
exemplaire complet, est composée de 2! cahiers in-folio oblong. Commencée 
en i77i, elle a été interrompue par la Révolution. Elle n'a pas de titre 
général. Ceux des divers cahiers varient. Le !«' porte : Bétail des nouveaux 
jardins à la mode; le 2« : Jardins anglo-chinois à la mode ; le V^ : Jardins 
anglo<hinois. Ce dernier est celui de la majorité des cahiers. Ils con- 
tiennent ensemble 491 planches. Parmi, sont comptées comme planches 
12 pages de titres et explications. 

3. Les plans et élévations de cette serre, dite serre hollandaise, sont con- 
servés aux archives nationales (OH 879). Par son aspect et son développe- 
ment, elle est vraiment digne d'un jardin royal. 



26 LR JARDIN FRANÇAT8. 

ajoutée au premier enclos. La dernière catégorie du catalogue 
de Bernard de Jussicu, celle des conifères, s'arrêtait à la limite 
de l'avenue Saint -Antoine. D'après Duchesne*, les cèdres du 
Liban, les pins et les sapins près de la porte, à côté de la grille 
d'entrée, sont demeurés au lieu même où Claude Richard les 
avait plantés. C'est, avec quelques arbres disséminés sur les pe- 
louses et dans le fleuriste lors de rétablissement du jardin 
anglais de 1774 à 1777, tout ce qui reste à Trianon des collec- 
tions botaniques réunies par Louis XV. 

i . Cicérone de Versailles, 98*. 



IV 

LE CHATEAU 

1761-1774 



Second jardin. — Dépense. — Distribution des appartements. — Décoration. 

Tables volantes. — Communs. 
Reines-marguerites. — Chapelle. — Dépense totale. — Dernier jardin français. 



Au moment de rétablissement du jardin botanique, Louis XV 
fit étudier un projet de transformation et d'agrandissement du 
Petit-Trianon. Il s'agissait de supprimer le corps de garde des 
officiers, les volières, les poulaillers et les potagers, et de cons- 
truire, à Fendroît où s'élevait le portique de treillage, un pe- 
tit château*. Le jardinet des officiers devait être réuni à celui 
de la ménagerie; le dessin des salles d'arbres, à droite et à 
gauche du bassin, vers le Grand-Trianon, modifié; et le ter- 
rain occupé par les potagers, planté en bosquets*. Ces divers 
travaux s'exécutèrent de 1739 à 1761, en même temps qu'on 
disposait les collections botaniques au nord-est du futur édi- 
fice. On transporta les volières et poulaillers dans des pavil- 
lons bâtis en équerre au bout de la vacherie, et un bassin rec- 
tangulaire fut creusé pour les canards dans la cour par de- 
vant'. Un méridien* et deux statues de la Maladie et de la 



i. Le portique était situé au point précis où commence la terrasse devau 
le château. 

2. Archiv. nat. OH 886. 

3. A la place où se trouve aujourd'hui un bouquet d'arbres devant la 
comédie. OH 885. 

4. OH880. 



28 LB JARDIN FRANÇAIS. 

Santé furent plus tard posés dans le jardin, je ne saurais dire à 
quel endroit*. Afin de remplacer les potagers détruits, on livra 
à Richard les terrains situés au nord de son jardin et du ré- 
servoir du Trfefle {pi. VI). Toute la partie mise en bosquets 
passa dans les attributions de Belleville, le reste releva du jar- 
dinier botaniste et fleuriste. Les dépenses de jardinage mon- 
tèrent, de 1759 à 1769, à la somme de 130,409 livres, 1 sou, 
9 deniers*. 

C'est en 1762 qu'on fît les fondations du château. La grosse 
construction s'éleva en 1763 et 1764; pour la pose de chaque 
assise, un plan colorié de la partie achevée était dressé à une 
grande échelle; il indiquait les diverses natures et la place des 
matériaux'. L'édifice fut couvert en 1764, et l'on com- 
mença à ravaler les murs. La sculpture, la menuiserie, la 
serrurerie, la peinture occupèrent les campagnes de 1765 à 
1768. On pose les sonnettes cette dernière année : il ne reste 
donc plus qu'à entrer en jouissance. Les comptes des bâti- 
ments fournissent, pour le prix du château, des indications 
complètes et précises : il a coûté 736,056 livres, 16 sous, 
6 deniers*.' 

D'Argenville, dans l'édition de son guide des environs de Pa- 
ris qu'il publia en 1768, décrit ainsi' l'extérieur du nouveau 
château : « Vis à vis le pavillon » de jeu et de conversation 



1 . « Le prononcé moelleux de leur contour, » dit VAlmanach de Versailles 
de 1774 (p. 72), « et le fini de leur exécution les font singulièrement admirer 
des connaisseurs. » 

2. 0*2259-69. Dans ce chiffre sont comprises 4,000 liv.pour la maçonnerie 
de Torangerie et autant pourcelledelaclôture du jardin botanique. 0* 2263-64. 

3. Ces plans sont conservés aux archiv. nat. OH 876. 

4. Ce total se décompose ainsi : terrasse, 8,400 H v. ; maçonnerie, 281 ,747 liv. ; 
charpente, 7,500 liv. ; couverture, t,300 1iv. ; plomberie, 1,800 liv.; scul- 
pture, 32,200 liv. ; menuiserie, 200,440 liv. ; serrurerie, machines, fonte et 
cuivre, 438,270 liv., 16 s., 6 d. ; marbrerie, 4,t00, sans compter la valeur de 
la matière première, fournie par le magasin des marbres ; peinture, vitrerie 
et glaces, 46,600 liv. ; pavé, 13,200 liv. ; sonnettes, 500 liv. — 0» 2262-69. 

5. T. n. 



PETIT Ti^IANON 



r lan du ni^eniîer èiaçre 



PI VII. 




rlau tlc|\ariie dlvirez-de-c}iau«see 

(Taules vofanles çt conlf^/iofofs .^ 




C&bnel del. 



Hélior DvjRrdin 



( 



LE CHATEAU. 29 

« il s'en élève un neuf qui occupe un carré d'environ douze toi- 
ses sur chaque cAté, composé d'un roz-de-chaussée, et de 
deux étages, lesquels sont compris dans un ordre corinthien 
surmonté d'une balustrade. Chaque face a cinq croisées. 
Celle du jardin est ornée d'un avant-corps formé de quatre co- 
lonnes isolées {pi, I). Les deux côtés sur le jardin fleuriste et sur 
la cour sont décorés de pilastres. » Ajoutons, pour compléter, 
que la quatrième face, sur le jardin botanique, en est dépour- 
vue. La cour décrit un carré long dont les angles sont arron- 
dis; une charmille en tapisse les murs. A l'entrée, deux gué- 
rites en pierre accompagnent la grille. « Les ornements de 
sculpture, » dit encore D'Argenville, « du plus grand fini et de la 
plus belle exécution, sont de la main de M. Guibert, beau-frère 
de M. Vernet. » 

Le rez-de-chaussée, à part une salle de billard*, sur la droite, 
et une salle des gardes du corps, à gauche, était laissé à l'usage 
du service. Un escalier de pierre, à rampe de fer ouvragé, con- 
duit au premier étage {pL VII). Les murs de cet escalier n'ont 
d'autre ornement que de grosses guirlandes de chêne sur les 
côtés et, entre les deux fenêtres, en face des marches, une tète 
de Méduse qui semble interdire l'accès aux importuns. Par la 
porte à gauche, on va à l'entresol et au second étage. La porle. 
à droite s'ouvre sur les appartements de réception : anticham- 
bre* (a), grande et petite salle à manger (b, c), salon de compa- 
gnie (d), cabinet du roi (f) et bibliothèque botanique (g)'. Le châ- 
teau est construit au milieu d'un jardin de fleurs et de fruits : c'est 
à eux que l'architecte emprunte les motifs de la décoration. Sur 

1. On trouve dans les documenls provenant de la direclion des hàtimenls, 
rindication d'une pièce portant le nom de » café du Roi » ; mais je ne saurais en 
préciser la situation. Il semblerait qu*elle fût au second étage, sur le jardin 
botanique, pr^'S de Tescalier. Elle était élégamment décorée. OU 167 et 1886. 

2. L'antichambre est quelquefois appelée salle des bulTets et aussi salle dos 
poêles. Ces poêles, dont les plans se trouvent dans le carton OH 886, onl 
été détruits après la Révolution, et on a mis en place deux panneaux de 
menuiserie d'un autre style que les lambris du reste de la pièce. 

3. OM885. 



3Q LB JAHDIN FRANÇAIS. 

les lambris, la cheminée, le plafond de la salle à manger, sont 
sculptées des corbeilles et des guirlandes de fruits. Dans le salon 
de compagnie, ce sont des fleurs : roses, asters, tournesols, lys. Sur 
les boiseries peintes en vert d'eau très pâle*, les ornements se 
détachent en blanc rehaussé d'or. 

Le 22 mars 1768, le roi arrête, pour Texécution de tableaux 
destinés à garnir les dessus de portes et les parois des apparte- 
ments, un programme conçu dans le même esprit*. Pour l'anti- 
chambre, les deux sujets choisis sont : une nymphe changée eu 
herbe et Myrrha transformée en myrte'. La salle à manger aura 
quatre dessus de portes : Borée et Orithye, Zéphire et Flore, Vcr- 
tumne et Pomone, Bacchus et Érigone\ et quatre grands ta- 
bleaux : la pèche, commandée à Pierre, la chasse à Yien, la mois- 
son à Lagrenée, et la vendange* à Doyen*. Le prix sera fixé à 
4,000 livres. Neptune et Amphitrite, avec leur cortège de nym- 
phes et de tritons, offrant aux hommes les poissons, les coquil- 
lages et les autres richesses de la mer, figureront la pêche. L'em- 
blème de la chasse sera Diane, entourée de ses compagnes et 
partageant son gibier entre des bergers. Cérès et Triptolème, cn- 



\, Ce fonds se retrouve encore sous la couleur grise, appliquée par ordre 
de Louis-Philippe. — La cheminée dans la grande salle à manger est en marbre 
hieu turquin ; dans le salon, en brèche violelle ; dans le cabinet du roi en 
marbre d'Alep. M 166-67» 1812, 2096-98 et procès-verbal d'estimation du 
12 messidor an IV. Ârch. de Seine-et Oise, série Q. La cheminée de la petite 
salle à manger est en griote dltalie. Elle provient, ainsi que plusieurs du 
second étage, de la démolition de Thôtel d'Évreux, à Paris (sur son emplace- 
ment a été bâti l'Elysée). OM886. 

2. OM923. Journal des académies, 

3. Dessus de portes. Le nom de Tartiste n'est pas dans le programme. 
D'après le livret du salon de 1775, c'est Carême qui en fut chargé. 

4. Les deux premiers sont commandés à Monnet (livret du salon de 1773), 
les deux autres à Belle. 

5. D'après des documents d'une date postérieure, c'est Pierre qui a fait la 
vendange, et Doyen la pèche. OM934, 1204. 

6. Louis XVni fit peindre, de 1819 à 1823, par Dejuinne, pour la salle à 
manger, quatre tableaux rappelant la décoration projetée par Louis XV : le 
Printemps, VÊté, YAutomne et VHiver. Eud. Soulié, Notice des peintures et 
sculptures, etc., des palais de Trianon; Paris, 1882, in- 12. 



LE CHATBAU. 31 

seîgnant aux peuples Tari de préparer le blé, représenieroDl 
la moisson, et Ton reconnaîtra la vendange au triomphe de Bac- 
chus.Un gracieux épisode de la légende de F Amour occupera trois 
panneaux* dans la petite salle à manger : humble et ses armes à 
demi cachées, le dieu supplie les Grâces de l'introduire dans leur 
temple. Avant de le recevoir, elles Tenchaînent de fleurs; sous 
sa feinte modestie perce déjà Timpatience du joug. A peine 
admis, rompant tout-à-coup ses liens, il crible de ses traits les 
déesses qui s'enfuient. — Quatre sujets, empruntés à la mytholo- 
gie florale, sont destinés au salon de compagnie : Adonis changé 
en anémone, Clytie en tournesol, et les métamorphoses de Nar- 
cisse et de Hyacinthe*. 

Les dessus de portes, commandés à Carême, Monnet, Jolain et 
Lépicié, ont été certainement mis en place. Amand est mort avant 
d'avoir peint l'Amour et les Grâces'. Des quatre grands tableaux, 
celui de Lagrenée se trouva prêt, le premier, en 1769. Vien suivit, 
en 1773*. Doyen, après avoir terminé son œuvre, la relira parce 
que M il ne la croyait pas digne d'être avouée de lui ». Pierre avait 
cédé sa commande à Halle ; mais il dut recommencer la peinture 
qui n'avait pas été agréée. La pêche et la vendange n'étaient pas 
livrées, à la mort de Louis XV. Je ne saurais dire ce qu'il est ad- 

1. Dessus de portes confiés à Amand. 

2. Dessus de portes commandés à Jolain (Clytie et Hyacinthe), et à Lépicié 
(Adonis et Narcisse). 

3. Ils furent enlevés à la Révolution. Voy. Meyer, trad. par Dumouriez, 
Fragments sur Paris ; Hambourg, 1788, 2 v. in-8®, II, 285. Pour les peintures 
qui les remplacent, consultez E. Sou lié, Notice sur les peintures et sculptures 
des palais de Trianon. Lépicié exposa Adonis en 1769 (n® i23) et Narcisse en 
1771 (n® 30); Jollain produisit ses tableaux en 1769 (n" i67 et 1«8); Carême 
en i775 {n? 148); toutes ces toiles avaient 4 pieds de large sur 2 pieds 
6 pouces de haut. Monnet exposa en 1773 (n«« 159 et i60) et en 1775 (n»» 142 
et 143). Ses deux tableaux avaient 6 pieds de large sur2 pieds 3 pouces de haut, 

4. OH 934. Le tableau de Lagrenée fut exposé au salon, sous le n** 14. 
Un critique du temps trouve les chairs trop rouges et le paysage lourd. On 
croyait voir, dit-il, une tapisserie, à cause de la crudité des couleurs. Le 
tableau de Vien parut sous le n<^ 4. Ces deux toiles avaient 9 pieds 4 pouces 
de haut, sur 7 pieds 4 pouces de large. Bibl. nat. Est. Collection Dcloynes, 
IX. Je ne sais ce que sont devenus ces tableaux. 



venu de ces deux loiles, ot je n'ai trouvé aucune indication sur 
Verlumnc ft Bacchus qui avaient été confiés à Belle*. 

Du côlé du jardin botanique, le premier étage est coupé en 
deux dans la hauteur, de manière h former, au-dessus du ca- 
binet du roi et de la bibliothèque botanique, un deuxième entresol 
auquel on montait par un petit escalier placé dans l'angle nord ' 
^pl. VU, e). Il s'J trouvait un cabinet, une chambre ;t rmicher et 
une antichambre". ■■ Le si-cr.nd éla^'^e ". dit d'Arf^eiiville, » est 




pour les seigneurs. <> Les personnes marquantes de la suile H 
roi occupaient les chambres qui prennent jour sur les junlin; 
Au centre, un dédale de CtibiueEs, presque saus lumière et sar 
air, logeait les gens de service '. 



I. 0' (203-4, l20ii-7. I!s ne fi};urfiil [nis sut- les livrets du salon, 
9. 0't883. 

3. L'nitrosol sp conlîiiuc derrière le salon do mmpaniiie, Lii, il ne ri^nii 
ilr> jour que de la cHRe Un grand escalier Je pierre. 

4. Il y avait en loul, tant pour les mrillrfs igin- pour l''s dD[ni-s|i<|iii's. iini< 
vinsirtinede lits.0'1876. — Ou rnu.,! ,,ii..| ., ]■■■. , In,-,- |,..i,, ,-, |,i „,..-,|.his 
de piiiils cabinels noirs. L'hygiène II i i ■ ■ ,■ !■ ■ . i ■ iinon 
i|ii'.iii [liiliiis de Versailles.Useii.il,,' f, ■ . lut,'-- 
luic fratwiihr, l'article Lalrinra. n I.c, li.i:,..iLiili \^■l:^.lll;, - ■ .liii \ mII, i-li-Due, 
«ne renfermait iju'iin nombre tellenieni reslreinl de priiês, fpiu km» les (ler- 



LB CHATEAU. 33 

Dans Tédition du guide des environs de Paris, publiée eu 1768, 
D'Argenville annonce que, dans la salle à manger, on doit placer 
« une table mouvante, pareille à celle de Choisy. )> Le modèle 
en fut exposé au Louvre au mois de mai de Tannée suivante. 
L'auteur des Mémoires secreis de la république des lettres, qui le 
vit, remarque que le mécanisme en est bien supérieur par sa 
simplicité à celui de la table de Choisy*. « Cette machine », 
ajoute-t-il, « est du sieur Loriot, artiste connu par plusieurs se- 
crets et surtout par celui de fixer le pastel*. » Louis XV fut tel- 
lement satisfait du travail de cet ingénieur qu*il lui accorda en 
récompense une gratification de 12,000 livres, en contrats sur 
les rentes et gabelles, et un logement au Louvre'. Le serrurier 
Gamain, aidé du mécanicien Richer, les construisit. On oublia 
de rémunérer les services de ce dernier qui adressa, en 1779, 
une réclamation, où je note ce passage : « Votre protection, » 
écrit-il au directeur général des bâtiments, « s'étend sur les arts 
mécaniques, moins brillants qu'utiles, comme sur les beaux- 
arts qui ajoutent tant à la gloire de la Nation; elle ne laissera 
pas plus longtemps, privé de ses salaires, un cyclope docile qui 
forgea de grand cœur quelques fers pour le palais de Vénus. » 



soiinagesde la cour devaient avoir des chaises percées dans leur garde-robe... 
Nous nous souvenons de Todeur qui s*était répandue, du lemps du roi 
Louis XVIII, dans les corridors de SainlrCloud, car les Iradilions de Versailles 
s'y étaient conservées scrupuleusement. Ce fait relatif à Versailles n*est point 
exagéré. Un joui: que nous visitions, étant très jeune, ce palais avec une 
respectable dame de la cour de Louis XV, passant dans un couloir empesté, 
elle ne put retenir cette exclamation de regret : « Cette odeur me rappelle un 
bien beau temps. » 

1. Mémoires secrets^ J769, 31 mai. La baronne d*Oberkirch, dans ses 
Mémoires (Paris, 4753, 2 v. in-18, f, 300) décrit la table de Choisy. 

2. Loriot était membre de Tacadémie d'architecture et professeur. Il 
reçut, le 45 décembre 4756, une pension de 4,000 liv. « pour le secret qu*il 
a trouvé de fixer le pastel sans en 6ter la fleur, ni altérer la fraîcheur. >» 
OM084. La collection Lerouge contient un projet d*arc de triomphe pour les 
jardins de la fée Aline, préparé par Loriot. Cah. IX, pi. 14. Après sa mort, 
qui arriva le 31 mars 1786, Louis XVI donna à son fils, en considération des 
services de son père, une pension de 700 livres. Qi 1083. 

3. OM084, 1203. 

3 



34 LE JARDIN FRANÇAIS. 

On lit en marge de la pétilion cette observation : « Il faut que 
Richer fasse grand fond sur tes bontés de son protecteur » (le 
maréchal de Mouchy qui avait appuyé sa requête, sans la lire 
probablement), « pour oser lui remettre un placet conçu comme le 
sien (.■! cniinnuK'' ji;ir l'iiisiili'iilr [ilirusi' i[iii fail di.' ccl Imiiinn.' un 
cyclopf docile qui fortjva quelques fers pour le palais de iéntis ! » 
On recuuuul néanmoins la validité de sa créance el il fut payé ' , 

Vénus. , . était la comtesse Du Barry. C'est avec elleque Louis XV 
inaugura le palais dont il avait élahoro le projet avec madame 
de Pompiidour. La nouvelle maîtresse ne briguait pas, comme 
la marquise, le renom de prolectrice des arts el des sciences; 
elle ne s'entendait qu'au plaisir. Il ne faut pas s'étonner si la 
botanique, h Trianon, ne tarda pas à être reléguée au second 
plan; n'est à ce moment sans doute que Bernard de Jussieu 
cessa d'y èlre mandé. L'usage élail alors, pour les grands sei- 
gneurs, d'avoir, en debors de leur domicile officiel, une petite 
maison uù ils allaient, avec quelques intimes et des femmes 
peu sévères, souper librement, loin de tout regard indiscret. 
Trianon fut la petite maison du roi qui voulut y avoir ses 
aises. L'invention de Loriot permettait d'écarter m^rae les do- 
mestiques. 

Avec sa table volante, le repas se sert et se dessert tout 
seul el comme par cucbantemenl. Au signal, le parquet s'ouvre : 
la table, toute dressée et chargée de mets, sort, accompagnée 
de quatre servantes un postillons également garnis. A chaque 
service, le milieu disparatl; il ne resic que le pourtour où 
Sont les iiKsietti.'H ; une ri)so en métal, ménagée dans l'épais- 
seur (lu cercle, élund ses feuilles et cache le ville. La 
partie qui esl descendue s'arrête au rez-de-chaussée oii on la 
couvre de nouveau. Quand elle est remise en mouve- 
ment vers le premier étage, la rose de métal se retire 
ponr lui livrer passage. Le repas fini, table et postillons 
s'enfoncent dans le sol, les feuilles de parquet reprcmienl leur 

1. OH876. 



LE CHATKAU. 35 

place et se rejoignent si exactement qu'il faut les avoir vu 
s'ouvrir pour croire qu'elles sont mobiles*. Le plan ci-joint 
{pL VII), prouve qu'il y avait deux tables de dimensions diffé- 
rentes dans la grande et dans la petite salle à manger; on y 
voit les contrepoids dans les souterrains*. Pour faire fonc- 
tionner ce mécanisme, il fallait distraire, au rez-de-chaussée, 
deux pièces des cuisines et offices qui allaient devenir insuffi- 
sants. Aussi, en adoptant le projet de Loriot, le roi ordonua-t-il 
de construire des bâtiments pour le service, sur l'emplacement 
des jardins de couches marqués dans la planche lY» parleslet- 
lettres nn'. Ils s'élevèrent en 1770 et 1771 et furent payés 
56,900 livres. 

Les mémoires du xvni* siècle ne contiennent aucun détail 
sur les séjours de Louis XY à Trianon pendant les dernières 
années de sa vie. On relève seulement, dans la Gazelle de France, 
la mention de deux petits faits. Elle nous apprend que> le 
29 novembre 1771, le jardinier Richard ménagea une surprise 
au roi qui en témoigna une vive satisfaction. En passant de la 
salle à manger dans le salon de compagnie, le prince vit tout 
à coup, en avant de l'orangerie, sur un gradin éclairé par des 
réverbères dissimulés dans la verdure, un tableau de fleurs à 
ses livrées*. Sur un fond de reines-marguerites rouges et vio- 
lettes était tracé, en marguerites blanches, son chiffre, accosté 
d'une inscription de même couleur en lettres hautes de six 
pieds. On lisait à gauche : « Yive le Roi », et à droite « le 
Bien-aimé. » La reine-marguerite était alors une nouveauté. La 
graine en avait été apportée de Chine par des missionnaires et 



i. Lettres sur les découvertes de M Loriot, par M. Patte, architecte du duc 
régnant de Deux-Ponts. Mercure de France^ février 1778, 190. 

2. OM886. 

3. Un appartement pour M. deNoailles (est-ce le duc d'Ayen, devenu duc de 
Noailles par la mort de son père, ou le futur maréchal de Mouchy, appelé alors 
comte de Noailles?) fut aménagé dans les combles de ces communs. OHi^Sô. 

4. Voyez sur les livrées du roi : G. Desjardins, Recherches sur les drapeaux 
français; Paris, 1774, in-8*,fig. 



36 LE lARDIH FRANÇAIS. 

semée au Jardin du roi à Paris vers i739. Elle iie produisit 
d'abord que des fleurs simples de couleur violette. Puis, la 
plante se transforma par la culture, et l'on obtint ces variétés 
doubles, à pompons, à tuyaux, blanches, roses, panachées, qui 
font maintenant, à la fin de l'été, l'ornement de nos jardins'. 
En 1772, Richard renouvela dans le fleuriste la décoration qui 
avait charmé le roi l'année précédente*. 

Quelque temps avant de prendre madame Du Barry pour 
maîtresse, Louis XV qui, même dans ses plus grands désordres, 
ne s'était jamais départi des observances religieuses, imposées 
par l'étiquette à la cour de France, avait projeté' d'annexer au 
chAlcBU du Petit-Trianon une chapelle. Sa nouvelle passion, 
sans doule, lui fit négliger l'exéculion de ce dessein; mais il y 
revint en 1772 et, le 15 novembre, donna l'ordre de construire 
promptement cet édifice. Il fui terminé l'année suivante'. 
En grande partie caché par les arbres et les communs, il ne 
laisse voir qu'un clocheton et un toit mansardé. Celle chapelle, 




éclairée de chaque cAté par deux grandes fenêtres, est lam- 

(. Duchesiie. Sur la formation des jardins; Paris, 1775, iii-8" 

2. Giiietle de Fraace. 

3. En 1767. 

4. O'IOTl. I.es plans, coupes el élévaLious sont dans le carton O'IbSe. 



LE CHATBAU. 37 

brissée dans toute sa hauteur avec une extrême simplicité. Au 
fond, deux colonnes doriques en bois, cannelées, soutiennent 
une tribune bordée par une balustrade. Sur Tautel est un ré- 
table couronné par un petit fronton et orné d'un tableau, peint 
par Vien, qui représente un trait de la légende de saint Thi- 
baut. Le sujet était bien choisi pour un lieu consacré à Thor- 
ticulture : le saint offre à Louis IX et à Marguerite de Provence, 
venus en pèlerinage à Tabbaye des Vaux-de-Cernay quelques 
jours après leur mariage, une tige de lis à onze branches, 
emblème prophétique de leur future postérité*. Dans cette 
toile, Vien qui, le premier, a représenté les Grecs et les Romains 
dans le véritable costunfie antique*, ne se montre pas moins 
novateur. Par la manière dont le sujet est traité , Taspect des 
personnages, la simplicité des attitudes, elle diffère tellement 
des tableaux contemporains qu'on la croirait peinte au xix" siècle. 
La chapelle coûta 68,500 livres'. 

Si l'on ajoute cette somme à celles que nous avons relevées 
plus haut, on trouve, pour le château et ses dépendances, un 
prix de 861,4S6 livres, 16 sous, 6 deniers. Les comptes des 
bâtiments accusaient, pour la ménagerie, de 1749 à 1753, un 
chiffre, incomplet, de 253,846 livres, 12 sous, 6 deniers. Les frais 
de jardinage, de 1754 à 1774, s'élevaient, sans compter l'entre- 
tien, à 189,373 livres, 16 sous, 1 denier. C'est donc, en ré- 
capitulant, pour Fensemblc du Petit-Trianon, pendant le règne de 
Louis XV, 1,304,677 livres, 5 sous, 1 denier, de dépense connue. 
Je ne pense pas qu'avec la dépense inconnue cela dépassât de 
beaucoup 1,400,000 livres, en vingt-cinq ans*. 

Si le nouveau palais et son jardin coûtaient cher, il faut con- 



1. 0* 1876. Ce tableau fut exposé au salon de 1775, sous le n» 3. 

2. Madame Vigée-Lebrun. Souvenirs; Paris, 1869, 2 vol. in-i2, II, it4. 

3. 0»2276. 

4. Ce total représente une moyenne de 56,000 liv. pour chaque année. I^es 
comptes des bâtiments mentionnent en outre 1,200 liv. par an pour Tentretien 
du jardin français, 800 liv. pour celui de la ménagerie ; mais on ne connaît 
pas les sommes données de la main à la main par le roi à Claude Richard. 



38 LE JARDIN FRANÇAIS. 

venir qu*on ne pouvait rien imaginer de plus charmant. Du 
château, on avait vue sur la cour plantée de charmilles et, à 
travers un ha! ha! percé dans le mur, sur les bosquets du parc 
de Versailles. Une autre face regardait le jardin botanique. Les 
fenêtres du salon de compagnie donnaient sur des parterres 
plantés de fleurs rares. La salle à manger s'ouvrait sur des 
allées de tilleuls, des cabinets de rosiers et de lilas, des 
pelouses, au bout desquelles étincelaient des jets d'eau retom- 
bant en pluie dans des bassins de marbre blanc où se jouaient 
des amours en plomb doré! C'était le plus frais, le plus soi- 
gné, le plus élégant, et le dernier des jardins français. Re- 
gardez, sur le plan de 1774 {pi. VI), derrière la grande serre 
botanique, ces bosquets aux chemins contournés, qui tran- 
chent par leur irrégularité sur l'ordonnance savante des 
allées tracées au compas : c'est le premier pas, timide encore, 
d'une mode nouvelle, venue d'Angleterre, qui va demain en- 
vahir la France et détrôner l'art de Le Nôtre. En même temps, 
il se produit, dans le style des édifices, des appartements et du 
mobilier, une modification à l'étude de laquelle il convient de 
nous arrêter un instant, parce que le Petit-Trianon en a vu le 
commencement. 



STYLE LOUIS XVI ET JARDINS ANGLO-CHINOIS 



Styles Louis XIV et Louis XV. — L'architecte Gabriel. — Essai de renaissance. 

Jardin antique, jardin fran<}ai8, jardin hollandais. 
Parc anglais. * Jardin chinois.— L'homme sensible et le jardin de la nature. 

Gessner. — Mort de Louis XV. 



Le xvii* siècle avait laissé un corps de traditions et de doc- 
trines où tout se tenait : dogmes religieux et théories philoso- 
phiques, organisation sociale, principes littéraires, productions 
de Tart et de l'industrie, tout, dis-je, jusqu'aux fantaisies de la 
mode. L'esprit, les opinions, les manières, le costume, l'habita- 
tion, l'ameublement d'un Français de ce temps-là constituent un 
ensemble où vous ne trouvez pas une disparate; il va jusqu'à se 
faire une tête de convention qui s'adapte au cadre dans lequel il 
se meut en cadence, et jusqu'à prétendre imprimer le même cachet 
au paysage qui l'entoure. L'écrivain ou l'artiste s'est tellement 
imprégné des influences de ce milieu qu'il est devenu incapable 
de traduire la littérature ou l'art des peuples étrangers sous 
d'autres formes que celles dont son intelligence et sa main ont 
contracté l'habitude. Les Grecs et les Romains de Corneille et de 
Racine ont, sur le théâtre, les panaches et la perruque du grand 
roi et parlent en héros gentilshommes. Regardez, dans les gra- 
vures de cette époque, les représentations des monuments gothi- 
ques: vous les y trouverez rajeunis à la mode de Bernin; et 
quand le père Kirscher voudra faire reproduire , dans son livre 
sur rÉgypte, les illustrations des sarcophages et des cercueils de 



tO LK JARDIN FRANÇAIS. 

momies, !e dessinateur ne pourra s'empêcher de donner aux vi- 
sages la physionomie de ses contemporains. 

Au xvui* sitclc, les formes littéraires et artistiques sont à peine 
modifiées, et dans cet ensemble harmonieux on ne constate 
encore, en 1760, l'intrusion d'aucun élément étranger, (je ne 
parle pas de la philosophie, de la religion et de la politique, qui 
n'onl rien k voir avec le sujet de ce livre). On ne sait pas davan- 
tage, dans les deux premiers tiers du xviii° siècle, traduire fîdèle- 
mcnt, et sans y mettre du sien, les monuments d'une civilisation 
différente, témoin le grand ouvrage de dom Bernard de Mont- 
faucon sur l'antiquité, aux nombreuses figures duquel co qui 
manque surtout, c'est le style antique. 

Vers 1760, dans le domaine de l'architecture, apparaît une 
nouveauté. Deux édifices bâtis par Gabriel, l'École militaire et le 
GêLTde-meuble, au lieu des contours alourdis et prétentieusement 
tourmentés de l'école du Bemin, offrent aux yeux des lignes 
droites, simples, élégantes. A Trianon, ces deux systèmes sont 
en présence et, ce qui rend la comparaison piquante, c'est dans 
deux constructions dirigées par un même architecte. De 1749 
à 1152, Gabriel, qui ne s'est pas encore affranchi de l'influence de 
D'Aviler, élève le pavillon de conversation et le décore suivant le 
goùl ilu jour. Qu'on jette un coup d'œil aussi sur les dessins des 
lambris du salon frais {pi. V), et qu'on dise si la signature d'Op- 
penord n'y fig^urerait pas à merveille. Dix ans après, le même 
Gabriel a transformé sa manière, cl il bâtit le chftteau dans un 
style nouveau auquel l'histoire de l'art donnera le nom de style 
Louis XVI, parce que c'est sous le règne du successeur de 
Louis XV qu'il est arrivé à son entier épanouissement. 

\ic cliilleau du Petit-Trianon est d'autant plus intéressant à 
étudier sous ce rapport qu'il marque, surtout dans la décoration 
intérieure, la transition entre les deux genres. Dans les salles à 
manger, dans le cabinet du roi et le salon de compagnie, se voient 
les trophées, les attributs chers à l'ancienne école; mais, si la 
coquille traditionnelle et son entourage ordinaire, au sommet des 
panneaux rappellent le style Pompadour, les chaînes de fleurs et 



8TTLB LOUIS XYI BT JARDINS AMaLO-CHINOIS. 41 

de fruits sculptées dans la partie inférieure s'inspirent de l'élé- 
gance sobre de l'antique. Rien surtout n'est plus remarquable que 
les soubassements du salon de compagnie, avec ce fonds de 
tournesols en demi-relief et ces branches de lis sous des cou- 
ronnes de roses*; et encore les cheminées de cette pièce et 
de la grande salle à manger, toutes deux coupées carrément : 
celle-ci, reposant sur deux têtes de bélier et couverte de pommes, 
de poires, de raisins; l'autre, ornée d'une fleur de lis au 
milieu d'un entourage d'asters et de lauriers, avec de grosses 
guirlandes de feuilles retombant le long des montants'. Que l'on 
compare toute cette décoration {pi. VIII), avec celle du salon frais 
{pL V), et l'on appréciera l'originalité de la seconde manière de 
Gabriel. 

D'où pouvait venir ce changement dans les idées du premier 
architecte du roi? Le voici : depuis plusieurs années, un groupe 
d*artistes essayait de réagir contre les méhodes de D'Aviler et 
d'Oppenord, en étudiant de plus près les beaux modèles de l'anti- 
quité classique. François Blondel, professeur à l'académie royale 
d'architecture, était à la tête de ce mouvement. Un de ses élèves, 
Jean-David Le Roy', voulut remonter à la source même de l'art 
et, laissant Rome qui, seule jusque-là, avait donné matière 
aux observations des architectes, il alla en Grèce étudier les 
œuvres des maîtres. Il en rapporta, au moment où se préparaient 
les projets de l'École militaire et du Garde-meuble, une impor- 
tante collection de dessins \ Leur vue donna sans doute une im- 



i. Toute celte admirable menuiserie a été exécutée par Guesnon et Clicot. 

2. Ces sculptures sont de Guibert. 

3. Fils de Thorloger Julien Le Roy. Il eut deux frères qui se distinguèrent : 
Tun, chimiste et médecin très en vogue, se nommait Charles; Fautre, Pierre, 
suivit la carrière paternelle et perfectionna les chronomètres marins. 

4. Le Roy les publia avec un texte explicatif sous ce litre : Les rttmes des 
plus beaux monumens de la Grèce; Paris, 1758, in-f^ mai. flg. Une seconde 
édition, corrigée et augmentée, parut en 1770. — L'année précédente, on avait 
édité à Londres, en français, un ouvrage du même genre : Les ruines de 
Balbec, autrement dite Héliopolis, danslaCœlosyriey par Robert Wood, in-folio, 

flg. 



42 LE JARDIN FRANÇAIS. 

pulsion nouvelle au talent de Gabriel, qui se mit à suivre plus 
directement l'antiquité, comme on faisait auxvi"* siècle, sans la co- 
pifu* servilement. Les formes qu'il lui emprunta passèrent bientôt 
de la façade extérieure aux appartements, et des lambris au mo- 
bilier. C'est alors qu'on vit naître, dans toutes les branches de la 
décoration, ces ouvrages d'un goût si fin et si délicat que les ama- 
teurs se disputent aujourd'hui. On put croire, un moment, qu'un 
rameau vigoureux allait repousser et fleurir sur le vieux tronc de 
la Renaissance; malheureusement la sèVe manqua. Dans ce re- 
tour à l'antiquité, l'archéologue étouffa l'artiste. 

Les générations qui se succédèrent de François P' à Louis XV 
se Nourrirent, à la vérité, constamment des œuvres classiques, 
dont l'influence sur les lettres et les arts est sensible durant ces 
trois siècles; mais cet aliment, elles le digéraient pour l'identifier, 
en le transformant, avec les idées et le goût dominants. C'est en- 
core là ce que firent Gabriel et son école. Mais Le Roy lui-même 
ne saura se tenir dans de si sages limites. Professeur adjoint à 
l'académie royale d'architecture, puis titulaire à la mort de 
Blondel*, il en viendra, dans son enseignement, àproscrire tout ce 
qui n'est pas exclusivement grec ou romain'. La diffusion des 
théories de Winkelmann* achèvera cette révolution du goût, et 
le culte de l'antiquité sera poussé jusqu'au fanatisme. Il ne s'agi- 
ra plus de s'en inspirer, il faudra la reproduire scrupuleusement. 
L'exhumation d'Herculanum et la publication des peintures -et 
des bronzes retrouvés sous ses ruines viennent à point* pour 
fournir des modèles que l'on copiera partout. Les artistes ac- 
querront peu à peu, pour l'interprétation des styles étrangers, 
l'aptitude qui leur manquait, mais ce sera aux dépens de l'origi- 



1. Il ea était en même temps rhistorîographe. OM084. 

2. Il osera plus tard prendre l'initiative d'une reconstruction complète du 
château de Versailles, du côté de la ville, dans le goût greco-romain. Dussieux, 
Le château de Versailles; Versailles, L. Bernard, i88i, 2 v. in-8*, II, 70. 

3. Une première traduction de L'art dans l'antiquité, à la vérité très défec- 
tueuse, parut dès i764« 

4. Le Antichità di Ercolano; Napoli, 1757-92, 9 v, gr. in-P>. 



^^^^^^Ir 




/ 



STYLE LOUIS XVI BT JARDINS ANGLO-CHINOIS. 43 

nalilé : la France se couvrira de pastiches. En transportant dans 
notre pays, sans les modifier par un travail d'assimilation, les 
formes créées par des peuples qui vivaient dans d'autres temps et 
sous d'autres climats, avec des lois, des usages, des besoins diffé- 
rents, on rompra cette harmonie que nous signalions tout à 
l'heure, à tous les degrés de l'échelle, dans le domaine de l'art et 
de l'industrie. Nous avons vu, à Trianon, naître le style nouveau 
et briller d'un vif éclat; nous ne tarderons pas à y constater les 
premiers symptômes de sa décadence. 

Cependant, en faisant revivre les traditions artistiques de l'an- 
tiquité, la mode se sépara d'elle sur un point où jusque-là elle lui 
était demeurée fidèlement attachée. Si, dans les peintures d'Her- 
culanum*, on examine les jardins qui entourent les édifices, on 
remarque, que, conformément à la description de Pline le jeune, 
ils sont ornés de berceaux, de statues, de jets d'eau, d'arbres 
taillés, absolument semblables à ceux qui décoraient les alen- 
tours des résidences royales et seigneuriales, au temps de 
Louis XIY. La France avait pris cet art à l'Italie qui le tenait de 
l'ancienne Home. Il s'agissait avant tout, dans ce système, de 
dompter la nature : le constructeur trouvait, dans les bosquets et 
les parterres, un prétexte à des dessins d'architecture ; le jardinier 
traitait les arbres comme le coiffeur accommode la barbe et les 
cheveux ; et l'eau n'existait que pour mettre en valeur les talents 
du fontainier, qui la faisait tomber en nappe sur des buffets de 
marbre, en dais sur la tète des statues, en gouttes des cheveux 
tordus d'une Vénus dans sa coquille', ou jaillir en coup de feu 
du canon d'un fusil braqué sur le spectateur'. Les Hollandais 
imaginèrent même une sorte de jardin qu'on pourrait appeler mi- 
néralogique, où il n'entrait pas un atome de feuillage : ce n'étaient 
que pans de murs garnis de rocailles, parterres de cailloux blancs. 



i. T.I-V. 

2, Voy. à la bibliothèque nationale, au cabinet des estampes, un Irès cu- 
rieux recueil factice in-folio, coté H d 84. 

3. Le père Rapin. Hortorum libri IV; Amsterdam, 1782, in-8<^. 



44 LB JARDIN PRAMÇAI9. 

rouges, jaunes, noirs, vases de faïence, oiseaux dorés, statues 
d'hommes et d'animaux en coquillage, jets d'eau de verre dans 
dca bassins d'écaillé, et, parmi, quelques carrés de tulipes au de 
jacinthes'. Sans aller si loin en France, il y avait souvent dans 
tes bosquets .plus de treillages que d'arbres, et la perspective d'un 
paysage peint sur une muraille au bout d'une allée de charmille 
passait [Kiur une in vciiliinimiTVi-lMi'iisi''. <' .le suis |ici'snii(li',"i''iTi- 
vail Ji'!in-Jafiiu('s-R()ussfau,eii Hlit, « (jm'li'IriiipR appruclu' m'i 
l'on ne voudra plus dans les jardina rien de ce qui se trouve dans 
la campagne : nn n'y souffrira plus ni plantes, ni arbrisseaux ; on 
n'y mpttra que des fleurs de porcelaine, des magots, du sable de 
Inutos couleurs et de beaus vases pleins de rien'. » 

Remarquez que la lettre de la Nouvelle Néloïse, d'ofi esl extrait 
ce passage, est adressée il milord Edouard qui joue dans le ro- 
man le rôle d'homme supérieur. A ce moment, il n'est pas. ù 
Paris, de société qui n'ait son observateur anglais, jugeant de 
liant tout ce qu'il voit et eu imposant par son flegme h la légè- 
reté française. Le plus célèbre, Uorace Walpole, du cercle de 
madame Du Deffand, critique, entre autres clinses, le jardin fran- 
i;ais. el sa monotone symétrie, et son enceinte murée, tlérobant 
au promeneur l'aspect lie la campagne'. Il lui oppose le pan- 
anglais qui, depuis quelques années, s'était dégagé des en- 
traves de la règle et du compas pour prendre des allures moins 
uniformes. Les Anglais, dont les habitations seigneuriales étaient 
entourées de terrains immenses, n'avaient pu comprendre dans 
une clôture la campagne tout entière, el, après avoir régularisé 
Ce qui se Irouvaîl Ji proximité du chftteau, ils iivaieiil du laisser le 



1. Jardins de H. Oeck près de Rollerdam, et de I*into. Coup d'œil sur 
Be((pi/, par le prince de Ligne; 1781, in-8". 

2. Collection l.erouge. Cali. I, pi. 6, jardin de H. de La Bossière, rue de 
Clichy : cah. XII, page i el pi. t. 

3. Nouwllf Héloise. 4' psrtie, lellre XI, noie. 

4. Horace Walpole attribue hlort aux Anglais l'invenlion des Ha! Ha!, ou- 
vertures percées dans les murs des parcs. Le jardin du Grand-Tri a non en 
avoil déjh au ivii» siècle. 



STTLB LOUIS XVI BT JARDINS ANGLO-CHINOIS. 48 

reste à lui-même. Là, s'étendaient de vastes prairies à travers les- 
quelles les eaux suivaient librement leur cours; là, le lierre jetait 
spontanément sa parure sur les vieilles murailles des donjons 
et des chapelles en ruine; là, croissaient des arbres, vierges de la 
serpe du jardinier, avec des grâces naturelles dont on avait fini 
par sentir le charme. 

L'Europe apprit alors, par les relations des missionnaires* et 
des voyageurs, que, depuis des siècles, les Chinois avaient érigé 
en système réglé ce qui n'était encore, en Angleterre, qu'une pra- 
tique non raisonnée. Ils admettaient, dans le voisinage des mai- 
sons, des jardins symétriques; mais ils avaient, pour les grands 
espaces, une manière plus large qui utilisait les accidents natu- 
rels, en vue de ménager une série de tableaux riants, sévères, 
terribles même. A la suite de la publication, en 1756, du Traité 
des édifices chinois^ par l'ingénieur Chambers', l'engouement 
pour la méthode chinoise devint général chez les Anglais. Ho- 
race Walpole a retracé, dans un charmant petit livre plein d'é- 
rudition et d'esprit', l'histoire des progrès du jardinage chez ses 
compatriotes. Se fondant sur la nature du terrain, l'exiguïté des 
propriétés et la perversion du goût en France, il y exprime l'opi- 
nion que cet art exotique n'a aucune chance de réussir dans 
notre pays *. 

i . Le premier qui ait envoyé une description des jardins chinois est le frère 
jésuite Attiret, d^origine franc-comtoise, peintre de Tempereur de la Chine, 
dans une lettre datée de Pékin (i«' novembre 1743), publiée dans les Lettres 
édifiantes, 

2. lia été traduit en français et publié, en 1776, dans la collection Lerou(;e, 
dont il forme le 5" cahier. 

3. Essay on modetTi gardening. Publié en anglais en 17T0, il a été traduit 
en français par le duc de Nivernais : Essai sur l'art des jardins modernes; 
Strawbeiry-Hill, i785, in-4% 

4. On trouve répété partout, sans preuve d'ailleurs, que la première idée 
du jardin dit anglais est d*un français, Tauteur comique Dufresny, sieur de 
La Rivière, dessinateur des jardins du roi, sous Louis XIV. L'auteur de la vie 
placée en tête de ses œuvres (Paris, i747, 4 v. in-8*) dit de lui : • Il ne tra- 
vaillait avec plaisir que sur un terrain inégal et irrégulier. 11 lui fallait des 
obstacles à vaincre, et quand la nature ne lui en offrait pas, il s'en donnait à 
lui-même, c'est-à-dire que, d'un emplacement régulier et d'un terrain uni, 



46 LE JARDIN FRANÇAIS. 

Son pronostic, pas plus que celui de Jean-Jacques Rousseau^ 
ne devait être justifié par les faits. Le livre de Walpole n'était 
point encore traduit en français, que les jardins anglo-chinois 
couvraient les environs de Paris et que la mode nouvelle gagnait 
les provinces les plus éloignées*; et presque au lendemain de la 
première édition de la Nouvelle Héloîse^ un grand propriétaire 
entreprenait la plantation de ce parc célèbre, où le philosophe 
devait trouver une retraite et un tombeau. L'heure était propice, 
au contraire, en France, à une transformation de ce genre. « Les 
discours sont épuisés, » dit le créateur même des jardins « paysa- 
gers » d'Ermenonville', « l'esprit est devenu moins rare que le 
sens commun; il n'y a plus que la nouveauté qui puisse frapper 
les hommes. Le moment où, à force de s'en écarter, ce qu'il y a 
de plus nouveau pour eux, cest la nature^ est le moment de les y 
ramener, en les conduisant à en connaître et à en sentir tous les 
charmes. » Assurément, avant celte époque, on n'était pas 
étranger à Timpression que produisent sur tout être pensant les 
spectacles sublimes ou gracieux de la création'; et les idées, les 
appétits, les sensations qui forment le fonds primitif de l'âme 
humaine vivaient toujours cachés sous l'écorce dont l'éducation 
religieuse et sociale les avait enveloppés; mais c'était à l'état 



il en faisait un montueux, afin, disail-il, de varier les objets en les multipliant ; 
et pour se garantir des vues voisines, il leur opposait des élévations de terre 
qui formaient en même temps des belvédèi^s. » On voit que c'est tout le con- 
traire d'un jardin naturel. Le biographe cite diverses créations de Dufresny : 
les jardins de Tabbé Pajot, près de Vincennes ; de Mignaux, près de Poissy ; du 
Moulin et du Chemin-Creux, au faubourg Saint-Antoine. Lerougenous a con- 
servé le plan de celui de Tabbé Pajot (cah. I, pi. i2). C*est un jardin d'un genre 
tellement français que Lerouge Tatlribue à Le Nôtre. 

i. Baronne d'Oberkirch. Mémoires; Paris i853, 2 v. in- 18, I, 39. 

2. De la composition des paysages ou des moyens d'embellir la nature autour 
des habitations, etc., par R. L. Gérardin, mestre de camp de dragons, vicomte 
d'Ermenonville; Genève, 1877, in-8". Voy. les plans et vues de ces jardins 
dans ta collection Lerouge, cah. lU, pi. 18-22; cah. IX, pi. 45 ; cah. XII, 
pi. 13 ; —dans la Description delà France {Pa.nSj 1786, in-folio, fîg.) ; — dans 
la Description des nouveaux jardins de la France, par Alex, de Laborde (Paris, 
1808, in-folio, fig.). D'Argenville en parle aussi dans son édition du Voyage 
pittoresque des environs de Paris, de 1779. 



STTLB LOUIS XYI ET JARDINS ANGLO-CHINOIS. 47 

latent et inconscient pour ainsi dire. A la fin du xYin*" siècle, 
rintelligence et le sentiment de la nature deviennent toute une 
philosophie. On écarte de parti pris l'appareil de la civilisation 
pour mettre en pleine lumière l'homme de la nature, C homme 
sensible. C'est en vertu de la même théorie qu'on va proscrire 
partout cet étalage de plomb et de marbre qui décoraient les ap- 
proches des palais et des châteaux, pour les remplacer par des 
objets vraiment champêtres, et entourer l'habitation de l'homme 
sensible du jardin de la nature. 

Yoilà ce que recèlent ces petits bosquets de forme insolite dont 
je signalais tout à l'heure l'introduction dans un coin du nouveau 
Trianon. C'est l'influence anglaise, bientôt suivie de l'influence 
germanique, qui fait brèche dans la vieille forteresse, d'où l'esprit 
français, impénétrable jusqu'alors à tout ce qui n'était pas de 
source latine, avait, pendant près de deux siècles, exercé sur l'Eu- 
rope entière une suprématie incontestée. 

Il existe un témoin peu cité, mais bien curieux, des premiers 
instants de cette transformation du goût. C'est une traduction 
en français des idylles de Gessner, publiée en 1773, avec 
des illustrations dessinées et gravées par l'auteur lui-même. 
Dans les poésies, Gessner a essayé, non sans succès, de s'appro- 
prier le style et l'esprit de l'antiquité : c'est l'aurore d'André 
Chénier. Dans les gravures, il tranche sur la manière de ses con- 
temporains. Ses bergers à la chevelure flottante, à la tunique 
serrée à la taille, ses femmes demi-nues, aux cheveux relevés 
comme ceux de Diane ou dt^ Vénus, ressemblent à des statues 
antiques. Les paysages qui leur servent de cadre ont l'aspect 
vraiment agreste. On sera plus frappé encore de l'originalité de 
l'œuvre de Gessner, si on la compare à une édition, postérieure 
de deux années (1775), des idylles de Berquin, qui, dans ses 
vers, a imité Gessner, édition ornée de délicieuses composi- 
tions de Marilier; ici, les bergères sont toujours en robes à pa- 
niers et en corsages à pointe, comme dans les tableaux de Bou- 
cher et de Lancret. L'ouvrage de Gessner finit par une lettre 
sur le paysage ; en tête, la place d'honneur est laissée à deux 



48 LB JARDIN FRANÇAIS. 

contes OÙ Diderot met en scène des ouvriers, des paysans, ces 
petites gens, jusque-là si dédaignés des poètes et des artistes, et 
que Greuze, de son côté, faisait vivre sur ses toiles charmantes. 
Des motifs d'architecture et des guirlandes, qu'on croirait copiés 
sur les ornements de Trianon, tant ils sont inspirés par le même 
esprit, décorent le titre et les fins de chapitres. Toute l'évolution 
qui s'opère est indiquée dans ce volume : sentiment de l'antique 
et de la nature, admission du peuple dans le domaine de l'art; et 
de plus c'est un livre allemand, l'un des premiers traduits de 
cette langue en français. Nous allons suivre, à Trianon, dans un 
milieu particulièrement intéressant, le développement de cette 
révolution dont les fruits ne devaient arriver à maturité qu'au 
XIX* siècle. Le successeur de Louis XI Y ne savait pas si bien dire, 
lorsqu'il parlait si légèrement de la fin du monde après lui. C'est 
en effet tout un monde littéraire, artistique, social, qui va s'é- 
teindre avec son règne, faisant place à une ère nouvelle. 

Louis XV ressentit, au Petit-Trianon, les premières atteintes du 
mal dont il devait mourir si rapidement; il l'y aurait même corf- 
tracté dans une orgie, si l'on en croyait les anecdo tiers du siècle 
dernier. On en publia un très scandaleux récit qui fit le tour de 
l'Europe*. Comme M. Yatel en a démontré la fausseté, il est inu- 
tile de le rappeler ici*. Le roi était venu à Trianon, le mardi 
26 avril 1774, pour y passer quelques jours en compagnie de sa 
maîtresse. Le lendemain de son arrivée, il se trouva « incom- 
modé de douleurs de tète, de frissons et de courbature. La crainte 
qu'il avait de se constituer malade, ou l'espérance du bien que 
pourrait lui faire l'exercice l'engagea à ne rien changer à l'ordre 
qu'il avait donné la veille. Il partit en voiture pour la chasse ; 
mais, se sentant plus incommodé, il ne monta pas à cheval, 
resta en carrosse, fit chasser, se plaignit un peu de son mal, et 



i. Le chev. d*Ârnelh et Geffroy. Correspondance secrète entre Marie -Thérèse 
et le comte de Mercy-Argenteau; Paris, 1874, 3 v. in-S*»,!!, 137. 

2. Valel. Histoire de madame Du Barry; Versailles, L. Bernard, 1883, 3 v, 
iu-i8, n, c. zzviii. 



STTLB LOUIS XVI ET JARDINS ANGLO-CHINOIS. 49 

revînt à Trianon vers cinq heures et demie, s'enferma chez^ ma- 
dame Du Barry, où il prit plusieurs lavements. » Il ne mangea 
rien à souper, se coucha de fort bonne heure ; mais le mal s'ag- 
grava pendant la nuit. On appela le premier médecin ordinaire, 
Lemonnier, qui lui trouva de la fièvre. « L'inquiétude et la peur 
prirent au Roi ; il fit éveiller madame Du Barry. » Cependant ni 
la favorite ni le médecin, « qui connaissaient sa disposition na- 
turelle à s'effrayer d'un rien, » ne crurent à une maladie sé- 
rieuse. Le duc de La Rochefoucauld, grand maître en survivance 
de la garde-robe, qui a laissé une relation des derniers moments 
de Louis XV, écrite avec un parti pris évident de dénigrement 
contre les amis du duc d'Aiguillon*, prétend que madame Du 
Barry, sur le conseil du premier ministre, se proposait de sé- 
questrer son royal amant pour tirer avantage des soins qu'elle 
lui rendrait seule, et qu'elle fut aidée dans ce dessein par la 
« bassesse » du duc d'Aumont, premier gentilhomme de la 
chambre, qui, « au mépris de son devoir, renonça au droit qu'il 
avait d'entrer chez le Roi, d'en savoir des nouvelles lui-même, de 
le servir, pour empêcher d'entrer ceux qui avaient le même droit 
que lui, et pour laisser le Roi malade passer honteusement la 
journée à un quart de lieue de ses enfants, entre sa maîtresse et 
son valet de chambre. » 

A trois heures, personne n'avait encore pu pénétrer chez le 
roi. La nouvelle de son indisposition avait néanmoins transpiré 
jusqu'à Versailles. Mais la famille royale n'osait pas aller à 
Trianon sans y être mandée. Lemonnier, incertain de la suite 
que pouvait avoir cette incommodité, n'avait pas le courage, 
malgré l'embarras du service dans une chambre aussi petite, de 
s'opposer à la volonté de madame Du Barry. Il fallut, toujours 
d'après le duc de La Rochefoucauld, l'intervention de La Marti- 



I . On y sent aussi un levain de rancune de la gàrde-robe contre la chambre 
du roi. M. de la Rochefoucauld n*était pas présent à Trianon ; il ne vint, de 
son aveu, que fort tard dans la soirée à Versailles. — Mémoire sur ladenûère 
maladie de l^ouis XV, fragment publié par Sainte-Beuve dans les Derniers 
poHraUs littéraires; Paris, 4852, in-18. 

4 



50 LK JARDIN FRANÇAIS, 

nière, premier chirurgien, qui avait pris sur Tesprit du roi un 
grand ascendant et s'était habitué à lui parler a avec une liberté 
tenant de la familiarité et même de Tindécence. » La Martiniëre 
décida facilement le roi, « qui n'avait jamais eu dans sa vie que 
la volonté des autres, à quitter Trianon. » Dans la conversation 
qu'il eut avec lui à ce sujet, ce prince lui dit, « en lui parlant de 
sa maladie et de la diminution journalière de ses forces : « Je 
« sens qu'il faut enrayer. — Sentez plutôt, » lui répliqua le chi- 
rurgien, « qu'il faut dételer. » La vérité est que tout le monde 
crut Louis XY atteint seulement d'une forte indigestion, et que dès 
qu'on s'aperçut que le mal, non encore défini, prenait une mau- 
vaise tournure, ce fut Lemonnier lui-même qui demanda au roi 
de rentrer à Versailles \ On appela auprès de lui les grands offi- 
ciers de sa maison : le prince de Condé, grand maître, le prince 
de Beauvau, capitaine des gardes du corps de service pendant le 
quartier d'avril, et le comte de Boisgelin, maître de la garde- 
robe, qui furent introduits dans sa chambre à quatre heures. Ils 
le trouvèrent « très affaissé, très inquiet et très plaignant; mais 
ils jugèrent son état moins inquiétant et moins douloureux qu'il 
ne le disait, par la connaissance qu'ils avaient de sa pusillani- 
mité. » Cependant on avait envoyé chercher les carrosses. Le 
roi, en robe de chambre, se laissa porter dans sa voiture, « se 
plaignant beaucoup de mal de tête, de maux de reins, de maux 
de cœur. » On le conduisit au pas à Versailles, où il se coucha 
en arrivant. « Ses plaintes continuelles, ses inquiétudes, sa pro- 
fonde tristesse confirmèrent M. de Beauvau et les autres dans 
l'opinion qu'ils avaient de sa faiblesse et de sa peur; et il n'y 
avait personne à Trianon ou à Versailles qui imaginât encore 
que l'incommodité du Roi pût être le commencement d'une ma- 
ladie. » On se trompait : le lendemain, se déclara une petite vé- 
role confluente qui l'emporta, le 10 mai 1774*. 

i. Hardy. Journal des événements tels qu'ils parviennent à ma connaissance, 
2 mai. Bibliot. nat. Mss. S. F. 2886. 

2. Voy. la suite du récit de la mort de Louis XV, dans les Dermers portraits 
de Sainte-Beuve et ÏHistoire de madame Du Barry, par Vatel. 



DEUXIÈME PAHTIE 



LE JARDIN ANGLAIS 



DEUXIÈME PARTIE 



LE JARDIN ANGLAIS 



I 



LE JARDIN DE LA REINE 

1774 

Goût du jardinage. — MoDceau. — Don du Pctit-Trianon à Marie-Antoinette. 

Louis XVI. — Le Petit-Vienne. 
Monsieur, le comte d*Artois, Madame, la comtesse d'Artois, Mesdames tantes. 

Suppression du jardin botanique. 



La comédie intime et le jardinage furent les deux goûts domi- 
nants de la société française pendant les années qui précédèrent 
la Révolution. Personne, sous ce rapport, n'a été plus de son 
temps que la reine Marie- Antoinette. Madame Gampan' nous a 
raconté comment, dauphine, elle s'essayait en cachette au rôle 
d'actrice avec ses beaux-frères et ses belles-sœurs, et nous la 
verrons, à Trianon, satisfaire hautement sa passion pour le théâtre. 
Le jardinage n'avait pas moins d'attraits pour la jeune famille 
royale. En attendant qu'ils pussent remuer eux-mêmes la terre à 

\, Mémoires: Paris, ^823, 3 v. in-8», I, 71. 



54 LE JARDIN ANGLAIS. 

Bagatelle' et à Brunoy', les frères du roi se faisaient peindre en 
jardiniers ; Tun, cueillant à un cep une grappe de raisins pour sa 
belle-sœur, la comtesse de Provence; l'autre, une bêche à la 
main, offrant à la comtesse d'Artois la fameuse prune de Mon- 
sieur'. On visitait les jardins célèbres : la dauphine, au mois 
d'octobre 1773, alla voir celui du maréchal de Biron*. C'était, 
comme le Petit-Trianon de Louis XV, un jardin français, avec 
des potagers, des fleuristes et des serres pour les plantes rares. 
On citait comme un prodige ce fait que le magnolia grandiflora y 
avait fleuri deux années de suite. Les amateurs appréciaient sur- 
tout les carrés de tulipes et une collection d'asters qui ne comp- 
tait pas moins de vingt espèces différentes. Les parterres et les 
terrasses étaient ornés de dix mille pots de faïence dont on 
changeait les fleurs suivant les saisons. II y avait aussi, dit 
Lerouge, dans les allées et dans les bosquets, « quantité de fau- 
teuils et de canapés artistement cachés sous des toiles cirées *. » 
Marie -Antoinette dut s'intéresser davantage au jardin que 
le duc de Chartres venait de terminer dans la plaine de Mon- 
ceau (on disait aussi Monceau). Il était à la mode anglaise, et 
rempli des nouveautés les plus variées et les plus galantes. On y 
voyait les ruines d'un sanctuaire de Mars, d'un cirque et d'une 
naumachie, et un temple circulaire en marbre blanc, et un moulin 
hollandais sur des rochers, et un minaret mauresque au sommet 
d'une butte. Le cours d'eau qui serpentait à travers les pelouses 



f . Lerouge, cah. XII, pi. 2, 18, 19. — Description de la France, etc. 

2. Lerouge, cah. YIll, pi. 26 et 27. 

3. Ces deux tableaux sont de Drouais. Ils appartiennent aujourd'hui à 
M. Ed. de Rotschild. Le couple de Provence est en bleu, celui d*Âr(ois en 
rose. Les princesses sont costumées en bergères. 

4. Mercy, II, 54. Ce jardin était situé rue de Varenne, près des Invalides. Il 
avait une étendue de 14 arpents. Il appartient aujourd'hui au Sacré-Ckeur. 
— D'après Lerouge, cah. I, pi. 24, la reine visita aussi le jardin de M. de La 
Bossière, rue de Glichy ; c'était un jardin français. On en trouve les plans 
dans la collection Lerouge, cah. 1, pi. 6, et cah. XII, pi. 1. 

5. Lerouge, cah. I, pi. 9, iO, 24, cah. XII, pi. 17, 18. Horace Walpole, 
Essay, etc. C'est 0,000 pots seulement, d'après ce dernier. 



LB JARDIN DV LA RBINB. ft5 

conduisait à une première lie où paissaient des moutons, et plus 
loin à une autre entièrement couverte de fleurs. Ailleurs, c'était 
un bois parsemé de mausolées qui conviait Tâme à de mélanco- 
liques réflexions; à côté, des parterres jaunes, bleus, roses, sy- 
métriquement disposés parmi des bocages, offraient à imagi- 
nation une scène plus riante. Il y avait aussi des tentes turques 
et iartares, un merveilleux jeu de bague chinois, enfin, un jardin 
d'hiver avec une grolle délicieuse où s'entendaient les sons 
adoucis d'un orchestre caché*. Un autre prince du sang avait 
caché dans une ile, au milieu des pompeux bosquets plantés 
par le grand Condé, un charmant petit jardin anglais avec une 
miniature de village*. 

A leur exemple, Marie- Antoinette désirait posséder, comme la 
Julie de Jean-Jacques, son Elysée*^ où elle pût se distraire de la 
monotonie du parc de Versailles, et voir autre chose que les ifs, 
les bronzes, quelque admirables qu'ils fussent, et les bassins de 
marbre de cette immense terrasse brûlée du soleil ou balayée 
par le vent et la pluie, que cet horizon du grand canal encadré 
dans les deux rangées d'arbres qui bordent le tapis vert, que ces 
simpitemels quinconces, charmilles, boulingrins. 

Tourniquets d*aiinables buissons, 
Bosquets tondus où les fauvettes 
Cherchent, en pleurant, leurs chansons, 
Où les dieux font tant de façons 
Pour vivre à sec dans leurs cuvettes ^. 

Elle n'était pas moins fatiguée de l'étiquette qui régnait dans ce 

\. Jardin de Monceau; Paris, 1779, in-folio, flg. — Lerouge. cah. IX, pt. 4; 
cah, \, pi. 2, 3, 11 : cah. XI, pi. 19; cah* XXI, pi. 6. — Delille, Les jardins; 
Paris, 1782, chant. II. — Le duc de Chartres avait encore un autre jardin 
anglais, d*un genre plus naturel, à Saint-Leu-Tavernj, qui avait été établi par 
M. de La Borde. Voy. M"« de Gen\hy Mémoires ; Paris, 1825, 10 v. in-8% III, 
154, et Lerouge, cah. XIL pi. 3 et 9. 

2. Voy. plus loin : m* partie, Le Hameau, I. 

3. Nouvelle Hélotse, W partie, lettre XL 

4. A. de Musset. Poésies n(mvelles, Sur trois marches de marbre rose. 



56 LB JARDIN ANGLAIS. 

palais solennel. La cour d'Autriche ne l'avait pas habituée à 
cette représentation de tous les instants. Elle voulait un coin à 
elle, où elle pût s'affranchir de cette contrainte et vivre de temps 
en temps à sa guise. « Depuis longtemps », écrit à la date du 
7 juin 1774 le comte de Mercy-Argenteau*, ambassadeur d'Au- 
triche en France, à l'impératrice Marie-Thérèse, « et lorsque ma- 
dame l'Archiduchesse était encore dauphine, elle désirait beau- 
coup d'avoir une maison de campagne à elle en propre, et elle 
s'était formé plusieurs petits projets à cet égard. A la mort du 
Roi, le comte et la comtesse de Noailles suggérèrent le Petit- 
Trianon. . . Au premier mot que S. M. prononça au Roi (Louis XVI) 
du Petit-Trianon , il répondit avec un vrai empressement que 
cette maison de plaisance était à la Reine, et qu'il était charmé de 
lui en faire don. Cette maison, » ajoute l'ambassadeur, « est à un 
quart de lieue du château de Versailles ; elle est très agréable- 
ment bâtie, fort ornée, avec de jolis jardins, et un jardin séparé- 
ment destiné à la culture des plantes et des arbustes étrangers. » 
C'est ainsi que la résidence favorite de Louis XV devint la pro- 
priété de Marie- Antoinette. 

Les gazetiers portèrent aussitôt le fait à la connaissance du 
public. D'après la version recueillie par l'abbé Beaudeau* : « Vous 
aimez les fleurs, » aurait dit Louis XVI à la jeune reine, « eh 
bien ! j'ai un bouquet à vous donner : c'est le Petit-Trianon. » Les 
Mémoires secrets* rapportent un propos plus galant : « Madame, 
ces beaux lieux ont toujours été le séjour des favorites des rois ; 
conséquemment, ils doivent être le vôtre. » Quand on a vu, dans 
la correspondance de Mercy, la profonde horreur que le dauphin 
et la dauphine avaient de madame Du Barry, on sait ce qu'il faut 
penser d'une pareille fadeur, improvisée après coup, comme la 
plupart d'ailleurs des mots soi-disant historiques. 

« La Reine », ajoutent les Mémoires secrets^ « a été très sen- 



1. II, 16?. 

2. Journal publié dans la Revue rétrospective^ 1" séiie, v. 111. 

3. 24 mai 1774. 



LB JARDIN DB LA RBINE. 57 

sible à ce cadeau.... Elle a répondu au Roi en riant qu'elle accep- 
tait le Petit-Trianon, à condition qu'il n'y viendrait que lorsqu'il 
y serait invité. » Quelque étrange que puisse paraître une telle 
condition , elle n*est cependant pas éloignée de toute vraisem- 
blance. Mercy remarque que la reine « se formait une trop mince 
idée du caractère et des facultés morales de son époux *. » Dévoué 
au bien public, économe jusqu'à la minutie, réglé dans ses habi- 
tudes, laborieux et appliqué, sérieusement instruit, ses qualités 
mêmes n'étaient pas de nature à être appréciées par une petite 
tète frivole et dissipée. Ce n'étaient pas ses goûts qui pouvaient 
le rendre attrayant : il n'aimait que la chasse et les travaux mé- 
caniques. « Le Roi, » disait le marquis de Créquy, « est un serru- 
rier. » Gauche dans ses manières, avec une démarche lourde et 
comme titubante, d'un embonpoint précoce; d'ailleurs irrésolu, 
débonnaire jusqu'à la faiblesse, malgré des coups de boutoir par- 
fois désobligeants, absolument nul alors au point de vue con- 
jugal, il n'avait rien qui pût inspirer à une jeune femme l'amour 
ou le respect. Marie- Antoinette l'appelait « le pauvre homme » 
dans le cercle de ses intimes, où, quand il gênait, on avançait la 
pendule pour le faire aller coucher plus tôt*. Il n'est donc pas 
étonnant qu'elle ne voulût pas en être embarrassée, dans la re- 
traite où elle rêvait d'échapper à tout ce qui l'ennuyait à la cour. 
Exprimée ou non, la condition dont parlent les Mémoires secrets 
sera tenue : en fait, jamais Louis XYI ne partagera l'appartement 
de la reine au Petit-Trianon. Il viendra se promener dans le jardin, 
dînera, soupera au château, puis il rentrera régulièrement à Ver- 
sailles^ 

En parlant du don fait à Marie- Antoinette, les Mémoires secrets 
notent que cette résidence « a changé de nom et s'appelle au- 
jourd'hui le Petit- Vienne. » A ce sujet, madame Campan raconte 



i. III, 137. 

2. Voy. Madame Campaiii Besenval , le comte d*Hézecques, le prince de 
Ligne, Mercy, etc. 

3. On en trouvera la preuve dans la suite de ce récit. 



58 LB JARDTN ANaLAIS. 

assez longuement une anecdote qui a servi à fabriquer un auto- 
graphe, publié par M. d'HunoIstein*. « Dans les premiers temps 
où la reine fut en possession du Petit-Trianon, on répandit dans 
quelques sociétés qu'elle en avait changé le nom et lui avait 
substitué celui de Petit- Vienne ouPetit-Schœnbrunn. Un homme 
de la cour, assez simple pour croire légèrement à ce bruit, et 
désirant entrer avec sa société dans ce jardin, écrivit à M. Cam- 
pan pour en demander la permission à la reine. Il avait, dans son 
billet, appelé Trianon : le Petit-Vienne. L'usage était de mettre 
les demandes de ce genre... sous les yeux de S. M... qui ac- 
cordait elle-même les permissions... Quand elle lut ces mots, elle 
fut très désobligée, et s'écria avec vivacité qu'il y avait trop de 
sots qui servaient les méchants; qu'elle était déjà informée que 
l'on faisait circuler dans le monde qu'elle ne pensait qu'à son 
pays et qu'elle conservait le cœur autrichien, tandis que ce 
qui tenait à la France avait seul le droit de l'intéresser... Elle 
refusa une demande aussi gauchement formulée et ordonna à 
M. Campan de répondre que la reine était étonnée qu'un homme 
de bonne compagnie pût croire qu'elle fît une chose aussi dé- 
placée que de changer les noms français de ses palais pour en 
substituer d'étrangers. » Il faut noter que Mercy ne fait pas la 
moindre allusion à une circonstance qui méritait pourtant de 
fixer son attention, puisqu'elle mettait en cause les sentiments 
de la reine pour son pays. La demande dont il s'agit fut sans doute 
adressée, non dans les premiers temps, mais après 1780; c'est à 
cette époque seulement que le jardin anglais, à peine terminé, 
put s'ouvrir à des visiteurs choisis. La vérité est que l'appellation 
dont il s'agit, donnée tout naturellement par le public à une ré- 
sidence où la reine annonçait hautement l'intention de mener 
l'existence simple et familière de la cour de Vienne, ne parut pas 
plus singulière que les noms de Tivoli, Colisée, Ranelagh', 



1 . Correspondance inédite de Marie- Anloinette, 3' édiU ; Paris, 1 861, in-8«, 81 

2. Lerouge, cah. VI, pi. 7 el 8. 



LB JARDIN DB LA RBINB. tf9 

Wauxhall*, attribués alors à des imitations de Tétranger. Personne 
dans le principe n'y attacha d'importance. Les successeurs de 
Bachaumont répètent plusieurs fois : « le Petit-Vienne, » sans y 
mettre la moindre malice. On voit même ce nom apparaître dans 
des mémoires de dépenses relatives au Petit-Trianon*, sans que 
l'administration songe aie relever, comme elle avait fait pour les 
termes du placet présenté par le mécanicien Richer, et dont on a 
lu plus haut un extrait. Il ne prévalut point cependant; l'usage 
s'établit d'appeler le Petit-Trianon : le jardin de la reine. 

Marie-Antoinette prit tout de suite possession de son château. 
Elle y pendit la crémaillère, le 6 juin, jour de la levée des scellés 
apposés sur les papiers de Louis XV, et y reçut à dîner « son 
auguste époux » et la famille royale' , c'est-à-dire madame Clo- 
tilde, qui devait bientôt quitter la France pour le Piémont, les 
frères du roi et les comtesses de Provence et d'Artois. Les tantes 
de Louis XVI étaient encore malades de la petite vérole qu'elles 
avaient contractée en soignant leur père, et madame Elisabeth 
vivait sous la tutelle de sa gouvernante. 

Monsieur était un prince aimable, lettré ; mais d'une franchise 
douteuse, avec un penchant à l'intrigue. Sa figure eût été belle 
sans l'obésité qui en alourdissait les traits. Il se montrait empressé 
auprès de la reine. C'est pendant l'été de 1774 qu'ayant par mé- 
garde brisé son éventail, il le remplaça par un autre qui portait 
cette inscription : 

Au milieu des chaleurs extrêmes, 
Heureux d'amuser vos loisirs, 
Je saurai près de vous amener les Zéphyrs ; 
Les Amours y viendront d'eux-mêmes 4. 

— De tous les enfants du dauphin, fils de Louis XV, le comte 



1. Le Wauxhall de Londres est représenté dans la collection Lerouge, 
cah. IV, pi. 2. 

2. Arch. nat. 0^3048. Dépenses des spectacles en 4776. 
^. Mémoires secrets* 

4. Mercy, madame Campan, madame f.obrun, Hézecques, etc. 



60 LB JARDIN ANGLAIS. 

d'Artois était le seul qui ne fût pas affligé de cet excès de graisse 
dont Marie-Josëphe de Saxe avait épaissi le sang des Bourbons. 
C'était un joli homme, élégant et très adroit à tous les exercices 
du corps ; mais un défaut de conformation qui tenait sa bouche 
ouverte nuisait à l'expression de sa physionomie, a Ardent, hau- 
tain, inconsidéré*, » on le trouvait mêlé à toutes les nouveautés, 
toutes les folies, toutes les débauches du siècle. Il plaisait cepen- 
dant par la vivacité et la franchise de son caractère. Mercy dé- 
plore l'indulgence que Marie -Antoinette témoignait pour ce 
prince qui l'amusait, mais qui pouvait la compromettre*. — 
Quant aux princesses de Savoie, l'ambassadeur d'Autriche les 
déprécie outre mesure pour faire valoir à leurs dépens son archi- 
duchesse. La comtesse d'Artois, toute petite, blonde, au teint 
blanc et rose, aux traits délicats, avait un nez un peu long et 
effilé qui lui donnait un air agressif; elle était cependant tout à 
fait inoffensive et se faisait aimer par sa charité et sa bienveil- 
lance. Madame passait pour être plus piquante; brune, avec de 
grands yeux noirs, elle était intelligente et sérieuse. Sa conduite 
prudente, réservée, contrastait avec les allures plus tapageuses 
de la reine, qui eût gagné à se modeler sur sa belle-sœur*. Nous 
les verrons avec leurs maris, et plus tard madame Elisabeth, 
fréquemment invitées à Trianon. — Mesdames tantes étaient des 
princesses intelligentes, lettrées, aimant les arts. Elles vivaient 
sous la domination de l'aînée d'entre elles, madame Adélaïde. 
Celle-ci avait de l'esprit, sans aménité, des allures brusques, 
presque masculines. « Elle était énergique et volontaire;... à 
mesure qu'elle avançait en âge, elle devenait plus vaine et plus 
impérieuse. » Madame Victoire avait été belle. Elle se montrait 
gracieuse et aimable et se faisait aimer de tous ceux qui l'appro- 
chaient; elle était très dévote. Quant à madame Sophie, c'était 
une personne tout à fait insignifiante, timide, sauvage et « com* 



\. Mercy, 11,94. 

2. Mercy, II, 324. Voy. aussi : Bésenval, madame Gampan, Hézecques, etc. 

3. Mercy, madame Gampan, la baronne d'Oberkirch, madame Lebrun, etc. 



LB JARDIN DB LA RBINB. 61 

plëtement passive à côté de ses sœurs *. » Madame Adélaïde détes- 
tait le duc de Ghoiseul et l'alliance autrichienne. Elle eut d'abord 
sur l'esprit de Louis XYI une très grande influence, et, dès les 
premiers jours du nouveau règne, elle prit une attitude hostile 
à Marie-Antoinette. Elle alla même si loin que le roi dut la 
confiner avec ses sœurs à Bellevue*, d'où nous ne les verrons 
que rarement sortir pour assister à Trianon à quelque fête ou 
dîner d'apparat. 

Mais ce n'était pas seulement pour les serres chaudes, les par- 
terres botaniques et les bosquets rococos qui avaient fait les dé- 
lices de LouisXV, que Marie-Antoinette désirait le Petit-Trianon. 
Elle voulait y créer un jardin à la mode, un jardin anglo-chinois'. 
« LaReine, » écrit Mercy, le 2 juillet*, «est maintenant tout occupée 
d'un jardin à l'anglaise qu'elle veut faire établir à Trianon. » Et 
il ajoute quelques jours après* : « Le Roi a donné des ordres pour 
que l'augmentation d'un terrain à entourer de murs, ainsi que 
tout ce que peut désirer la reine relativement à cet établissement, 
soit exécuté avec la diligence et le soin possibles. » Le 26 juillet, 
l'architecte Gabriel dressa un plan pour l'agrandissement du 
jardin, vers le nord-est du jardin botanique, dont la suppression 
fut décidée*. 

Que faudra-t-il penser, après cela, d'un autographe commu- 
niqué à MM. de Goncourt' par M. Boutron, qui nous montre 
Marie- Antoinette s'intéressant aux sciences botaniques et man- 
dant, à Trianon, Bernard de Jussieu : «... Une collation d'en-cas 
sera prête pour M. de Jussieu qui arrosera devant moi le cèdre 



1. Elle mourut le 2 mars 1782. 

2. Ed. de Barthélémy. Mesdames de France y filles de Louis XV; Paris, 
1870, ïTï'ïH, 242-245 et c. XI. Voir aussi Mercy, madame Campan et le 
comte d*Hézecques. 

3. G M 876. 

4. I, 193. 

a. 31 juillet, 1, 208. 

6. G» 1876-77, 1886. 

7. Histoire de Marie-AntoineUe, !'• édition ; Paris, 1867, in-8», 82. 



62 LE JARDIN ANGLAIS. 

du Liban... » Quoi! voilà un naturaliste célèbre, un vieillard vé- 
nérable et presque aveugle qu'on aurait fait venir exprès de Paris 
pour donner un seau d*eau à un arbre ! Quelle plaisanterie ! La 
vérité est que Marie- Antoinette, loin d'apprécier l'œuvre do Ber- 
nard de Jussieu, l'a, comme dit Mercy, a culbutée » pour la 
remplacer par des colifichets. 

Hàtons-nous d'ajouter que ces admirables collections ne furent 
pas perdues. Richard en coniserva ce qu'il put, et le reste, c'est- 
à-dire la plus grande partie des végétaux, fut transporté au 
Jardin des Plantes à Paris*. Ils y arrivèrent en temps opportun. 
Sur le rapport de Buffon, on avait, dans ce jardin, entrepris la 
replantation des plates-bandes qui, jusque-là, ne contenaient 
guère que des plantes médicinales , afin d'y réunir, comme 
Louis XY avait fait à Trianon, des spécimens de toute la végéta- 
tion du globe, rangés dans un ordre scientifique. Depuis 1761, 
les idées de Bernard de Jussieu s'étaient mûries, et il avait, dans 
son esprit, donné une forme définitive à ses premiers essais de 
classification. La méthode naturelle fut appliquée au nouveau 
Jardin des Plantes de Paris, et la collection botanique de Trianon 
y trouva sa véritable place*. 



1. Mémoires secrets, 23 juillet 1774. OM877, Mémoire d'Antoine Richard. 

2. Histoire de Vacadémie des sciences; Paris, n78. in-4*». Communication 
faite à Tacadémie sur le nouvel ordre de plantes établi dans Técole de bo- 
tanique du Jardin du Roi en 1774. « M. de La Vrillière, instruit par M. do 
BufTon de Tétat de ce jardin, a bien voulu mettre, Tannée dernière, sous les 
yeux du Roi, un projet qui tendait à Tembellissemenl du lieu et à Tutilité 
publique. Sa Majesté (Louis XV), de tous temps favorable aux botanistes, Ta 
autorisé. On a doublé le local et Iracé de nouvelles plates-bandes. » Voy. Le- 
rouge, cah. VII, pi. il -14. 



II 



PLANS DU JARDINIER ANTOINE RICHARD 
ET DU COMTE DE CARAMAN 

1174 

Jardin pittoresque ou paysager. — Rejet du plan de Richard. — Le 

comte de Caraman. — L*architecte Mique. 
Résistance de Turgot. — Jardins anglais en coiffure. 



La reîne, pour le jardin qu'elle projetait, demanda d*abord un 
plan à Antoine Richard *. Le jardinier-botanistc-adjoint de Trianon 
avait été, on s'en souvient, sous Louis XV, visiter rAngletcrre, 
au moment même où l'imitation de la méthode chinoise v faisait 
fureur. Il semblait donc tout préparé à l'œuvre que Marie-An- 
toinette lui demandait. Aussi ne se fit-il pas attendre, et, peu de 
jours après, il lui apporta un tracé que nous mettons sous les 
yeux du lecteur {pi. X). 

11 y a deux manières d'entendre la formation d'un jardin « pit- 
toresque ou paysager. » La première, et la seule qui soit judi- 
cieuse, consiste à profiter des éléments que le terrain, le site, le 
climat mettent spontanément à la disposition de l'artiste, dont 
la tâche se borne à faire ressortir les beautés, en masquant les 
défauts. L'autre a la prétention de réunir en un espace donné 
tout ce qu'il y a dans la nature : montagnes, rochers, rivières, 
cascades, îles, lacs, etc., sans s'inquiéter seulement de la vrai- 
semblance. Ce dernier système, il faut le dire, était alors plus 

1. Archiv. nat. OM879. 



tk LK JARDIN ANQLAIS. 

goûté que le premier. « Si l'oa veut faire d'ua jardin pittoresque 
un pays d'illusions, » dit Carmontelle*,« pourquoi s'y refuser? On 
ne s'amuse que d'illusions... Transportons dans nos jardins les 
changements de scène des opéras; faisons-y voir en réalité ce 
que les plus habiles peintres pourraient y offrir en décorations : 
tous les temps, tous les lieux. » Un tliéoricien de jardinage, 
Whately, dont le livre venait d'être traduit en français, formulait 
à la vérité des préceptes assez sages; mais on avait joint au vo- 
lume, à titre de modèle, un plan qui était de nature à fausser 
complètement le goût. C'était celui de Stowe, où, non content 
d'accumuler tous les accidents pittoresques de la nature, le créa- 
teur de ce parc célèbre avait placé des spécimens de l'architec- 
ture de toutes les époques et do tous les pays, sans compter les 
obélisques, les colonnes, les statues, élevés en l'honneur de di- 
vinités des panthéons grec, romain, chrétien, saxon, d'hommes 
illustres, depuis saint Augustin jusqu'à lord Gubdham, et même 
d'idées morales ou d'entités philosophiques, véritable encyclo- 
pédie mise en jardin*. 

Richard est de celte école : dans le petit espace qui lui est 
réservé (pi. X), il imagine de loger un théiltre de verdure, deux 



I. Jardin de Monceau. Préface. On ppul ciler, comme leclmr-irœuvre en ce 
genre, un projet de jardin, publié par I-iniuge. <ah. Xll, pi. I, Il avait été 
demandé par le chevalier Delphino, >inib:issaileur de Venise en (''l'iince, à 
l'italien Bettini, artiste « réellement pti'iji <le génie », dit Lerouge, et dont 
plus loin il regrette le départ (cah. XX, |>l. 4). ■ M. le nonce nous l'a enlevé 
pour faire un jai-dio anglais à Rome. " lli'llitii va Jusqu'il pioposci- lu cons- 
truction d'un volcan » àl'imitaliondu Vi-uve, i^t quijettiiii d'v ll.iniiiies par 
le moyen du charbon de terre. » 

S. Whately, traduit par Lalapie. L'art de tarmer des jardiné modernes; Paris, 
I^TI, in-6*, pi. — Lerouge a publié un grand nombre de paysages et d'édi- 
fices de ce jardin : cah. Il, pi. I-S: cah. IV, pi. I, 18-21. — La plupart des 
jardins anglais de celte époque sont dans le mSme goût, notamment ceux 
de Kew qui n'avaient pas moins de réputation que ceux de Slowe. Voy. le- 
rouge, cah. Il, pi. 1-7, 13, 15 ; cab. III, pi. 30 ; cah. IV, pi. 22-26 : cah. VI, 
pi. i et S, cah. VIII, pi. 2S. — Citons une des curiosités bizarres des jardins 
anglais du xvm* siècle. Le propriétaire de Wanslead avait fait construire 
dans son parc un fort gothique, doublé de remparts, fossés et bastions à la 
Vauban. Lerouge, cah. III, pi. 26. 



PLAN DU JABDINIBR ANTOINB RICHARD. 65 

kiosques, un temple de Diane à la romaine, une pagode et une vo- 
lière chinoises, une autre volière et des bains à la turque, une va- 
cherie et une bergerie. Deux rivières, Tune partant du mur, élevé 
au milieu du grand fleuriste qui s'étend devant la maison de Ri- 
chard, l'autre du coin sud du même fleuriste, près des poulail- 
lers, devaient se réunir au nord et redescendre vers l'est, après 
avoir formé trois petites îles et une grande. Des rochers en mar- 
quaient les sources, des rochers en faisaient dévier le cours. Une 
multitude de petits bosquets, disséminés çà et là, cacliaient des 
surprises, assez médiocres, si l'on en juge par les dessins de Ri- 
chard. Le petit lac pointu devant la pagode (10) n'avait rien de 
bien séduisant, pas plus que le théâtre de verdure, vieille ma- 
chine empruntée à la plus mauvaise tradition des jardins fran- 
çais : figurez-vous une vaste scène de charmille dont le fond 
était décoré d'une niche, avec une suite de panneaux de feuillage 
tondu, disposés comme des portants de coulisses*. Un lacis de 
chemins en zigzag, où chaque pas nécessitait une pirouette, cou- 
vrait le jardin. On reconnaît cependant le botaniste au soin avec 
lequel il conserve les serres b&ties par Louis XV, et à l'impor- 
tance qu'il donne aux plantations d'arbres; des salles de tulipiers 
et de mélèzes sont indiquées sur son plan, et même on y voit 
numérotés des arbres isolés : saules de Babylone, arbres de 
Judée, bouleaux du Canada, micocouliers, qui devaient faire 
l'ornement des pelouses. Mais le grand défaut de son projet, c'est 
la monotonie des arrangements sur les trois faces du château. 
De tous côtés, la perspective y est bornée à des parterres régu- 
liers, ornés de bassins et de jets d'eau, genre suranné que con- 
damnait le goût nouveau. Or, ce que la jeune reine voulait, 
c'était avant tout un jardin à la mode : le projet de Richard ne la 
satisfit donc que médiocrement. 
Sur ces entrefaites, la princesse de Beauvau lui vanta le talent 



i. Antoine Richard a publié dans la collection Lerouge les plans et éléva- 
tions de ces fabriques. Gah. VI, pi. 19, 22, 23. 

5 



66 LB JARDIN ANGLAIS. 

d'un amateur, le comte de Caraman, officier général', « plein de 
connaissances et d'activité, » suivant le duc de Lauzun; ce qui 
n'excluait pas chez lui les qualités aimables. Madame de Genlis, 
dans ses Mémoires*^ le représente comme un boute-en- train, ingé- 
nieux à organiser des divertissements. Il avait planté, à Roissy, 
un parc anglais dont on parlait beaucoup', et dessiné dans le 
même goût un assez joli jardin derrière son hôtel de la rue Saint- 
Dominique*. Marie-Antoinette voulut voir ce dernier. Elle s'y 
rendit, le samedi 23 juillet', accompagnée des princesses Clo- 
tilde et Elisabeth, de Mademoiselle (la future duchesse de Bour- 
bon) et de mesdames de Marsan, de Bourdcilles et de Bonac. 
Madame de Beauvau, qui avait inspiré cette curiosité, l'attendait 
dans la maison avec son mari. Madame de Caraman, entourée 
de trois de ses filles, accueillit Marie-Antoinette. La plus jeune 
qui avait dix ans, habillée en paysanne, comme fille du jardi- 
nier, présenta des bouquets aux visiteuses. « La reine combla 
le père, la mère et les enfants de toutes les marques de bonté et 
de toutes les grâces imaginables. Elle y resta une heure et demie, 
y fit la collation et charma tout le monde. » Elle permit à M. de 
Caraman de lui soumettre un plan pour son jardin de Trianon. 
Quelque temps après, elle alla à Moulin-Joli, jardin chinois, 
remarquable surtout par un pont chargé de pots de fleurs, d'où 
on avait une vue délicieuse sur la vallée de la Seine. Son posses- 
seur, M. Watelet, peintre et poète, revendiquait pour les paysa- 



1. Prince de Monlbarey. Mémoires autographes ;PAns, i825,3 v, in-ï®, II, 78. 
— Comte de Tilly. Mémoires; Paris, 1830, 3 v. in-8«, I, 251, 311. 

2. n, 69. 

3. Lerouge, cah. III, pi. 16 et 17. 

4. On y voyait des parterres de fleurs devant la maison, avec des massifs 
d'arbres dans le fond; à gauche, une pelouse dans le genre anglais ; à droite, 
un bosquet régulièrement dessiné, au bout duquel étaient une grotte et un 
petit temple. Lerouge, cah. XII, pi. 18. 

5. Lettre de madame Du DefTand du 26 juillet 1774, t. II de sa correspon- 
dance (édit de 1877), p. 319. — Mémoires secrets, 23 juillet 1774.— Il y a une 
erreur dans le récit de Mercy (II, p. 209), qui dit que la visite eut lieu le 
vendredi 29. 



PLAN DU JARDINIBR ANTOINE RICHABD. 67 

gistes le rôle de dessinateurs de jardins, laissé jusque-là aux ar- 
chitectes; mais il ne lui suffisait pas de parler aux yeux du 
spectateur par une suite de tableaux variés, il s'adressait à son 
âme, et, par des inscriptions en vers, mises à propos sur un vieux 
saule au tronc noueux, sur un cabinet de verdure propre à la 
méditation, près de la roue d'un moulin, sur des ormeaux mar- 
qués des traces d'une inondation, en face de la vue d'un monas- 
tère , il lui suggérait des réflexions philosophiques ou sentimen- 
tales*. U ne parait pas que ce jardin littéraire ait fait grande 
impression sur Marie- Antoinette, qui ne visait pas au bel esprit. 
Elle se contenta du projet de M. de Caraman, dont le motif prin- 
cipal était, comme à Roissy, une rivière descendant du point le 
plus élevé et faisant le tour de l'enceinte, avec de vastes pelouses 
ornées de fleurs sous les fenêtres du ch&teau, et trois groupes 
principaux de bosquets disposés de manière à former des points 
de vue. La supériorité de ce plan {pL XI) sur celui de Richard 
saute aux yeux. Ce n'est plus un fouillis d'objets de toutes sortes 
entassés sans idée pittoresque. Il y a dans le tracé de M. de Ca- 
raman un véritable sentiment de la perspective et du paysage. 
Nous l'étudierons plus loin avec détail. 

Richard, paraît-il, supporta difficilement la concurrence du jar- 
dinier grand seigneur. Le sans-gêne avec lequel celui-ci traitait les 
potagers de son père, au beau milieu desquels il plantait une mon- 
tagne et creusait un lac, n'était pas fait assurément pour lui plaire. 
Les deux pièces suivantes laissent deviner des froissements. « Je 
vous envoie, monsieur, » écrit le comte de Noailles à M. d'An- 
giviller, directeur général des bâtiments, « le billet du sieur Ri- 
chard fils. Il sera très soumis à vos ordres et a assez d'intelligence 
pour les bien exécuter; aussi, je crois comme vous que le règle- 
ment est très inutUe. J'envoie la copie du billet à M. de Caraman : 
vous garderez l'original. Je suis avec beaucoup d'estime, de con- 



1. Grimm. Correspondance littéraire, etc., édition Tourneux; Paris, 1877- 
1882, i6 T. in-8«, X, 522. — Madame Lebrun, I, i02. — Watelet. Essai sur les 
jardins; Paris, 1774. 



68 LB JABDIN ANGLAIS. 

sidération et d'amitié, monsieur, votre très humble et très obéis- 
sant serviteur. No AILLES. )) Voici l'engagement souscrit par Richard : 
« Je n'ai présenté mon plan à la Reine que parce que Sa Majesté 
me Ta ordonné et demandé; mais, dès que la Reine a jugé à pro- 
pos d'en adopter un et de le signer de sa main, je serai soumis 
à tous les ordres qui me seront donnés par M. le comte de 
Caraman et par M. Mique, et les exécuterai fidèlement et 
promptcment. Richard fils*. » A ce premier déboire se joignit 
bientôt une autre difficulté. On se rappelle que Belle ville, 
jardinier du Grand-Trianon, avait eu jusqu'à ce jour tout le 
service dans ses attributions, à l'exception des potagers et 
des collections botaniques. Il prétendit que l'établissement 
du jardin anglais était de son ressort, et Gabriel le chargea 
des plantations et terrassements nouveaux. Le jardin botanique 
étant supprimé, la situation des Richard allait être réduite 
presque à néant. La rivalité de Belleville était d'autant plus 
redoutable que son fils aussi avait été en Angleterre et en 
Hollande à l'école des jardiniers les plus célèbres*. L'inter- 
vention du comte de Noailles, protecteur des Richard, fit cesser 
le conflit et décider qu'à partir du 1*' janvier 1775 ces derniers 
auraient exclusivement le soin du Petit-Trianon'. 

Au mois de septembre, Gabriel avait demandé sa mise à la 
retraite*, et l'on avait donné la direction des travaux à un autre 
architecte, Richard Mique". C'était un Lorrain, et l'on sait que 
Marie-Thérèse avait recommandé d'une manière spéciale tous les 
Lorrains à sa fille. Mique était né à Nancy, le 18 septembre 1728, 
de Simon Mique, architecte, et de Barbe Michel. Il étudia d'abord 
l'architecture à Strasbourg, puis il suivit, à Paris, les leçons de 



i. OH879. 

2. OM084. Congé accordé, le 4 mars 1766, à Belleville fils, adjoint à son 
père, « pour aller en Hollande et en Angleterre se perfectionner dans la 
culture des jardins ». 

3. OH876, 1883. 

4. A dater du l" janvier 1775. 

5. OM876. 



PLAN DU JARDINIBB ANTOINE RICHARD. 69 

Blondel. Stanislas Lcczinski le nomma, en 1762, ingénieur en 
chef des ponts et chaussées de Lorraine et Barrois, et, Tannée 
suivante, il devint directeur général des bâtiments du roi de Po- 
logne. Il construisit à Nancy un magnifique corps de caserne* 
et les portes monumentales de Sainte-Catherine et de Saint-Sta- 
nislas. Il avait été fait chevalier de Saint-Michel en 1763. Son 
ambition se borna d'abord au poste de premier architecte des 
bâtiments élevés par le roi de Pologne en Lorraine, et, sur le 
désir exprimé par Stanislas qu'il fût conservé dans cet em- 
ploi après sa mort , il en avait obtenu la promesse formelle 
du marquis de Marigny. Quand son maître mourut, il rappela 
cet engagement au directeur général des bâtiments qui ne 
parut pas d'abord vouloir y faire honneur, car on trouve en 
marge de la lettre de Mique, datée de Lunéville le 24 fé- 
vrier 1766, cette annotation : « A été décidé qu'on n'y ferait 
point de réponse. » Mique revint à la charge le 22 mai 1766. 
M. de Marigny lui écrivit alors que, les bâtiments construits en 
Lorraine parle roi de Pologne devant rentrer dans les domaines, 
cette place d'architecte regardait désormais le contrôleur général 
des finances. Mique l'obtint-il? Je ne saurais le dire, n'ayant pas 
trouvé la solution donnée à cette affaire*. Il avait été pourvu, 
à une date que je ne puis préciser, du titre d'intendant et con- 
trôleur général des bâtiments de la reine. C'est en cette qualité 
qu'il prit la suite des travaux de Gabriel. 

Dès le début, l'entreprise se heurta à un obstacle qui devait 
jusqu'à la fin gêner son développement : le défaut d'argent. 
Aucun crédit n* avait été assigné pour les dépenses, et la direc- 
tion générale des bâtiments ne se trouvait régulièrement saisie 
que de la construction de l'enceinte, dont le devis s'élevait seule- 



1 . La caserne Sainte-Catherine. — Morey, Notice sur Richard Mique, dans 
les Mémoires de l'académie de Stanislas^ année 1868; Nancy, i869, in-8^, 49, 
avec portrait, d*après un tableau de Heinsius, conservé au musée historique 
lorrain à Nancy. 

2. Je dois ces renseignements à Tobligeance de M. Guiffrey, archiviste aux 
archives nationales. 



70 LB JARDIN ANGLAIS. 

ment à 28,710 livres. Ce travail lui-même ne marchait qu'avec 
lenteur, faute de fonds. La reine s'impatientait ; elle ordonna à 
sa dame d'honneur de presser Turgot, récemment nommé con- 
trôleur général, de fournir les sommes nécessaires. Madame de 
Noailles lui écrivit en ces termes, le 28 septembre 1774 : « Vous 
savez, monsieur, que la Reine fait faire un jardin chinois à 
Trianon. Sa Majesté était convenue avec M. l'abbé Terray, et 
avec la permission du Roi, que ce serait M. Mique, intendant 
des bâtiments de cette princesse, qui en serait chargé, et qu'il 
(l'abbé Terray) fournirait les fonds tous les mois; il n'y a rien de 
payé jusqu'à présent, et je joins ici la note de ce qui est néces- 
saire pour le présent et jusqu'après Fontainebleau*. Depuis l'ar- 
rangement pris, la Reine a infiniment diminué le projet, Sa Ma- 
jesté ne voulant pas causer une grande dépense. La Reine est 
malade, ce qui l'empêche de vous dire elle-même son affaire, et 
m'a ordonné de vous l'expliquer. La somme du moment est de 
8,000 livres. Je vous prie d'être bien persuadé, monsieur, que 
j'ai l'honneur d'être plus que personne votre très humble et très 
obéissante servante. Arpajon, comtesse de Noailles. » La 
note à l'appui de cette lettre explique que la dépense, faite 
jusqu'au 26 septembre, s'élève à 3,910 livres, et que, pour conti- 
nuer les travaux avec le même nombre d'ouvriers jusqu'au re- 
tour de Fontainebleau, une somme de 4,000 livres est nécessaire. 
Turgot, mauvais courtisan, au lieu de remplir sans délai la 
promesse de l'abbé Terray, renvoya l'affaire au directeur des bâ- 
timents pour l'instruire. De son côté, M. d'Angiviller, qui n'avait 
pas été appelé aux conférences de la reine et de M. de Caraman, 
ne sachant rien de l'ensemble du projet, demanda des rensei- 
gnements à Mique. « Monsieur le comte, » lui répondit l'archi- 
tecte, le 3 octobre, «il n'y a eu de spéculation faite sur la dépense 
, du jardin de la reine à Trianon que pour les objets les plus néces- 
saires : 1^ pour les plantations et tapis de gazon de différentes es- 



1. La cour y alla du iO octobre au 10 novembre. Journal de Louis XVL 



PLAN DU JAKDINIBB ANTOINE RICHARD. 7) 

pëccs, estimés par M. de Caraman à la somme de 50,000 livres; 
2"^ pour un objet de construction qui est un rocher d'où les eaux 
coulent et qui porte des ruines, projeté et estimé par moi à la 
somme de 9,400 livres. On s'est borné à cette dépense pour cette 
année, en attendant les autres objets de construction que je vais 
mettre en projet, etc. Mique. » 

Le comte d'Angiviller, que Louis XVI avait chargé de rétablir 
un ordre rigoureux dans le service des bâtiments, ne pouvait se 
contenter d'indications aussi superficielles; il insista donc pour 
avoir des chiffres précis. De la réponse qu'il reçut le 24 octobre 
il résulte que les premières idées, soumises par M. de Caraman à 
la reine, devaient entraîner une dépense de 200,000 livres; que 
Mique, en étudiant ces propositions, y avait introduit divers 
changements qui diminuaient les frais de 30,000 livres. Le prix 
des ouvrages faits jusqu'à ce jour était de 7,200 livres. 3,600 
à 4,000 livres devaient suffire pour l'exécution des terrassements 
pendant l'hiver. Selon l'état des fonds mis à la disposition de 
l'architecte, il entreprendrait en 1775 tous les travaux projetés, 
ou se réduirait aux objets les plus essentiels qui nécessiteraient 
une somme de 110,440 livres. 

Tout cela était encore trop vague pour le contrôleur général 
des finances et le directeur des bâtiments, qui subordonnèrent 
l'ouverture d'un crédit à la présentation d'un devis complet et 
régulier. On se borna, pour le moment, à quelques plantations 
d'arbres et de gazon sur l'emplacement du jardin botanique, et 
les travaux demeurèrent suspendus jusqu'à la fin de l'année 1 775 ' . 

Marie- Antoinette s'en consola en plantant un jardin anglais 
sur sa propre tête. « La Reine, » dit la Correspondance de Métra, à 
la date du 9 janvier', « a imaginé, pour ses courses de traîneaux, 
une parure de tète qui, se combinant très bien avec les quesacos 



i. OM876. 

2. I, p. 158. Pour toutes les citations antérieures au mois d'octobre 1785, 
nos indications se rapportent à l'édition de Londres, 1787-1790, 18 v. pet. in-8<^; 
pour la suite, à la gazette originale en feuilles. 



T2 LB JA^DIS ASOCAT 



^i^f'\iHi qai Ah\^i^ui Xkut nom aa çi^es €iir<>? d*fS Mémoires de 
Hf'^mnArt:\,^i*i . port*? I*-* O/îflFareç dr5 fcmm^-s à une hauteur 
^ff*\Wu'MM',. VUiArUTS r*-[-rr<^riVrit d^-s m«'nt»i2Ti»-s élevées, des 
\tr^\n*'^ érfiiîiié»'^. d«rs nii^v-^iui ar^^rntîns, «I^s fv»rél.s, enfin un 
jar«lin à l'afi^rlaiv-: un parM»:h^- imm^-n'^e s-»alienl l#^ol l'édifice 
par d»-rriére. » Célaîl I»- «L'-hul d»- r^-s m<,»nstnieux échafaudages 
par leîMju»'!.^ Marie-AnlMin»'lt»f allait r»,-mplacer la coiffure char- 
mante, mi-se en vogue par madam*' df Pomf»adoor,el si bien ap- 
propriée aux [»hysir»nr»mi#'^ francaî^*s. 



III 

LE JEU DE BAGUE 

1775-1776 

Théâtre dans la galerie du Grand-Trianon. — La princesse de Lambaile. 

Le jeu de bague. — Théâtre dans Torangerie du Petit-Trianon. 

Fôte en Thonneur des frères du roi. 

Le danseur Pick. — Ordonnances, livrée et fonctionnaires de la reine. 

Mique, premier architecte du roi. — Lutte avec le directeur des bâtiments du roi. 



Au mois d'avril 1775, la reine fît construire un théâtre provi- 
soire dans la galerie du Grand-Trianon. Au moyen de châssis, 
on forma un vestibule, une salle semi-circulaire, une avant- 
scène, avec un cintre en anse de panier sur lequel furent peintes 
les armes royales. On établit sur des tréteaux un plancher pour 
la scène*. Les magasins des Menus-Plaisirs fournirent les ten- 
tures pour l'ornement de la salle ainsi que le reste du matériel. 
Je ne saurais dire quelles pièces furent représentées sur ce théâ- 
tre improvisé*. 

Pendant les premières années du règne de Louis XVI, Marie- 
Antoinette ne séjourna pas au château de Trianon. Durant 
la belle saison, elle allait seulement passer dans « sa maison 
de Trianon » comme elle l'appelait, une partie de la jour- 
née, et rentrait toujours coucher à Versailles. « La Reine », di- 

1. La confection des plancher, pupitre, rampe, châssis, etc., coûta 4,505 liv., 
2 sous, 6 deniers, et Tenloilage des châssis, 97 liv. Archiv. nat. 0^3046. 

2. Il serait possible qu'on y eût joué, le 4 août, la Bonne femme^ et le 28, le 
Duel comique. Gela résulterait de Tachât de plusieurs exemplaires de ces 
pièces pour le compte de la reine ; elle en faisait prendre ainsi un certain 
nombre, toutes les fois qu'il y avait spectacle à Trianon. 0*3048. 



74 LE JARDIN ANGLAIS. 

sent les Mémoires secrets*, « a la plas vive amitié pour la jeune 
princesse de Lamballe », dont elle venait de faire peindre le por- 
trait sur une des glaces de son cabinet *. « On sait que S. M. fait 
souvent des parties avec elle au Petit-Trianon ou Petit- Vienne, 
et qu'elle n'y admet que quelques dames de sa suite sans aucun 
homme. Là, elle se livre en liberté à toutes les aimables folies 
de son âge. » 

Des gens mieux informés constataient cependant qu'à ce mo- 
ment, madame de Lamballe commençait à perdre de sa faveur 
auprès de la reine*. « Sans être jolie, cette princesse », dit ma- 
dame Lebrun, « le paraissait à quelque distance : elle avait de 
petits traits, un teint éblouissant de fraîcheur, de superbes che- 
veux blonds, et beaucoup d'élégance dans toute sa personne*. » 
Elle était très attachée à Marie- Antoinette, et sa conduite ne 
donna jamais prise à la médisance'; mais elle se montrait cupide 
et avare*. Sans intelligence et d*unc conversation nulle, elle était 
en outre sujette à des évanouissements qui fatiguaient la reine'. 
Malgré ces premiers sjmiptômes de refroidissement, Marie- 
Antoinette venait de rétablir, pour elle, la charge de surinten- 
dante de sa maison, et cette nomination* éloignait de la cour 

1. 28 septembre 1775. 

2. On voit des peintures de ce genre à Fontainebleau. 

3. Mercy, II, 367. 

4. Souvenirs, I, 53. 

5. Voyez le panégyrique à outrance publié par M. de Lescure : La prin- 
cesse de Lamballe: Paris, 1864, in-8<^. 

6. Mercy affirme qu'elle lirait de TÉtat plus de 100,000 écus par an. Il 
rapporte qu'elle eut l'incroyable prétention de prendre à ferme les revenus 
des domaines de Lorraine, moyennant une redevance de 600,000 liv. (III, 255), 
et qu'il fallut une injonction de la reine pour qu'elle se décidât à la repré- 
sentation et aux réceptions que comportait sa charge de surintendante 
(n, 538). 

7. Voy. sur ces évanouissements une note des Mémoires de Tilly, I, 
chap. VI, et ceux de madame de Genlis, II, 283. 

8. Elle coûta au trésor une augmentation ^ de dépense annuelle de 
150,000 liv. pour les appointements de la surintendante, jointe à une pension 
de 50,000 liv. donnée à la comtesse, dont le mari fut, en outre, pourvu du 
titre de duc de Mouchy et de la dignité de maréchal de France. 



LB JEU DB BAGUB. 75 

la comtesse de Noaiiles : madame l'Étiquette, disait la reine, ma- 
dame Honesta\ répétaient les femmes du palais. Cette dame 
d'honneur était un peu trop attachée peut-être aux détails du cé- 
rémonial ; mais ses grandes manières et sa haute réputation de 
vertu imprimaient à tout l'entourage de la reine un caractère de 
régularité et de respect, que la princesse de Chimay, modèle elle- 
même de vertu, mais trop faible, ne saura pas lui conserver. 

Parmi les dames qui venaient à Trianon en 1775, il faut citer 
la comtesse de Dillon*; mais l'engouement de Marie-Antoinette 
pour elle fut éphémère. Au mois d'août, elle était déjà supplantée 
par la « jeune comtesse de Polignac, pour laquelle la reine se 
prit d'un goût bien plus vif que ne l'avaient été les précédents*.» 
C'est elle qui deviendra sa compagne préférée, son amie, le cen- 
tre de ce cercle intime qu'elle appellera « sa société » et dont les 
habitués seront jusqu'à la fin ses hôtes favoris à Trianon. 

Cependant, voyant qu'elle ne pouvait rien tirer de Turgot qui, 
loin d'être disposé à augmenter les dépenses de la cour, étudiait 
alors les moyens de les restreindre *, Marie-Antoinette finit par 
se plaindre au roi. Qui peut dire ce que, quelques mois plus, 
tard, pèsera, dans la disgrâce du ministère Turgot-Malesherbes, 
et, par suite, dans les destinées de la royauté et de la France, le 
retard apporté à l'exécution du jardin anglo-chinois de Trianon'? 
En attendant, Louis XVI qui ne savait rien refuser à sa jeune 
femme donna des ordres formels au contrôleur général des fi- 
nances. Un crédit de 100,000 livres fut en conséquence mis à 
la disposition du directeur des bâtiments par ordonnance du 
22 août 1775*, et les travaux recommencèrent à l'automne. On 



1. Montbarey. Mémoires, U, 353. 

2. Tilly, 1, 147. 

3. Mercy, II, 367. 

4. Métra, H, 173. 

5. On sait maintenant que le renvoi de ces deux ministres esl dû à Tani- 
mosité de Marie-Antoinette, mise en mouvement par le parti des Choiseul. 
Mercy, II, 387, 442, 446, et Correspondance de madame Du Deffand, III, 217. 

6. OM876. 



76 LE JABOIN ANGLAIS. 

fouilla toute la partie de la rivière qui est en face du château de- 
puis la porte verte* jusqu'à Tangle nord de l'enceinte, et Ton 
planta, à gauche de la grande île, un petit bois qui reçut le nom 
de bosquet vert. Cet ouvrage ne se termina qu'à la fin de 1776 : 
jusque-là rien ne fut changé aux potagers ni aux serres sur les 
terrasses. 

Pendant ce temps, la reine eut une fantaisie nouvelle. Le goût 
n'était pas seulement aux jardins chinois; on raffolait de chinoi- 
series de toutes sortes, on donnait des fêtes chinoises ; il y en avait 
eti uneà Marlv au mois d'avril 1775*. Elle voulut avoir à Trianon 
un jeu de bague chinois comme celui de Monceau. Un dessinateur, 
à la fin de Tannée, alla prendre le croquis de ce dernier, et, dès 
lespremiers jours de 1776, un modèle en relief, à l'échelle de 
quatre pouces par toise, fut présenté à Marie- Antoinette qui l'ap- 
prouva'. Le jeu de bague de Monceau consistait en un vaste pa- 
rasol autour duquel tournait une plate-forme. Deux chimères 
caparaçonnées portaient les hommes. Les dames s'asseyaient sur 
deux sièges que des chinois à demi couchés tenaient de côté à 
bras tendus. Les bagues sortaient de lanternes suspendues au 
bord du parasol. En imitant ce jeu à Trianon, Mique l'embellit 
et l'amplifia. 

Je n'ai rencontré aucune représentation figurée du jeu de bague 
de Trianon. Il existe à la vérité, dans le dossier des bâtiments, 
une esquisse crayonnée sur un chiffon de papier, sans doute par 
Mique, au cours d'une conversation avec M. d'Angiviller, esquisse 
qui m'a paru d'abord l'expression de la première idée de l'archi- 
tecte. Elle représente une tourelle à deux étages ajourés autour 
de laquelle se meut un plancher. Trois chinois, destinés sans 
doute, comme à Monceau, à porter les sièges, y sont assis. Le 
toit de la tourelle est surmonté d'un quatrième chinois tenant un 



1. Cest la porte à droite de la grille d'entrée du château. 

2. 0*3048. Mercy n'en parle pas. 

3. Ce modèle coûta 4,246 Hv. 2 s. 



LK JKD DB BAQUE. 77 

parasol. J'ai espéré même avoir retrouvé ce dernier dans une 




statue de bois qui gisait, parmi des débris, dans un magasin 
du Pelit-Trianon. Mais, ni ce dessin, ni cette statue i 
s'accordent avec les indications que nous ont laissées 
les mémoires des artistes qui ont travaillé à la ma- 
chine : sculpteur, mécanicien, menuisier, peintre-doreur. 
D'après ces pièces, on avait creusé, à l'ouest de la ter- , 
rassc du ch&teau', une fosse destinée h cacher le méca- 
nisme et les hommes .chargés de le mouvoir. Au niveau du s 
une plate-forme pivotait autour d'un mAt couronné par un 
immense parasol. Ce mAt était soutenu par un groupe de 
trois chinois, dont les corps évîdés et les mains couvertes de 
ptomb cachaient les ferrures qui assuraient la solidité de la 
construction. Au sommet du parasol, tournait une girouette 
ornée de deux dragons dorés. Quatre dragons ou chimères, à 
cornes de cuivre, servant de monture aux hommes alternaient 



1. Au point où se trouve plaolé actuel lemeol un tilleul i 
quenouille. 



78 LB JARDIN ANGLAIS. 

avec autant de paons* dont la croupe offrait des sièges aux 
daines. Des chapeaux chinois faisaient entendre leurs clochettes 
quand la mécanique était en mouvement. Toutes les sculptures, 
en chêne des Vosges et de Hollande, furent exécutées par 
Bocciardi. Les bagues sortaient de carquois disposés autour de 
la plate-forme*. Plus tard, le choc de la lance fatiguant la reine, 
on imagina un jeu de balles que le mémoire du mécanicien 
Merklein' qualifie aussi de jeu chinois. 

Si Ton regarde avec une loupe la gravure du jardin anglais 
reproduite sur notre planche IX, on remarque, à droite du châ- 
teau, un grand parasol dominé par une girouette, dont l'aspect 
répond bien à la description fournie par les comptes des bâti- 
ments. Il suit de là que le croquis de Mique représente un projet 
qui n'a pas été exécuté, et que la statue en bois conservée au 
Pciit-Trianon date sans doute de la restauration du jeu de bague 
vers 1805. 

Au printemps de 1776, la rougeole sévit au palais de Ver- 
sailles; le comte d'Artois en fut gravement atteint, et toute la 
cour s'enfuit dans la crainte de la contagion. Marie- Antoinette 
recueillit le petit duc d'Angoulême et l'établit à sa maison de 
Trianon, tandis qu'elle se rendait elle-même à Marly*. «J'ap- 
prouve », écrit le 30 juin, l'impératrice, « les soins que ma fille 
a fait voir de loger son neveu, le duc d'Angoulême, au Petit- 
Trianon. Je suis sûre que, dans des occasions de cette nature. 



1 . Le Catalogue des meubles et objets précieux provenant de la liste dvile, pu- 
blié par ordre de l'administration du district de Versailles, les a pris pour des 
autruches, sans doute parce que, comme on le verra plus loin (I* partie, 
chap. xii), on diminua leur queue. 

2. Les Chinois coûtaient { ,200 liv. pièce ; les paons, 900 liv. ; les dragons, 
600 liv. Ces derniers avaient 5 pieds 9 pouces. La menuiserie fut faite par 
aicot et Guesnon. — 0>1876, 1878, 1883-84. Comte d'Hézecques. Souvenirs 
d'un page; Paris, 1873, in-18, chap. xvi. 

3. Merklein était en outre u entrepreneur privilégié du Roi pour la marque 
des cuirs dans tout le royaume. » 

4. Un peu avant le 13 juin. Mercy, II, 452. 



LB JBU DB BAGUB. 70 

elle ne manquera jamais aux impulsions de son bon cœur'. >» La 
rougeole du comte d'Artois gagna Monsieur. Les deux frères 
guérirent, et la reine eut la gracieuse idée de célébrer leur re- 
tour à la santé par une fête. 

Dans ce dessein, elle fit transformer en salle de spectacle 
Torangerie au nord-ouest du château. On y accommoda les châs- 
sis dressés dans la galerie du Grand-Trianon, qu'elle trouvait 
trop éloignée et où d'ailleurs elle n'était pas chez elle'. C'est de 
cette seconde scène, provisoire encore, que parle Mercy, lors- 
qu'il dit à la date du 17 septembre 1776 : « La Reine a fait faire 
un théâtre à Trianon •. » On voit Marie-Antoinette venir surveil- 
ler elle-même cette installation et souper à son château, le 
1 1 juillet, avec trois ou quatre dames*. 

La fête eut lieu le 23 juillet. Mercy nous apprend que le roi, ses 
deux frères, la comtesse de Provence et Mesdames tantes y assis- 
tèrent avec une cour choisie. « Il y eut illumination, spectacle 
et couplets chantés en signe de joie pour le rétablissement de la 
santé de Monsieur et de M. le comte d'Artois. « Tout se passa avec 
beaucoup de gai té, beaucoup de grâce de la part de la Reine, 
beaucoup de marques de contentement de la part du Roi, et de 
démonstrations d'une reconnaissance respectueuse de la part des 
princes*. » D'après les comptes, il faut encore ajouter à ces di- 
vertissements un concert. Le personnel de la comédie française 
et celui de la comédie italienne concoururent avec la troupe de 
ballet de l'opéra à la représentation théâtrale*. Louis XYI 
s'amusa surtout de la Bonne Femme, parodie d'Alceste. On sait 
que cette épouse héroïque et fidèle offre sa vie en sacrifice pour 
sauver les jours d'Admète, son époux. La parodie montre une 
paysanne, Mathurine, s'engageant au service militaire pour ra- 

i. Mercy, II, 460. 

2. OU 876, 1877, «879. 

3. II, 495. 

4. II, 467. 

5. II, 475. 

6. 013049. 



80 LK JABDIN ANGLAIS. 

cheter René, son mari, qui s'est laissé griser et raccoler par un 
recruteur. S. M., disent les Mémoires secrets^ « a chargé le sieur 
de La Ferlé, intendant des Menus, d'en faire témoigner sa satis- 
faction aux trois auteurs, les sieurs Auguste (de Piis), Després 
et Grenier, et de les inviter à s'occuper d'un pareil genre. » 

La fête du 23 juillet, dit Mercy*, « a été très dispendieuse, et 
on appréhende qu'elle ne se répète ». La reine en donna en effet 
une semblable, le 26 septembre. « Il y a eu, » écrit l'ambassadeur 
à Marie-Thérèse, « spectacle français, opéra comique, des ballets 
et un souper, où toute la famille royale était réunie avec une 
suite peu nombreuse. Cette fête a été charmante par les grâces 
que la Reine y a apportées. Le Roi se plaît beaucoup à de pa- 
reilles occasions, et pourvu qu'elles ne deviennent ni trop fré- 
quentes ni trop coûteuses, elles ne peuvent contribuer qu'à faire 
régner à la cour le ton et le genre d'amusement qui lui est con- 
venable. » Ce divertissement faillit susciter une question diplo- 
matique. Marie-Antoinette avait retenu pour le ballet un danseur 
de l'opéra de Venise, nommé Pick, qui était venu passer un congé 
on France. Sa permission expirant le 1" octobre, il ne lui était 
plus possible de se rendre à son poste au jour prescrit. L'ambas- 
sadeur de la république eut le mauvais goût de faire une affaire 
de ce retard. « Il n'obtint, » suivant le rapport du ministre de 
Saxe à son souverain', « qu'un mot assez leste de l'intendant des 
Menus-Plaisirs. » L'incident n'eut pourtant pas de suite; Pick 
rompit son engagement et entra à l'opéra de Paris. De son côté, 
la reine ne cessa de bien traiter l'ambassadeur de Venise, qui ne 
lui tint pas rigueur. Il était redevenu, au mois de novembre, « un 
des plus empressés à lui faire sa cour*. » 

A l'occasion de cette fête, Mique dut disposer dans les poulail- 

i. 6 août 1776. 

2. II, 495. D'après Mercy, la famille royale passa la soirée à Trianon, le 
13 août, et la reine y fit une promenade, le 12 septembre. 

3. En date du 27 septembre, GefTroy, Gtis/ave Ifl et (a cour de i^ance; Paris, 
2 V. in-i8, I, 307. 

4. Mercy, II, 528 



I 
i 

LB JEU DE BAGUE. 4)1 



Icrs de la ménagerie, un certain nombre de pièces à Tusage des 
acteurs. N'ayant pas le temps de dresser des plans et devis régu- 
liers, il envoya seulement au directeur des bâtiments une esti- 
mation sommaire de la dépense*. M. d'Angiviller s'en formalisa 
et fit à l'architecte des observations aigres : « Vous pressentez, » 
lui écrivit-il, « que c'est ici une des dernières occasions dans les- 
quelles je procéderai sur d'aussi simples aperçus, et que le 
bureau sera établi dans l'esprit des nouveaux règlements. Je 
n'admettrai plus que des opérations constatées et détaillées* ». 
Les règlements dont parle ici M. d'Angiviller étaient alors en 
préparation et ils ne furent promulgués que le 26 décembre 1776; 
mais Mique les connaissait et même il en avait provoqué la rédac- 
tion. Dans la circonstance actuelle cependant, l'architecte ne 
méritait aucun bl&me, car il était évident que, pressé par les 
ordres de la reine, il s'était vu obligé d'agir d'urgence. Le mécon- 
tentement de M. d'Angiviller avait un autre motif. 

En prenant possession du Petit-Trianon , Marie-Antoinette 
voulut faire acte de souveraineté indépendante dans son petit 
domaine. Elle y édicta des règlements portant un intitulé jusque-là 
inusité en France, pays de loi salique où les femmes n'étaient 
pas reconnues aptes à exercer en leur nom l'autorité royale. Le 
fait passa inaperçu à Trianon où le public n'était pas admis; 
mais, plus tard, lorsqu'il se renouvela à Saint-Cloud, sous les 
yeux de la population parisienne, et qu'on y lut, en tète des con- 
signes affichées dans le parc, les mots : De par la Reine, cela fit 
scandale'. 

A Versailles, tout le service portait les couleurs du roi*. A 
Trianon, la domesticité eut la livrée de la reine : rouge et argent', 
livrée qui jouera un rôle dans l'affaire du collier. Dès 1774, 
Mique reçut une commission d'intendant et contrôleur général des 

i. Elle s'élevait à 6,063 liv. 

2. OM876. Lettre du 20 octobre 1776. 

3. Madame Campan, I, 273. 

4. Rouge, blanc, bleu. 

5. Hézecques, 18. 



82 LK JARDIN ANGLAIS. 

bâtiments de la reina; Claude et Antoine Richard, de jardiniers 
de la reine ; et, en 1776, ce personnel se compléta par la nomina- 
tion d'im concierge garde-meuble de la reine, le sieur Bonnefoy 
Du Plan. 

C'est ce titre % rival du sien, qmimiaiile directeur eiordanneUeur 
général des bâtiments du roi contre l'intendant et contrôleur général 
des bâtiments de la reine, et d'autant plus que^ d'autre part, Mique 
était dans sou entière dépendance en qualité de premier ar- 
chitecte du roi. Il avait été nommé à ce dernier emploi à la demande 
de la reine', le 21 mars 1775'. La situation, déjà tendue, se com- 
pliqua encore par l'insouciance de Marie- Antoinette qui, en créant 
cette administration spéciale, négligea de lui assurer un budget. 
Il fallait demander les fonds àla direction des bâtiments, qui n'était 
pas consultée pour l'établissement des devis. Afin de rentrer dans 
la régularité, M. d'Angiviller voulut profiter de cette circonstance 



i . Il paraîtrait^ d'après des indications fournies par les héritier*s de Hique 
à M. Morey, que cet architecte avait reçu un titre semblable, du temps de 
Marie Lecziuska, pour les bâtiments de la reine, en Lorraine. C'est probable- 
ment sous cette forme qu'on satisfit au désir exprimé par le roi Stanislas. 
Voy. plus haut, p. 69. 

2. Oiii26. Lettre du directeur général des bâtiments, du 15 mars 1775. 

3. Voici le texte de la commission délivrée à Mique, comme premier 
architecte. « Nous, Charles-Claude de Flahault de La Billarderie d'Angiviller, 
conseiller du Roi en ses conseils, mestre de camp de cavalerie, chevalier de 
l'ordre royal et militaire de Saint-Louii, commandeur de l'ordre de Saint- 
Lazare, intendant du Jardin du Roi, directeur et ordonnateur général des 
bâtiments de Sa Majesté, jardins, arts, académies et manufactures royales, 
certifions que le Roi, voulant traiter favorablement le sieur Mique, chevalier 
de son ordre de Saint-Michel, intendant et contrôleur général des bâtiments 
de la Reine, et lui donner une marque de sa satisfaction tant de ses talens 
que des travaux nombreux qu'il a exécutés, soit pour le feu roi de Pologne, 
duc de Lorraine et de Bar, que pour la feue Reine, Sa Majesté l'a nommé et 
retenu pour remplir et exercer la place de premier architecte de ses bâtiments, 
vacante par la démission du sieur Gabriel père, dernier titulaire d'icelle, pour, 
par ledit sieur Mique, jouir en ladite qualité des honneurs, prérogatives, 
prééminences, privilèges et autres avantages attachés à ladite charge et des 
gages et appointements y attribués, tels et semblables à ceux dont ont joui 
ou dû jouir ses prédécesseurs en ladite place, & l'exception néanmoins du 
directorat de l'académie royale d'architecture que Sa Majesté, par une dispo- 
sition spéciale, a jugé à propos de conserver au sieur Gabriel, son premier 



LE JBU DE BAOUE. 83 

pour replacer totalement le service dans sa dépendance, et Mique 
parait s'y être prêté. « J'ai tout lieu de croire, » écrit-il au direc- 
teur des bâtiments, le 22 janvier 1777, « que.S. M. compte avoir 
remis Trianon dans votre département et n'être pas plus dans le 
cas de demander des fonds particuliers pour cet objet que pour 
ses appartements de Versailles, Compiègne et Fontainebleau. 
Aussitôt que la Reine a eu Trianon, j'en ai été chargé comme in- 
tendant de ses bâtiments. Trianon, à cette époque, n'avait aucun 
rapport avec les bâtiments du Roi^ et M. l'abbé Terray avait donné 
parole à la Reine de fournir les fonds qui seraient nécessaires. » 
On a vu plus haut que Turgot ne s'était pas prêté à la combinaison 
acceptée par son prédécesseur. « La Reine » continue Mique, 
« a agréé le plan de M. de Caraman; j'ai commencé à travailler 
sur ce plan et sous sa direction. Vous m'avez fait premier archi- 
tecte ; vous avez paru désirer que Trianon rentrât dans les bâti- 
ments. Je le désirais fort de mon côté : je voyais avec plaisir que 
tous mes travaux seraient sous vos yeux. M. l'abbé de Vermond, 
en m'apprenant que la Reine s'était décidée à remettre Trianon 
aux bâtiments, m'ajouta que S. M. s'y était principalement dé- 
cidée pour s'épargner la peine de demander des fonds. En mon 
particulier, je me suis jusqu'ici conduit en conséquence du prin- 
cipe que Trianon faisait partie des bâtiments du Roi comme 
toutes les maisons royales, etc.. ». 

Mais le directeur trouvait que cette soumission n'était pas assez 
complète, car le surlendemain il répondit à l'architecte de la 
reine par une longue lettre où il lui reproche, sur un ton assez vif, 



architecte honoraire, laquelle direction le sieur Bfique n'exercera qu'en 
Tahsence dudit sieur Gabriel, pourvu de ladite place ; et advenant le décès du 
premier architecte honoraire, le sieur Mique rentrera à cet égard dans tous 
ses droits. En foi de quoi nous lui avons délivré le présent certificat. » 
OH 085. — Gabriel conserva en outre la maison du premier architecte, 
située rue des Orties, \0, dans la cour des Tuileries, qui passa, en juin 1777, 
à la comtesse de Tavannes, dame du palais (OM085.) Le fiis de Gabriel était 
architecte de 2« classe (0 • 1084) et contrôleur de Marly. — Gabriel avait dé- 
siré avoir pour successeur Hazon, qui reçut en compensation le titre de 
contrôleur général ambulant des bâtiments du roi, le 15 mars i775. OM 126. 



84 LE JARDIN ANGLAIS. 

d'avoir agi fréquemment en dehors de lui. Mique a^ fait des pro- 
jets de construction sans lui en donner connaissance, il a nommé 
des agents sans le consulter; quant à lui, d'Angiviller, il a dû 
s'abstenir par respect d aller à Trianon, et il n'a examiné ni fait 
aucun marché. « Vous avez désiré, » ajoute-t-il , « n'être plus 
sous les ordres de M. de Caraman ; vous m'avez fait part de ce 
désir qui m'a paru infiniment simple; je vous ai dit que je le dé- 
sirais aussi, parce que les choses en iraient mieux, qu'on pourrait 
les combiner avec les autres dépenses des bâtiments, et que cela 
serait moins coûteux, puisque c'était toujours l'argent du Roi... 
Au reste, monsieur, il faut que la Reine soit servie; mais, comme 
avant tout il faut de l'ordre, s'il est besoin de fonds extraordi- 
naires, je les solliciterai, et la Reine n'en aura pas l'ennui. Mais 
il faut avant tout connaître les dépenses. Ayez donc la bonté de 
dresser un tableau exact de tout ce qui a été fait depuis que les 
fonds ont été accordés, un projet pour l'exécution du plan total, 
et un état de propositions avec un devis signé de vous pour la 
campagne. On ne peut faire de spéculations que de cette manière. 
Alors, ou vous en resterez chargé comme intendant des bâtiments 
de la Reine, en ordonnant sur une somme fixe, ou, en rentrant 
dans les autres travaux des bâtiments, ils seront subordonnés à 
toutes les formalités de règle que je me propose de fixer dans 
l'ordre le plus exact et le plus connu. Cet esprit d'ordre, vous me 
l'avez montré, monsieur, et vous m'avez fort exhorté vous-même 
à le rétablir en vous plaignant de ne pas le trouver. J'ai donc le 
droit de l'espérer de vous plus que de personne, et je compte bien 
que je ne serai pas trompé dans mon attente. » 

Cependant Mique supportait difficilement l'idée de se voir 
brouillé avec un homme qui avait été son protecteur. Il pensa le 
calmer, en faisant appel à sa bienveillance en faveur de son fils*. 
« Monsieur le comte, je désirerais fort que vous voulussiez bien 
m'accorder quelques minutes d'audience particulière. Je ne vous 
parlerai d'aucune affaire concernant les bâtiments, si ce n'est que 

I. Lettre du 25 février i777. 



LE JBU DB BAOUB. 85 

VOUS ayez des ordres à me donner. Mais je dois rendre compte 
à mon supérieur de mes projets et tentatives auprès de M. le 
garde des sceaux pour rétablissement de mon fils en Lorraine. 
Je me trouverais fort heureux si, après avoir rempli mes de- 
voirs à cet égard, je pouvais obtenir vos bontés et votre pro- 
tection pour Taîné de mes cinq enfants. » Mais Tirritation du di- 
recteur des bâtiments était trop profonde pour s'apaiser si 
vite. Au moment même où on lui remettait le billet de Mique, 
il était occupé à lui rappeler la demande qu'il lui avait adressée, 
le 24 janvier, d'un état des travaux et des dépenses du Petit-Tria- 
non. Ces mots : « Je ne vous parlerai d'aucune affaire concer- 
nant les bâtiments » le firent bondir. « Je reçois dans l'instant 
même* votre lettre, monsieur, et j'interromps celle-ci pour y ré- 
pondre. Vous me dites que vous ne me parlerez point de bâti- 
ments. Eh ! Monsieur, quand donc ai-je refusé de vous entendre, 
et que peut vouloir dire cette précaution? Je vous entendrai sur 
tout et toujours avec grand plaisir. J'aurais désiré bien plutôt 
que vous me parlassiez beaucoup de bâtiments. Croyez que j'ai 
envie que le service soit bien fait, que les intérêts du Roi soient 
suivis avec zèle et scrupule; croyez que je n'ai pas d'autre en- 
vie; croyez que, en faisant ce qui est et qui va prendre sa mar- 
che, j'ai prévu des contrariétés; mais mon intention est assez 
pure pour en espérer le succès. Au reste, monsieur, ce que je 
pourrai faire pour concourir à vos vues pour M. votre fils, 
je le ferai avec un très grand empressement, et, si je puis contri- 
buer au succès, j'en serai d'autant plus aise que je n'ai jamais 
eu à votre égard d'autres dispositions*. » 

Le nouveau règlement que M. d'Angiviller défend avec tant 
de chaleur supprimait le premier architecte, dont l'action pré- 
pondérante ne laissait guère au directeur que les honneurs de 
sa charge, et répartissait ses attributions entre plusieurs fonc- 
tionnaires ayant le titre d'intendants généraux. Les premiers fu- 

i. 26 février 1777. 
2. 0« 1876. 



8($ LB JARDIN ANGLAIS. 

ront: Mique, qui, nommé premier architecte le 21 mars 1775, 
n'eut plus, à partir de 1777, que Thonorariat de la fonction, 
Soufflot et Hazon. En maintenant un contrôleur général à la tête 
de ses bâtiments, la reine annihilait l'effet de la réforme tout 
au moins dans une partie du service. Le directeur espéra un 
instant qu'elle comprendrait d'elle-même l'anomalie d'une si- 
tuation qui faisait dépendre de l'administration des bâtiments, 
pour les finances, un service dont le contrôle lui échappait. Mais 
il ne tfi^rda pas à reconnaître l'inanité de son espoir. « Sa Ma- 
jesté », écrit-il à Mique, le 4 avril, « m'a fait l'honneur de me 
dire qu'il est dans ses intentions que tout ce qui concerne l'éta- 
blissement de son jardin soit traité et suivi par vous. » Et, se ré- 
signant à faire la part du feu, il décida que les travaux de Tria- 
non seraient divisés en deux parties : l'une comprenant le jar- 
din anglais pour lequel il se réduisait au rôle de bailleur de 
fonds; l'autre, le château, les potagers et le jardin français qui 
rentreraient dans le département des bâtiments du roi, tout en 
étant dirigés, comme le jardin anglais, par Mique. 

L'exemple de Turgot était trop récent pour qu'il no comprît 
pas le danger d'une résistance que la faiblesse du roi rendait 
d'ailleurs inutile. La tiédeur des premiers jours fera bientôt place 
au zèle le plus empressé. Je vous recommande « encore plus par- 
ticulièrement aujourd'hui », écrira-t-il à l'architecte, le 27 avril, 
« de pousser les travaux en question avec la plus grande dili- 
gence et de satisfaire à ce que les ordres ultérieurs de S. M. 
pourraient prescrire au-delà des plans et devis que vous m'avez 
fait passer et que je n'ai désirés que pour ordre d'affaires. Dans 
tous les cas de ce genre, vous devez être d'autant moins arrêté 
sur l'expédition la plus prompte que le règlement arrêté par le 
Roi, le 26 décembre 1776, et dont je vous ai remis une expédition, 
y a pourvu par une disposition expresse. » 

Il était heureux que le fameux règlement prévît les exceptions, 
car, à Trianon, à peine un devis sera-t-il approuvé qu'un projet 
nouveau viendra déranger toutes les combinaisons arrêtées. Le 
directeur aura beau faire remarquer que ces dépenses supplé- 



LE JBU DB BAGUB. 87 

mentaircs, se présentant au moment « où les spéculations de 
Tannée étaient arrêtées, même avec l'incertitude de pouvoir les 
remplir toutes également », rompaient l'équilibre du budget des 
bâtiments : on n'en aura cure ; la reine ne supportait ni observa- 
tion ni retard. Le directeur reconnaîtra qu'il n'y a qu'à obéir et 
sans délai. « Vous connaissez notre maîtresse, » disait un autre 
fonctionnaire de la couronne*, « elle aime à^jouirpromptement.» 
Aussi fera-t-il suivre d'un correctif les plaintes qu'il n'exhalera 
plus que timidement et tout bas : « Je vous répète cependant que 
mon premier vœu est que la Reine soit satisfaite, dussé-je es- 
sayer de remettre quelques autres parties* » ; et ailleurs : « Il 
s'agit de satisfaire la Reine : ce mot exprime tout pour vous 
comme pour moi. » Mais l'argent se trouvera moins facilement 
que les protestations de zèle ; les entrepreneurs qui ne seront 
payés que très irrégulièrement (on leur devait encore, le 
31 août 1791, près de 500,000 livres') murmureront; et il courra 
bientôt, sur les dépenses de Trianon, des bruits qui, d'écho en 
écho, iront retentir jusqu'au tribunal révolutionnaire. Mercy 
signale un premier mouvement de l'opinion, dès le 17 septem- 
bre 1776*. M Le public, » écrit-il à Marie-Thérèse, « a vu d'abord 
avec plaisir que le Roi donnait Trianon à la Reine. Il commence 
à être inquiet et alarmé des dépenses que S. M. y fait. Sur son 
ordre on a culbuté les jardins pour y faire un jardin anglais qui 
coûtera au moins 150,000 livres. » S'il avait dit 150,000 livres 
par an, l'excellent ambassadeur eût été moins loin de compte. 
Mais ce qui surtout nuira aux finances, ce sera le désordre résul- 
tant de l'impossibilité de maintenir dans des limites réglées les 
budgets des divers services royaux, dont les prévisions seront 
sans cesse modifiées par le caprice d'une jeune reine qui n'avait 
alors, nous dit Mercy lui-même, qu'une pensée : le plaisir. * 

\, M. de Fontanien, intendant et contrôleur général du garde-meuble du 
roi. Lettre du iO juillet 1780 à Mique. 0>1879. 

2. Lettre du 19 juin i78i. OM886. 

3. Voy. plus loin : Documents, IV. 

4. n, 493. 



IV 



PROJET DE L^ARCHITECTE MIQUE 



Théorie des jardins, de Morel. — Adoption du projet de Mique. 

Modèles. ^ Finances. 

* 

Visite de Joseph II. — Le duc de Coigny. — Inauguration du jardin anglais. 



Le moment est enfin venu de parler du plan adopté pour le 
jardin anglais de la reine. Il était à Tétude depuis 1774, et cer- 
taines portions se trouvaient déjà exécutées : la pelouse sur la 
façade nord-ouest du château, un fragment de la rivière, la 
grande île et le bosquet vert. Le comte de Caraman avait d'abord 
dirigé les travaux. Ainsi que nous Tavons vu, M. d'Angiviller fit 
é\încer cet amateur auquel il espérait se substituer; mais le 
champ de bataille était demeuré à un troisième : l'intendant 
et contrôleur général des bâtiments de la reine. Ces délais 
ne nuisirent pas à l'œuvre en préparation. Depuis 1774, la mé- 
thode chinoise avait décidément fait école dans notre pays', 
et nos dessinateurs de jardins commençaient à montrer dans 
leurs ouvrages les qualités de discernement et de mesure qui ca- 
ractérisent Tesprit français. L'un d'eux, Morel, le créateur des 
parcs d'Ermenonville et de Guiscard, publia en 1776 une Théorie 



i. A partir de celle époque, les ouvrages en vers et en prose sur les jardins 
abondent. Duchesne, dont nous avons parlé plus haut, fit paraître, un des 
premiers, un E$$aimr la formation des jardins; Paris, 1775, in-S". 



PROJET DB l'aRCHITBCTE MIQUB. 89 

desjardins\ où il fixe les règles du nouvel art avec une précision 
et une sûreté de goût tout à fait remarquables. 
Morel dont, suivant Tabbé Delille *, 

réioquente voix 

De )a simple nature a su plaider les droits, 

est avant tout Tcnnemi des jardins factices, à quelque genre qu'ils 
appartiennent. Il ne critique pas moins sévèrement les fantaisies 
à la mode : poétiques, mythologiques, romanesques, imitatives, 
que Tabus de la symétrie dans les anciens jardins français. Ce- 
pendant il reconnaît que ces derniers auront toujours leur raison 
d'être. autour des palais et des monuments publics, où sied une 
certaine régularité, et il rend hommage au grand talent de Le 
Nôtre. Ce qu'il veut, c'est tout simplement l'appropriation du 
jardin à la nature du terrain, au site, au climat, à la destination 
des édifices dont il doit orner les abords. Si ces principes n'ont 
pas été appliqués à Trianon dans toute leur pureté, ils contribuè- 
rent du moins à en faire écarter les inventions baroques qui ridi- 
culisent la plupart des jardins de cette époque. Il y a déjà entre 
Monceau et Trianon une notable différence, toute à l'avantage 
de ce dernier, et dont il faut faire honneur au livre de Morel : la 
reine l'avait dans sa bibliothèque. 

Mi que termina donc le plan d'ensemble du jardin du Petit- 
Trianon, le 26 février 1777 (Voy. pi. XV), Il proposait d'é- 
tablir, sur l'emplacement des terrasses, un groupe de coteaux 



i. Paris, 1776, in-8°. Cette première édition est anonyme. Morel a mis son 
nom à la deuxième, en 2 v. in-8<*, Paris, an XI-1802. 

2. LesJardinSf poème, ch. ni. 

3. Le plan, reproduit dans notre planche XI, a été dressé en 1783. Il nous 
représente le projet de Blique complètement exécuté. Les chiffres, qu'on voit 
marqués sur la partie spéciale au jardin de la reine, correspondent aux in- 
dications suivantes : i cour, 2 château, 3 jeu de bague, 4 temple, 5 groUe, 
6 orangerie, 7 réservoir du Trèfle, 8 belvédère, 9 maison du jardinier, 10 co- 
médie, 11 ménagerie, 12 pavillon de jeu, 13 salon frais, 14 communs, 15 cha- 
pelle. 



90 LB JARDIN ANGLAIS. 

avec un grand rocher. Une source, sortant de la montagne à 
quelques pas des poulaillers, transformés en foyers pour les 
acteurs, s'épanchera dans un petit lac derrière le rocher, à 
travers les fissures duquel elle s'échappera en bouillonnant 
pour former un plus grand lac aux bords èchancrés, qui bai- 
gnera le pied des collines. Ce lac donnera naissance à une 
rivière, dont le lit sera barré par des quartiers de roche oc- 
casionnant différentes chutes d'eau. Une première île, toute pe- 
tite, auprès du lac, une plus grande, au sud-est de l'enceinte, agré- 
menteront son cours. Devant le château, la rivière étendra deux 
bras dessinant une presqu'île, et ira se perdre près de la porte verte 
dans un ravin. Sur la rive gauche, elle sera bordée par une 
avenue d'arbres de Judée, derrière laquelle s'élèvera un monti- 
cule boisé qu'on appellera le bocage. En face, à l'autre boiit du 
jardin, sur la rive droite, était déji planté le bosquet vert. Entre 
deux, la plaine sera coupée par un bouquet d'arbres allongé qui 
aura le nom de Umaçon. Voilà pour le paysage. 

Passant aux fabriques qui doivent le décorer, la principale 
consistera en un temple circulaire placé dans la grande île, vis- 
à-vis du château. Il y aura ensuite un ermitage avec sa cloche ; — 
un salon hydraulique, formé de pilastres et de colonnes d'eau 
jaillissante, où l'on respirera un air frais pendant les grandes 
chaleurs ; — un cabinet de treillage couvert de roses grimpantes; 
— un parc de moutons à la chinoise pour animer les pelouses; — 
des bancs chinois et des canapés turcs en pierre, « peints comme 
s'ils étaient d'étoffe*; » — une ruine sur le grand rocher, « repré- 
sentant un temple ancien' entouré de débris supposés tombés du 
frontispice; » — enfin, pour permettre d'embrasser d'un coup 
d'œil toutes ces merveilles, un belvédère sur la montagne près 



1. Si Ton veut se faire une idée de la façon dont on entendait le genre 
turc, il faut aller, à Fontainebleau, voir un cabinet orné de cette façon, dans 
les petits appartements de Marie-Antoinette. 

2. « D'après la 44* planche des ruines de Balbec. » Elle représente un 
édifice circulaire d'un dessin très élégant. Voy. les Ruines de Balbec, autrement 
diteHéliopiAiSy dans la Cœlosyrie, par Robert Wood; Londres, 1737, in-folio, fig. 



PROJET DE l'aRGHITBCTB MIQUE. 91 

du rocher. — Mique demandait en outre que la grande serre bo- 
tanique fût détruite et remplacée par une nouvelle à l'extrémité 
du fleuriste devant la maison de Richard*. 

Marie- Antoinette approuva le plan pour le paysage, dont l'idée 
appartient au comte de Caraman. Elle écarta Termitage, le parc 
de moutons, le cabinet de treillage, le salon hydraulique, vieille 
machine surannée du temps de Louis XIV, et le simulacre de 
ruines dont une satire contre Is, jardinomanie* disait avec raison : 



Tout ce grolesque amas de modernes ruines, 
Qu'est-ce qu*un monstre informe, un enfant décrépit? 



Elle admit le temple et le belvédère et décida la démolition de la 
serre et sa réédifîcation sur un autre terrain*. 

Le devis une fois arrêté, on fit faire, pour les édifices et les di- 
verses parties du jardin, des modèles en relief. Le plus grand soin 
était apporté à la confection de ces maquettes, et tous les détails 
en étaient minutieusement finis. On les exposait devant la cour*. 
Elles étaient ainsi examinées sous toutes les faces ; chaque cour- 
tisan disait son mot, et le souverain jouissait par avance de l'œu- 
vre projetée. Si certaines parties semblaient défectueuses, elles 
étaient refaites jusqu'à ce qu'on eût obtenu un résultat satisfai- 
sant. Ces modèles à la vérité coûtaient cher*, mais bien des fautes 
se trouvaient évitées dans l'exécution, et l'on était sûr de l'effet à 
produire. Nous en reparlerons lorsque nous décrirons les diverses 
constructions du Petit-Trianon. 



1. C'est l'orangerie actuelle du Petit-Trianon. 

2. L'idée de ce salon venait en droite ligne de Commercy, d'où le pro- 
jet en avait été adressé à Mique par Lallement, mécanicien, et Lenoir, 
ferblantier, qui avaient travaillé pour le roi Stanislas, sous ses ordres. 

3. Epltre de M. de Ghabanon, publiée dans la Correspondance de Gnmm, 
IX, 462. 

4. Archiv. naU OM876, 1879, 1883. 

5. G M 880. 

6. Voy. plus haut, p. 76, note 3, le prix du jeu de bague. 



92 LE JARDIN ANGLAIS. 

Dans le premier aperçu donné par Mique des frais qu'entraîne- 
rait rétablissement du jardin anglais, Tarchitecte avait parlé 
d'une somme de 170,000 livres. Le devis définitif allait à 298,275 
livres, 10 sous, 10 deniers. On avait obtenu une ordonnance de 
100,000 livres sur lesquelles 46,100 livres étaient dépensées au 
commencement de 1776. Il manquait environ 200,000 livres. Le 
comte d'Angivillcr adressa, dans les premiers jours d'avril, à la 
reine un mémoire pour lui exposer la situation. « Si les fonds 
ordinaires de mon département, » dit-il, « n'étaient pas toujours 
trop inférieurs îi ses besoins, je ne me permettrais pas d'occuper 
Votre Majesté de l'espèce d'embarras dans lequel je me trouve 
pour les 200,000 livres à peu près qu'exige le jardin. Mais, puisque 
les circonstances s'opposent à mon vœu le plus cher, celui de pré- 
venir les désirs de Votre Majesté, je La supplie très humblement 
de vouloir bien m'autoriser à rendre compte, de sa .part, au Roi 
de l'état actuel des choses, et à prendre ses ordres pour solliciter 
auprès du ministre de la finance et au nom de Votre Majesté 
l'assignat » de la somme nécessaire. « Peut-être Votre Majesté 
préfèrera-t-EUc de parler Elle-même au Roi, et je me permettrais 
volontiers de L'y engager. Si Elle daignait m'en laisser le soin, 
ce sera me réserver un moyen de plus de Lui marquer et mon 
respect et mon zèle. » La reine ne voulut pas se donner la peine 
de demander les fonds au roi, et le directeur des bâtiments dut 
se charger de la négociation*. Le successeur de Turgot, M. Nec- 
ker, n'y mit pas d'abord un très grand empressement, car il n'a- 
vait encore rien accordé le 10 juin; il fallut pourtant à la fin 
s'exécuter. 

Au moment où l'on apportait chez la reine les modèles du Pe- 
tit-Trianon (5 mai)*, elle recevait son frère, l'empereur Joseph II 
qui, sous le nom de comte de Falkenstein, venait incognito visiter 



\ . Voici comment on proposait de répartir l'emploi des fonds : 80,000 liv. 
de juin à septembre 1777; 30,000 liv. d'oclobre à décembre; 30,000 liv. de 
janvier à mars 1778; 45,000 liv. d'avril à juin; 45,000 liv. de juillet à 
septembre ; 22,000 liv. en octobre et novembre. OM876. 

2. OM879. 



PROJET DE L*ARCHITBGTB MIQUB. 93 

la France. Le 13 mai, elle lui donna à dîner à Trianon. « Cette 
auguste princesse,» rapporte Mercy à Marie-Thérèse*, « m'avait 
ordonné d'y venir après midi avec les comtes de Belgiojoso, de 
CoUoredo et de Cobenzl. Nous y arrivâmes à cinq heures ; on se 
promena dans les jardins, où il y eut différents petits spectacles 
amusants. Madame et M"* la comtesse d'Artois s'y trouvaient, 
mais avec une suite très bornée. On passa dans les cabinets de la 
Reine où l'on attendit l'arrivée du Roi qui vint avec Monsieur et 
une suite assez nombreuse en hommes. Madame Sophie et ma- 
dame Elisabeth arrivèrent en même temps ; on soupa à neuf heures ; 
on se rendit, à dix heures et demie, au spectacle qui dura près de 
deux heures. Cette fête, très bien ordonnée, devint charmante 
par les grâces que la Reine y déploya envers un chacun. Le Roi 
y mit de la gaité et, autant que le comporte sa tournure, il parut 
attentif envers l'Empereur. Je remarquai dans cette occasion, 
ainsi que dans plusieurs autres, combien S. M. L, par l'aisance 
de son maintien, sait allier la forme de l'incognito avec une 
contenance de supériorité laquelle, sans rien exiger, s'attire 
tous les hommages. Il paraissait être le père de toute la famille 
royale. » Le spectacle dont parle Mercy eut lieu dans l'oran- 
gerie; il fut composé des Fausses infidélités*^ de l'Amoureux de 
quinze ans*^ et d'un ballet, le Prétendu et la Rosière\ 

a Le 22 mai, la Reine conduisit encore son auguste frère & 
Trianon ; ils y dînèrent sans autre suite que celle de la comtesse 
de Mailly, dame d'atours, et de la duchesse de Duras, dame du 
palais. Après le dîner, l'Empereur et la Reine se promenèrent 
seuls dans les jardins, où ils eurent une longue conversation. Le 
monarque reprit les objets essentiels, relatifs à la Reine et dont 
elle lui avait parlé elle-même. Il développa ses réflexions, fit un 
tableau frappant de la position de la Reine, des écuoils qui Ten- 



1. II, 65, 15 juin 1777. 

2. Jouées par la comédie française; la pièce est de Barthe. 

3. Joué par la troupe italienne ; auteurs : Laujon et Martini. 

4. Par les danseurs de Topera. 



04 LE JARDIN ANGLAIS. 

vîronnaient, de la facilité avec laquelle elle s*y laissait entraîner 
par Tappàt trompeur des dissipations ; il lui en présenta les con- 
séquences infaillibles et effrayantes pour l'avenir. Dans ce cha- 
pitre furent compris les articles de la négligence envers le Roi, 
des sociétés de la Reine, de Tabandon de toute occupation sérieuse 
et de la passion pour le jeu. >' 

Il lui réitéra sans doute, et aussi vainement, les conseils que 
répétaient sans cesse et sa mère et Mercy , effrayés tous deux de lui 
voir prendre des allures si différentes de celles des reines qui 
l'avaient précédée. A demi effacées et comme perdues dans Féclat 
du roi, connues seulement par leur bienfaisance et leur piété, ces 
princesses ne paraissaient en public qu'entourées de femmes, et 
rien, dans leur existence qui s'écoulait tout entière sous l'œil de 
témoins désignés par l'étiquette, ne pouvait donner prise aux pro- 
pos téméraires. Qu'on juge du scandale que causa la vue d'une 
jeune femme de vingt ans, se mettant en avant partout sans le roi ; 
allant en cabriolet, dans des toilettes extraordinaires, aux chasses 
du bois de Boulogne, aux courses de chevaux, avec une troupe de 
jeunes gens turbulents et sans respect; courant les bals de l'opéra 
en compagnie du comte d'Artois et de Monsieur que ne voulait 
point suivre Madame ; passant ses soirées dans la maison de la 
princesse de Guéncnée, « vrai tripot » où régnait « un air de li- 
cence et de mauvais ton; » installant elle-même à la cour, au 
mépris des ordonnances portées contre les jeux de hasard et 
malgré le blâme du roi, une banque de pharaon où l'on pontait 
sans désemparer trente-six heures de suite jusqu'au matin de la 
Toussaint*. La reine, disait Mercy, « a de l'esprit, de la pénétra- 
tion, du caractère et des grâces infinies, mais l'emploi de si grands 
avantages n'est pas & beaucoup près tel que je m'en étais flatté et 
que je devais m'y attendre. » Tout cède « à des idées de dis- 



1. Madame Gampan, I, chap. iv. 

2. Mercy, II, 76. Les promenades nocturnes n*avaienl pas encore eu lieu. 
Elles devaient commencer cet été même, après le départ de Joseph IL Mercy, 
II, 113. 



PROJET DB l'aRCHITECTB MIQUB. 95 

sipation et d'amusement*. » Et, dès les premiers jours, Marie- 
Thérèse à qui l'anxiété maternelle* semble donner la vision de 
l'avenir, s'écriait : Ma fille court à grands pas à sa ruine, trop 
heureuse encore si, en se perdant, elle conserve les vertus dues 
à son rang. 

« L'Empereur, » continue Mercy, « prenant le ton de la sensi- 
bilité, mit une mesure si juste à ses remontrances qu'elles n'ef- 
farouchèrent aucunement la Reine. Cette princesse lui fît des 
aveux plus étendus sur le Roi, sur ses entours; elle convint des rai- 
sons de l'Empereur, en mettant cette restriction « qu'il viendrait 
« un temps où elle suivrait de si bons avis. » La princesse de 
Lamballe avait fort déplu à l'Empereur; la Reine convint que, 
par engouement, elle s'était trompée sur cette favorite, et qu'elle 
était au repentir de l'avoir mise à la place qu'elle occupe. En re- 
vanche, la Reine vit avec plaisir que son auguste frère avait pris 
assez bonne opinion du duc de Coigny '. » 

4. Mercy, n, 197, 208, 302, 3i2, 332, 343, 390, 427, 431, 518, 52i, 524. UI, 
35, 56. On retrouve dans une chanson, composée en 1776, la plupart des 
critiques de Mercy : 

... Reine de France en apparence, 
Vous l'êtes plus réellement 
Des ministres de la toilette, 
Des comédiens, des histrions, 
Et, bravant en tout l'étiquette. 
Des filles vous avez le ton. 

... Bezenval a la confiance. 
Un Caraman est distingué... 

S'il est vrai que la Voupalière 
Doive paraître à votre cour, 
Ma foi, dans cette pétaudière, 
Faites fii^urer tour à tour 
Ce que les comptoirs, les coulissos 
Nous offrent de plus séduisant. 
Avec des banquiers, des actrices 
Vous tiendrez votre appartement. 

Recueil manuscrit de chansons, de 1741 à 1782, t. VIII, provenant de la biblio- 
thèque de la présidente de Rosanbo. Arch. dép. de Seine-et-Oise. 

2. Lettre du 3t juillet 1775, II, 360. 

3. Iir, 52. 



I 



96 LE JARDIN ANGLAIS. 

Le duc de Coigny ' », dit un contemporain', « n était pas un très 
bel homme, pas un homme de beaucoup d'esprit. Il avait mieux 
que cela : un excellent maintien, uri ton exquis, une belle tour- 
nure, une raison simple et juste, du calme et de la politesse, un 
cœur droit que l'élévation n'avait pas corrompu, que la faveur 
n'avait point gâté; aimé de tout le monde, il ne haïssait per- 
sonne. » Il avait alors quarante ans. Maréchal de camp, colonel 
général des dragons, gouverneur du château de Choisy, premier 
écuyer du roi, récemment décoré de l'ordre du Saint-Esprit, le 
duc de Coigny occupait à la cour une position considérable. Il 
était, rapporte madame Campan, « aussi bien vu par le roi que 
par la reine. » Mercy l'accuse d'abuser de son influence pour 
« extorquer de cette princesse des grâces qui occasionnaient des 
plaintes continuelles dans le public'. » La faveur grandissante de 
la comtesse de Polignac lui portait ombrage, et, à ce moment 
même, il s'était « déterminé à la fronder et à chercher de la 
rendre suspecte à la Reine. » C'est par là sans doute qu'il s'at- 
tira la bienveillance de l'empereur sur lequel la comtesse avait 
produit une assez mauvaise impression*. 

Joseph II partit, le 30 mai, entre onze heures et minuit. Les 
adieux « furent très attendrissants pour la Reine qui se fit vio- 
lence pour cacher une partie de son trouble. » Mais elle avait 
voulu « trop prendre sur elle pour garder bonne contenance ; » 
et, après le départ de l'empereur, « elle eut le même soir des 



i. François-Henri de Franquetol, duc de Coigny, né à Paris en i737. Son 
fils, François-Marie -Casimir, avait épousé, en 1775, mademoiselle de Con- 
fians d*Armentières, une des plus charmantes personnes de la société 
d'alors, d'un esprit vif, piquant, sans aigreur, avec beaucoup de grâce et 
d'élégance. Marie-Antoinette disait d'elle : « Je suis reine à Versailles; c'est 
madame de Coigny qui est reine à Paris. » On a d'elle une correspondance 
inédite tout à fait remarquable, dont M. Paul Lacroix, au moment de sa mort, 
préparait la publication. 

2. Tilly, II, chap. xvn. 

3. Il venait défaire créer, pour le fils de son médecin, une place de fermier 
général des postes, « objet de 60,000 à 80,000 liv. de revenu annuel.» 

4. Mercy, II, 477; III, 81, 94, 123. 



PROJET DK L ARCHITKCTB MIQUB. 97 

convulsions de nerfs assez violentes. » Le lendemain, Meroy la 
trouva « plus tranquille et en bonne santé, cependant toujours 
fort attristée. » Elle désira « passer la journée dans la solitude, 
et elle se fit suivre au Petit-Trianon par la princesse de Lam- 
balle, la comtesse Jules de Polignac et une seule dame du pa- 
lais. » Le même jour, un courrier lui apporta une lettre de sa 
mère qui « la calma infiniment. » La séparation n'avait pas 
moins coûté à Tcmpereur. « J'ai quitté, » écrit-il à Marie-Thé- 
rèse, « j'ai quitté Versailles avec peine, attaché vraiment à* ma 
sœur; j*ai trouvé auprès d'elle une espèce de douceur de vie à 
laquelle j'avais renoncé, mais dont je vois que le goût ne m'a- 
vait pas quitté; j'ai passé des heures et des heures avec elle, sans 
m'apercevoir comment elles s'écoulaient... Il m'a fallu toute ma 
force pour trouver des jambes pour m'en aller*. » 

Le 18 juin, la reine reçut au Petit-Trianon la famille royale, 
et fit représenter devant elle le Barbier de Séville et la Fête du 
château*. Il y eut, en outre, un divertissement tiré du Barbier de 
Séville^ pour lequel on confectionna huit grandes mandolines 
pouvant s'ouvrir pour laisser voir, à l'intérieur, des figures de 
femmes. Mercy constate, à la date du 15 juillet, que « la Reine 
semble prendre toujours plus de goût pour son château de Tria* 
non. Quand elle y va, » dit-il, « passer les après-midi, elle n'y 
est suivie que par deux ou trois dames*. » Elle y prenait du lai- 
tage à la ménagerie de madame de Pompadour. La Correspon- 
dance secrète* a noté qu'elle fut fort incommodée, le 12 juillet, pour 
avoir, « malgré toutes les représentations, mangé d'un fromage 
à la glace. » 

Elle venait suivre les progrès des travaux dans le jardin an- 
glais. On avait, dans les derniers jours de l'hiver, planté les ar- 

t . Mercy, III, 76, 86. Le roi fit présenl à Joseph II d'uu ameublemeul 
complet, fait aux Gobelins. OM 130. 

2. 0*3051. La première pièce, de Beaumarchais, jouée par la comédie 
ft*ançaise ; la seconde, de Favart, par la comédie italienne. 

3. Il, 92. 

4. Publiée par M. de Lescure, I, 76. 

7 



98 LB JARDIN ANGLAIS. 

bres du limaçon et du bocage ; maintenant on achevait la rivière. 
A la fin du mois, il ne restait plus qu'à construire la montagne 
et à creuser le lac. Toute la partie de la nouvelle enceinte 
située au nord-est était terminée*. Sans être encore complet, 
puisque le temple de l'Amour sortait à peine de terre, le jardin 
offrait déjà des sites et des promenades agréables. La reine 
voulut l'inaugurer par une grande fête qui eut lieu le 3 septembre. 

Mercy semble n'y avoir rien vu qui méritât une mention spé- 
ciale. « Il y eut, » dit-il", « différentes sortes de jeux dans les 
jardins, un grand souper, illumination et spectacle. » Il fut seu- 
lement frappé de la présence du premier ministre et de sa femme. 
« Les ministres du Roi non plus que leurs épouses ne sont ja- 
mais appelés à ces parties; mais, dans cette dernière occasion, 
le comte et la comtesse de Maurepas ont été invités par la Reine, 
et cette faveur exclusive a eu de quoi les flatter infiniment. » 

Les gazettes ont fait cependant beaucoup de bruit autour de la 
fête du 3 septembre. Elles s'occupent déjà des préparatifs. « On 
a dit, »rapportent les Mémoires secrets, à la date du 26 août, « que 
la Reine avait arrêté avec les gens chargés de ses fêtes d'en 
donner une au Roi au Petit-Trianon. Le jour était pris pour le 
lendemain (jour delà Saint-Louis). II était question des choses les 
plus agréables, surtout de surprises flatteuses pour le monarque. 
Malheureusement, le Roi en a eu vent; il a su que la dépense 
montait à 80,000 livres. Il a trouvé cela trop cher, surtout dans 
un moment où, par économie, il se prive du voyage de Fontaine- 
bleau, et, pour couper court à des galanteries dispendieuses, 
lorsque S. M. est venue elle-même le solliciter de se rendre au 
Petit-Trianon, il l'a refusée impitoyablement, ce qui a sensible* 
ment affligé la Reine. Le motif est si beau, si extraordinaire dans 
un prince de cet âge, que la bouderie de S. M. ne durera sûre- 
ment pas, et qu'elle profitera de la leçon pour mettre plus d'é- 
pargne dans ses plaisirs. » 

1. 011876, 1877, 1879, 1880, 1881, 1881. 

2. H, H 4. 



• 



PROJRT DE L ARCHITEGTB MIQUE. 90 

L'auteur de la Correspondance secrète^ publiée par M. de Les- 
cure*, nous met sous les yeux un tableau bien différent. « Le 
24 août, veille de la fête du Roi, notre jeune Reine a surpris très 
agréablement son auguste époux par des divertissements aux- 
quels il ne s'attendait pas. Les courtisans ont remarqué des mo- 
ments de joie, puis de tendresse entre les deux époux, et préten- 
dent même que la fête a été terminée par une scène passionnée 
dont la France verra les heureux effets dans neuf mois. » 

Qui des deux chroniqueurs dit vrai? Il y a toute apparence 
que c'est le second, le « refus impitoyable » n'étant guère dans le 
caractère de Louis XVL Quoi qu'il en soit, les Mémoires secrets 
complètent ainsi leur récit, le 7 septembre : a La fête que la Reine 
devait donner au Roi le jour de la Saint-Louis n'ayant pu avoir 
lieu, comme on l'a dit, a été renvoyée à un temps plus opportun. 
S. M. a déterminé le Roi à l'agréer, et ce monarque, toujours 
disposé à se prêter aux plaisirs de son auguste compagne, s'est 
enfin rendu aii Petit- Trianon mercredi. Rien de si délicieux, et 
il parait que ce retard n'a servi qu'à rendre le divertissement 
un peu plus cher, car on l'évalue encore plus haut qu'on ne l'avait 
fait. » 

Cette fête dut en effet être très dispendieuse. Elle dura tout 
le jour'. « Le parc représentait une foire : les dames de la cour 
étaient les marchandes, la Reine tenait un café comme limona- 
dière; il y avait des théâtres et des parades çà et là. » D'après les 
mémoires de dépenses, on avait figuré sur la pelouse, au moyen 
de planches et de châssis, une place publique avec des bornes et 
des fontaines placées dans des niches : on y voyait des boutiques 



i . Oyrrespondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie- Antoinette, la cour 
et la ville, de \m à {192, publiée d'après les manuscrits de la bibliothèque 
impériale de Saint-Pétersbourg; Paris, 1866, 2 v. in-S^ I, 93. 

2. S'il fit le même temps qu'à Paris, où il tomba une forte pluie dans la 
matinée, par un ventN. 0., le jardin dut être mouillé. Voir les observations 
météorologiques manuscrites, consignées, depuis 1774, dans une collection de 
VAlmanach royal appartenant à la bibliothèque du ministère de Tintérieur. 
Le Journal de Paris, qui commença à paraître le 1*' janvier 1777, fournil 
quotidiennement les mêmes renseignements. 



100 LB JARDIN ANGLAIS. 

de boulanger, charcutier, rôtisseur et pâtissier. Ailleurs, une 
guinguette était entourée de vingt et un berceaux de treillage, cha- 
cun d'eux portant le nom d'une maison royale sur un écriteau. 
Plus loin, on rencontrait un théâtre en plein vent, à la façade 
ornée de motifs d'architecture. Sur un autre point, c'était un ca- 
binet de Comus dont la devanture offrait diverses inscriptions. 
Des guirlandes de fleurs' reliaient entre elles toutes ces fabriques, 
etaumilieudujardin,surunsocle peint en marbre rouge, s'élevait 
un pavillon d'où l'on embrassait l'ensemble de la décoration. Le 
soir, le jardinfut éclairé par 2,600 lumières colorées*. Al'extérieur, 
« les avenues du château étaient bordées de boutiques de mar- 
chands de Paris qu'on avait engagés à venir et à chacun desquels 
on paya quatre louis pour ses faux frais. » Carlin, le célèbre ar- 
lequin de la comédie italienne, et Dugazon, de la comédie 
française, cachés dans des carcasses d'osier en forme de pie et 
de dindon', firent une parade dans la boutique d'un oiseleur. Sur 
le théâtre improvisé, on représenta des proverbes entremêlés de 
couplets*, l'opéra-comique des Sabois*^ et un ballet grotesque, 
les Meuniers, où l'on voit figurer un homme habillé en femme, 
un président,! un commissaire, des meuniers, des savoyards et 
des paysans allemands. Enfin, au jeu de bague, entouré pour la 
circonstance d'un amphithéâtre de gradins, sur lesquels on avait 
peint quarante vases de porcelaine garnis de fleurs, il y eut une 
fête chinoise, à laquelle les musiciens des gardes françaises, tra- 
vestis en chinois, prêtèrent leur concours*. 

« En dépit de M. Necker, » continuent les auteurs de la Cor- 



1. La seule façon des guirlandes coûta 1.439 liv. iO s. 

2. Il y avait, entre autres, 1,828 lanternes en fil de fer, dont 509 grandes, 
574 moyennes et 745 petites, avec fond, anses et bobèches de fer-blanc, 

3. Parmi les accessoires, on remarque une brouette blanche semée de 
fleurs de lis qui ser>'it sans doute à une autre parade. 

4. Par les acteurs de la comédie française. 

0. Par la comédie italienne. La pièce est de Sedaine. 
6. 0*3051. 



PROJET OK l'aRGHITBCTK MIQUB. 101 

respondance secrète^ « cette fête a coûté 400,000 livres*, et on en 
dépensera bien d'autres à Choisy, où la cour va, le 9, pour peu 
de temps, et où la Reine se propose de donner plusieurs diver- 
tissements. Si, comme il y a toute apparence, le voyage de Fon- 
tainebleau reste supprimé, je présume que la cour fera des petits 
voyages dont la dépense dépassera de beaucoup celle prétendue 
excessive du voyage de Fontainebleau*. Il faut avouer que 
nous économisons admirablement. » Il semble que Mercy, qui 
trouvait exagérés les frais de la petite fête du 23 juillet 1776, 
commence à se familiariser avec la prodigalité de Marie -Antoi- 
nette, puisqu'il ne voit rien d'exceptionnel à signaler à l'im- 
pératrice dans l'inauguration du jardin anglais. Il ne remarque 
pas non plus une autre nouveauté qui avait cependant frappé 
l'empereur. Jusque-là, en France, c'était le roi qui offrait des 
divertissements à la reine et qui présidait à la représentation de 
la cour. Les r6les sont intervertis : c'est la reine qui donne des 
fêtes au roi. Vainement, Joseph II lui fit-il, sur le peu de conve- 
nance et le danger qu'il y avait pour elle à mettre ainsi le roi au 
second plan, les plus sages remontrances'; elle persista à garder 
le sceptre des plaisirs à Trianon d'abord, et plus tard à Versailles 
même. . 



1 . Je n*ai pas trouvé les éléments nécessaires pour contrôler ce chiffre qui 
me parait très exagéré. 

2. D'après le Journal de Louis XVI, après trois petits voyages à Choisy, 
du 10 au 16 septembre, le 24 et le 25 du même mois, et du 3 au 9 octobre, 
la cour alla quand même à Fontainebleau, où elle demeura du 9 octobre au 
15 novembre. Voy. BocumentSy II, 2. 

3. Gh. d'Amelh. Marie-Antoinette, Joseph II, undLéopoldlI, ihr briefwechsef; 
Paris, 1865, in-8«. 



LE TEMPLE. — LE THEATRE 



1778-1779 



Progrès du jnrdin. — Tableaux envoyés de Vienne. — Fêtes. — Temple. 

Théâtre : construction, dépense, décoration. 



Après la fêle du 3 septembre, on reprit avec activité les tra- 
vaux dans le jardin. La reine avait, au mois de juillet, approuvé 
le modèle en relief de la montagne et du lac*. Les arbres et les 
gazons y étaient imités avec de la laine, de la raclure de corne 
teinte en vert et de la mousse ; les eaux, avec des fragments de 
glace. La montagne se divisait en deux parties séparées par un 
petit golfe : à gauche, une butte destinée à porter le belvédère ; 
à droite, une colline plantée d'arbres, avec une miniature de vi- 
gnoble sur le promontoire qui s'avance dans le lac. Les serres 
une fois démolies et les terrassements terminés, on garnit de 
peupliers dltalie, de marronniers, de sapins et de marsaults les 
flancs de la montagne'; il ne restait plus qu'à construire le rocher 
pour que le programme tracé par la reine pour le jardin anglais 
se trouvât rempli. 



1. Archiv. nat. OM876. 

2. Ces arbres, comme ceux des auti*es parties du jardin, furent pris dans 
les forêts du roi en Normandie, à La Rochette, Fontainebleau, Morel« 
Navarre etÂttichy. 150 saules, venant de la prairie du Ghesnay, furent plantés 
le long de la rivière. G M 876, i879. 



LR TKMPLB. — LK THEATRE 103 

L'architecte livra aux jardiniers la nouvelle serre en 1778*. 
Non loin de là, à l'angle nord de l'enceinte, il fit une chaumière 
en mousse qu'on entoura de plantations de bruyère, de fougère 
et de genêt. Il jeta un pont, en pierre de Vergelay, sur la rivière 
au-dessous de la petite île, à l'extrémité de l'avenue des arbres 
de Judée, pour relier le bocage au limaçon, et dissémina dans 
les bosquets et sur les pelouses de nombreux bancs de bois peints 
en vert réchampi de vermillon'. 

Marie-Antoinette espéra un moment recevoir , cette année ( 1 778) , 
la visite de son frère Ferdinand, gouverneur de la Lombardie. 
a Que j'aurais de joie, » écrit-elle à sa mère,« devoir mon frère et 
ma belle-sœur ici! Pour les logements, il n'y aurait pas d'em- 
barras, surtout venant au printemps ou au commencement de 
l'été ; ils seraient fort bien dans ma maison de Trianon'. » Ce 
VŒU ne se réalisa point. 

Mais elle eut le plaisir de placer dans son château des souve- 
nirs de son enfance : deux tableaux représentant des épisodes 
des fêtes données, en 1765, à l'occasion du mariage de Joseph II 
avec la princesse de Bavière. On y voit Marie- Antoinette, à l'âge 
de dix ans, dansant avec ses frères et sœurs. La correspondance 
qu'elle échangea avec sa mère à propos de l'envoi de ces toiles 
nous offre des traits aimables. « Mercy, » écrit Marie-Thérèse, le 
5 janvier, « m'a envoyé une mesure pour un tableau que vous 
souhaiteriez avoir pour Trianon : c'est l'opéra joué aux noces 
de l'Empereur. Je me fais le plus grand plaisir du monde de vous 
servir; mais il me faut une explication. Il y en a deux : l'un, 
l'opéra*; l'autre, le ballet où cette petite reine était avec ses deux 
frères*. Je crois que vous voudriez avoir ce dernier, ou peut-être 



i. OM880, 1881. Cest Torangerie actuelle. 

2. La menuiserie de ces bancs coûta 3,732 liv. 0^ 1877, 1881, 18^4. 

3. Mercy, lU, iU. 

4. N« du catalogue du Petit-Trianon, 488. 

5. N* «87. 



104 LE JARDIN ANGLAIS. 

tous les deux. Vous serez servie; mais, dans ce cas, il me faudra 
encore une mesure pour le second tableau, savoir de quel côté le 
jour vient, si cela doit être un cadre ou servir de tapisserie atta- 
chée à la muraille. Je tâcherai que vous serez servie avant huit 
ans que j'attends, moi, votre portrait avec tant d'empressement; 
mais je ne les lâcherai pas avant de recevoir ce cher et tant dé- 
siré portrait de votre part. C'est être vindicative ; mais la paix se 
fera très facilement en voyant vos traits. » — Marie- Antoinette 
lui répond le 13 janvier : « Ma chère maman me confond par sa 
bonté pour les tableaux. Je n'aurais jamais osé les demander, 
quoiqu'ils me feront le plus grand plaisir du monde. Elle me met 
dans le plus grand embarras, en m'exposant à lui faire croire 
qu'il n'y a que mon intérêt qui fait avancer ces portraits, com- 
mencés et manques par tant de peintres. Je n'enverrai pas par ce 
courrier les mesures à ma chère maman, parce que le concierge 
de Trianon, où je compte placer les tableaux, est absent. » Enfin 
elle reçoit, le 18 mars, les toiles tant désirées et remercie aus- 
sitôt l'impératrice. « Jp suis bien touchée de la bonté de ma 
chère maman pour les tableaux. La mesure est parfaite; ils aug- 
menteront bien le plaisir que j'ai quand je suis à Trianon*. » Ils 
furent encadrés dans la boiserie de la grande salle à manger, à la 
place destinée aux peintures de Doyen et de Pierre, et qui, 
comme nous l'avons vu', était demeurée vide. 

Après sept années d'attente, le roi sortit enfin de la torpeur où 
il avait vécu jusque-là, et Marie-Antoinette devint grosse. On 
eut l'idée de célébrer cet heureux événement par des divertisse- 
ments. « Il y aura, » dit la Correspondance secrète* à la date du 
4 juin 1778, « une fête champêtre à Trianon pour amuser la 
Reine au retour de Marly. Cette fête sera allégorique avec chants 
et danses, et représentera tous les attributs de la fécondité, de la 



1. Mercy, HI, 152, 153, i75. 

2. Voir plus haut, p. 31. 

3. Lescure, 1, 172. 



LB TEAfPLB. — LR THÉÂTRE. 105 

bienfaisance, de la tendresse maternelle, etc. » Je ne puis dire 
s'il fut donné suite à ce projet. 

« Au commencement du mois de juillet, » dit Mercy*, « la 
Reine a donné successivement deux petites fêtes à Trianon ; elles 
ont consisté en différents petits divertissements, répandus dans 
les bosquets de ce château, et en un spectacle après le souper. Le 
Roi paraît se plaire à ce genre d'amusements, quoiqu'ils lui oc- 
casionnent des veillées qui ne s'accordent pas avec son régime 
ordinaire. » Il ne semble pas que, cette fois, Mercy ait été exac- 
tement renseigné : ces fêtes eurent lieu, non en juillet, mais à la 
fin de juin. Pour la première, que les comptes* placent entre le 
14 et le 27, les acteurs de la comédie française vinrent jouer des 
proverbes. Le journal de Louis XYI fixe la seconde au 29 juin. 
Ce jour-là, il y eut grand spectacle : un opéra, l'Aveugle de Pal- 
myre^ et les ballets de la Belle Arsène et A'Annette et Lubin\ Pour 
r Aveugle de Palmyre , le peintre Mazières exécuta un riche décor 
qu'il convient de noter en passant *. Il représentait le palais du 
Soleil. Au milieu, était figuré un autel en marbre blanc rehaussé 
d'or, portant la statue d'Apollon ; à l'entour, huit colonnes torses 
dorées étaient garnies de cabochons en verroterie, imitant des 
diamants ; dans les entre-colonnements se dressaient six statues 
allégoriques des Heures avec des groupes d'enfants en bas- 
relief; dans la frise, couraient les signes du zodiaque. Ce décor 
donnera naissance à une légende dont nous parlerons plus loin'. 

La reine se proposait d'offrir au roi une troisième fête , le 1 3 juil- 
let, suivant Mercy, le 15 d'après le journal de Louis XVI, dont 
l'exactitude minutieuse mérite plus de créance. Mais, ce jour-là, 
elle apprit l'entrée du roi de Prusse en Bavière avec des troupes su- 

\ . Ur, 223. 

2. 0*3053. 

3. Dans le premier, de Desfontaines et Rodolphe, Gardel dansa avecu neuf 
demoiselles » ; dans la Belle Arsène et dans Annette et Lubin (de Favart), 
Vestris flgura avec a six messieurs ». 

4. 0*3054. 

5. m* partie, le Hameau, ch. x • 



106 LB JARDIN ANGLAIS 

périeures en nombre à celles que rAutriche était en état de mettre 
en ligne. Elle s'en montra très affectée et donna contre-ordre, 
« ne pouvant supporter l'idée des amusements, tandis qu'elle 
partageait les peines et les inquiétudes de sa mère. La Reine, » 
ajoute-t-il, « versa des larmes en tenant ce propos* ». 

Pendant ce temps, dans la grande île, s'élevait le temple. 
Le sculpteur Deschamps' en avait fait un modèle, dans lequel 
des colonnettes en bois, fixées avec du mastic sur un plateau, 
portaient des chapiteaux modelés en cire. Il avait préparé, 
en outre, pour les différentes parties de l'ornementation, des pro- 
jets en plâtre à la grandeur d'exécution. Au mois de juillet 1778, 
les échafauds furent enlevés, et l'on put juger de Teffet de cet 
édifice que les contemporains ont beaucoup admiré. Il est formé 
de douze colonnes corinthiennes supportant une coupole en 
pierre de Conflans*. Le pavé est en marbre blanc veiné, à com- 
partiments bordés de rouge. Dans les entre-colonnements sont 
encastrées des bandes de marbre de Flandre. Le centre de la 
coupole est orné d'un trophée de six pieds de diamètre, encadré 
d'un tore de fleurs et composé des attributs de l'Amour : cou- 
ronnes de roses, carquois, brandons, flèches liées de rubans et 
enlacées de roses et de feuilles d'olivier. On pensa d'abord à 
placer au milieu de cette rotonde un Amour dont le sculpteur 
Deschamps soumit à la reine une ébauche en cire blanche \ 
Quand la construction fut terminée, on se décida pour une statue 
de Bouchardon, faite depuis 1746, et dont le sujet est l'Amour 



1. Mercy, Ml, 228. — Correspondance secrète, I, «91. 

2. Deschamps s*intilu1e : « ancien élève protégé par le Roi. » 0^ 1877. 

3. Les fondations sont en pierres de liais. Toutes les assises de la cons- 
truction furent jointoyées a suivant le système de M. Lafée. » Le plomb de 
la coupole étail peint en imitation de pierre. 

4. 04876-77, 1879, 1880-81, 1883. Estimé 30,708 liv. 6 s., le temple a 
coûté 41,593 liv. 7 d., dont 21,425 liv. 13 s. 7 den. pour la maçonnerie, 
15,679 liv. 4 s. pour la sculpture el 4,488 liv. 3 s. pour le pavé de marbre. Je 
n'ai pu établir d*une manière précise le coût du plomb et de la peinture de 
la coupole. 



LE TKMPLK. — LB TH^ATHS. i07 

adolescent se taillant un arc dans la massue d'Hercule*. Tout 
autour du temple, dans Tile, on planta des pommiers-paradis et 
des rosiers pelote-de-neige* (Voy. pL IX). Les ponts jetés sur la 
rivière furent garnis de caisses de fleurs*. 

La scène de Torangerie, sur laquelle depuis 1776 on donnait 
la comédie au Petit-Trianon, n'était, comme nous l'avons vu, 
qu'un bâti de planches, de toile et de carton, sans machines ni 
dessous, sans dépendances pour le service des acteurs dont les 
foyers se trouvaient dans la ménagerie. La reine aimait trop les 
spectacles pour se contenter d'une installation si incomplète. 
Elle voulut avoir un vrai théâtre, muni de tout l'appareil néces- 
saire. Elle en avait eu la pensée dès 1777, et, sur son ordre, 
Mique fit alors relever les plans* et profils de la petite salle de 
Choisy. Il étudia lui-même un projet qu'elle adopta, et les tra- 
vaux conmiencèrent en juin 1778. Comment le directeur géné- 
ral des bâtiments prit-il cette augmentation imprévue de dé- 
pense qu'on lui imposait en cours d'exercice? On le devine ; mais 
il se tut, et désormais il ne risqua plus d'observations. Il s'ar- 
rangea conmie il put pour payer les 141,200 livres 4 sous 
8 deniers que coûta l'ensemble de la construction et de la déco- 
ration du nouvel édifice, les meubles et tentures exceptés, dont 
la dépense revint au garde-meuble et n'est pas connue*. 

Les pièces à l'appui des comptes nous permettent d'entrer dans 
le détail des procédés en usage chez les artistes de ce temps-là. 
Les premiers croquis terminés, on prépara un modèle en relief, 



1 . L*original esl au musée du Louvre. On Ta remplacé à Triauou par une 
copie. 

2. OM879. « Ce temple est ombragé par de grands arbres, et Tair qu'on y 
respire est parfumé par une quantité prodigieuse de rosiers et d*autres arbres 
odoriférants dont il est environné. » Voyage pittoresque de la France. Paris, 
in-folio, 1. 1 des estampes, 

3. On y mettait d'ordinaire des juliennes et des giroflées. Ot 1884. 

4. Par le dessinateur Butel, qui reçut 31 liv. 10 s. pour le voyage. OM884. 

5. Les frais de la menuiserie paraissent aussi manquer au compte. 
30,358 liv. 2d., furent pris sur le budget des Menus-Plaisirs. 0^3057. 



IÛ8 LK JARDIN ANSUIS. 

ciselé, peint, doré, tendu de velours et de soie et éclairé par 
vingt-quatre lampions minuscules. Ensuite, chacun des détails 
de l'omementation fut modelé en terre ou en pl&tre avant d'être 
exécuté définitivement. 

Destiné à être caché par la montagne, d'une part, et, de 
l'autre côté, par les charmilles du jardin français, te thé&tre de 
Trianon n'offre extérieurement à la vue que des murailles sans 
caractère. La porte seule (a) qui se montre au bout d'une allée 




d'arbres donnait matière à décoration. Elle fut encadrée de deux 
colonnes ioniques, portant un fronton triangulaire. Pour le tym- 
pan, le sculpteur Deschamps fit d'abord une maquette repré- 
sentant les attributs des quatre poèmes : lyrique, héroïque, tra- 
gique, comique, qui ne plut point. Il proposa ensuite le génie 
d'Apollon, sous la forme d'un enfant couronné de laurier et te- 
nant une lyre, avec les emblèmes de la tragédie et de la comédie 
& droite et h gauche. Ce motif fut agréé et sculpté en pierre de 
Conflans. 

A l'intérieur, un vestibule en hémicycle (b) donne accès, d'une 
part, à deux salons (c, c}, de l'autre, à la salle de spectacle, et 
par un escalier & l'étage supérieur. La reine et sa suite entraient 



LE TEHPLK. 



par !a porte principale (a) ; d'autres ouvertures (g g) étaient mé- 
nagées pour les invités de seconde catégorie. Des bas-reliefs 
représentant des Muses ornent le dessus des portes. La salle 
n'a que deux rangs de loges (f) avec un parterre (u) en contre-bas. 





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A. Porte principale. 

B. Vestibule. 

C. C Salons. 

D. Porte sur la cour. 

F. Première galerie, 

G. G. Porles. 
H. Parterre. 
I. Orchestre, 

J. J. Candélabres. 
K. Trou du souffleur. 
L. Scène. 
H. Entrée des foyers. 



Une balustrade limite le balcon du premier étage, dont la cour- 
bure n'était pas alors brisée'. Le rebord du second est plein; des 
fouilles d'acanthe le décorent. Cette deuxième galerie est portée 
sur des volutes chargées d'une dépouille de lion; c'est la devise 
de Louis XVL La reine y avait déjà fait une aimable allusion en 
choisissant, pour orner le temple du jardin anglais, l'Amour qui 
dérobe à Hercule sa massue. Au sommet de la salle règne une 




I. C'esl sous Louis-Ptii lippe que celle modiQcalion a élé introduite. 



110 LR JARDIN ANOLAIB. 

frise ornée d'un rang de couronnes entrelacées. La voussure est 
percée de douze œils-de-bœuf , entre lesquels des enfants tiennent 
des guirlandes de fleurs et de fruits. Toutes ces sculptures sont 
en pâte de carton. A chaque angle, du côté de la scène, un pan- 
neau en bois, couvert de fines arabesques, est surmonté d'une 
loge grillée {pi. XI bis). 

Les figures et les ornements en sailKe étaient en or jaune et 
vert. On peignit les balustres, piédestaux, boiseries de l'orchestre 
et du parterre en brèche violette, et l'ébrasement de la scène, 
avec les panneaux d'angle, en marbre blanc veiné*. Le reste 
de la salle fiit tendu de moire bleue ; les appuis des balcons et des 
loges ainsi que les sièges, de velours de même couleur. 

L'ornementation de l'avant-scène donna lieu à de nombreux 
essais qui ne se bornèrent pas à des modifications dans les mo- 
dèles : plusieurs motifs définitivement exécutés furent détruits et 
recommencés. La voussure, de ce côté, est divisée en trois com- 
partiments : celui du milieu est plein, les deux autres sont troués 
par un œil-de-bœuf. Dans la partie centrale, sur un fond de 
rayons, deux Muses couchées tiennent le chiffre de la reine. 
D'après un premier projet qui ne fut pas adopté, l'une des Muses 
devait porter le portrait de la reine, l'autre son chiffre. — L'a- 
gencement du rideau fut plus laborieux. Des pentes de soie bleue , à 
franges d'or, relevées par des cordelières d'or, tombent de la frise; 
de chaque côté de la scène, une femme, dont le torse sort d'une 
gaîne, les soutient. D'après la première idée de Mique, c'était un 
groupe de trois enfants qui devait porter la draperie. Ce sujet, 
qui répétait les motifs de l'ornementation de la salle, ne parut 
pas assez varié, et l'architecte dut proposer successivement deux 
groupes de trois Satyres chacun, puis deux statues représentant 
un jeune homme, ensuite deux femmes. On choisit les Satyres 
qui furent exécutés. Mis en place, ils parurent sans doute lourds; 
on les démolit et l'on revint aux deux femmes. 



1. Celle peinture fut exécutée par Boquel, décorateur. 



LS TSHPLB. — LB CHATBâU. 111 

Le rideau d'avant-scëne fut fait en gros de Tours bleu, orné de 
dorures en clinquant*. La pose du retroussis qui l'accompagne 
occasionna des difficultés d'un autre ordre. Nous avons vu le di- 
recteur général des bâtiments du roi obligé de battre en retraite 
devant le contrôleur général des bâtiments de la reine. Celui-ci 
trouva tout à coup sur son chemin un obstacle qu'il n'avait pas 
prévu. Au moment où il s'entendait avec le fîguriste pour la dis- 
position du rideau, le sieur Bonnefoy Du Plan, garde-meuble de 
la reine, s'interposa et prétendit diriger seul l'opération. Mique 
essaya vainement de lui démontrer que c'était au sculpteur à 
agencer les draperies qui se combinaient avec les figures; vai- 
nement il le conduisit à l'atelier pour le convaincre par la vue des 
pièces : rien n'y fit. Le concierge garde-meuble était fort des or- 
dres de la reine, et l'architecte dut baisser pavillon. 

Cet échec parait avoir été très sensible à Mique*. Son talent 
incontestable, sa docilité aux fantaisies de sa souveraine l'avaient 
porté au comble de la faveur. Il venait d'en recevoir un témoi- 
gnage éclatant; alors que les personnes pourvues des plus grandes 
charges de la maison de la reine ne purent jamais obtenir le plus 
modeste pied-à-terre au Petit-Trianon, Marie-Antoinette lui avait 
donné un appartement, fort petit à la vérité, mais très agréable- 
ment situé au-dessus des salons de la comédie. Il se croyait donc 
le maître dans ce domaine, quand il éprouva, comme les autres, 
les effets de cette volonté changeante que Mercy nous montre 
livrée à toutes les influences de son entourage. 

Il ne restait plus qu'à placer, aux coins de l'avant-scène, des 
candélabres pour éclairer la salle. Ici encore, il y eut de nom- 
breux tâtonnements. On proposa d*abord un corps d'architecture 
portant des cornets d'abondance d'où s'échappaient des fleurs et 
des fruits dans lesquels étaient placées des lumières; puis les 
cornets furent placés dans les mains d'une nymphe. On ne fit 



1. Vendu 330 liv., sous le n^ 15,6/9, pendant la Révolution. Archiv. de 
Seine-et-Oise, série Q. Procès-verbal de la vente du mobilier de la liste civile. 

2. Lettre à M. de Fontanieu, 8 juin 1779. 



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0.1815^ 



1811 -« 



VI 



PREMIER VOYAGE DE LA REINE 



Avril 1TI9 



Rougeole do la reine. — Ses quatre femmes de chambre. 
Les « u:essieurs externes ». — Le baron de Bcsenval. — Le comte Esterhazy. 

Le duc de Guines. — Convalescence de la reine. — Madame Elisabeth. 
Nicolet à Trianon. — Le comte Axel Fersen. — Mémoires du comte de Tilly. 

Mémoires f supposés, du comte Esterhazy. 



Le printemps de 1779 vît la reine séjourner pour la première 
fois à Trianon. Louis XVI a noté ce voyage dans son journal : 
« Mois d'avril, lundi 12 : départ de la Reine pour Trianon. — 
Mercredi 21 : retour de la Reine. » Atteinte de la rougeole au 
mois de mars, elle avait été séparée du roi pendant sa maladie. 
Après sa guérison, un éloignement de quelques jours étant 
encore nécessaire pour écarter tout danger de contagion, elle 
proposa de passer à Trianon le temps de sa convalescence. 
C'était une occasion toute naturelle, et sans doute depuis 
longtemps désirée, de découcher de Versailles et de s'installer 
seule dans son château. « Je vais aujourd'hui, » écrit-elle à 
sa mère, « m'établir à Trianon pour changer d'air jusqu'à la 
fin de mes trois semaines, époque où je pourrai voir le Roi. 
Je l'ai empêché de s'enfermer avec moi : il n'a jamais eu la 
rougeole, et surtout dans ce moment où il y a tant d'affaires, 
il aurait été fâcheux qu'il la gagnât*. » Elle emmenait ma- 

i. Mercy, III, 308. 

8 



114 LE JARDIN ANGLAIS. 

dame Elisabeth. Madame et le comte d'Artois, qui s'étaient sé- 
questrés avec elle pendant sa maladie <( et lui avaient marqué un 
attachement et des soins auxquels Sa Majesté avait été très sen- 
sible, » devaient y venir une partie de la journée. « L'abbé de 
Vermond n'avait pas suivi sa souveraine, » mais il était convenu 
qu'il se rendrait à Trianon une ou deux fois la semaine*. La suite 
de la reine était fort nombreuse : toute sa maison l'accompa- 
gnait; et comme le petit château et ses dépendances ne suffi- 
saient pas à contenir tout ce monde, on l'avait logé à Trianon- 
sous-Bois*. 

Mercy était assez inquiet de la tournure que prendrait ce 
voyage. Pendant sa maladie, Marie-Antoinette, privée de la 
compagnie de la comtesse de Polignac, retenue en son hôtel par 
le même mal, avait été prise de l'étrange fantaisie, à laquelle le 
roi eut Imconcevable faiblesse d'acquiescer, de se faire garder 
par quatre courtisans : le duc de Coigny, le duc de Guines, le 
comte Esterhazy et le baron de Besenval, à l'exclusion des dames 
du palais et de toutes les charges de sa maison, la dame d'atours 
et la dame d'honneur étant seules admises pendant quelques ins- 
tants. Ces messieurs s'étaient établis à demeure dans la chambre 
de la reine, n'en sortant que pour prendre leurs repas. Ils avaient 
même prétendu y passer la nuit, et Mercy eut beaucoup de peine 
à obtenir qu'ils se retirassent de onze heures du soir à sept heures 
du matin. Il faut dire que Madame, le comte d'Artois et la prin- 
cesse de Lamballe restaient en même temps auprès de la reine. 
On imagine ce qu'un arrangement si singulier excita de mur- 
mures et de plaisanteries. On mettait, dit Mercy', en question 
« quelles seraient les quatre dames choisies pour garder le Roi 
au cas où il tomberait malade. » De leur côté, les quatre nou- 
velles femmes de chambre de la reine lui suggérèrent dans leurs 



i. Mercy, m, 305, 3i6. 

2. Mercy, III, 304. On fit garder par deux suisses la partie du jardin 
français qui avoisine le Grand-Trianon. Archiv. nat. OM876, 

3. m, 306. 



PRB&IIKR VOYAGE DB LA REINE. 119 

conversations toutes sortes d'idées nuisibles : « des insinuations 
d'intrigue, des personnalités, des vues fausses en tout genre, » 
allant jusqu'à l'indisposer contre le roi. Ces messieurs suivaient 
Marie-Antoinette à Trianon, en qualité d' « externes » comme dit 
Mercy* : ils étaient autorisés à y passer la journée, sans y avoir 
de logement cependant. L'ambassadeur craignait que l'excès de 
leur faveur ne les portât à quelque démarche compromettante 
pour cette princesse. 

Le baron de Besenval était une créature du duc de Choiscul et 
du comte d'Artois. Lieutenant général depuis 1762, grand-croix 
de l'ordre de Saint-Louis depuis 1766, il faisait fonctions de lieu- 
tenant colonel dans le régiment des gardes suisses qui avait ap- 
partenu au duc de Choiseul et dont la propriété revint au comte 
d'Artois avec la charge de colonel général des Suisses et Gri- 
sons. « Il avait une belle taille, une figure agréable, de l'esprit, 
de l'audace. » « Cinquante ans révolus, des cheveux blanchis lui 
faisaient obtenir cette confiance que l'âge mûr inspire aux 
femmes*. » La duchesse de Choiseul le trouvait fort aimable et 
écrivait à madame Du Deffand qu'il « mettait beaucoup dans la 
société. » « Cependant, ses manières étaient trop libres et sa ga- 
lanterie de mauvais ton; même entre hommes, sa conversation 
était plus cynique que piquante et sa gaieté plus railleuse qu'en- 
jouée. » Tous les contemporains s'accordent à reconnaître en lui 
un intrigant, d'autant plus dangereux qu'il cachait son astuce 
sous les dehors de rondeur et de franchise d'un bon et brave 
Suisse. « Il parlait de ses montagnes avec enthousiasme ; il eût 
volontiers chanté le ranz des vaches avec les larmes aux yeux. » 
C'est ce qui lui concilia les sympathies de la reine. Le duc de 
Lévis dit qu'il donna à Marie- Antoinette de funestes conseils ; il 
l'accuse de l'avoir poussée à s'affranchir de toutes les entraves 
de l'étiquette, et d'avoir développé en elle par ses applaudisse- 
ments (( un malheureux penchant pour la raillerie » qui éloigna 

i. m, 312, 316. 

2. Madame Gampan, 1, 145. 



116 LB JARDIN ANGLAIS. 

« loul ce qu'il y avait à la cour de femmes respectables. » Mercy 
s'étonne que la reine ait pu s'enticher de ce personnage « avan- 
tageux, fat et léger*. » Elle eut lieu de s'en repentir, car il s'en 
fît accroire au point de « se précipiter à ses genoux, en lui adres- 
sant une déclaration en forme. » Cela se passait en décembre 1775. 
Une telle présomption la mécontenta. Elle lui relira sa confiance, 
sans cependant l'éloigner d'elle, puisque nous le trouvons, deux 
ans après, parmi les quatre garde-malades, et qu'il sera jusqu'à 
la fin un des hôtes habituels de Trianon '. 

Valentin Eslerhazy était hongrois. Il commandait un régi- 
ment de hussards. Madame Du Deffand écrivait de lui à la du- 
chesse de Choiseul : « Je sais qu'il a du mérite'. » Mercy lui re- 
connaît un caractère honnête*. C'est sur lui que Marie-Antoinette 
reporta l'amitié que Besenval avait trompée , et il ne parait pas 
en avoir abusé comme ce dernier. Marie-Thérèse s'étonne cepen- 
dant qu'un « jeune homme, sans rang distingué, ait le moyen de 
s'approcher de sa fille. » Il avait en effet un accès fréquent dans 
les cabinets de la reine, qui lui permettait de venir, au spectacle, 
lui faire sa cour dans sa loge, et qui entretenait avec lui un com- 
merce de lettres que Timpératrice voyait d'un fort mauvais œil. 
« La correspondance avec ce freluquet d'Esterhazy, » écrit-elle à 
Mercy, « est bien humiliante. » La reine l'avait choisi pour aller 
officiellement annoncer à Vienne la naissance de Madame royale, 
ne sentant point l'inconvenance de chai'ger d'une pareille mis- 
sion un étranger. Mais sa mère n'en voulut point. D'après le 
compte des dépenses particulières de Louis XVI, la reine lui 
donna 105,000 livres, sans doute pour payer ses dettes*. 



i. Il se vante dans ses Mémoires d*avoir lié madame de Polignac à la 
reine. I, 335. 

2. Voy. ses propres Mémoires el la notice que lui a consacrée le duc de 
Lé vis. Souvenirs et portraits; Paris, 1857, Coll. Barrière, Mémoii*es, t. XIV, in-18. 

3. l^etlre du 20 septembre 1771. 

4. II, 348, 399, 412, 436, 437, 456, 461. lU, 155. 

5. « Octobre 1775. j*ai donné à la Reine, pour M. d'Esterhazy, 15,000 liv.; 



PREMIER YOTAQB DR LA REINE. 117 

Duc par la volonté de la reine, M. de Gaines était alors au 
comble de la faveur. Le parti français et le parti autrichien, c'est- 
à-dire la coterie du duc de Choiseul et celle du duc d'Aiguillon, 
s'étaient livré bataille à l'occasion d'un procès assez scandaleux 
que ce seigneur, alors ambassadeur en Angleterre, avait soutenu 
contre son secrétaire. Il ne s'agissait de rien moins que d'une 
« accusation de contrebande sous le couvert de l'ambassade, de 
jeu sur les fonds publics et de gains illicites par la divulgation 
du secret des affaires de l'État. » Un arrêt du parlement qui, 
tout en acquittant l'ambassadeur, laissait à sa charge une partie 
des frais du procès, ne l'avait qu'incomplètement innocenté aux 
yeux du public. La reine, qui s'était déclarée pour lui, dès le pre- 
mier jour, contre les ministres, contre l'opinion, contre le roi lui- 
même, l'emporta sur tous de haute lutte, et l'on vit en même 
temps Turgot chassé, Guines élevé à la dignité de duc, et le roi 
contraint d'annoncer cette grâce au favori par une lettre qu'elle 
lui fit recommencer jusqu'à trois fois*. Le personnage qui fut la 
cause de si grands mouvements ne manquait ni d'esprit ni sur- 
tout d'adresse. On l'avait, à Londres, surnommé le Magnifique, 
a II passait pour un des hommes les plus aimables de la cour; sa 
plaisanterie était fine et piquante plutôt que satirique ; le persi- 
flage était son fort, et sa gravité alors était imperturbable. Il 
avait rapporté de ses voyages des histoires très plaisantes et d'un 
genre libre dont il amusait les princes. » Assez gros et engrais- 
sant tous les jours, « il voulait paraître mince en dépit de la 
nature. » Il commandait pour chaque habit une culotte aisée et 



novembre 1776, à la Reine, pour Eslerhazy, 15,000 liv...; novembre 1777, 
j*ai donné à la reine, pour M. d'Eslerhazy, i 5,000 liv... ; décembre 1778, à la 
Reine, pour M. d'Esterhazy, 15,000 liv...; décembre 1779, b, la Reine, pour 
M. d'Esterhazy, 15,000 liv... ; décembre 1780, à la Reine, pour M. d*Esler- 
hazy, 15,000 liv...; décembre 1781, à la Reine, pour M. d'Eslerhazy, 15,000 liv. 
1. Mercy, II, 221, 345. Tilly, II, chap. xvii. La reine maria la fille du duc 
de Guines au ûls du marquis de Gasiries, fit donner le tilre de duc héréditaire 
au futur et 100,000 écus de dot à la fiancée. Le duc de Guines était colonel 
des grenadiers. 



If)^ LB JARDIN ANGLAIS. 

une autre plus étroite. Lorsqu'il s'habillait, « son valet de chambre 
lui demandait gravement : « Monsieur le duc s'asscoit-il aujour- 
d'hui? » S'il devait rester debout, il montait sur deux chaises et 
descendait dans la culotte étroite tenue par deux de ses gens. » 
Il jouait de la flûte dans la perfection, et, à Berlin où il était 
ambassadeur avant de représenter le roi de France en Angle- 
terre, ce talent l'avait fait admettre dans l'intimité du grand 
Frédéric qui pratiquait comme lui cet instrument'. Il plaisait 
aussi par là à Marie- Antoinette dont on connaît le goût pour la 
musique. 

En rendant compte à l'impératrice, après l'événement, du pre- 
mier voyage de Trianon, Mercy jugea lui-même que ses appré- 
hensions ne s'étaient pas réalisées. « Le séjour à Trianon s'est 
passé plus tranquillement que ne le faisait présumer la quantité de 
monde qui s'y trouvait établie. La Reine commença par y prendre 
le lait d'ànesse et y observa le régime le plus strict; Sa Majesté 
ne s'y promenait qu'aux heures du jour les plus propres à faire 
de l'exercice', et elle était régulièrement retirée à onze heures 
du soir. Quoiqu'il n'y eût point d'étiquette dans la tenue de la 
cour, les différents temps de la journée s'y arrangeaient dans 
l'ordre convenable ; tous les alentours se rassemblaient à un dé- 
jeuner qui tenait lieu de dîner; différents jeux, une conversation 
générale, un peu de promenade remplissaient une partie de 
l'après-midi et conduisaient au temps de la soirée et du souper, 
qui toujours avait lieu de bonne heure. La Reine y admettait suc- 
cessivement quelques dames de Paris et particulièrement celles 
qui avaient le plus de droit à espérer cette faveur, comme, entre 
autres, la maréchale de Noailles-Mouchy, la duchesse de Cossé* 
et autres femmes de cet étage. Une disposition si judicieuse con- 

i . Lévis, 346. 

2. m, 312. 

3. Le temps fut très beau, à part une nuit orageuse du 15 au 46 et une 
petite pluie dans la matinée du 19, h Paris du moins. 

4. Elle avait été dame d'honneur après la comtesse de Noailles, mais 
n'avait pas lardé à donner sa démission. 



PREMIBR VOYAGE DB LA RBINE. 119 

tribua beaucoup à calmer les mouvements de jalousie et d'envie; 
cependant, la présence à demeure des quatre personnages ex- 
ternes occasionna encore des dégoûts et des propos; mais ces 
incidents n'ont été que momentanés et d'aucune conséquence sé- 
rieuse. La Reine fut purgée pour la seconde fois au bout des 
trois semaines révolues de sa maladie. Elle revint à Versailles 
pour y faire ses pàques. » 

La correspondance de madame de Bombelles ajoute un 
trait à ce tableau. « Madame Elisabeth, » écrit-elle, le 22 avril, 
« est venue nous voir aujourd'hui; elle est revenue hier de 
Trianon. La Reine en est enchantée : elle dit à tout le monde 
qu'il n'y a rien de si aimable, qu'elle ne la connaissait pas 
encore bien, mais qu'elle en avait fait son amie et que ce 
serait pour toute sa vie. » Il était pourtant difficile de trou- 
ver deux personnes plus dissemblables que ces princesses. 
Agée seulement de quinze ans et émancipée depuis 1778, ma- 
dame Elisabeth donnait déjà des marques de la haute raison et 
du beau caractère qui l'ont distinguée depuis. Petite, assez forte, 
elle avait des traits peu réguliers et un nez bourbonien très ac- 
cusé ; son front cependant était bien dessiné , et la fraîcheur de 
son teint, la blancheur de ses dents, la douceur de ses yeux 
bleus, la grâce de son sourire la rendaient fort agréable. Elle 
manquait de majesté, mais, dit madame Lebrun, « elle avait en 
tout le charme d'une jolie bergère. » Ce qui valait mieux encore, 
c'était un esprit sérieux et cultivé, vue vertu indulgente, une 
charité inépuisable pour les malheureux, une solide piété, beau- 
coup de modestie, de sensibilité, de droiture et un dévouement à 
toute épreuve. Toute jeune qu'elle fût, elle sentait le danger de 
la conduite imprudente de la reine, en gémissait et n'osait lui 
adresser des observations*. L'affection que Marie- Antoinette 
conçut pour sa belle-sœur ne se démentit point dans la suite, et ja- 



1. De Beauchesne. Vie de Madame Elisabeth; Paris, 1870, 2 v. in- 18. l, 
346. Voy. aussi le comle d'Hézecques, madame Lcbrun« madame Gampan, 
madame d*Oberkirch, elc 



liO LB JARDIN ANGLAIS. 

mais nous ne la verrons venir séjourner à Tnanon sans amener 
avec elle madame Elisabeth. 

Mercy, pendant ce voyage, ne parle pas de spectacles. Il y 
avait, en effet, impossibilité de jouer la comédie , la nouvelle 
salle étant encore en construction et Tancienne se trouvant livrée 
aux démolisseurs. D'après le plan de Mique, l'orangerie devait 
disparaître, ainsi que le jardin fleuriste par-devant, afin de faire 
place à une pelouse parsemée d'arbres *. Pour distraire la convales- 
cente, le comte d'Artois imagina d'appeler au Petit-Trianon la 
troupe de Nicolet* qu'il avait été voir incognito le mois pré- 
cédent. 

Nicolet, qui s'était rendu agréable à la cour en jouant pendant 
tout l'hiver, pour célébrer la naissance de Madame royale, une 
pièce de circonstance, la Fête des lys^ exhibait alors au public un 
danseur de corde étourdissant, Pol, surnommé le « Petit-Diable 
d'Hollande. » Il avait débuté le 7 janvier. Il faisait « le saut du 
ruban sur la corde et sur le tremplin, le saut du tremplin par- 
dessus vingt hommes, le saut du lion, le saut du sac, de la ba- 
guette, du chapeau, la passe du cercle, la danse montante et 
descendante sans balancier, des rondades de sauts périlleux en 
avant et en arrière, l'équilibre du gobelet, de la planche, de la 
chaise et de la table avec des serpentaux ; il dansait les pieds en- 
chaînés, avec des paniers attachés aux pieds, avec des œufs fixés 
sous les pieds et sans les casser, etc. » Sa renommée avait ra- 
mené, le 18 février, chez Nicolet le beau Dupuis, jaloux de lutter 
avec lui de légèreté et d'audace. Un autre sujet qui joignait à 
l'adresse de l'équilibriste des talents d'auteur, Alexandre-Placide 
Bussart, dit Placide, jouait en même temps une pantomime de 
sa composition qu'il avait importée nouvellement d'Angleterre. 
Jamais le théâtre des « grands danseurs du Roi » n'avait réuni une 
troupe si capable de justifier la prétention de l'imprésario 



i. OH875, i877. 

2. Compte des journées de menuiserie employées à dresser et démonter 
un théâtre en planches pour les danseurs de conie. 0*3056. 



PREMIER YOTAOR DB LA REINE ISl 

d'aller toujours de plus fort en plus fort*. La représentation à 
Trianon dut avoir lieu le 17 avril. On lit, le 16, sur Taffiche du 
jour : « Demain relâche au théâtre pour le service de la cour. » 
La reine fut particuliferement contente du sieur Placide qui l'a- 
musa sans doute avec sa pièce à' Arlequin^ dogue d' Angleterre* \ 
elle lui fît donner une gratification de 600 livres*. 

« Pendant ce séjour à Trianon, » dit Mercy *, « le duc de Guines 
a paru jouir d'un crédit et d'une confiance plus marqués. Cela a 
offusqué le duc de Coigny et occasionné une sorte de brouillerie 
entre les deux courtisans. » Ce n'était pourtant ni le duc 
de Guines, ni le duc de Coigny, ni aucun des « quatre mes- 
sieurs externes » qui tenait au cœur de la reine. Il s'était 
tout récemment dénoué un petit roman dont un autre avait 
été le héros et auquel Mercy ne fait pas même allusion. 
L'ignora-t-il vraiment? J'ai bien de la peine à le croire; autre- 
ment, il faudrait douter de l'exactitude de ses informations dont 
il se montre si sûr, car on s'en occupa beaucoup dans l'en- 
tourage de la reine. Mais cela ne transpira pas au dehors et les 
gazettes n'en parlèrent point. Le héros de l'aventure allait d'ail- 
leurs quitter la France. Il est plus probable que l'ambassadeur 
ne voulut pas troubler le repos de l'impératrice par des inquié- 
tudes inutiles. Un jeune Suédois, le comte Jean-Axel Fersen, 
qui avait fait, en 1773, un premier voyage en France, y était re- 
venu au mois d'août 1778. « C'est mardi passé, » écrit-il à son 
père, le 26, « que je me suis rendu à Versailles pour être pré- 
senté à la famille royale. La Reine, qui est charmante, dit en me 
voyant : « Ah ! c'est une ancienne connaissance ! » On se souve- 



1. Journal de Paris, année i779, janvier à mai. — Campardon. Les spec- 
tacles de la foire; Paris, i877, 2 v. in-8». II, i52, 227, 228. — De Manne et 
Ménétrier. Galerie historique de la troupe deNicolet; Lyon, 1869, in-8® fig. Si 
ces derniers auteurs avaient consulté le Journal de Paris, ils auraient évité 
des inexactitudes et des lacunes. 

2. On la voit paraître pour la première fois sur Tafflche le i8 février. 

3. 0*3056. 

4. m, 315. 



ISi LB JARDIN ANGLAIS. 

nait de lui, c'était bien flatteur. Le fait est que, lorsqu'on l'avait 
vu une fois, il était difficile de l'oublier. « Sa figure, » dit le duc 
de Lévis, « convenait parfaitement à un héros de roman. » On 
a publié, en 1877, en tête du recueil de sa correspondance, un 
portrait de lui à vingt-huit ans* : il ne se peut rien imaginer de 
plus charmant que ce visage aux traits réguliers et fins, à l'air 
noble, à l'œil profond et doux, avec une expression d'ardeur 
contenue. Circonspect avec les hommes, réservé avec les femmes, 
simple dans ses manières, il était sérieux, réfléchi et résolu. En 
toutes choses, dit l'ambassadeur de Suède, « il pensait avec une 
noblesse et une élévation singulières. » Cet ensemble de qualités 
était plus fait pour séduire une nature germanique, que la vivacité, 
le brillant et la légèreté de l'esprit français. « La Reine, qui est 
la plus jolie et la plus aimable personne que je connaisse, » 
écrit encore Fersen, le 8 septembre, « a eu la bonté de s'informer 
souvent de moi; elle a demandé à Creutz pourquoi je no venais 
pas à son jeu le dimanche, et ayant appris que j'étais venu un 
jour qu'il n'avait pas eu lieu, elle m'en a fait une espèce d'ex- 
cuse. » Et plus tard, le 19 novembre : « La Reine, » dit-il, « me 
traite toujours avec bonté; je vais souvent lui faire ma cour au 
jeu, et, chaque fois, elle m'adresse quelques paroles pleines de 
bienveillance. Comme on lui a parlé de mon uniforme, elle m'a té- 
moigné beaucoup d'envie de me voir dans ce costume ; je suis allé, 
mardi, ainsi habillé, non pas à la cour, mais chez la Reine. C'est 
la princesse la plus aimable que je connaisse*. » 

« Je dois confier àV.M., » écrit l'ambassadeur de Suède à Gus- 
tave III, « que le jeune comte de Fersen a été si bien vu de la 
Reine que cela a donné des ombrages à plusieurs personnes. 
J'avoue que je ne puis pas m'empêcher de croire qu'elle avait du 
penchant pour lui : j'en ai vu des indices trop sûrs pour en 
douter. Le jeune comte de Fersen a eu dans cette occasion une 



4. Né en 1755, il était de ]*àge de la reine. 

2. Le comte de Fersen et la cour de France, par le baron de KlinckowslrOm ; 
Paris, 1877, 2 v. in 8°, fig. I, xxxu. 



PRKMIBR YOTAOB DB LA RBINB. 1)3 

conduite admirable par sa modestie et par sa réserve et surtout 
par le parti qu'il a pris d'aller en Amérique. En s'éloignant, il 
écartait tous les dangers; mais il fallait évidemment une fermeté 
au-dessus de son âge pour surmonter cette séduction. La Reine 
ne pouvait le quitter des yeux les derniers jours; en le regar- 
dant, ils étaient remplis de larmes. Je supplie Y. M. d'en garder 
le secret pour elle et pour le sénateur Fersen. Lorsqu'on sut le 
départ du comte, tous les favoris en furent enchantés. La du- 
chesse de Fitz- James lui dit : « Quoi! Monsieur, vous aban- 
« donnez ainsi votre conquête? — Si j'en avais fait une, je ne 
« l'abandonnerais pas, » répondit-il, « je pars libre, et malheu- 
« reusement sans laisser de regrets. » V. M. avouera que cette 
réponse était d'une sagesse et d'une prudence au-dessus de 
son âge. » 

D'après M. Geffroy, on remarqua, pendant l'hiver, des ren- 
contres de Marie-Antoinette et du jeune comte aux soirées de 
mesdames de Lamballe et de Polignac, des entretiens prolongés 
aux bals de l'opéra*, « des regards échangés pendant les soirées 
intimes de Trianon. La reine avait, eu chantant au piano les 
couplets de l'opéra de Didon : 

Ah ! que je fus bien inspirée 
Quand je vous reçus dans ma cour! 

cherché des yeux Fersen et mal dissimulé son trouble...* » 
Il faut qu'il se soit glissé quelque confusion dans les notes de 
l'auteur de Gustave III. Comment Marie-Antoinette aurait-elle 
pu chanter, en 1779, ce morceau d'un opéra qui ne fut composé 
que quatre ans plus tard'? D'un autre côté, la dépèche du comte 



i. Ce serait en s'y rendant que la reine eut sa voiture cassée et dut con- 
tinuer la route en fiacre. 

2. Gustave HI et la cour de France; Paris, i867, 2 v. in-{2, fig. 1, 359. 

3. Didon, tragédie-opéra de Marmontel etPiccini, fut joué pour la première 
fois devant la cour, à Fontainebleau, le 16 octobre 1783, et devant le public, à 
Paris, le i*' décembre suivant. Grimm, XIII, 367 et 410. 



124 LB JARDIN ANGLAIS. 

(le Creutz qui annonce la résolution de Fersen est de deux jours 
antérieure au départ de la reine pour Trianon. La rigueur des 
dates, qui n'est pas toujours d'accord avec la poésie, nous con- 
traint donc à regret de renoncer à placer à Trianon ce touchant 
épisode. 

Puisque j'ai parlé en même temps du duc de Coigny et du 
comte Fersen, je m'arrêterai un instant à la question de leurs re- 
lations avec la reine. L'opinion, au siècle dernier, était que 
Marie-Antoinette eut successivement pour l'un et pour l'autre 
une tendresse coupable ; mais aucun contemporain ne fournit à 
ce sujet quelqu'un de ces renseignements circonstanciés qui en- 
traînent la conviction. Ce sont des assertions vagues et géné- 
rales, des on-dit, ou bien des accusations de pamphlétaires, for- 
mulées plus de dix ans après l'événement. Un témoignage 
cependant paraît à première vue très grave : c'est celui du 
comte Alexandre de Tilly, qui fut page de la reine. Je dis : à 
première vue, parce que, si l'on y regarde de plus près, le doute 
ne tarde pas à faire place à la défiance. D'abord, Tilly ne précise 
rien; il est évident que, pendant son service de page, il n'a rien 
vu par lui-même; et après, comme il a quitté la cour pour n'y 
plus reparaître que de loin en loin, et que, dans les dernières 
années, il n'a plus osé s'y montrer, il répète seulement ce qu'il a 
entendu dire. C'est d'ailleurs un libertin de la pire espèce qui, 
pour satisfaire ses passions, ne recule ni devant la perfidie, 
ni devant la violence. Après avoir dissipé son patrimoine, il 
ne vit plus que de spéculations suspectes, de jeu et presque 
de chantage', et il en est réduit, pour échapper au déshon- 
neur, à recourir au suicide. Il est, de plus, animé d'une 
haine profonde contre Marie- Antoinette qui, en apprenant les 
débordements de son ancien page, l'exécuta d'un mot san- 



1. A quarante ans, il entraîna, en Amérique, à un mariage clandestin une 
jeune fille, presque une enfant, et ne consentit à laisser rompre cette union, 
effet d'une surprise, que moyennant une somme de 125,000 Hv. en argent 
comptant et une pension viagère de 12,500 Hv, 



PREMIER VOYAGE DE LA REINE. 12S 

glant'. « Du fond du cœur, » dit-il, « je devins l'ennemi mortel de 
la reine. » Cette déposition d'un homme taré et hostile, malgré la 
forme sentimentale dont il Ta enveloppée, a donc peut-être encore 
moins de valeur que les bruits dont je parlais tout Theure*. 

Revenons au premier voyage de Trianon. Le roi ne paraît pas 
en avoir été très satisfait. « Les vingt et un jours de séparation 
d'usage pour la rougeole étaient finis, deux jours avant que la 
Reine revînt à Versailles. Monsieur, frère du Roi, avait été dîner 
chez la Reine. Le Roi n'y avait point paru, ce qui, joint à quelques 
propos de ce monarque sentant l'indifférence sur ce qui se pas- 
sait à Trianon, avait fait raisonner la cour et la ville. La Reine me 
marqua d'en être fort mortifiée et piquée ; je tâchai de la 
calmer, et, en la suppliant de ne témoigner aucune vivacité, je 
proposai la forme qui me paraissait la plus propre à dissiper ce 
petit nuage. La Reine, ayant daigné se prêter à ce très humble 
avis, tint la meilleure contenance à son retour, et, dès le lende- 
main, elle se retrouva comme auparavant avec le Roi qui fut plus 
doux et plus empressé que jamais'. » 

Faut-il après cela s'arrêter à discuter l'authenticité d'une lettre 
de Marie-Antoinette à sa mère, publiée par M. d'Hunolstein, la- 
quelle est datée de Trianon et commence ainsi : « Je me suis 
établie ici depuis deux jours avec le Roi... » Ce n'est pas la 
peine, n'est-ce pas*? Nous savons maintenant, et de reste, que 
Louis XYI ne fît pas même une apparition à Trianon, au mois 



1. « Ne me parlez plus de M. de Tilly, qui vil publiquement avec une 
aclrice, aux dépens de M. de Veimerange qui, dit-on, vole l'Étal, » Tilly se 
défend énergiquement d'avoir vécu aux dépens de M. Veimerange, intendant 
de la direction des postes et relais, sous les ordres du duc de i olignac ; mais 
il avoue s'être servi de lui, par l'entremise de sa maîtresse, pour favoriser 
un agiotage aux bénéfices duquel il prenait part. 

2. Tilly, II, chap. xvii, xviii. III, suite des Mémoires. — On sait que lord 
Holland, dans ses Souvenirs, a raconté que madame Gampan avait dû faire 
échapper Fersen de la chambre de la reine, le matin du 6 octobre 1789. 
Celle assertion est formellement démentie par le comte de La Marck. 

3. Mercy. II, 414. 

4. Pans, 4864, in-8», 14 avril 1779. 



1S6 LE JARDIN ANGLAIS. 

d'avril 1779. Que dire encore de ce passage des Mémoires iné- 
dîls du comte Esterhazy, cités par M. Feuillet de Conches*? « Dès 
que la reine commença à être en convalescence, on lui conseilla 
d'aller s'établir à Trianon... La reine y alla. Sa maison y venait 
tous les jours, et on nous donna des logements au Grand-Trianon. 
La comtesse Jules était tombée malade à Paris peu après la reine 
et avait aussi la rougeole. La comtesse Diane resta avec ma- 
dame Elisabeth, et les trois semaines que nous passâmes à Trianon 
furent bien agréables, uniquement occupées de la santé et de 
Tamusement de la reine : de petites fêtes simples dans un lieu 
charmant, dans une belle saison, des promenades en calèche ou 
sur l'eau, point d'intrigants, point d'affaires, point de gros jeu. 
Il n'y avait que la grande magnificence qui régnait, qui pût 
faire croire qu'on fût à la cour. «Le style est médiocre, et, quant 
à l'originalité des détails, c'est dans le genre des descriptions de 
la baronne d'Oberkirch : « Je fus le matin de bonne heure vi- 
siter le Petit-Trianon de la reine. Mon Dieu, la charmante pro- 
menade! que ces bosquets parfumés de lilas, peuplés de rossi- 
gnols, étaient délicieux I II faisait un temps magnifique, l'air 
était plein de vapeurs embaumées, de papillons ailés d'or aux 
rayons de ce ciel printanier. Les jardins sont délicieux, rien n'y 
manque : les ruines, les chemins contournés, les nappes d'eau, 
les cascades, les montagnes, les temples, les statues, enfin tout 
ce qui peut les rendre très variés et très agréables". » C'est une 
manière commode et peu compromettante d'écrire des mémoires. 
Le récit attribué au comte Esterhazy est pourtant encore trop 
précis. Pourquoi l'auteur s'est-il risqué à parler de temps et de 
logement, transformant neuf jours en trois semaines et les fa- 
meux externes de Mercy en messieurs internes. Voilà un docu- 
ment historique dont il sera prudent de n'user qu'avec une 
extrême circonspection. 



1. Louis XVI, Marie-Antoinelte et Madame Elisabeth; Paris, i 764-1 775, 6 t. 
in-8MV, 21. 

2. I, 202 et 203. 



VII 

LA BIBLIOTHÈQUE 

1719-1780 

Divertisseuieut champêtre (juin 1779). — Les princes de Hesse-Darmstadt 

(printemps de 1780). 

Le comte d'Artois danse sur la corde. — Bibliothèque de la reine aux Tuileries 

Livres du boudoir. — L*abbé de Vermond, l'historiographe Moreau, 

M. Campan. — 31adame Campan. -^ Bibliothèque du Petit -Trianon. 



Après ce séjour, la reine reprit, à Trianon, pendant le reste de 
1779, les habitudes des années précédentes, c'est-à-dire qu'elle y 
vint fréquemment passer la journée, qu'elle y reçut à dîner la 
famille royale, qu'elle y donna des divertissements, des spec- 
tacles et des fêtes, mais sans s'y établir à demeure et sans y 
coucher. Durant son absence, « on avait, » parait-il, » cherché à 
travailler l'esprit du Roi du côté de la galanterie... Elle en fut un 
peu occupée, même assez affectée pour qu'on lui remarquât du 
chagrin. Dans ces circonstances, je proposai, » dit Mercy*, 
« deux choses à S. M. : la première et la plus essentielle était 
de mettre une assiduité constante à être avec le Roi le plus que 
possible, à lui marquer de la tendresse, à l'attirer dans la société 
de la Reine, et à faire en sorte qu'il y trouvât de l'amusement. 
Tout cela a été rempli avec succès ; la Reine s'est déterminée aux 
voyages de Saint-Hubert', elle a imaginé ceux de Trianon qui 

1. 111,322. 

2. Saint-Hubert était une maison de chasse située environ à 20 kilomètres 
de Versailles, entre la forêt de Saint-Léger et celle de Rambouillet. On y 
passait seulement la journée et on rentrait le soir à Versailles. Bâti par 
Gabriel en i7o6, le château, qui était sur le territoire du Perray, fut vendu par 
Louis XVI en i784, lorsqu*il eut acheté Rambouillet. On le détruisit peu de 
temps après. 



128 LB JARDIN ANGLAIS. 

ont produit le meilleur effet. » Dans une autre lettre*, il donne 
quelques détails sur ces derniers voyages. Un jour par semaine, 
dit-il, « toute la famille royale se réunit, à Jrianon, chez la 
Reine et y soupe ; il y a ordinairement un spectacle et un peu de 
jeu pour remplir la soirée. Le Roi paraît se plaire beaucoup à 
ces petites parties de plaisir; il n'y a que les courtisans les plus 
favorisés qui y sont admis. » D'après le journal de Louis XVI, 
ces réceptions furent au nombre de quatre; elles eurent lieu 
les 1°', 11, 15 et 21 juin. Le roi ne parle pas de spectacles; la 
salle n'était pas encore prête. Si l'on joua la comédie, ce fut 
sans doute dans les appartements, sur un de ces théâtres am- 
bulants dont la cour possédait un assortiment. 

On trouve dans la correspondance de Grimm* la description 
d'un divertissement offert à la reine au mois de juin : « Tous les 
fossés qui entourent le jardin étaient semés de fascines allumées, 
dont la lueur, mêlée avec celle de plusieurs lampions cachés 
avec beaucoup d'art dans le feuillage des bosquets les plus 
touffus, répandait au milieu de la nuit une clarté douce, sem- 
blable au clair de lune ou au premier rayon de l'aube matinale. 
Ayant fait remarquer à S. M. l'effet singulier de la nouvelle 
aurore, on lui donna le désir de descendre dans ses jardins. 
Là, elle fut surprise par les sons d'une musique céleste, et en 
suivant les accents d'une mélodie si touchante, elle aperçut, 
dans une des niches du bosquet, un berger jouant de la flûte : 
c'était M. le duc de Guines; plus loin, deux faunes, Begozzi et 
Ponte, qui exécutèrent d'abord un duo de cor et de hautbois, et, 
réunissant ensuite leurs accords avec ceux de la flûte, formèrent 
un trio charmant. Des couplets chantés par d'autres divinités 
champêtres terminèrent ce joli impromptu; mais ces couplets 
ne sont point sortis du sanctuaire pour lequel ils ont été faits'. » 



i. Mercy, m, 320. 

2. XII, 260. 

3. On ne rencontre nulle part ailleurs d* allusion à cette fête aimable, si ce 
n'est peut-être dans les Mémoires de Soulavie (Paris, an X, 6 v. in-8<^, VI, 50). 



LA BIBLIOTHÂQUB. 1t9 

Mercy nous apprend que quelques privilégiés seulement 
étaient invités à ces fêtes intimes. Les exclus tâchaient d*entrer 
en fraude, et le concierge Bonnefoy ne suffisait pas à faire res- 
pecter les consignes. Il fut obligé de réclamer à Mique des 
doubles serrures dont il eût seul les clefs. « Je pense, » lui 
écrit-il, « qu'il en faudrait à toutes les portes. Tels soins que je 
prenne, il y a des tricheries. Vous en avez eu une preuve 
mardi dernier*, où il y avait peut-être six cents personnes, 
lorsque la liste de la Reine ne montait pas à deux cents. » 

Eu juin et eu juillet, il fut fait des dépenses considérables pour 
réfection de décors transportés de Versailles, de Fontainebleau 
et de Choisy à Trianon. On voit reparaître, à cette occasion, la 
fameuse ornementation de diamants dont nous avons parlé plus 
haut : « Fait six grands châssis de décoration et y cousu des 
diamants... », dit un mémoire du tapissier Dëcle*. Il fut acheté 
pour plus de 10,000 livres de fleurs artificielles, d'étoffes de gaze 



L^auieur raconte que « un jour, la compagnie des réjouis (c*est ainsi qu'il 
nomme la sociélé de Trianon), lisant Thisloire des amours des cerfs dans 
Buffbn, trouva plaisant de commander pour les hommes et pour les femmes 
des habits de peau de cerf, imitant le cerf et la biche. Toute la compagnie, 
après avoir erré dans le jardin, masquée avec ces habits, trouva fort plaisant 
encore de jouir des plaisirs des cerfs et des biches. »J*ai vainement cherché, 
dans les comptes, la trace des dépenses occasionnées par cette scène digne des 
saturnales antiques. Ce sont sans doute les faunes et les divinités champêtres 
dont parle Grimm, qui ont donné naissance à Tincroyable légende rapportée 
par Soulavie. — Je ne sais où Michelet {Histoire de France, XIX, 254) a trouvé 
la mention d'une farce que la reine aurait fait faire au comte d'Artois. 
Celui-ci, c( convalescent (Voy. plus haut, p. 79), dut, captif et lié, souffrir les 
compliments des faux bergers de Trianon. b — Dans la correspondance 
supposée entre la reine et le cardinal de Rohan, publiée par madame de 
Lamotle, il est question d'une mystification dont ce dernier aurait été lob- 
jet* c Je me glissai, » est- il censé écrire, « dans le jardin où je ne tardai pas 
à être entouré et poursuivi comme un hibou qui se serait introduit dans un 
bois enchanté. Les acclamations de Af. Vabbé ! et autres épithètes très morti- 
fiantes me firent voir que j*avais été choisi pour servir de jouet à toute 
rassemblée. » Ce fait est faux comme la lettre qui le rapporte. 

1. Archiv. nat. OM883. Gela parait se rapporter à la réception du mardi 
15 juin. 

2. O>3056. 

9 



i30 LR JARDIN ANGLAIS. 

lamée d'argent, de satin de diverses couleurs, de rubans, de 
velours de Hollande, de taffetas d'Italie et d'Angleterre. On 
montait l'opéra de la Fée Urgèle* et la scène lyrique de Pygma- 
lion*. Un mémoire des décorateurs indique que tous ces travaux 
furent exécutés « pour des spectacles que l'on devait donner à 
Trianon et qui n'ont pas eu lieu ». Des préparatifs semblables 
se renouvellent en octobre et novembre, et il semblerait, d'après 
les comptes, que les pièces furent, cette fois, représentées'. Mais 
le journal de Louis XYI ne mentionne aucune comédie. Le roi 
dit seulement, à la date du 5 novembre : « Diné à Trianon avec 
mes tantes. » Ce qui paraît plus certain, c'est qu'il y eut des con- 
certs où le célèbre joueur de cor Ponte se fit entendre*. 

Le commencement de 1780 ressemble, à Trianon, à la fin de 
1779. « La Reine, » dit Mercy, le 17 mai*, « passe souvent les 
journées à son château et quelquefois les soirées. On y donne 
alors des spectacles auxquels le Roi se trouve régulièrement ; il 
n'y a que l'intérieur de la cour qui soit admis à ces petites fêtes ; 
elles commencent par des promenades dans les jardins jusqu'à 
l'heure du souper, après lequel on se rend au théâtre, et ce que 
cet arrangement a de plus utile, c'est qu'il fait diversion aux 
jeux de hasard. » Ces spectacles ne sont, non plus que ceux de 
l'année précédente, indiqués dans le journal du roi. D'après 
les comptes, au mois de mars, les ballets de la Fée Urgèle furent 
mis en répétition ; mais il n'y a pas trace de représentation. On 
joua des proverbes* : ce genre était alors fort à la mode. 



1. De Favart et Duni. 

2. De J.-J. Rousseau. Ce sujet avait été antérieurement traité par 
Rameau. 

3. 013131, 3132. 

4. Il reçut 600 liv. de gratification pour avoir joué deux fois au couvert de 
la reine. 

5. m, 420. 

6. « Avoir porté les instruments trois fois à Trianon pour faire^de la mu- 
sique, pendant le souper de la reine, dans les jardins, et au théâtre pour des 
proverbes, » durant le quartier d*avri] à juin. 



.«I.ll 



LA BIBLIOTHÈQUE. 131 

Il semblerait, d'après une note du journal du roi, que la reine 
eût donné, au printemps de 1780, Thospitalité dans sa maison 
de Trianon aux princesses de Hesse-Darmstadt : « Visites aux 
princesses de Darmstadt à Trianon, » écrit Louis XYI, à la date 
du 29 avril. Mercy* rapporte à Timpératrice qu'un diner y fut 
offert, à cette époque, par la reine au prince George de Darmstadt, 
venu en France pour y suivre un procès, au prince hérédi- 
taire, son beau-fils, et aux princesses mère et filles. Le baron de 
Breteuil fut admis à cette réception à laquelle le roi n'aurait pas 
assisté, si Ton en croit son journal. Cette petite fête dut avoir 
lieu du 8 au 17, d'après les comptes qui parlent de proverbes et 
d'un concert donnés à cette occasion *. M. Feuillet de Couches 
publie' un document, qu'il dit avoir tiré des archives de Ilesse- 
Darmstadt, et se rapportant au séjour des princes de celte 
maison en France; c'est un billet de Marie-Antoinette à la 
princesse Louise : « J'accepte avec grand plaisir votre proposi- 
tion, madame. Je vous prierai seulement de me faire dire de bou- 
che, par l'homme que j'envoie, lequel des deux jours vous aimez 
mieux, de demain ou de vendredi, si vous voulez venir à mon 
jardin tout de suite. Il fait si beau que je serai charmée de 
vous le montrer ainsi qu'à MM. les princes héréditaire et Fré- 
déric. Pour la princesse Charlotte, j'espère qu'elle me connaît 
assez pour ne pas douter du plaisir que j'ai toutes les fois que je 
la vois, ainsi que vous, madame, que j'embrasse de tout mon 
cœur. Comme il fait plus beau le matin que le soir, si vous vou- 
lez venir à midi, je vous donnerai à déjeuner. Je serai toute seule, 
ainsi je vous demande en grâce de ne point venir parée; mais, 
vous, comme on est à la campagne, et ces messieurs en frac. » 

Le 1*' juin, une fête dont suivant Mercy*, les apprêts furent 

1. in, 429. 

2. Il y eut encore un autre concert dans le trimestre d'avril à juin, dont la 
date n'est pas précisée. 0^3057. 

3. Louis XVI, Marie-Anloineite et Madame Elisabeth; Paris, 1764-1773, 6 v. 
in-8% III, 37. 

4. m, 438. — Journal de Louis XVI. — OM877. 



13i LB JARDIN ANGLAIS. 

plus étendus que de coutume, réunit à Trianon une partie de la 
cour. (( Elle commença par une belle illumination des jardins; 
après le souper, on se rendit au spectacle, ensuite à la promenade 
qui fut prolongée avant dans la nuit. » Il y avait musique dans le 
parc. « Un assez grand nombre de dames de Paris ont été ad- 
mises à cette fête. La Reine se fait une occupation agréable de 
marquer, dans ces occasions, des bontés plus particulières aux 
personnes invitées, et tout le monde a lieu d'être content. » 
Mercy, le 17 mai*, se félicitait de ne pas retrouver à Trianon 
le gros jeu et les longues veillées de Versailles et de Marly; 
mais un train de vie si calme ne pouvait être de longue du- 
rée. En juillet 1780, il avoue avec chagrin que « ces deux 
inconvénients ont eu lieu également dans les soirées passées à 
Trianon. » 

On se rappelle qu'au printemps de Tannée précédente, la 
troupe de Nicolet fut mandée au jardin de la reine. Les 
exploits « des grands danseurs du roi », dont l'adresse avait 
mérité les applaudissements de Marie-Antoinette, tentèrent 
l'ambition du comte d'Artois qui, « par sa taille, sa jeunesse et 
ses grâces naturelles, était fait pour réussir dans tous les 
exercices du corps. On était fort curieux », disent les Mémoires 
secrets*^ « de savoir l'objet de la retraite de ce prince au Petit- 
Trianon, tous les matins. » C'est qu'il prenait depuis long- 
temps « en silence et dans le plus grand secret les leçons du 
sieur Placide et du Petit-Diable, les héros les plus renommés 
actuellement en ce genre... Enfin, quand il s'est vu en état de 
briller, il a développé, en petit comité, ses talents aux yeux de 
la Reine, et l'on est convenu qu'il possédait supérieurement le 
nouveau qu'il avait désiré d'acquérir. On ne dit pas encore si le 
Roi l'a vu voltiger. » 

Mercy remarque, au mois de juillet', que « la reine est de 



1. m, 431. 

2. A la dale du i2 juin 1780. 

3. III, 446. 



LA BIBLIOTHÈQUE. 133 

plus en plus occupée de sa maison de plaisance et qu'elle s'y 
rend presque chaque jour, soit le matin, soit l'après-midi. Sa 
Majesté, » dit-il « n'y est suivie que par deux ou trois per- 
sonnes. » On y travaillait alors activement aux montagnes, au 
rocher, au belvédère, au ravin qui devait dissimuler près de la 
porte verte la décharge des eaux*. Marie-Antoinette y faisait, en 
même temps, étudier des projets d'agrandissement des com- 
muns attenant au château et de construction d'une grotte non 
loin de l'orangerie. Elle s'occupa en même temps de l'établisse- 
ment d'une bibliothèque. Le devis en fut terminé le 30 juin. 
Mique proposait de la loger « à l'entresol, au-dessus du cabinet 
des glaces mouvantes, dans des armoires peintes en blanc 
adouci, avec des panneaux grillés à mailles de fil de laiton'. » 
Ces panneaux étaient garnis de rideaux en taffetas vert pomme*. 
Si l'on se reporte au plan du premier étage dressé sous 
Louis XY {pi. VU), on remarque, du côté du nord, un petit 
escalier conduisant à l'entresol. Cet escalier avait été supprimé, 
probablement en 1776 \ et l'on avait transformé l'espace libre 
en un boudoir, où, par un ingénieux mécanisme", des glaces 
s'élevaient du sol pour masquer les fenêtres. C'est cette pièce 
que Mique appelle le cabinet des glaces mouvantes. Notons, en 
passant, que les lambris et la cheminée de ce charmant réduit 
n'existaient pas, à ce moment, tels qu'on les voit aujourd'hui. 
La bibliothèque formée à Trianon par Marie-Antoinette, et 



i. Un violent orage, )e 22 juillet, causa de grands dégâts dans ces ou- 
vrages. OM877, 1879. Le ravin fut terminé le 14 juillet 1780, le reste seule- 
ment en 1784. Nous en reparlerons plus loin. 

2. Le dessin en a été conservé aux archives nationales, dans le carton ^ 1 886. 
Le devis est dans OH 885. A Trianon, les armoires ont été enlevées; on en 
voit encore les ferrures sur le plancher. 

3. Il y en avait 30 qui furent vendus sous le n^ 14705. Procès-verbal de la 
vente du mobilier de la liste civile à Versailles. 

4. Comptes du garde - me ub1e(Bibl. nat. ms. fr. 6808). En 1776, paiement 
à Merklein d'un ouvrage mécanique, pour la reine, à Trianon : 24,470 livres, 
2 sous. 

5. Il fut vendu sous la Révolution {u? 16488). 



134 LB JARDIN ANGLAIS. 

une autre, connue sous le nom de Livres du boudoir j ont été 
l'objet de publications * auxquelles il convient de nous arrêter 
un instant. Les éditeurs de la correspondance de Mercy-Ar- 
genteau' affirment que « les prétendus catalogues particuliers 
de la reine... qui feraient scandale, » disent-ils, « ne sont pas 
démontrés authentiques. » Comment? Nous avons, pour la 
collection de la reine au Petit-Trianon , l'inventaire officiel 
rédigé par les agents de l'État, et, il y a mieux, les livres eux- 
mêmes, à la bibliothèque municipale et à la préfecture de 
Versailles, portant sur le plat ses armes, et au dos la marque du 
château de Trianon, — et pour ceux du boudoir, à la biblio- 
thèque nationale, le catalogue dressé pour son usage person- 
ner, ainsi que les volumes également à ses armes, et ce seraient 
là de « prétendues » collections ! S'il n'y a pas dans ces circons- 
tances toutes les conditions requises pour l'authenticité, que 
faut-il donc de plus? Qu'il y ait ou non scandale, les faits sont 
patents ; ni la négation ni le doute ne sont possibles. 

A la Révolution, tous les livres demeurés dans les châteaux de 
Versailles et de Trianon furent inventoriés par les soins d'un 
comité présidé par l'abbé Grégoire *. Il existe un exemplaire de 
ces catalogues à la bibliothèque de l'Arsenal et un second à la 
préfecture de Seine-et-Oise. On y. voit, sous le nom de Marie- 
Antoinette, deux collections de livres : la première, placée à 
Versailles, contenait seulement des exemplaires en nombre des 
Mémoires de Goldoni, des Œuvres de Métastase, et de la Jéru- 



\, P. Lacroix. Bibliothèque de la reine Marie -Antoinette au PetU-Trianon; 
Paris, <863, in-32. — L. Lacour. Livres du boudoir de la reine Marie- Antoi- 
nette ; Paris, s. d., 4 v. in-32. — Procès relatif à la publication du catalogue in- 
titulé : Livres du boudoir de Marie-Antoinelte, prétendue contrefaçon imputée 
aux éditeurs sur la plainte de M. G, Taschereau; Paris, 1864, in-8®. 

2. Introduclion, lxiv. 

3. Ms. fr., n. acq. i699. 

4. J.-B. Labiche. Notice sur les dépôts littéraires et la révolution bibliogra- 
phique de la fin du dernier siècle d'après les manuscrits de V Arsenal ; Paris, 1880, 
in-8. 



LA BIBLIOTHÂQUB 135 

salem délivrée*, La seconde était au Petit-Trianon ; nous en pu- 
blions l'inventaire à la fin du présent volume*. 

A Paris, on trouva aux Tuileries plusieurs collections dont la 
plus considérable appartenait à la reine. Mais les livres des Tui- 
leries ne furent pas emmagasinés dans les dépôts placés sous la 
juridiction de Tabbé Grégoire, ni répertoriés sous sa direction ; 
on les transporta en bloc à la bibliothèque nationale où ils sont 
encore aujourd'hui*. Ces livres formaient deux groupes conser- 
vés dans des pièces distinctes et catalogués séparément : 1"* la 
bibliothèque proprement dite ; 2' les livres du boudoir. — La 
bibliothèque se compose de 1890 volumes, sur lesquels 204 sont 
relatifs à la religion, 195 aux sciences et arts, 841 aux belles- 
lettres, 650 à l'histoire. Il y a 365 volumes de pièces de théâtre 
et 148 de romans. Beaucoup provenaient d'hommages présentés 
par les auteurs. Ils étaient tous magnifiquement reliés en plein 
maroquin rouge ou vert, surtout rouge, quelques-uns seulement 
en veau fauve ou marbré, avec les armes de la reine sur les plats \ 
— Les livres du boudoir, formant ensemble un total de 619 vo- 
lumes ou parties de volumes, n'ont pour la plupart qu'une demi- 
reliure en papier bleu ou rose, également armoriée. Le plus 
grand nombre date des dernières années du règne ; ce sont sur- 
tout des romans (il y en a 576 tomes*), les nouveautés de Tépo- 

1. Celte édition du poëme du Tasse était Tœuvre de M. Gampan. On trouve 
une souscription de 2,880 livres, inscrite au Livre rouge, pour cet ouvrage. 

2. Documents, V. 

3. Magazin encyclopédique ou Journal des sciences, des lettres et des arts; Pa- 
ris, 1792-1793, n<» 22. 

4. Ils étaient renfermés dans dix armoires ayant chacune huit rayons. I>a 
bihl. naL en a le catalogue, sous la cote ms. fr. 43001. Ce catalogue vient 
d*ètre publié avec beaucoup de soin par M. Quentin-Bauchart (Paris, i884, 
in-32). Malheureusement, Fauteur, dans la notice placée en tête de ce réper- 
toire, s*est laissé entraîner à suivre M. Paul Lacroix dans toutes les erreurs 
qu'il a commises relativement à la bibliothèque du Petit-Trianon (Voy. plus 
loin : DocumentSf V). Il n*a du reste abordé aucune des questions que sou- 
lève Texamen de ce document. 

5. On y compte, en outre, 4 volumes appartenant à la section des sciences 
et des arts, 10 à celle de l'histoire, 10 à la catégorie des belles-lettres en gé- 
néral, et 19 au théâtre. 



130 LK JARDIN ANGLAIS. 

que. Aucun d'eux ne porte le chiffre particulier aux livres du 
Petit-Trianon que nous décrirons tout à Theure. Us ont dû 
être apportés de Versailles avec la bibliothèque, après le 5 octo- 
bre 1789*. 

Je ne m'occuperai pas davantage des collections des Tuile- 
ries qui n'ont rien à voir avec le Petit-Trianon. Je me per- 
mettrai seulement de remarquer, en passant, que les éditeurs de 
la correspondance de Mercy me paraissent s'être bien pressés 
de parler de scandale à propos des catalogues mis au jour par 
MM. Paul Lacroix et Louis Lacour. Quel scandale y a-t-il à ce 
qu'une femme de trente-cinq ans, peu dévote, très mondaine, 
feuillette sans grand scrupule, pour se distraire, les livres à la 
mode, en prenant la . précaution de les faire enfermer à part? 
Au xv!!!"* siècle, les allures de la société, le ton de la conversa- 
tion et par conséquent de la littérature courante, étaient plus 
légers, plus libres même que ne le comporte la pruderie mo- 
derne. En valait-on moins alors, sommes-nous meilleurs au- 
jourd'hui? Je laisse aux moralistes le soin de le décider. On 
aurait trouvé en ce temps-là, dans toutes les bibliothèques des 
gens du monde, les livres du boudoir. 

La bibliothèque du Petit-Trianon est une bibliothèque de 
campagne, où les sujets amusants dominent. Elle compte 
1,930 volumes (158 de sciences et arts, 1,328 de belles-lettres, 
444 d'histoire). Il y a surtout des romans (536 volumes) et des 
pièces de théâtre (408 volumes). On sait d'ailleurs par Mercy 
que Marie-Antoinette n'avait aucun goût pour les lectures sé- 
rieuses*. « Hors quelques romans, » dit le baron de Besenval, 
c< elle n'a jamais ouvert un livre'. » 

« 

i. Le catalogue n*indique pas un livre postérieur à 1789. Plusieurs ouvrages 
sont entrés au boudoir après sa rédaclion, entre autres les Françaises, de 
Rétif de La Bretonne. Ces livres étaient placés dans deux armoires à cinq 
tablettes. 

2. Voir à la table alphabétique de la correspondance de Mercy, m, au mot 
Lectures, la liste des livres lus par Marie-Antoinette de 1770 à t780 : il y a en 
tout neuf ouvrages. 

3. II, 309. 



LA BIBLIOTHÈQUE. 137 

On conçoit que, dans cette disposition d'esprit, elle ait pris 
peu de goût à son bibliothécaire en titre, Thistoriographe Mo- 
reau, qui lui avait tracé tout un cours d'histoire et d'étude 
dans un ouvrage imprimé à son intention*. « La bibliothèque 
de madame la Dauphinc, » dit-il au début de ce travail, 
a est devenue mon asile. Là, viendra quelquefois jouir, en 
repos, de ses pensées une princesse dont Tàme est élevée, 
l'imagination gaie et le caractère solide. » Il ne garda pas long-: 
temps cette illusion. A peine arrivée, à l'instigation de l'abbé de 
Yermond qui voyait dans l'historiographe un rival, « la dauphinc 
lui fit notifier de remettre les clefs de sa bibliothèque à M. Cam- 
pan'. » A partir de 1778, ce dernier figure à l'almanach royal 
comme bibliothécaire, après le titulaire qui n'est plus nommé 
que ad honores. C'est donc M. Campan qui a composé les biblio- 
thèques de Versailles et de Trianon, et il faut que MM. Paul 
Lacroix et Louis Lacour aient complètement perdu de vue le 
passage que nous venons de citer des Mémoires de sa belle-fille 
pour attribuer leur formation, l'un à l'abbé de Yermond, l'autre 
au libraire Moutard. 

M. Campan était un homme de plaisir, lettré, aimable, com- 
plaisant surtout. La reine connaissait bien sa légèreté, car elle 
lui disait, en le voyant causer avec son frère de lait, venu 
d'Autriche en 1782 : « N'allez pas me gâter mon Wéber*. » 
Il avait toutes les qualités et les défauts nécessaires pour 

1. L^ouvrage de Moreau est divisé en trois parties : \^ objet moral de 
Tétude de l'histoire ; 2® carte générale des empires dont Thistoire offre la 
succession (c'est un tableau rapide des principales dominations qui se sont 
suivies dans l'histoire ancienne et moderne) ; 3® plan de lecture et suite de 
livresr français qui peuvent instruire de Thistoire. A la fin, dans un supplé- 
ment, se trouve Ténumération bibliographique d'un « triage » ou choix des 
meilleurs livres français qui peuvent composer une bibliothèque historique. 
Une gravure d'Eisen, représentant la dauphine entourée des allégories des 
sciences, des arts et des lettres, et éclairée par le génie d'Apollon, sert de 
frontispice. Bibliothèque de madame la Dauphine, n« i, Histoire; Paris, t770. 
C'est le seul fascicule qui ait paru. 

2. Madame Campan, 1, 302. 

3. Mémoires de Wéber; Paris, coll. Barrière. 2 v. in-8«, I, 64. 



138 LE JARDIN AMaLAIS. 

remplir ses fonctions au gré de sa maîtresse. Tandis que 
l'abbé de Ycrmond, son mentor officiel, tentait de vains efforts 
pour fixer son attention sur des sujets de piété, d'histoire ou de 
morale, M. Campan meublait ses cabinets de productions plus 
frivoles, avec lesquelles sa belle-fille savait la divertir en dépit 
du lecteur en titre. Il dut y avoir à ce sujet, entre l'abbé et les 
Campan, des querelles dont la première femme de chambre lui 
garda rancune, car elle le drape de la belle façon dans ses Mé- 
moires. 

Le nom de madame Campan éveille aujourd'hui l'idée d'une 
respectable éducatrice de la jeunesse, embéguinée dans un bonnet 
de grand'mère'. Elle n'était pas si grave au temps qui nous oc- 
cupe. Son mari venait d'être nommé maître de la garde-robe de 
la comtesse d'Artois. C'était un de ces saints que personne n'in- 
voque, comme dit Molière : sa femme en parle à peine*. Quant 
à madame Campan, « non moins distinguée par l'étendue et les 
grâces de son esprit que par la bonté de son cœur », elle avait des 
manières aisées et agréables qui plaisaient à Marie-Antoinette. 
« Elle allait au-devant de ses désirs pour sa toilette qui ne fut ja- 
mais plus brillante que de son temps, et c'est alors, » dit made- 
moiselle Rose, marchande de modes de la reine, « qu'il n'y eut 
plus de bornes dans les dépenses'. » D'après madame Campan, 
les lectrices en charge ne remplirent jamais leurs fonctions, les 
femmes de la reine les remplaçaient ; elle-même « avait habi- 
tuellement cet honneur* ». Ce que la première femme de cham- 
bre dit des lectrices peut être exact pour la comtesse de Neuilly ; 
mais les gazettes du temps ont trop parlé de l'extrême faveur 

i. Il y a, au musée de Versailles, un portrait d'elle, en chapeau bleu, 
lorsqu'elle était directrice de la maison d'Écoueu, sous Tempire, qui donne 
un peu ridée de ce qu'elle pouvait être dans sa jeunesse. 

2. Madame Lebrun l'appelle garçon de la chambre et dit qu'il avait une 
voix de stentor, a Ce M. Campan parlait toujours de la reine. Un jour qu'il 
dînait chez moi, ma fille qui avait alors sept ans me dit tout bas : « Maman, 
ce monsieur, est-ce le Roi ? » Souvenirs^ I, 47. 

3. Conversations pour servir à l'histoire d'une grande reine; Paris, 4807,in-8*». 

4. I, 300. 



LA BIBLIOmftqUB. ISV 

de madame de La Borde', pour que cette assertion soil complè- 
tement vraie en ce qui la concerne. Son rAle n'a pas dû être aussi 
effacé que veut bien le laisser croire madame Campan, qui me 
paraît la rejeter un peu trop dans l'ombre pour se mettre elle- 
même plus en lumière. 

La bibliothèque du Pctit-Trianon était uniformément reliée 
en veau écaille, aux armes de la reine sur les plats, avec les 




lettres C. T (chàloau de Trianon), surmontées d'une couronne, 

sur le dos. La reliure est médiocrement soignée, les 

livres ne sont pas dorés sur tranche, et le des.sin des 

fers est lourd*. On voit que cela a été fait vite. ^^ 

Madame Du Barry avait plus de goût. La bibliothèque m •■ 

de Versailles conserve plusieurs spécimens provenant ^À A 

de sa collection, admirablement soignés et très remarquables. 



1. Femme du premier valet de chambre de Louis XV. Les nouvellistes 
disent qu'on créa pour elle une charge de dame de lil < dont les fondions 
élaienl d'ouvrir el de fermer les rideaux de S. M. ■> Nougarel, dans ses Anec- 
doles du règne de Loui» XVUParis, n91,6 v. in-ia, I, 286), a pris au sérieux 
ceUe méchanle plaisanterie. 

2. Il n'en est pas de même de ceux de la bibliothèque de Versailles trans- 
portés aux Tuileries, qui sont très élégants. Le [ype que H. Quentin-Bau* 
chart a fait reproduire en tëte du Cnlalogue de la bibliothèque de Marie- 



140 LE JARDIN ANGLAIS. 

Leurs fers sont d*un style tout à fait nouveau : le style Louis XYI, 
appliqué à la reliure. Elle possédait un magnifique exemplaire 
des idylles de Gessner dont j'ai parlé plus haut'. 

Il n'est entré dans la bibliothèque du Petit-Trianon qu'un très 
petit nombre d'ouvrages après 1780'; on a cessé de relier les 
volumes à partir de 1784. Deux livres allemands seulement 
y figurent : Werther, de Goethe, et Sigevari, dédié aux âmes 
sensibles; encore est-ce sous forme de traduction en français. Un 
catalogue de cette collection fut dressé et imprimé, en 1781, par 
Ballard, « imprimeur de la musique de la Chambre et Menus-Plai- 
sirs du Roi, sur une feuille in-folio en réglets et encadrée, le 
tout par lettres alphabétiques'. » C'est sans doute un répertoire 
alphabétique dans le genre de celui des livres du boudoir, qui in- 
dique seulement le titre abrégé, avec l'armoire et le rayon où le 
volume est placé. Il y a loin de là à ces splendides catalogues 
manuscrits\ rédigés pour les bibliothèques de Mesdames, filles 
de Louis XY, notamment de madame Adélaïde, qui s'est fait 
représenter, en tète, dans une magnifique vignette, sous la figure 
de Minerve. 

Mais Marie-Antoinette ne s'intéressait guère aux choses de 
l'esprit. De tous les arts, elle ne s entendait qu'à la musique. En 
cette matière, du moins, elle sut faire preuve de goût et de dis- 
cernement, protégeant à la fois les compositeurs allemands, ita- 
liens, français, pensionnant les deux adversaires Gliick etPiccini, 
et ne ménageant pas les encouragements et les éloges à Grétry, 



Antoinette (Voy. plus haut, p. 133, n. 4) n^est pas, comme on pourrait le 
croire, celui qui appartient en propre à la collection des Tuileries. Il est em- 
prunté à un volume offert en hommage et relié avec une autre marque que 
celle dont se servait le relieur ordinaire de la reine. — On parait avoir pris 
pour les livres du boudoir un fer semblable à celui de Trianon. Mais ces 
derniers n'ont pas le chiffre C. T. 

1. Voy. p. 47. 

2. 22 seulement, parmi lesquels les œuvres de Voltaire. 

3. Il coûta 120 livres, parce qu*il y eut « beaucoup de changements pour 
tous les objets concernant la bibliothèque. >» 0^3059. 

4. Us sont conservés à rArsenal. 



LA BIBLIOTHÂQUB. 14! 

dont les mélodies ont conservé le parfum de sensibilité, de grâce, 
d'élégance qu'on respirait dans cette société aimable et raffinée*. 
Elle jouait de la harpe", de Tharmonica', du clavecin, suffisam- 
ment, sans talent remarquable \ Elle chantait aussi, « quoique », 
dit madame Lebrun, « sa voix ne fût pas d'une grande justesse*. » 
Mais ce qu'elle aimait plus encore que la musique, plus que le 
jeu, plus que tous les autres amusements, c'était le théâtre. La 
composition de sa bibliothèque* nous l'a fait pressentir, et nous 
allons la voir, à Trianon, se livrer tout entière à cette passion 
dominante. 



1. 13059 el 3064. — Campan, I, «53. — Mém. secr., 27 août «774. 

2. Walsler, luthier, fournil, en 1775, à la reine une harpe à pédales de 
Salomon, bleue, ornée de fleurs peintes et de sculptures dorées. 0*30^8. 

3. Hézecques, 18. 

4. Campan, I, 40. — Mercy, II, 256. 

5. 1, 47. 

6. Si Ton additionne les diverses collections de livres de Marie-Antoinette, 
on trouve un total de 4,239 volumes, dont 204 de religion, 357 de sciences et 
arts, 2,774 de belles-lettres et 1,101 d'histoire. Sur les 2,774 volumes de 
belles-lettres, il y a 792 volumes de théâtre, et 1,260 de romans. 



VIII 



LA REINE ACTRICE 



Juillet-octobre 1780. 



PaBsion de Marie-Antoinette pour le théâtre. — Comédie de société. 

La troupe de Trianon. — Premier rapport de Mercy. 

La Gageure imprévue. — Le Roi et le Fermier, — On ne s^nvise jamais de tout. 

Les Fausses infidélités — L'Anglais à Bordeaux. — Le Sorcier, 

Rose et Colas. — Le Devin de village. — Merçy spectateur. — Rôles d'hommes. 

Le Roi et le Fermier et le Devin de village joués une seconde fois. 

Mécontentement de Joseph II. ^ Pique entre la reine et Madame. 

Jalousie des courtisans. — Spectateurs. 
Théâtres de la marquise de Montesson et de M'i^ Guimard. — Opinion du public. 



L'impératrice Marie-Thérèse, afin de former la future dau- 
phine à la prononciation française, avait eu Tidée bizarre de 
lui donner pour maîtres de déclamation deux comédiens*. On 
doit peut-être attribuer aux premières impressions que Marie- 
Antoinette reçut de ces singuliers professeurs sa prédilection 
pour le théâtre. Madame Campan, dans des pages trop con- 
nues pour les rappeler ici*, nous a montré la dauphine jouant, 
à Taide de M. Campan, son beau-père, et de son mari, 
la comédie en cachette avec les comtes et comtesses de Pro- 
vence et d'Artois devant le dauphin seul. La crainte de dé- 
plaire à Louis XV et de provoquer la censure de Mesdames 



1 . Aufresne et Sainville. D'après les Mémoires apocryphes de racteur Fleury, 
ce ne fut pas Sainville, mais sa femme, Félicité Fleury, sœur du comédien. 
I, 91. Voy. Campan, I, 41. 

2. I, 7K 



LA RBINB ACTRICE. 143 

tantes fit cesser ces amusements, et la jeune princesse dut se 
contenter du rôle de spectatrice aux représentations de la cour. 
En outre de la grande salle d'opéra achevée en 1770, où Ton 
ne jouait guère que dans les circonstances solennelles, il y 
avait alors, au château de Versailles, un théâtre plus petit, à 
l'endroit où est aujourd'hui le vestibule de la cour des princes*; 
et dans les appartements : le théâtre des petits cabinets du roi*, 
le théâtre du dauphin, le théâtre de la dauphine', sans parler 
de plusieurs petites scènes qui se démontaient à volonté \ Quand 
Marie-Antoinette devint reine, il y eut des théâtres partout. A 
Versailles, on en fit un dans la grande orangerie'; il servit pour la 
première fois le 11 juillet 1778. Lorsqu'elle dut garder la chambre 
pour ses premières couches, on dressa, en face de la porte de 
son appartement, un théâtre qu'elle pouvait voir de son lit*. Un 
autre était monté dans le salon de jeu de la reine \ Elle avait 
aussi sa loge dans le théâtre de la Montansier, rue des Réser* 
voirs', et elle allait le plus souvent qu'elle pouvait aux spec- 
tacles de Paris. A Choisy, il y eut jusqu'à deux représentations 
par jour*; à Marly, où il n'existait pas de théâtre, on en éleva 
un à la hâte dans le bosquet de Bacchus**. A La Muette, la co- 
médie se joua dans un bâtiment en planches". Nous avons vu 

i. Dussieux. Le Château de Versailles; Ver:>ailles, 2 vol. in-8®, 11. 

2. Julien. La Comédie à la Cour, 146. 

3. Arch. liât. 0^3044. 

4. Campan, I, 71. 

5. 0' 3053. Une rotonde avait été formée, à l'entrée, avec des cloisons. Pour 
réclairage de ce vestibule, de la salle el des corridors, il y avait 120 lanter- 
nes, 46 lustres, 292 bougies et 8 girandoles. Entre le château et Torangerie, 
128 terrines de suif étaient allumées sur le chemin. On joua, en 1780, sur 
celle scène : le 1 1 juillet, les Deux Comtesses ; le 3 août, une seconde fois 
les Deux Comtesses; le 24, le Cuneux; le 31, Midas. 

6. 0*3054. — Mémoires secrets, 19nov. 1778. 

7. 0*3053,3056. 

8. Mercy, III, 155. 

9. Gampan, I, 161. 

10. 0*3068, 3069.— Mémoires secrets, ^ }uin 1778, 31 mai 1779.-11 fui dé- 
moli en 1785. 
n. 0* 3059,3061. 



144 LB JARDIN ANGLAIS. 

trois salles successives à Trianon. Je ne parle pas des scènes 
de Compiègne et de Fontainebleau. Les théâtres ambulants 
furent multipliés dans les appartements : on en compta jusqu'à 
neuf; plus tard, pour compléter ce matériel, la reine fera cons- 
truire un théâtre portatif destiné à des spectacles en plein air 
dans les jardins*. 

Après la mort de Louis XY, on put croire un moment que la 
jeune famille royale allait reprendre les jeux scéniques brusque- 
ment interrompus de son vivant. « Ces jours derniers, » écrit 
Mercy le 28 juin 1774', « les princes et princesses étant entre 
eux, ils imaginèrent de répéter quelques scènes de comédie. On 
en joua une du Tartuffe : M. le comte de Provence faisait ce 
rôle. Après la scène jouée, le Roi dit : « Cela a été rendu à mer- 
« veille ; les personnages y étaient dans leur naturel. » Mais 
cette première tentative n'eut pas de suite immédiate. Cependant 
le goût de la comédie intime avait gagné toute la France. A 
Paris, en province, dans les sociétés, dans les châteaux, princes 
du sang, magistrats, militaires, noblesse et bourgeoisie, tout le 
monde apprenait des rôles et montait sur les planches pèle- 
mèle avec les acteurs de profession dont on réclamait les leçons 
et le concours*. Il s'était formé à Versailles, pendant l'hiver 
de 1780, une compagnie de jeunes gens qui donnait des repré- 
sentations intimes chez la duchesse de Yillequier. La reine en 
entendit parler et voulut absolument être de ces parties. Elle y 
vint, un soir, sans cérémonie ; mais on était prévenu, et elle trouva 
seulement un concert fort beau « qui lui fit faire la moue, » car 



1.0* 3059, 3062, 3063, 3069. Parmi les décors de ces théâtres, on re- 
marque, des foréls, places publiques, palais, hameaux, salons, chambres 
rustiques, etc. L'un d*eux représentait la galerie de François I*', à Footai- 
nebleau. 

2. O»3069. 

3. n, 184. 

4. Un genre nouveau, le proverbe, avait été créé pour ces théâtres de so- 
ciété. Garmontelle en publia 8 volumes in-8*, en 1783. Il fut imité par Dazin- 
court, madame de Genlis, le vicomte de Ségur et un grand nombre d'auteurs 
et d*amateurs. 



. LA REIMB ACTRIGB. 145 

elle s'attendait à des amusements plus gais. Après avoir un peu 
joui de sa déconvenue, on la conduisit enfin à un petit théâtre où 
l'attendaient le roi, Monsieur, Madame, le comte et la comtesse 
d'Artois, le duc et la duchesse de Chartres, et où elle vit une pa- 
rodie de l'opéra-comique de Sedaine, Aucassin et Nicolette^ com- 
posée par le comte de Liniëres*. 

L'idée lui revint alors déjouer elle-même la comédie. La scène 
était toute prête à Trianon ; on y avait relié le théâtre au château 
par un corridor en toile bise, montée sur une armature de bois 
vert, et que des réverbères éclairaient*. Quant aux acteurs, la so- 
ciété de la reine , dont nous parlerons plus amplement au chapitre 
suivant, pouvait lui en fournir des meilleurs et des plus appréciés 
dans les salons de la capitale'. On mit des pièces à l'étude, on les 
répéta en secret pendant le mois de juillet, et enfin, le 1" août, 
la troupe de Trianon fut en état de faire montre de ses talents 
au roi et à un cercle restreint de spectateurs. 

Mais laissons la parole à Mercy. Remarquez avec quelle 
précaution il entre en matière pour ne pas offusquer tout d'abord 
la cour de Vienne : « Dans cette saison où tout le monde ha- 
bite la campagne, joint à ce que la guerre tient presque tous 
les militaires absents, les objets d'amusement deviennent plus 
rares, et c'est pour y suppléer que la Reine vient de penser 
à un moyen nouveau, qui est d'exécuter des petits spec- 
tacles de société sur le théâtre de Trianon. » Il continue, 
parlant au futur : « Les spectacles seront représentés par la 
Reine, la comtesse Jules de Polignac, la comtesse de Châlons; 
si les pièces comportent plus de rôles de femmes, il s'en trou- 
vera parmi les dames de la cour. Les acteurs actuellement dési- 
gnés sont : le comte de Polignac, le comte d'Adhémar, ministre 
du Roi à Bruxelles, et le comte Esterhazy ; il en sera encore choisi 

1. Mémoires secrets, 18 avril 1780. 

2. 0^ 1878, 3064. Ce corridor fut vendu pendant la Révolution, sous le 
n» 11718. 

3. M. de Vaudi*euil surtout. — Du DefTand, II, 452; Griinm, Xll^ 427; 
Oberkirch, il, 243. 

10 



146 LB JARDIN ANGLAIS. 

d'autres au besoin. La Reine est jusqu'à présent fort décidée à 
n'admettre à ces amusements d'autres spectateurs que le Roi, les 
princes et princesses royales sans aucune personne de leur suite. 
Les dames du palais , pas même les grandes charges chez la 
Reine, ne seront exceptées de cette exclusion; il n'y aura dans 
le parterre du théâtre que les gens de service en sous-ordre, 
comme femmes de chambre, valets de chambre, huissiers, qui se 
trouveront alors à Trianon à raison de leur service momentané. 
Si cette règle est strictement maintenue, elle écartera sans doute 
la majeure partie des inconvénients. La Reine a daigné m'en 
parler fort au long, et j'ai tâché de la fortifier contre toutes les 
demandes et sollicitations contraires à son plan, en lui exposant 
différentes remarques qui en établissent la nécessité. J'ai quelque 
regret au projet dont il s'agit; mais ne pouvant pas en détourner 
l'exécution, j'ai dû me borner à tâcher de faire adopter les modi- 
fications les moins nuisibles. Je ne prévois pas d'ailleurs que 
cet amusement puisse être de longue durée; entre temps, le Roi, 
qui semble y prendre un peu de goût, aura ce motif de plus pour 
être avec la Reine. Le temps nécessaire pour apprendre les rôles, 
pour les répéter, deviendra une forte diversion contré le jeu, et 
les représentations mettront obstacle aux promenades du soir'. » 
Que dites-vous de l'exactitude et de la fidélité du correspon- 
dant? Sa dépèche est du 16 août. A la lire, on en est aux pré- 
paratifs, au projet; il ny a encore rien d'exécuté. Eh bien! 
quand il écrit, la reine a déjà joué la comédie deux fois, le 
1" et le 10 août. 

Voici ce que dit Grimm de la première représentation : « Les 
spectacles donnés, ces jours passés, dans la jolie salle de Tria- 
non, intéressent trop l'honneur et la gloire de M. Sedaine pour 
ne pas nous permettre d'en conserver le souvenir dans nos 
fastes littéraires. On n'a jamais vu, on ne verra sans doute ja- 
mais le Roi et le Fermier, ni la Gageure imprévue ^ joués par de 
plus augustes acteurs , ni devant un auditoire plus imposant et 

i. 111,456. 



LA RBINB ACTRICE. 147 

mieux choisi. La Reine, à qui aucune grâce n'est étrangère et 
gui sait les adopter toutes sans perdre jamais celle qui lui est 
propre, jouait dans la première pièce le rôle de Jenny ; dans la 
seconde, celui de la soubrette. Tous les autres rôles étaient rem- 
plis par des personnes de la société intime de Leurs Majestés 
et la famille royale. M. le comte d'Artois a joué le rôle d'un 
garde-chasse dans la première pièce et celui du valet dans la 
seconde. C'est Caillot et Richer qui ont eu l'honneur de former 
cette illustre troupe. M. le comte de Yaudreuil, le meilleur ac- 
teur de société qu'il y ait peut-être à Paris, faisait le rôle de 
Richard ; madame la duchesse de Guiche (la CUe de madame la 
comtesse Jules de Polignac), dont Horace aurait bien pu dire : 
Atatre pii/chrafilta pulchrior, celui de la petite Belzi; madame la 
comtesse Diane de Polignac celui de la mère, et le comte d'A- 
dhémar celui du Roi*. » 

D'après madame Campan", Dazincourt donna aussi à la reine 
des leçons de comédie. Caillot était depuis longtemps retiré du 
théâtre, où il avait joué l' opéra-comique. Richer avait le privilège 
de dresser les chanteurs de haut parage ; une lettre de madame 
de Bombelles' nous le montre à Chantilly, en 1781, conduisant 
les répétitions des comédiens volontaires, au théâtre du prince 
de Condé\ Si l'on en croit les Mémoires secrets* y on lui adjoignit 
Michu, de la comédie italienne. 

Dans la Gageure imprévue, la reine, dit madame Campan*, 
« jouait le rôle de Gotte, la comtesse Diane celui de madame de 
Qainville , et le comte d'Artois un des rôles d'homme ; » nous 
savons par Grimm que c'était celui de Lafleur. Madame Elisa- 



\ . XII, 427. 

2. I, 229. ' 

3. Beauchesne. Vie de madame Elisabeth, 1, 192. 

4. On trouve, plus tard, Richer porté dans les comptes, avec la qualité de 
maître de musique du dauphin. Livre rouge. 

6. 20 octobre i780. 

6. I, 230. 



l'iS LK JAHDIN AMOLAIS. 

bcih avait un petit rôle de comparse. Tout le monde connaît le 
sujet de cette comédie. C'est une marquise ennuyée dans son 
château, un jour de pluie , qui fait monter chez elle un officier 
qu'elle voit passer h cheval sur la route, Tinvite à dîner et, sur 
le point d*étre surprise avec lui à table par le marquis rentré 
inopinément de la chasse, Tenferme dans un cabinet. Jouant 
alors avec la jalousie de son mari qu'elle excite et apaise h son 
gré, elle l'amène à refuser lui-même la clef de ce cabinet qu'il 
avait d'abord réclamée impérieusement, et à se mettre à ses 
genoux pour lui demander pardon. Ce n'était pas ce rôle diffi- 
cile, même pour une comédienne de profession, que jouait la 
reine, mais celui d'une soubrette au service de madame de Clain- 
ville , non pas de ces soubrettes éveillées qui ont de l'esprit 
comme quatre et qui tiennent les fils de tous les imbroglios, 
mais d'une petite suivante ingénue, très effrayée de l'audace de 
sa maîtresse et en admiration devant son esprit. Le spectateur 
devait éprouver une impression de surprise en entendant la 
reine de France débuter par ces mots : « Nous nous plaignons, 
nous autres domestiques..; » puis en la voyant, quelques mo- 
ments après, brodant des manchettes pour le valet Lafleur, qui 
entre une serviette sur le bras. Il est vrai que Lafleur était M. le 
comte d'Artois, laquais fourbe d'ailleurs, « qui reporte chez ma- 
dame ce qui se passe chez monsieur, » et qu'on finit par mettre 
dehors. 

Le Roi et le Fermier^ comédie mêlée d'ariettes, est assez faible. 
Jouée cependant dans ce lieu et par des courtisans, cette pièce 
offrait un spectacle piquant. Il s'agit, en effet, d'un roi égaré à 
la chasse et recueilli par un fermier qui, ne reconnaissant point 
son hôte, fait devant lui la satire de la cour : « Qui peut vous 
« en avoir tant appris, » lui dit le roi. — « Ma foi, » répond Ri- 
« chard, « j'ai un peu couru, j'ai vu. Tenez, nous parlions d'un 
« roi; j'ai vu ce qu'un roi n'est pas toujours à portée de voir. — 
« Quoi? — Des hommes. » Jenny, amoureuse de Richard, est 
une petite bergère qu'un seigneur libertin a tenté d'enlever et qui 
s'est tirée de ses griffes. Quant à Rustaut, dont le comte d'Ar- 



LA REINE ACTRICE. 149 

lois tenait le rôle, c'est un simple garde-chasse qui prend les 
chasseurs pour des braconniers et les arrête. 

En rendant compte du spectacle du l"août, Grimm annonce que 
w les mêmes acteurs ont joué depuis (c'est-à-dire le 10) sur le même 
théâtre sans y avoir admis beaucoup plus de spectateurs : On 7ie 
s' avise jamais de tout\ et les Fausses infidélités^, de M. Barthe. » 
On trouve dans la première de ces pièces Tébauche du person- 
nage de Bartholo du Barbier de Séville. Sedaine met en scène un 
vieux médecin ridicule, M. Tue, amoureux de la jeune Lise dont 
il est le tuteur. Comme Bartholo, il la tient sous les verrous et la 
fait garder par une mégère. Naturellement, un amoureux rôde à 
Tentour, cherchant par tous les moyens à approcher de sa maî- 
tresse. Celui qu'il imagine pour éloigner la duègne n'est pas des 
plus galants. Il verse par une fenêtre, sur Lise qui passe, une boîte 
d'ordures, et la fait entrer dans sa maison pendant que la sui- 
vante est allée quérir des vêtements de rechange. Le roi, qui ai- 
mait les grosses plaisanteries, devait s'amuser de voir la reine, si 
c'était elle qui jouait Lise, toute couverte de poussière. 

Les Fausses infidélités sont d'un goût, plus fin. Dorimène, jeune 
veuve, et Angélique, sa cousine, ont des amants dont elles vou- 
draient changer le caractère. Angélique, fille douce, tranquille, 
modeste, souffre de l'humeur inquiète de Dormilly qui éclate à 
tout propos en emportements jaloux. Le comte de Vaudreuil de- 
vait, comme disait le roi, remplir ce rôle « au naturel. » Dori- 
mène, au contraire, trouve Valsain trop calme et trop uni; quel- 
ques stimulants de temps à autre ne lui déplairaient point. Elle 
imagine de corriger l'un de sa vivacité, l'autre de sa froideur, en 
leur faisant croire à tous deux qu'elle et sa compagne se sont su- 
bitement engouées de Mondor, bellâtre sur le retour, d'une fa- 
tuité divertissante. Mais Valsain, dont le sang-froid ne se dé- 
monte pas facilement, évente le complot; et l'intrigue se dénoue 
par la sincérité et la tendresse d'Angélique, qui ne peut soutenir 



\ . Opéra-comique de Sedaine. 
2. Comédie. 



150 LK JARDIN ANGLAIS. 

la feinte jusqu'au bout. Monder est bafoué , mais il est beau 
joueur, et il espère une revanche après les désenchantements du 
mariage. 

Expliquera, morbleu, les femmes qui pourra ! 
L*amour me les raviL.. l'hymen me les rendra. 

Le rôle d'Angélique est charmant et de beaucoup le meilleur de 
ceux qui pouvaient échoir à Marie-Antoinette pendant cette cam- 
pagne théâtrale. 

Voilà où en était la troupe de Trianon, lorsque Mercy, dans sa 
dépèche du 16 août, parlait dix projet de jouer des comédies de 
société. Il est vrai que, dans sa note secrète du même jour à Fim- 
pératrice, il ajoute : « Depuis que mon très humble rapport est 
écrit, il y a eu une première représentation du spectacle de Tria- 
non. M. le comte d'Artois y a exécuté un rôle, et la règle de 
n'admettre aucun spectateur a été strictement suivie. Le Roi s'y 
est fort amusé et ne parait nullement pressé de se retirer à son 
heure ordinaire. » Mais il est aisé de voir que l'ambassadeur en 
dit le moins qu'il peut. Marie-Thérèse, on le devine, n'approuve 
pas sa fille. « Je crois bien, » répond-elle le 31 août*, « que, 
malgré les soins que vous employez à faire mettre tout l'ordre et 
toute la décence possibles dans les spectacles de Trianon, vous 
ne les goûtez pas trop. Je suis de votre avis, sachant par plus 
d'un exemple que d'ordinaire ces représentations finissent ou 
par quelque intrigue d'amour, ou par quelque esclandre. » Ce- 
pendant, elle parait en prendre son parti, car elle n'insiste pas. 

Durant ce temps, la reine et sa troupe répétaient l'Anglais à 
Bordeaux^ de Favari', et le Sorcier* , de Poinsinet. Ces deux pièces 
furent représentées le 6 septembre. L'Anglais à Bordeaux*^ com- 
posé pour célébrer la paix de 1763, était redevenu de circonstance 

1. 111,402. 

2. Lescure, I, 310. 

3. Métra, 14 août 1780. 

4. Comédie en vers libres. 



LA RKINR ACTRICE. 151 

en 1780. On était de nouveau en guerre avec l'Angleterre; on 
pouvait voir, comme alors, des prisonniers dans nos ports, et si 
la paix ne paraissait pas prochaine, du moins s'offrait-elle dans 
le lointain comme un but, désiré certainement par la reine, qui 
n'avait qu'une S3maipathie médiocre pour la cause des Améri- 
cains. L'amour, dans la comédie, se charge d'éteindre les haines 
nationales. Un capitaine de vaisseau anglais, pris avec sa fille 
Clarisse, après avoir témoigné contre tout ce qui est français 
une antipathie farouche, se laisse à la fin séduire par les grâces 
de la marquise, sœur de son vainqueur, et l'épouse en donnant 
Clarisse au frère. Cette pièce n'avait pas de rôle pour la reine; 
celui de Clarisse, qui est presque une enfant, revenait à la petite 
duchesse de Guiche (que le chevalier de l'Isle appelait la Guichetie)^ 
et la marquise rentrait dans la catégorie des grandes coquettes. 

Tout autre était l'opéra-comique du Sorcier. Il y avait là un 
personnage qui convenait parfaitement à l'aptitude et au goût 
de Marie- Antoinette. Au lever du rideau, on la voit, sous le nom 
d'Agathe, devant une table couverte de linge qu'elle s'occupe à 
repasser; plus loin, est attachée une corde où sèchent des mou- 
choirs et des serviettes, et auprès d'elle, à terre, un fourneau où 
chauffent des fers, avec lesquels, un moment après, elle se dé- 
fendra bravement contre les entreprises d'un galant de village. 
C'est qu'Agathe est demeurée fidèle à Julien malgré deux ans 
d'absence, et qu'elle ne veut point de Biaise à qui sa mère la 
destine. Heureusement, l'amant préféré revient à temps et, sous 
un déguisement de sorcier, il se fait rendre plaisamment et sa 
fiancée et son argent qu'on se proposait de lui dérober à la fois. 

Mercy rend ainsi compte des représentations du 10 août et du 
6 septembre' :« Depuis un mois, toutes les occupations de la 
Reine et tous ses amusements se sont concentrés dans le seul et 
unique objet de deux petits spectacles représentés sur le théâtre 
de Trianon. Le temps nécessaire à apprendre les rôles, celui qui 
a dû être employé à de fi*équentes répétitions, joint à d'autres 

i . m, 464. 



152 LB JARDIN AKOLAIS. 

détails accessoires , a été plus que suffisant pour remplir les 
journées. Le Roi, en assistant assidûment à tous ces apprêts, a 
donné preuve du goût qu'il prend à ce genre de dissipation. Il 
ne s'est plus trouvé de moments pour le jeu, non plus que pour 
les promenades du soir, de manière que ces avantages semblent 
compenser quelques inconvénients qui tiennent à la nature de 
l'objet dont il est question. La Reine à persisté dans la résolu- 
tion de n'admettre d'autres spectateurs que les princes et prin- 
cesses de la famille royale sans personne de leur suite. Je sais 
par les gens de service en sous-ordre, les seuls qui aient entrée 
au tbéâtre, que les représentations s'y sont faites avec beaucoup 
d'agrément, de grâce et de gaieté, et que le Roi en marque une^ 
satisfaction qui se manifeste par des applaudissements continuels, 
particulièrement quand là Reine exécute les morceaux de son< 
rôle. Ces spectacles," qui durent jusqu'à neuf heures, sont suivis 
d'un souper restreint à la famille royale et aux acteurs et ac- 
trices. Au sortir de la table, la cour se retire et il n'y a point de 
veillée. » 

Cependant l'ardeur de (c la troupe des seigneurs », comme 
l'appellent les mémoires des ouvriers employés à ces spectacles,* 
allait croissant, et, après avoir déjà joué six pièces en un mois,^ 
elle en mit à l'étude deux nouvelles : Rose et ColaSj de Sedainc 
et Monsigny, et le Devin de village^ de Jean- Jacques Rousseau; 
Elles furent représentées le 19 septembre. La première est lin'e^ 
paysannerie très divertissante et qui a beaucoup amusé nos^ 
pères. Les ariettes de Monsigny devinrent populaires, et l'on 
chantait encore au fond de la province, il y a cinquante ans, la 
chanson de Colas : C*est ici que Rose respire, et celle de Rose : // 
était un oiseau gris. Mathurin*, gros fermier, et Pierre Leroux, 
vigneron, se sont accordés pour marier leurs enfants, mais ils 
voudraient retarder la noce jusqu'à l'hiver. L'impatience des 
deux fiancés et les indiscrétions de la mère Bobi, qui a surpris 



i. C'était le duc de Guiche qui tenait ce rôle. Arch. de Seine-el-Oise, 
E. H87. 



LA RBINB AGTRIGB. 153 

leurs rendez-vous, obligent les parents à brusquer la céréoionie. 
Les finasseries des deux compères sont copiées sur le vif, et 
Sedaine a su peindre Tamour cooime on le fait au village. On 
devait bien rire de la scène où Colas, qui s'est perché en haut 
d'une cheville pour échapper aux regards de Mathurin, perd tout 
à coup l'équilibre et dégringole sur la table, entraînant avec lui 
une selle et des harnais, au moment où le vieux paysan, bercé 
par le rouet et la chanson de Rose, commençait à s'endormir. 
— L'intrigue du Devin de village est d'une grande simplicité. C'est 
la mise en action de la célèbre palinodie d'Horace : Donec gratus 
eram iibi. Trois personnages seulement sont en scène : Colin qui 
a fait une infidélité à sa maîtresse, Colette qui boude l'infidèle, eU, 
le devin qui les réconcilie. 

Cette fois, Mercy fut du nombre des invités et il put parler en 
ténioin oculaire ' : « La Reine daigna me dire qu'elle voulait que 
j'allasse au spectacle en question ; mais, en témoignant combien 
je sentais le prix de cette grâce, j'ajoutai qu'il était de mon devoir 
d'observer que, après une exclusion absolue de tous spectateurs, 
bien des gens se formaliseraient que j'eusse été excepté, et qu'il 
pourrait s'ensuivre de petits dégoûts. Cette remarque ne changea 
rien à la volonté de la Reine ; elle me répondit que personne ne 
me verrait, que je serais placé dans une loge grillée et conduit 
au théâtre par un homme qui me ferait éviter la rencontre de qui 
que ce soit. Cela s'exécuta en effet à l'heure marquée, et je vis^ 
représenter les deux petits opéras-comiques : Rose et Colas et le 
Devin de village. M. le comte d'Artois, le duc de Guiche, le comte 
d'Adhémar, la duchesse de Polignac et la duchesse de Guiche 
jouaient dans la première pièce. La Reine exécutait le rôle de 
Colette dans la seconde, le comte de Vaudreuil chantait le rôle du 
Devin, et le comte d'Adhémar celui de Colin. La Reine a une 
voix très agréable et fort juste , sa manière de jouer est noble 
et remplie de grâce ; en total, ce spectacle a été aussi bien rendu 



i. m, 478. 



154 LK JARDIN ANGLAIS. 

que peut Tètre un spectacle de société. » Madame Campan, d'ac- 
cord avec Tambassadeur, remarque aussi que « le rôle de Colette 
fut réellement très bien joué par la reine. » « J'observais, » con- 
tinue Mercy , « que le Roi s'en occupait avec une attention et un 
plaisir qui se manifestaient dans toute sa contenance ; pendant 
les entr'actes, il montait sur le théâtre et allait à la toilette de la 
Reine. Il n'y avait d*autres spectateurs dans la salle que Monsieur, 
Madame, la comtesse d'Artois, madame Elisabeth; les loges et 
balcons étaient occupés par des gens de service en sous-ordre, 
sans qu'il y eût une seule personne de la cour. » 

« La reine, » dit de son côté madame Campan*, « riait beau- 
coup de la voix de M. d'Adhémar, belle anciennement, mais 
devenue très chevrotante : l'habit de berger, dans le rôle de Colin 
du Devin de village, rendait son âge fort ridicule,- et la reine se 
plaisait & dire qu'il était difficile que la malveillance pût trouver 
quelque chose à critiquer dans le choix d'un pareil amoureux. » 
Quoi qu'en dise Mercy, il est probable que le Devin de village fut 
médiocrement interprété, car on le remit en répétition, au mois 
d'octobre, avec le Roi et le Fermier, pour une représentation qui 
eut lieu le 12*. Ce fut la dernière. Mercy en parle ainsi : « Le 
voyage de Choisy* a eu lieu du 1" de ce mois jusqu'au 6... 
Leurs Majestés sont revenues à Versailles... d'où le Roi a été 
passer trois jours à Compiègne* pour y chasser. » Avant le 
départ pour Marly (il eut lieu le 13, d'après le journal de 
Louis XVI), « il y a encore eu une pièce de théâtre représentée 
à Trianon. Ce sera sans doute la clôture de ces petits spectacles 
de société qui ne pourraient avoir lieu dans la saison plus 



i . I, 228. 

2. Mémoires de Bellocq et Duvergé, garçons de chapelle à qui on paie, pour 
avoir transporté les instruments à Trianon : le 9 octobre, pour la répétition 
de la pièce le Roi et le Fermier, .18 liv. ; le 10 et le 11, pour la répétilion du 
Devin de village, 36 livres; et le 12, pour la représentation, 18 livres. * 3057. 

3. ni, 475. 

4. Du 8 au 11. C'est pendant ce temps qu*on fit les répétitions. 



LA RBINB ACTRICE 155 

avancée, à cause du froid et de rhumidité auxquels le local est 
exposé*. » 

En fait d'acteurs, madame Gampan ne nomme que le comte 
d'Artois et le comte d'Adhémar. « Il fut convenu », dit-elle, 
« qu'aucun jeune homme ne serait admis dans la troupe. » 
Mercy, malgré sa préoccupation de ne pas charger la reine, est 
plus explicite et il cite le comte de Polignac, le duc de Guiche, 
le comte de Vaudreuil, le bailli de Crussol, capitaine des gardes 
du comte d'Artois, et le comte Esterhazy*. D'après les Mémoires 
secrets *, il faudrait y j oindre « M. Dillon et M. de Beuzenvald » 
(Besenval). 

Quels furent maintenant les conséquences de ces spectacles 
et les jugements quon en porta en Autriche, dans la famille 
royale, à Versailles, à Paris? L'empereur manifesta hautement 
sa désapprobation, mais, remarque Mercy, « il ne m'a pas paru 
que cet avis fit beaucoup d'effet. La Reine », écrit-ir à l'impéra- 
trice, « était fort empressée de savoir ce que pouvait penser 
Votre Majesté sur cet article. J'ai répondu que cet amusement 
n'était pas de nature à obtenir approbation , mais que peut-être 
Votre Majesté n'en témoignerait rien, dans l'attente très vrai- 
semblable qu'il ne pouvait être que passager et de fort peu de 
durée. » Quant à Marie-Thérèse, ainsi que nous l'avons déjà fait 
observer, elle n'y attacha pas une grande importance. « Je ne 
regarde que comme passagers », écrit-elle à Mercy, le 30 sep- 
tembre", « les amusements de Trianon, sans m'en inquiéter, tant 
qu'il n'y aura pas quelque inconvénient majeur; » et, le 
3 novembre*, elle revient encore sur ce sujet avec beaucoup de 



1 . On retrouve dans les comptes Tindication de travaux, pendant le quar- 
tier d*octobre, pour les décors de la Fée Urgèle, mais aucune U^ace de repré- 
sentation de cette pièce. ' 3053. 

2. m, 481. 

3. 20 septembre 1780. 

4. Le 16 septembre, m, 469. 

5. m, 473. 

6. m, 483. 



156 LB JARDIN ANGLAIS. 

calme : « Je ne saurais qu'approuver Tempresseinenl de ma fille 
de vous faire assister, à Tincognito, à une des représentations à 
Trianon. Si même des inconvénients ne s'y sont pas mêlés jus- 
qu'à présent, je n'en serai pas moins bien aise de les voir finir, et 
je trouve très fondées les observations que vous avez faites à cet 
effet à ma fille. » 

Si l'ambassadeur l'avait plus complètement renseignée, elle se 
fût montrée moins tranquille. Mercy ne parle pas de la brouille 
qui survint à ce sujet entre Marie- Antoinette et sa belle-sœur, 
la comtesse de Provence. Les Mémoires secrets la racontent et, si 
l'on peut élever des doutes sur l'exactitude des détails, la chose 
est trop vraisemblable pour que le fond du récit ne présente pas 
quelque vérité. « La Reine aurait désiré, pour mieux s'autoriser 
à prendre le divertissement dont elle a la passion aujourd'hui, 
que Madame eût joué la comédie avec elle. » Elle se rendit chez 
cette princesse avec le comte d'Artois pour l'y déterminer. Mais 
Madame, qui avait volontiers consenti à réciter des rôles dans un 
cabinet du château de Versailles, en famille, ne put se résoudre 
au personnage d'actrice sur les planches d'un vrai théâtre, 
devant des spectateurs , et rejeta bien loin la proposition 
comme indigne d'elle. « Mais dès que moi, reine de France, je la 
« joue, vous ne devriez pas avoir de scrupule. — Sije ne suis pas 
« reine, je suis du bois dont on les fait. » Marie- Antoinette, trou-^ 
vant le parallèle mauvais, fit sentir à sa belle-sœur qu'elle 
regardait la maison de Savoie comme fort au-dessous de la 
maison d'Autriche qui, suivant elle, ne le cédait pas même à 
celle de Bourbon. Sur quoi, le comte d'Artois, qui était demeuré 
muet jusqu'alors, intervint et dit en riant à la reine ; « Je crai- 
(( gnais. Madame, de me mêler à la conversation, vous croyant 
« fâchée; mais pour le coup, je vois bien que vous plaisantez. ' » 

Mercy nous a fait connaître les précautions' prises au début 



\. Mémoires secretSf 28 septembre et 10 novembre 1780. 

2. On en trouve la trace dans les dossiers des archives nationales. « La 
Reine, » écrit Bonnefoy à Mique, » défendant (rès expressément que qui que 



LA RBINB ACTRIGB 157 

pour écarter des représentations intimes les spectateurs indis- 
crets. Ses indications sont confirmées par madame Gampan. Il 
fut convenu, dit-elle*, « qu'on n'aurait pour spectateurs que le 
roi, Monsieur et les princesses qui ne jouaient pas; mais que, 
pour animer un peu les acteurs, on ferait occuper les premières 
loges par les lectrices, les femmes de la reine, leurs sœurs et 
leurs filles : cela composait une quarantaine de personnes. » 
Ajoutons-y l'architecte Mique*. « Louis XVI », continue madame 
Gampan, « assistait à toutes les répétitions; on l'attendait sou- 
vent pour les commencer. » Gcci n'est pas tout à fait exact. Les 
répétitions du Devin de village dont il a été question plus haut 
ont eu lieu pendant que le roi était allé chasser à Gompiëgne. 
« L'emploi de répétiteur, de souffleur et d'ordonnateur pour tous 
les détails du théâtre », dit toujours madame Gampan, « fut 
donné à mon beau-përe. Le premier gentilhomme de la chambre, 
M. le duc de Fronsac, en fut très blessé. Il crut devoir faire des 
représentations sérieuses à ce sujet : il écrivit des lettres à la 
reine qui se borna toujours à cette réponse : « Vous ne pouvez 
« être premier gentilhomme quand nous sommes les acteurs; 
« d'ailleurs je vous ai déjà fait connaître mes volontés sur 
« Trianon; je n'y tiens point de cour; j'y vis en particulière, et 
« M. Gampan y sera toujours chargé des ordres relatifs aux fêtes 
« intérieures que je veux y donner. » Les représentations du 
duc ne s'étant point terminées, le roi fut obligé de s'en mêler; 
le duc s'obstina et soutint que ses droits de premier gentilhomme 
de la chambre n'admettaient aucun remplaçant, qu'il devait 
se mêler des plaisirs intérieurs comme de ceux qui étaient 
publics. Il fallut terminer les débats par une brusquerie. Le 
petit duc de Fronsac ne manquait jamais, à la toilette de la 



ce soit entre, mardi prochain, à son spectacle, S. M. m*ordonne d'assurer Texé- 
cution de ses volontés en faisant mettre des cadenas à toutes les portes quel- 
conques, autres que celles de la conciergerie. » 31 juillet 1780. 0* 1883. 

1. I, 228. 

2. « La Reine me charge de vous dire qu'elle vous accorde une place de 
parquet. • Lettre de Bonnefoy, citée à la note 2 de la page 156. 



158 LB JARDIN ANGLAIS. 

reine, lorsqu'il venait lui faire sa cour, d'amener quelque entre- 
tien sur Trianon, pour placer avec ironie une phrase sur M. Cam- 
pan qu'il appela depuis ce moment : « mon collègue Campan. » 
La reine haussait les épaules et disait lorsqu'il était retiré : 
« Il est affligeant de trouver un si petit homme dans le fils du 
« maréchal de Richelieu. » 

Mercy de son côté, après avoir conseillé lui-même de tenir 
autant que possible ces spectacles secrets, se voyait contraint de 
reconnaître que ce système d'exclusion présentait les plus graves 
inconvénients. « Une manière d'amusement, » dit-il', « qui se 
borne à un si petit nombre de personnes devient un indice d'au- 
tant plus marqué de faveur pour ceux qui y sont admis, et par 
conséquent un motif de jalousie et de réclamation pour les ex- 
clus. La princesse de Lamballe, en raison de sa charge de surin- 
tendante, a cru pouvoir prétendre k une exception qu'elle n'a 
point obtenue. Les grandes charges et les dames du palais de 
semaine ont représenté que, d'après les usages établis, aucune 
circonstance ne devait les priver de l'avantage de faire leur ser- 
vice, lequel se trouvait réduit à paraître, les jours de dimanche 
et fête, à la toilette de la Reine et aux offices de l'église : toutes 
pareilles instances, qui sont restées sans effet, ont causé des dé- 
goûts et ont donné lieu à quelques propos qui, de Versailles, se 
sont répandus à Paris. » 

D'autre part, il n'y avait pas moins de danger à étendre le 
cercle des spectateurs. « Tant qu'on n'admit personne à ces re- 
présentations, » remarque madame Campan, « elles furent peu 
blâmées; mais l'exagération des compliments augmenta l'idée 
que les acteurs avaient de leurs talents et donna le désir d'obtenir 
plus de suffrages. La reine permit aux officiers des gardes du 
corps et aux écuyers du roi et de ses frères d'entrer à ce spec- 
tacle. On donna des loges grillées à des gens de la cour; on in- 
vita quelques dames de plus ; des prétentions s'élevèrent de toutes 
parts pour obtenir la faveur d'être admis. La reine refusa d'y 

1 . Ml 465. 



hJL RBINB AGTBIGB. 159 

recevoir les officiers des gardes des princes, ceux des cent-suisses 
du roi et beaucoup d'autres personnes qui en furent très morti- 
fiées. » 

On pourrait croire, en lisant la correspondance de Mercy, que 
cette extension d'invitations ne dut se produire que plus tard. 
Mais les nouvelles à la main contemporaines nous montrent 
qu'elle commença dès 1780. La Correspondance secrète^ à la date 
du 8 septembre, dit, en parlant de la représentation de l'avant- 
veille : « On a refusé, cette fois, l'entrée à beaucoup de courti- 
sans qui avaient été admis aux autres représentations, entre 
autres au marquis de Crussol, capitaine des gardes du comte 
d'Artois, quoiqu'il fût de service ce jour-là. La raison en est 
qu'on s'était permis de critiquer un peu vivement les acteurs, 
sans épargner les premiers rôles*. » D'après \^s Mémoires secrets*, 
la reine, un jour, lasse de jouer devant les banquettes, aurait 
« fait entrer les gardes du corps de service, en exigeant que les 
Suisses prissent leur place dans cet intervalle. » Après le spec- 
tacle, S. M., s'adressant à l'auditoire, aurait dit : « Messieurs, 
a j'ai fait ce que j'ai pu pour vous amuser; j'aurais voulu mieux 
« jouer, afin de vous donner plus de plaisir'. » Le fait* peut 
être faux, mais on l'a nié sans preuves. S'il a eu lieu, c'est évi- 
demment à une répétition; l'on sait qu'alors il s'établit entre 
la scène et la salle un échange de communications qui a pu 
amener ce petit discours. Il convient de remarquer d'ailleurs que 
les gardes du corps étaient des gentilshommes appartenant aux 
meilleures maisons de France. 

Mercy parait compter pour rien la présence aux représenta- 
tions des gens de service en sous-ordre. Il ne trouve rien d'é- 



i; Lescure, I, 3i0. 

2. 6 octobre 1780. 

3. Voy. dans madame Campan, I, 260, des détails sur la facilité avec la- 
quelle la reine parlait en public. 

4. Les Mémoires secrets ajoutent : « Les femmes de la Reine sont enchantées 
de ce goût de leur maltresse, parce que cela entraîne une dépense d'habil- 
lements et autres suites qui leur donnent des revenant-bon considérables. • 



160 LB JABDIN ANGLAIS. 

trange ni de dangereux à ce que la reine se donne en spectacle 
devant eux. II v aurait lieu de s'en étonner si Ton ne savait 
qu'alors, aux yeux de ses pareils, ces espèces^ comme on disait, 
n'existaient pas. Qu'importaient leur impression et leur juge- 
ment? On ne peut douter cependant que la plupart des bruits qui 
circulèrent dans le peuple n'aient pris naissance dans leurs com- 
mérages. Bon nombre de pamphlétaires n'ont certainement pas 
puisé à une autre source*. 

La troupe de Trianon, d'après madame Campan, « était bonne 
pour une troupe de société, et l'on applaudissait à outrance; ce- 
pendant, en sortant, on critiquait tout haut, et quelques jeunes 
gens dirent que « c'était royalement mal joué. » Sans parler de 
madame de Pompadour et de ses succès d'actrice dont le sou- 
venir prêtait à des rapprochements peu flatteurs*, il existait alors 
à Paris deux réunions d'amateurs dont le public était sans cesse 
occupé et avec lesquelles la reine de France avait tout à perdre 
à entrer en rivalité. Le coryphée de la première, la comtesse de 
Montesson, épouse morganatique du duc d'Orléans, jouait avec 
un talent consommé les rôles les plus difficiles du répertoire 
français*. Sa supériorité était écrasante pour Marie- Antoinette. 
Mais la comparaison devenait autrement blessante et dangereuse 
à la fois avec la danseuse Guimard qui, elle aussi, avait, dans son 
hôtel h la Ghaussée-d'Antin , une délicieuse salle ^ tendue de 
taffetas rose galonné d'argent, décorée par Fragonard, éclairée 
avec des bougies parfumées, où des gentilshommes hautement 



1. Notamment Fauteur des Essais historiques sur la vie de Marie- AntoûieUe 
(Londres, 1789, in-8**), qui a dû tenir les renseignements circonstanciés qu'il 
travestit et mêle aux plus grossières erreurs, des indiscrétions d'une domes- 
ticité malveillante et calomniatrice. Voy. M"^* Gampan, I, 95. 

2. Julien. La comédie à la Cour : Madame de Pompadour et le théâtre des 
petits cabinets. 

3. Voy. Lescure, I, 369, Grimm, XI et XII. Diaprés le duc de Lévis, ses 
compositions dramatiques ne valaient pas son jeu. 

4. A côté était un jardin d'hiver. Mademoiselle Guimard avait un second 
théâtre dans sa maison de campagne, à Pantin. Mémoires secretSf passim. 



LA RRINE ACTRICE. 161 

titrés, en collaboration avec les sujets de la comédie française, 
du théâtre italien et de Topera, représentaient les scènes les 
plus licencieuses devant un parterre de grands seigneurs, de 
princes du sang et de filles entretenues. Onne joua jamais rien de 
répréhensible à Trianon, nous le constaterons*, mais c'était déjà 
trop que de donner occasion à de semblables parallèles. L'im- 
pression du public fut désastreuse. Il essaya de se consoler 
en supposant que, du moins, le roi n'approuvait pas ces amuse- 
ments de la reine et y mettrait bon ordre. « On assure, » disent 
les Mémoires secrets, le 20 septembre, « que le Roi, très complai- 
sant, mais peu content de ce genre d'occupation de son auguste 
compagne, se trouvant à un de ces spectacles, a sifflé la Reine ; 
sans doute la chose s'est tournée en plaisanterie. Cela n'a pas 
empêché Sa Majesté de continuer. » La Correspondance secrète 
recueille le même bruit à la même date* : « Le Roi assiste par 
complaisance à ces jeux, mais ils ne sont pas analogues avec son 
humeur sérieuse et sévère; aussi siffle-t-il habituellement les ac- 
teurs. » L'anecdote n'est pas exacte, et les Mémoires secrets, 
mieux informés, se corrigent, le 20 octobre, en reconnaissant que 
« les talents de la Reine sont jusqu'à présent très appréciés par 
son auguste époux; » mais elle témoigne du tort que ce rôle 
d'actrice faisait dans l'opinion à Marie-Antoinette. 

Par une singulière contradiction, la reine, qui ne craignait pas 
de monter sur les planches, interdisait, au même moment, à l'un 
de ses pages de faire représenter une comédie qu'il avait com- 
posée, « parce qu'il ne convenait pas qu'un gentilhomme se 
donnât en spectacle*. » Elle devait, à quelques années de là, être 
cruellement punie de son inconséquence. 



1. On ne fut pas si réservé chez madame de Polignac qui, après le voyage 
de Trianon, « donna pour speclacle à sa souveraine un proverbe si... gaillard 
qu*aucune femme n'osU y prendre un rôle. » Lettres de M. de Kageneck; Paris, 
1884, in-8S 217. Ce renseignement est extrait des Mémoires secrets où Fauteur 
prend des pages entières. 11 copie de même la Correspondance de Métra. 

2. Le 30 septembre 1780. 

3. Tilly, I, 35. 

11 



LA SOCIÉTÉ DE LA REINE 

1780 

Deuxième séjour de la reine. — Élégie du chevalier Berlin. 

Goût de Marie-Antoinette pour la vie privée. — Son amie. — Son cercle intime. 

La comtesse Jules de Polignac. — Le comte de Vaudreuil. 

Le comte d*Adhémar. — Les parentes de madame de Polignac. 

Culture intellectuelle des favoris. — Infériorité de Marie - Antoinette. 

Moralité de la société de la reine. 

Faveurs dont elle est l'objet. — Intrigue du comte d*Adhémar. 

Irritation de la cour. — Mort de Timpératrice Marie - Thérèse. 



Pendant les mois de juillet et d'août, la reine était venue à 
Trianon pour les répétitions et les représentations de son théâtre 
de société, mais elle ne s'y était pas établie à demeure. Après le 
spectacle du 6 septembre, elle prit prétexte de reffervescence 
que la jalousie contre les acteurs et spectateurs privilégiés cau- 
sait à la cour pour rester tout à fait à son château et échapper 
ainsi aux plaintes et réclamations dont elle était assiégée à Ver- 
^sailles. C'est du moins la raison qu'elle donna à Mercy\ Elle y 
installa avec elle la comtesse Jules de Polignac, la duchesse de 
Guiche, sa fille, et sa cousine, la comtesse de Châlons. D'après le 
journal du roi et les rapports de l'ambassadeur, ce séjour dura du 
6 au 19*. La reine en parle à sa mère en ces termes' : « Je me 

\ . m, 465. 

2. 11 faisait beau quand la reine parliU Le temps changea le lendemain et 
il plut le 7 et le 8 ; le 9 il fil assez beau; le 10 et le H, averse Taprès-midi; 
le 12 et le 13, beau ; un peu de pluie le 14, beau les 15 et 16, pluie les 17 et 
18, le 19 couvert le matin, beau le soir. 

3. Mercy, III, 472. 



LA SOdBTÉ DK LA REINB. 163 

suis établie à Trianon pour huit ou dix jours, afin de faire, le 
matin, des promenades à pied qui sont essentielles à ma santé; 
cela n'était pas possible à Versailles. Trianon n'est qu'à dix 
minutes de chemin en voiture, et on peut aisément y venir à pied. 
Le Roi parait s'y plaire beaucoup; il y vient souper tous les 
jours, et vient me voir le matin, comme dans mon appartement 
à Versailles. J'ai choisi ce moment-ci pour mon séjour ici, parce 
que c'est le mois où le Roi chasse presque tous les jours et où il 
a le moins besoin de moi. » On voit avec quelle habileté Marie- 
Antoinette fait valoir toutes les raisons qui peuvent justifier sa 
villégiature. L'impératrice en effet ne voyait pas de bon œil 
ces retraites de sa fille loin de la cour : « je ne saurais 
approuver, » dit-elle, « que la Reine y couche sans le Roi*. » 

w Le mardi 12, la Reine revint, le matin, à Versailles, pour que 
les ambassadeurs et ministres étrangers fussent en même de lui 
faire leur cour, après quoi Sa Majesté revint à Trianon" ». Le 17, 
Madame royale fut atteinte d'une indisposition occasionnée par 
la dentition. La douleur des dents prêtes à percer fut si violente 
qu'elle en eut des convulsions. « Au premier avis qui en parvint 
à la Reine, elle se rendit auprès de son auguste fille et y vint 
passer, deux fois le jour, quelques heures, jusqu'à ce que la 
maladie se changeât en une petite fièvre intermittente qui n'an- 
nonçait ni durée ni le moindre danger. Pour peu que l'état de la 
jeune princesse eût donné lieu à la plus petite inquiétude fondée, 
la Reine était résolue de rester à Versailles et de contremander 
le spectacle » du surlendemain; « mais Je Roi fut le premier à 
désirer qu'il n'y eût rien de changé à l'arrangement projeté. » 
La reine devait retourner à Versailles le mardi matin 19, pour la 
réception des ambassadeurs; ce dérangement la gênant beau- 
coup, à cause des préparatifs de la représentation qui devait 
avoir lieu le soir, elle fit demander à Mercy par l'abbé de Ver- 
mond si elle ne pourrait pas s'en exempter. Son mentor s'em- 

1 . 111» 473. 

2. m, 465. 



i64 LB JARDIN AKGLAIS. 

pressa de lui écrire qu'ayant daigné revenir, le mardi précédent, 
pour recevoir les hommages du corps diplomatique , elle « était 
dans le cas de se dispenser de répéter cette marque de bonté, et 
que, s'il en résultait quelques propos, il était bien sûr qu'au 
moins ils ne seraient pas tenus par les ministres étrangers, qui 
avaient lieu d'être et étaient en effet très contents de la manière 
dont la Reine les traitait dans les occasions* ». Pendant ce séjour 
à Trianon, elle fit visiter" son château à un officier de la garde- 
noble hongroise qui avait apporté de Vienne les dépèches du 
mois et devait repartir le lendemain, afin qu'il pût le décrire de 
visu à sa mère. 

Mercy nous a tracé un tableau de l'existence qu'on y menait. 
« Le Roi, » dit-il, « s'y rendait tous les jours, le matin, sans 
aucune suite, souvent en se promenant à pied, ou quelquefois 
dans une voiture légère qu'il conduisait lui-même. Toutes les 
matinées ne présentaient à Trianon que l'aspect d'une campagne 
habitée par des particuliers... Il n'y avait de gens de service en 
sous-ordre que le nombre strictement nécessaire, sans aucune 
des charges de la cour. Les après-dînées prenaient tout une autre 
face : les princesses et princes de la famille royale. Mesdames 
tantes, les personnes les plus distinguées de leur suite, les dames 
du palais' et quelques externes les plus favorisés se rendaient à 
Trianon et y passaient le reste de la journée et la soirée. Les jar- 
dins charmants de cette maison de plaisance y procuraient les 
promenades les plus variées, et quelques jeux de commerce y 
remplissaient les intervalles de l'avant et de l'après-souper. » 



i. m, 474, 477. 

2. Le 16 septembre. Mercy, lïl, 471, 474. 

3. Voici 1 état des charges de la maison de la reine en 1780 : surinien- 
danle, princesse de Lamballe ; — dame d'honneur : princesse de Chimay; — 
dame d'atours : marquise de Mailly ; — dames du palais : marquise de Tal- 
leyrand, vicomtesse de Choiseul, comtesse de Grammonl, marquise de Ton- 
nerre, comtesse d'Adhémar, duchesse de Chaulnes, duchesse de Beauvilliers, 
duchesse de Luxembour(<, comtesse de Tavannes, duchesse de Duras, du- 
chesse de Luynes, marquise de la Roche-Aymon, princesse d'Hénin, com- 
tesse de Dillon. 



LA SOCIÉTÉ DE LA RRINB. 165 

Le chevalier Berlin, qui visita les jardins de Trianon cette 
année même, nous a laissé un souvenir de ce qu'ils étaient au 
moment où écrit Mercy*. Il est surtout frappé, comme tous les 
contemporains, par la beauté des arbres exotiques : 

... Quel arl a rassemblé tous ces hôtes divers, 
Nourrissons transplantés des bouts de l'univers ? 

La persicaire rembrunie, 

En grappes suspendant ses fleurs, 

Le tulipier de Virginie, 
Étalant dans les airs les plus riches couleurs, 
Le catappa* de Tlnde, orgueilleux de son ombre. 
L'érable précieux et le mélèze sombre 

Qui nourrit les tendres douleurs? 
De cent buissons fleuris chaque route bordée 
Conduit obliquement à des bosquets nouveaux ; 
L'écorce où pend la cire et l'arbre de Judée, 
Le cèdre même y croit au milieu des ormeaux; 
Le cytise fragile y boit une onde pure, 
Et le chêne étranger, sur des lits de verdure. 
En parasol étend ses flexibles rameaux... 

Mais, à travers ces bois religieux. 

Quelle élégante colonnade 
En marbre blanchissant s'élève dans les cieux? 
C'est le temple d*Amour, c'est l'enceinte sacrée 
Que réserve à son fils la reine de ces lieux. 
Deux saules chevelus ' en défendent l'entrée 

A tout mortel audacieux. 
De l'enfant, sur l'autel, respire la statue : 
G*est lui-même ; on le voit foulant un bouclier 
El le casque d'Alcide et sa lance rompue. 
Courber en arc poli sa noueuse massue. 
Et d'un souris malin déjà nous défier... 



1. Almanachdes Muses; Paris, 1780, in-12. Les Jardins de Trianon, élégie, 
p. 219. — La bibliothèque de la ville de Paris possède un plan manuscrit, 
colorié, « du jardin de la Reine à Trianon, dessiné par Magloire-Thomas 
Daussy, » qui le représente tel qu'il était au moment où le chevalier Berlin 
écrivait. 

2. Catalpa, sans doute. 

3. En 1780, on fil dans une allée près du temple une petite butte pour y 
planter des saules-parasols. Arch. nat. 0* 1877. 



166 LIfi JARDIN ANGLAIS. 

(^ La retraite, » remarque Mercy*, « que la Reine a faite à 
Trianon est une idée suggérée par la comtesse de Polignac. 
Cette dernière voulait une exclusion absolue de toutes les 
grapdes charges, des dames du palais et des gens de la cour. Ce 
n'a été qu'avec grand' peine que nous avons obtenu, l'abbé de 
Vermond et moi, qu'il fût donné à ce voyage la forme qui est 
énoncée dans mon très humble rapport ostensible ; mais enfin 
nous l'avons emporté sur le désir de la favorite. » 

Il n'était pas besoin que l'on suggérât à Marie-Antoinette la 
pensée de cet éloignement du personnel de la cour. Depuis long- 
temps, son rêve était de s'entourer d'une société exclusive, choisie 
selon son goût : « Je la recevrai, » disait-elle à sa première 
femme de chambre, <( dans mes cabinets ou à Trianon, je jouirai 
« des douceurs de la vie privée qui n'existent pas pour nous, si 
« nous n'avons le bon esprit de nous les assurer... » « Le bonheur 
qu'elle cherchait, » remarque madame Campan', « ne devait 
lui procurer que des chagrins. Tous les courtisans non admis 
dans cette intimité devinrent autant d'ennemis jaloux et vindi- 
catifs. » 

J'ai signalé plus haut le début de la faveur de madame Jules 
de Polignac qui prétendait à cette heure accaparer la reine. Celle- 
ci l'avait rencontrée à une soirée de la princesse de Lamballe et, 
séduite par son air « enchanteur » (c'est le mot de tous les con- 
temporains), elle s'était sentie prise pour elle d'une affection 
subite qui avait toujours été en grandissant. En vain, la prin- 
cesse de Lamballe, Lauzun, Coigny, Mercy, l'empereur Joseph 
lui-même, avaient tenté de faire revenir Marie- Antoinette sur 
cette première impression. C'était, dit l'ambassadeur de Marie- 
Thérèse, « un inconcevable prestige. » 

La comtesse avait feint de se retirer devant cette opposition. 
« Nous ne nous aimons pas encore assez, » dit-elle, un jour, à la 
reine, à Fontainebleau, « pour être malheureuses si nous nous 

1. IU,469. 

2. I, i42. 



LA SOCIÉTÉ DB LA REINE. 107 

« séparons ; je sens que cela arrive déjà : bientôt je ne pourrai 
a plus vous quitter. Prévenez ce temps-là. Laissez-moi partir de 
(c Fontainebleau, je ne suis pas faite pour la cour; tout le monde 
« en sait trop ici pour moi. » a ... Ses chevaux étaient mis, » 
raconte le prince de Ligne. « La Reine Tembrasse, lui prend les 
mains, la conjure, la presse, se jette à son cou*...; » madame 
de Polignac consent à rester. 

Elle était malade lorsque la reine fit son premier séjour à 
Trianon, en 1779. Dès qu'elle commença à se remettre, elle lui 
écrivit qu'elle aurait Thonneur de lui faire prochainement sa 
cour. « Sans doute, » répondit Marie- Antoinette, « la plus 
(c empressée de nous embrasser, c*est moi, puisque j'irai des 
« demain dîner avec vous à Paris. » Elle se rendit en effet, à une 
heure, rue de Bourbon, chez sa favorite, et dîna en tête à tète 
avec elle. On remarqua qu'elles demeurèrent enfermées ensemble 
jusqu'à cinq heures, sans que la princesse de Chimay, dame 
d'honneur, qui avait accompagné la reine, fût admise à l'en- 
trevue. Pendant ce temps, la suite de Sa Majesté était traitée 
avec quelques courtisans à trois tables splendidement servies*. 

Au mois de mai 1780, la comtesse étant en couches, la cour 
dut se transporter tout entière à La Muette, afin que la reine eût 
la facilité de voir plus fréquemment son amie. « Le public de 
Paris, » remarque Mercy', « n'applaudit pas du tout à ce motif, 
et le regarde comme une démonstration de faveur trop exa- 
gérée. » « Quoique l'histoire de France, » dit à ce sujet la cor- 
respondance de Grimm*, « soit en ce genre aussi riche qu'une 
autre, nous ne croyons pas qu'elle ait encore offert l'exemple 
d'une faveur à la fois plus intime et plus éclatante. » 

Marie- Antoinette, pour l'attacher à sa personne, avait pensé à 
la faire nommer dame d'atours ou même dame d'honneur*. Mais 

1. Mémoires du prince de Ligne et Revue nouvelle^ 1846, p. 109. 

2. Nougaret. Anecdotes, etc., I, 281. 

3. m, 429. 

4. Xn,401. 

5. Mercy, n, 367, 376. 



1G8 LB JARDIN ANOLAIS. 

madame de Polignac refusa parce que sa fortune n'était pas en 
état de suffire aux dépenses qu'entraînait la représentation de 
cette charge. La reine se décida alors à l'établir auprès d'elle en 
qualité d' « amie » et lui donna un appartement au château de 
Versailles, à proximité du sien*. Jusque-là, les deux amies se 
voyaient aux soirées de la princesse de Guéménée*. La comtesse 
Jules ouvrit désormais un salon à des réunions intimes que fré- 
quenta assidûment la reine. Cette compagnie était composée, 
dit le prince de Montbarey ', des parentes de madame de Polignac. 
« Les femmes y attirèrent les hommes qui leur étaient attachés. » 
D'anciens amis de la reine s'y joignirent : Esterhazy, les Coigny, 
Besenval. « De ce concours, » ajoute le ministre de Louis XVI, 
« se forma, sous les yeux du Roi et contre son vœu » (il se 
laissa cependant conduire chez madame de Polignac) \ « une 
société dont les membres commencèrent par désirer d'accaparer 
toutes les grâces et finirent par se mêler de toutes les affaires de 
l'État. » C'est de ce cercle rétréci que s'entoura exclusivement 
Marie-Antoinette au Petit-Trianon. 

Tous les contemporains s'accordent à faire de madame Jules 
de Polignac' le portrait le plus charmant. « Je n'essaierai point de 
dépeindre sa figure, » dit madame Lebrun, « cette figure était 
céleste. » « Son visage était ravissant, » répète madame de Gen- 
lis. C'était a la plus céleste figure que l'on pût voir, » dit à son 
tour le duc de Lévis, « son regard, son sourire, tous ses traits 
étaient angéliques. » Tilly n'oublia jamais l'impression qu'elle 
lui fit, alors qu'il était page, un matin qu'elle lui apparut, venant 

i. Dussieux. Histoire du Château de Versailles. On ne sait pas au juste à 
quelle époque madame de Polignac vint demeurer au palais. C'est au plus 
tard à la lin de 1779. 

2. Mercy, U, 398 ; lU, 459. 

3. Mémoires, III, 264. 

4. Mercy, 111, 410. 

5. Gabrieile- Yolande-Martine de Polastron, née en 1749, avait épousé le 
comle Jules de Polignac en 1767. La famille de Polastron était originaire du 
Languedoc 



LA SOCIÉTÉ DB LA RBINB. i60 

de se lever, dans un déshabillé blanc comme la neige, avec une 
rose dans les cheveux. « Sa démarche, » dii-il, <( portait l'em- 
preinte d*un abandon séduisant. » Besenval avoue cependant que 
« sa taille ne répondait pas & tant de perfections ; » et madame 
d'Oberkirch se rencontre avec madame de Genlis pour recon- 
naître que son front était brun et mal conformé, mais que ce 
défaut disparut quand la mode permit de porter les cheveux 
rabattus. Suivant le comte de Ségur, « on ne saurait trouver une 
personne qui réunit plus d'agréments dans la figure, plus de dou- 
ceur dans les regards, plus de charme dans la voix*, plus d'ai- 
mables qualités de cœur et d'esprit. » Plus sensée que spirituelle, 
sans prétention, un peu nonchalante, d'une humeur bienveillante 
et égale, elle avait, dit madame Campan, « dans tous ses mou- 
vements, je ne sais quelle grâce négligée qui la faisait remarquer 
au milieu des plus belles, » et Ton préférait la naïveté de sa con- 
versation à toutes les recherches du bel esprit. « Sa faveur, » 
ajoute madame de Genlis, « ne lui ôta rien de sa douceur et de 
sa simplicité naturelle*. » Les deux portraits que j'ai vus d'elle ne 
me paraissent pas entièrement répondre à ces descriptions 
enthousiastes*. Mercy la soupçonnait de n'être ni sincère ni 
sûre, et il ne lui trouvait « ni l'esprit, ni le jugement, ni même 
le caractère nécessaire à jouir de la confiance d'une grande 



i. Elle chantait très agréablement. Diane de Polignac, Mémoires sur la vie 
et le caractère de madame la duchesse de Polignac; Hambourg, 1796, in-i8. 

2. Lebrun. Souvenirs, \l, 348. — - Genlis, Mémoires, II, 34,345. — Lévis, 
Portraits, 329. — Tilly, Mémoires, I, c. vi. — Ségur, Mémoires, I, 49, 52. — 
Besenval, Mémoires, II, 175. — Oberkirch, Mémoires, I, 280. — Campan, 
Mémoires, I, 140. 

3. 1" Portrait par M"« Vigée-Lebrun, qui la représente vêtue d'une robe 
blanche et d'une écharpe de soie noire, avec un chapeau de paille orné d*un 
bouquet d'épis, de marguerites, de coquelicots et d'une plume noire ; à la 
main, une rose. Il appartient à M. le duc de Polignac et a été publié dans le 
t. II de la bizarre compilation que M. le comte de Reiset vient de consacrer à 
• la pauvre Reine. » Livre-journal de madame Eloffe; Paris, 1885, 2 v. in-8« fig. 
— 2^ Julien, la Comédie à la Cour, p. 288. A utre portrait peint par M"** Lebrun, 
à Vienne, en 1794. 



170 LK JARDIN ANGLAIS. 

princesse. » II oc la considérait d'ailleurs que comme un instru- 
ment de l'ambition de ses entours, plus dangereux qu'elle-même *. 

Ce n'était pas, en tous cas, son mari qui la gouvernait. Il 
n'avait ni le goût ni l'intelligence de l'intrigue : il laissa faire sa 
fortune. Fersen Ta peint d'un mot. J'ai rencontré, dit-il, dans son 
journal de l'année 1791, M. de Polîgnac « qui veut aussi parler 
affaires, ce qui ne lui va pas*. » Il était, remarque Tilly, « plus 
ami qu'amant de sa femme » et se contentait de ce rôle*. 

Celui qui régnait dans le salon de la comtesse Jules, c'était le 
comte Rigaud de Yaudreuil*, l'homme le plus séduisant de la 
cour. Il avait fait la guerre de Sept-Ans et montré sur le champ 
de bataille une bravoure fougueuse. Il était brigadier de dragons 
depuis 1770etmestre de camp du régiment de dragons-Dauphin. 
Grand, bien fait, élégant, il avait une figure charmante', une 
physionomie mobile comme ses idées, un sourire obligeant, un 
maintien noble avec les manières les plus attrayantes. Son carac- 
tère chevaleresque, sa franchise, sa loyauté, sa magnificence, sa 
probité, poussée, dit Besenval, jusqu'à « une sorte de férocité, » 
lui conciliaient l'estime et l'admiration; c'était l'ami le plus 
chaud et le plus constant. Dans la conversation, sérieux ou plai- 
sant à propos, il avait le mot juste, contait à ravir et savait 
écouter. Il avait surtout un excellent ton. La princesse d'Hé- 
nin disait qu'elle ne connaissait que deux hommes qui sussent 
parler aux femmes : Le Kain sur le théâtre, et le comte 
de Yaudreuil dans un salon*. Toutes ces qualités se trouvaient 



1. Il, 378, 396, 397, 538; ni, 140. 

2. I, i3. — M. de Polîgnac élait mestre de camp du régiment du roi. 

3. Voyez les sources citées dans la note 2 de la page 469. 

4. Joseph-Hyacinthe-François-de-Paule, né le 2 mars i740. Sa famille était 
aussi originaire du Languedoc. Son grand-pôre, entré dans la marine, 8*était 
fixé au Canada. Le comte de Vaudreuil était cousin du marquis, chef d'es- 
cadre sous Louis XYL 

5. Besenval dit qu'il eut la figure ruinée par la petite vérole, mais il ne 
précise pas Tépoque à laquelle il fut atteint de cette maladie. 

6. M"'* de Genlis. Souvenirs de Fé/icteL...; Paris, i806, t. L 



LA SOaéTB DB LA RBINEB. 171 

malheureusement gâtées par des emportements qu'il était im- 
puissant à réprimer. Personne n'a jamais poussé la violence 
si loin, dit Besenval, « la moindre contrariété le mettait hors 
de lui. » Il méritait aussi le reproche de parler trop souvent de 
lui-même avec plaisir. C'est en se prêtant délicatement à cette 
faiblesse que son ami le comte d'Adhémar s'insinua dans sa con- 
fiance et le soumit à son influence sans qu'il s'en doutât*. 

Nous avons vu le comte d'Adhémar jouer, sur le théâtre de 
Trianon, le rôle de Colin dans le Devin de village, A en croire 
madame Campan, il était presque vieux, et Marie-Antoinette 
l'avait, à cause de cela, choisi pour le rôle d'amoureux, 
afin de ne laisser aucune prise à la médisance. Elle l'aurait même 
trouvé, à la fin, si ennuyeux que, pour s'en débarrasser, en 
1783, elle l'envoya représenter la France à Londres. En réa- 
lité, il n'était ni si chevrotant ni si ridicule que veut bien le 
dire la première femme de chambre de la reine pour les besoins 
de sa cause*. « De toute la société Polignac, » écrit le comte de 
La Marck, dans une page qui se rapporte aux dernières années 
du règne, « le comte d'Adhémar avait le plus d'esprit, avec non 
moins d'adresse que le baron de Besenval pour parvenir à ses 
fins. Il joignait des talents à sa jolie fîgure. » Après de brillants 
services militaires, il entra dans la diplomatie sous Louis XY, qui 
le nomma ministre à Bruxelles. Il se trouvait donc déjà, par état, 
éloigné de la cour, et il n'était pas nécessaire de lui donner un 
poste aussi éclatant que l'ambassade d'Angleterre pour l'en 
écarter. Le résultat n'aurait d'ailleurs guère répondu au vœu de 
la reine, car il suffit de jeter, dans la Gazette ou dans le Mercure 
de France^ uncoupd'œil sur la liste des ambassadeurs qui, lors de 
leur arrivée en France, venaient « faire leurs révérences à Sa Ma- 



1. La Marck, I, 30 et 109. — Lebrun, f, 92; II, 236. — Tilly, I, c. vi. — 
Campan, Besenval, Mercy, etc. 

2. Il sut inspirer un peu pi us. tard à M"'* de Polignac une amitié assez vive. 
« Le comte d'Adhémar, «écrit M"« de Bombelles, le M septembre 1784, « me 
parait toujours occupé tendrement de la favorite, p Ârch. de Seine-et-Oise, 
E. 433. 



173 LB JARDIN ANGLAIS. 

jesté », pour se convaincre qu'aucun n'a pris do plus fréquents 
congés, surtout aux époques des voyages de Trianon. Il avait 
épousé une dame du palais, madame de Yalbelle, plus riche que 
lui d'écus et d'années. Madame DuDeffand, en annonçant ce ma- 
riage à la duchesse de Choiseul, lui écrit, au mois de mars 1772 : 
« La mariée est folle de joie; le marié est, dit-on, fort de sang- 
froid. Dieu les bénisse! Mais ce n'est pas là que j'irais chercher 
le bonheur. » On assure que madame de Yalbelle ne l'y trouva 
pas non plus*. 

Quant aux femmes, les parentes de madame de Polignac, aux- 
quelles le prince de Montbarey fait allusion, étaient la com- 
tesse Diane de Polignac, sa belle-sœur, et la comtesse Hardouin 
de Chàlons, sa cousine. Diane était laide, et ne savait pas même 
racheter par l'art ce que la nature lui avait refusé : elle se met- 
tait mal ; mais elle avait infiniment d'esprit et plaisait autant que 
les plus belles. Elle était restée fille*. La comtesse Hardouin de 
Châlons passait, au contraire, pour une des plus élégantes et des 
plus jolies femmes de la cour où elle s'attirait tous les hommages*. 
Elle était également spirituelle et aimable. Son mari, ministre 
de France à Cologne, puis à Venise, puis à Lisbonne, ne la gê- 
nait point. — Nous ne trouvons pas encore à Trianon, au mois 
de septembre 1780, la belle comtesse de Polastron, belle-sœur 
de madame de Polignac, avec ses airs penchés et son attitude 
languissante, qu'on surnomma la Bichette^ et qui, dans la suite, 
sera de tous les voyages (elle ne fut présentée à la cour que le 



i. Tilly, I, c. VI. — Du Deffand, II, 157; m, «00. — Mercy, ÏII, 486. — Be- 
senval^ Campan, de La Gorce, etc. 

2. Le roi lui donna un brevet de dame. — Campan, Besenval, Tilly, Ober- 
kirch, Beauchesne, Genlis. — Galerie des dames françaises; Londres, 1790, 
in-8® ; Ténésis, etc. 

3. Jeanne-Françoise-Aglaé d'AndIaw, épouse de Hardouin de Chàlons, 
seigneur d'Hédouville et de Nesle, mort à Lisbonne, le 19 juillet 1794. On dit, 
en 1779, que M™* de Châlons était Tobjet des attentions du roi, mais Mercy 
vérina que ces bruits n'avaient aucun fondement. III, 328. Voyez : Oberkirch, 
Tilly ; arch. de Seine-et-Oise : série Q, etc. 



LA SOCIÉTÉ DB LA RBINB. 173 

3 décembre), ni son mari, très humble serviteur de sa femme*. 
On y verra avec eux la comtesse et le comte d'Andlaw*, frère de 
madame de Chàlons, futur successeur d'Adhémar au poste de 
Bruxelles*. 

Vaudreuil, Adhémar, Besenval et les autres hommes de la so- 
ciété Polignac n'avaient, dit le comte de La Marck, « ni un juge- 
ment profond, ni des vues élevées, ni cet esprit d'observation 
qui fait découvrir dans les événements présents ceux qui prépa- 
rent l'avenir. . . C'étaient d'habiles gens en trigauderies de cour 
et rien de plus... Sacrifiant tout à leurs intérêts personnels, ils 
se laissaient aller au courant des choses, vivant au jour le jour 
et ne regardant jamais au delà. » 

S'ils ne s'entendaient pas aux choses du gouvernement et de 
la politique, dont ils eurent le tort de se mêler, ils avaient du 
moins tous, à un degré élevé, l'amour des belles choses, et pour 
peu que la reine s'y fût prêtée, le salon de madame de Polignac 
eût pu exercer une influence considérable sur le mouvement ar- 
tistique et littéraire de l'époque. Vaudreuil aimait à s'entourer 
de peintres, d'écrivains, de musiciens. Il chantait très agréable- 
ment*. Grimm le cite comme le meilleur acteur de société qu'il y 
eût à Paris. Il était poète à ses heures et savait aiguiser des épi- 
grammes qu'il ne laissait voir qu'à quelques intimes. Lebrun- 
Pindare ayant un jour oublié chez lui son Horace, Vaudreuil le 
lui renvoya avec un billet en vers par madame Lebrun, qui nous 
a conservé sa réponse : 



1 . Elle était née d'Espagnac. Tilly, chev. de llsle, etc. 

2. François -Antoine d'Andlaw, colonel du régiment de Royal-Lorraine, 
mari d'Adélaïde Helvétius. 

3. La marquise de Coigny ne parait pas avoir fait assidûment partie de la 
société de Trianon, bien qu*elle fréquentât de temps à autre le salon de 
M"* de Polignac. Le centre de ses succès était Paris, comme il a été dit plus 
haut, p. 96, note 1. — La duchesse de Fleury, fille du comte de Coigny, dont 
on a beaucoup parlé à cette époque et encore sous le premier Empire, ne fut 
pas non plus une habituée de Trianon. 

4. Campan, I, i45. —Lettre de Tabbé Barthélémy à M'^'Du Defland sur les 
spectacles de Ghanteloup, II, 452. 



174 LB JARDIN Aam^^ 

Une Grâce, une Muse, en effet, m*a remis 
Les jolis vers dictés par le dieu du Parnasse 

Au plus céleste des amis, 
 Mécène- Vaudreuil qui chante comme Horace.. 
Horace avec plaisir chez vous s'était perdu. 
Vous en avez si hien Tesprit et le langage 
Que, par un charmant badinage. 
Vous me Tavez deux fois rendu. 



Vandreuil fut plus tard le protecteur de Beaumarchais. Sa mai- 
son était meublée avec un goût exquis ; il possédait une galerie 
de toiles des plus grands maîtres*, et il avait dessiné autour du 
ch&teau de Gennevilliers, qu'il devait à la générosité du comte 
d'Artois, un parc délicieux. « Il donnait fréquemment, » dit 
madame Lebrun, qui eut pour lui les sentiments les plus ten- 
dres, « des fêtes magnifiques tenant de la féerie, au point qu'on 
l'appelait l'enchanteur. » — Besenval était aussi un homme de 
goût; il le fit voir dans la formation des jardins du maréchal de 
Ségur, à Romainville, où il sut allier l'élégance des fabriques au 
charme du paysage*. Il s'est fait peindre dans son cabinet, en- 
touré de tableaux et d'objets d'art*. — Le comte de Polastron 
avait sur le violon un talent remarquable. — Le duc de 
Coigny était lettré; le comte, son frère, avait construit, à Ma- 
reuil en Champagne, une résidence dont le chevalier de l'Isle 
vante la beauté*. — L'instruction d'Adhémar était solide et 



i. Plusieurs sont au Louvre aujourd'hui. Voyez Catalogue raisonné d*une 
très belle collection de tableaux des écoles d'Italie, de Flandre et de Hollande qui 
composaient le cabinet de M. le comte de Vaudreuil, grand fauconnier de France, 
par J.-B.-P. Le Brun, peintre, 1784. 

2. Lerouge, cah. IX, pi. I et 2; cah. X, pi. 11 ; cah. XII, pi. 10. 

3. Par Danloux ; une gravure de ce tableau a été placée au frontispice de 
ses Mémoires, édition de Barrière, 1821. 

4. Il y avait un troisième Coigny, le chevalier, qui venait aussi à Trianon. 
C'était un homme à la mode, d'une assez jolie figure et qui visait à Tesprit. 
Quand il faisait une visite, il lançait, au moment opportun, un bon mot ; 
puis il ne parlait plus et prenait un air distrait. Madame de Genlis lui trouvait 
de la fatuité, un air moqueur et une galté fausse. T. I, 373. 



i 
I 
I 



LA SOGléri DB LA RSINB. 176 

variée*. — A Trianan, n'oublions pas rarchîtecte de la reine qui y 
avait son appartement. Ses œuvres attestent son talent, son goût ; 
et le catalogue de sa bibliothèque, qui nous a été conservé aux 
archives de Seine-et-Oise *, donne Tidée d'un esprit cultivé, au 
courant du mouvement intellectuel de son temps. 

Mais Marie-Antoinette ne partageait pas sous ce rapport les 
goûts de l'entourage que lui avait fait sa favorite'. « Elle ne re- 
cherchait même pas, » dit Besenval*, a les notions que la société 
peut donner : dès qu'une matière prenait une couleur sérieuse, 
l'ennui se montrait sur son visage et glaçait l'entretien. Sa con- 
versation était décousue , sautillante, et voltigeait d'objets en 
objets. Sans aucun fond de gaieté personnelle, elle s'amusait 
de l'historiette du jour, de petites libertés gazées avec adresse, 
et surtout de la médisance comme on la prépare à la cour : voilà 
ce qui lui plaisait. » « La chanson nouvelle, » dit à son tour 
madame Campan', « le bon mot du jour, les petites anecdotes 
scandaleuses formaient les seuls sujets d'entretien du cercle in- 
time de la reine. Le bel esprit en était banni. » Son infériorité 
intellectuelle dans le milieu qu'elle s'était choisi sautait aux 



i . La comtesse d'Âdhémar (baron de La Mothe-Lângon). Souvenirs sur 
Marie- Antoinette ; Paris, 1836, 4 v. in-8*, I, 221. Ces Souvenirs apocryphes 
se rencontrent en ce point avec le comte de La Mark. 

2. Série Q. Elle comptait 890 volumes. On trouve à la bibliothèque de 
TÂrsenal, dans les Archives des dépôts littéraires, quelques indications sur les 
bibliothèques des habitués de la société Polignac. Celle du duc de Polignac 
fut transportée, lors de la Révolution, au dépôt de la rue Tborigny, celle 
du comte de Chàlons au dépôt de la rue de Lille. Le dépôt des Cordeliers 
reçut la bibliothèque du duc de i'oignj (1,800 volumes d*histoire et de litté- 
rature), de son fils (500 td.}, du comte de Vaudreuil (900 volumes de litté- 
rature), et de Tabbé de Vermond (2,150 volumes, surtout de littérature). 

3. Madame Campan parle d'une tentative pour faire de la société de la 
reine un milieu littéraire, laquelle aurait échouéà cause du mauvais goûtdes 
assistants. Il est très probable que, dans le cas dont elle parle, les applaudis- 
sements de la reine forcèrent ceux de l'assemblée ; car on ne peut sérieuse- 
ment taxer d'inexpérience en matière de littérature les deux Parny, Berlin 
et Vaudreuil, le protecteur de Beaumarchais. 

4. II, 309. 

5. ï, 147. 



i76 LB JARDIN ANGLAIS. 

yeux, et ceux qui en étaient témoins se sentaient choqués de 
voir la reine, dans une société privée, ne tenir que la seconde 
place*. 

C'était là cependant le moindre des inconvénients qui résul- 
taient pour elle de ces préférences exclusives. Le prince de Ligne 
dit quelque part : « Il n'y a jamais eu rien de plus vertueux ni 
de plus désintéressé que les Jules*. » Il avait évidemment des 
idées larges en ces matières. Mercy en juge autrement, et tous 
les écrits du temps s'accordent avec lui sur ce point. Pour 
ne rien dire des femmes de la famille, dont la chronique scan- 
daleuse s'est occupée pendant le xvni" siècle*, la réputation 
de conduite de madame do Polignac était assez douteuse... 
« On a vu, » dit Mercy*, « la jeune personne afficher un amant, 
ou pour le moins en soutenir l'apparence sans égard aux remar- 
ques du public. Sa conduite en matière de dogme n'est pas moins 
équivoque, et le premier médecin Lassonnc, qui la connaît, dit 
un jour à l'abbé de Vermond qu'il craignait que la liaison dont 
il s'agit ne portât à la longue quelque atteinte à la piété de la 
Reine. » L'amant en question était Vaudreuil. « Diane de Poli- 
gnac, » remarque le comte de La Marck', « avait une conduite 
libre jusqu'au scandale. » Madame de Châlons se laissait cour- 
tiser par le duc de Coigny et par le comte de Vaudreuil ; et ma- 
dame de Polastron sera plus tard la maîtresse attitrée du comte 

i . Augeard, secrétaire des commandements de Marie-Antoinette. Mémoires 
secrets; Paris, 1866, in-S**, 248 : « La reine, par malheur, consentit à 
. laisser la dignité de son rang suprême dans son palais pour aller dans Tap- 
partement de madame de Polignac jouer le second rôle». 

2. Revtœ nouvelle ^ i08. 

3. Grimm, IX, 202.— Une tante de madame de Polignac fut, d'après 
Mercy, chassée de la cour par Louis XV, pour avoir procuré à madame Adé- 
laïde, jeune encore, un livre obscène. La reine lui fit accorder une pen- 
sion à laquelle elle avait droit comme veuve d*un lieutenant général, et 
que le feu roi lui avait refusée. Cette pension est portée au Livre rouge 
sous le litre de « pension secrète. » La tante dont il s*agit avait élevé 
madame de Polignac. 

4. n, 49i , 495. 

5. I, 37. 



LA SOCIETE DE LA REINE. 177 

d'Artois*. « Vous êtes devenue, »dit, un jour, à Marie-Antoinelte 
Tabbé de Veniiond, « fort indulgente sur les mœurs et la répu- 
tation de vos amis et amies. Je pourrais prouver qu'à votre âge 
cette indulgence,. surtout pour les femmes, fait un mauvais effet; 
mais enfin je passe que vous ne preniez garde ni aux mœurs, ni 
à la réputation d'une femme, que vous en fassiez votre société, 
votre amie, uniquement parce qu'elle est aimable; certes, ce 
n'est pas la morale d'un prêtre ; mais que l'inconduite en tout 
genre, les mauvaises mœurs, les réputations tarées et perdues 
soient un titre pour être admis dans votre société, voilà ce qui 
vous fait un tort infini. Depuis quelque temps, vous n'avez pas 
même la prudence de conserver liaison avec quelques femmes 
qui aient réputation de raison et de bonne conduite*. » 

L'abbé de Vermond, entraîné par son zèle, me paraît ici 
exagérer. Il n'y avait, dans la société intime de madame de 
Polignac, aucun homme qui fut de « réputation perdue ou tarée'; » 
et quant aux femmes, si elles eurent le tort d'afficher un amant, 
on ne peut leur reprocher une conduite licencieuse. Il y a loin de 
leurs faiblesses aux débordements qui ont valu à tant de grandes 
dames du xvui" siècle une si fâcheuse célébrité. Sous ce rapport, 
depuis l'avènement de Louis XVI, les mœurs s'étaient amélio- 
rées. Le comte de Ségur s'avance un peu en assurant qu'elles 
étaient devenues rigides*; mais il faut reconnaître avec Grimm 
qu'elles avaient du moins gagné en décence. 

La reine, dit le comte de La Marck, était bien supérieure en 
moralité et en délicatesse de sentiments à tout son entourage. 
« C'est une aimable et honnête femme, » écrit Joseph II à son 
frère Léopold, << un peu jeune, peu réfléchie, mais qui a un fonds 
d'honnêteté et de vertu... vraiment respectable; » et ailleurs : 

1. Hézecques^ p. 6i. 

2. Mercy, II, 490. 

3. Au moment où parlait J'abbé, la reine marquait un vifinlérôl pour le 
comte deGuines sur lequel pesait alors une grave accusation. Mais, appliquées 
à lui, ces expressions dépassent de beaucoup la mesure. 

4. Mémoires y II, 33. 

li 



178 LE JARDIN ANGLAIS. 

« Sa vertu est intacte ; elle est même austère , par caractère plus 
que par raisonnement \ » Mais dans le monde, on le sait, les ap- 
parences sont plus que la réalité, et il y aurait de la naïveté à 
s'étonner qu'en voyant Marie-Antoinette s'enfermer, sans le roi, 
dans une retraite interdite à toute la cour, avec des femmes dont 
chacune passait pour traîner un amant à sa suite, l'opinion se 
soit établie qu'elle y avait aussi le sien. La reine ne l'ignorait 
pas, du reste, et, si l'on en croit la Correspondance secrète*, elle 
en prenait assez gaiement son parti, trop gaiement peut-être. 
Elle « disait un de ces soirs, » raconte le chroniqueur, « en 
conversation particulière avec les princesses de Lamballe, de 
Chimay et madame de Polignac, au sujet de quelque nouvelle 
méchamment lancée contre sa conduite : « Il faut avouer que je 
« suis bien malheureuse d'être traitée si durement. » Revenant 
à sa gaieté ordinaire. Sa Majesté ajouta : « Mais s'il est méchant 
« de la part des autres de me supposer des amants, il est bien 
« plus singulier de la mienne que j'en aie tant à ma charge 
« et que je me passe de tous. » 

Quant au désintéressement de cette dangereuse société, il était 
à peu près du même genre que sa vertu. On commença par combler 
tous ses membres de grâces et d'emplois. .Nous avons parlé des fa- 
veurs accordées au duc de Coigny et au comte Esterhazy . Madame 
de Châlons fut placée parmi les dames de la comtesse d'Artois ; 
madame de Polastron, à peine présentée, sera nommée à une 
charge de dame du palais. Vaudreuil reçut une pension provisoire 
de 30,000 livres, remplacée bientôt par un domaine que lui donna 
le comte d'Artois. Le comte de Coigny fut fait chevalier d'hon- 
neur de madame Elisabeth, et le comte d'Adhémar, son premier 
écuyer. Moins scrupuleuse que Louis XV qui, lorsqu'elle vint en 
France, avait composé sa maison des femmes les plus irrépro- 
chables et les plus respectées, Marie-Antoinette ne craignit point 
de mettre à la tête de celle de la jeune madame Elisabeth la com- 

1 . Mercy, I, lxix. 

2. Lescure, I, 235. 



LA SOCIÉTÉ DE LA REINE. 179 

tesso Diane de Polignac, malgré sa réputation*. Le mari de la fa- 
vorite avait été fait premier écu} cr de la reine en survivance, 
avec une pension provisionnelle de 12,000 livres et lusage de ses 
chevaux, équipages et livrées, ce qui augmentait la dépense de 
sa maison de plus de 80,000 livres. 

Les Polignac appartenaient à une des plus vieilles et plus 
puissantes maisons du Languedoc*, mais leur situation de 
fortune était singulièrement déchue. Avant le succès de la 
comtesse Jules à la cour, le jeune ménage était obligé, par éco- 
nomie, de se fixer la plus grande partie de Tannée dans sa terre 
de Clayes en Brie, ne venant à Versailles que rarement. Marie- 
Antoinette se fit un bonheur de réparer l'injustice du sort envers 
son amie. La comtesse, de Tavis des contemporains, n'eût pas 
été d'elle-même avide ; mais elle fut poussée par sa belle-sœur 
qui avait formé le plan de profiter de l'occasion pour relever sa 
famille. A sa requête, on donna au beau-père, le vicomte de Po- 
lignac, « totalement dépourvu d'esprit et sans dignité dans la 
conduite', » la charge très lucrative d'ambassadeur « près les 
louables cantons helvétiques », ce qui avait, en outre, l'avantage 
de l'éloigner de Versailles , où on le trouvait gênant^ — et à 
l'oncle, le marquis de Polignac, celle de premier écuyer du 
comte d'Artois. Un abbé de Polignac fut pourvu de l'évêché 
de Meaux, en 1779. « Cette famille, » dit Mercy, à la date du 
17 décembre 1779*, « sans aucun mérite envers l'État et par pure 



1 . Elle étail auparavant dame pour accompagner la comtesse d'Artois. 

2. On trouve dans le Cartulaire de Conques en Rouergue que j'ai publié 
(Paris, 1879, in-8», xcvin, 375 et 409), sur les vicomtes de Polignac en Ve- 
lay, des documents qui remontent à Tannée 1105. La ligne directe s'était 
éteinte au Commencement du xiv® siècle. Une branche cadette, qui avait la 
seigneurie de Randon, lui succéda. La maison tomba en quenouille à la fin 
du XIV». La vicomte fut portée par une fille dans la famille de Ghalencon 
qui avait, au xviii* siècle, les titres de vicomte de Polignac, baron de Randon 
et marquis de Ghalencon. 

3. La Marck, I, 37. 

4. III, 382. 



180 LE JARDIN ANGLAIS. 

faveur, s'est déjà procuré, tant en grandes charges qu'en autres 
bienfaits, pour près de 500,t)00 livres de revenus annuels. » 

Ce n'était qu'un commencement. La favorite obtint 400,000 li- 
vres, en janvier 1780, afin de payer ses dettes, et au mois de 
juillet, quand elle maria sa fille, âgée de onze ans, avec le comte 
de Grammont, une dot de 800,000 livres pour la fiancée, avec le 
brevet de duc de Guiche pour le futur et la survivance de la 
charge de capitaine des gardes du corps qui appartenait au duc 
de Villeroy. Le jour même du retour de Trianon, 20 septembre, 
le comte de Polignàc fut créé duc héréditaire, et la nouvelle du- 
chesse prit le tabouret à la cour, le 24. On n'oublia pasVaudreuil 
qui reçut une grasse sinécure, la charge de grand fauconnier de 
France. La fonction n'avait plus d'objet, puisque depuis long- 
temps la chasse à Tciiseau était tombée en désuétude ; on entrete- 
nait toujours cependant un équipage de vol, et le titulaire de 
remploi, qui comptait parmi les grands officiers de la couronne, 
continuait à recevoir avec solennité les gerfauts d'Islande, en- 
voyés au roi de France par le roi de Danemark, et les faucons de 
Malte, hommage du grand maître des chevaliers de Saint-Jean 
de Jérusalem. La cérémonie, chaque fois, s'annonçait officielle- 
ment dans la Gazelle, 

Un autre acteur de la troupe de Trianon voulut avoir une 
part dans le ministère de la guerre qu'il était question d'enlever 
au prince de Montbarey. On le chansonna sur l'air de la Belle 
Bourbonnaise : 

Pour vaincre l'Angleterre, 
Il est question de faire 
Ministre et secrétaire 
Un marquis de hasard, 
Chevalier d'industrie. 
Major d'infanterie. 
Colin de comédie : 
CVst monsieur d'Adhémar. 

Le couplet fut envoyé à la reine, et les Mémoires secrels rappor- 
tent qu'Adhéuiar dut fournir des explications. Il convint que, 



LA SOCIÉTÉ DE LA RRINE. 181 

quoique issu de l'illustre famille dont il portait le nom, il n'était 
qu'un pauvre gentilhomme sans fortune, et qu'il s'était vu obligé, 
en effet, de « se soutenir par des moyens de complaisance, de 
dévouement, d'adresse, mais toujours honnêtes. On lui fai- 
sait, » dit-il, (( beaucoup d'honneur en le qualifiant de major, 
car il n'avait jamais été qu'aide-major. » Quant au titre de Colin 
qu'on lui donnait, c'était celui dont il se glorifiait le plus, puis- 
qu'il prouvait qu'il t< avait contribué aux amusements de Sa Ma- 
jesté en jouant la comédie avec elle'. » Ce n'était pas d'ailleurs 
ministre de la guerre que voulait être M. d'Adhémar, mais ad- 
joint au ministre, et il avait préparé habilement sa candidature 
à Trianon, entre deux comédies. Il s'y était emparé de ma- 
dame de Polignac,... « ne la quittait pas d'un pas,... était sans 
cesse à son oreille. Si elle changeait de place, il la suivait à 
table, à la promenade, dans sa chambre : il ne l'abandonnait pas 
plus que son ombre*. » II ne réussit point cependant. Besenval a 
exposé tout au long les péripéties de cette intrigue qui finit par 
la nomination du maréchal de Ségur, et au cours de laquelle les 
deux amies faillirent se brouiller à mort. On ne peut rien lire de 
plus affligeant que le récit de la scène qui eut lieu entre elles et 
oÈi l'on voit la reine, les larmes aux yeux, se jeter aux genoux 
de madame de Polignac pour la conjurer de lui pardonner quel- 
ques paroles amères qui lui étaient échappées, lui disant « tout 
ce que le regret de l'avoir offensée, tout ce que l'amitié la plus 
tendre pouvaient inspirer, » afin de la retenir près d'elle au prix 
même de sa dignité. 

Mercy' s'agitait vainement pour essayer d'arracher la reine à 
cette obsession. Elle lui promettait bien, en quittant Trianon, le 
20 septembre, pour se rendre à Marly, de s'y entourer d'une 
cour plus nombreuse. Mais elle sembla n'appeler plus d'in- 



\. Mémoires secrets, 31 décembre 1780. — Lescure, ï, 355. — Recueil de la 
présidente de Rosanbo. 

2. Besenval, U, 83. 

3. ir, 83; m, 496. 



182 LE JARDIN ANGLAIS. 

vités dans cette nouvelle résidence que pour grossir le nombre 
des témoins de ses préférences pour les Polignac. La reine, dit 
Tambassadeur, tenait tous les matins une longue séance chez la 
duchesse, où un choix très restreint des personnes les plus favo- 
risées était seul admis. On voit d'ici à quoi pouvaient passer le 
temps ceux qui se morfondaient au dehors de ce cercle privi- 
légié. Quoique Mercy assure que tout le monde fut « très content 
du voyage de Marly, » ce serait bien peu connaître la nature hu- 
maine que de croire qu'il n'y eut ni froissements, ni murmures, 
ni médisances. 

On était d'autant moins disposé à l'indulgence pour les fa- 
voris qu'eux-mêmes ne gardaient aucun ménagement envers les 
autres. « En tout, » écrit madame de Bombelles* à son mari, 
« cette fameuse société est composée de personnes bien mé- 
chantes et montée sur un ton de morgue et de médisance in- 
croyable. Ils se croient faits pour juger tout le reste de la terre... 
Ils ont si peur que quelqu'un puisse s'insinuer dans la faveur 
qu'ils ne font guère d'éloges, mais ils déchirent bien à leur aise. 
Il faut cependant voir tout cela et ne rien dire : c'est impatien- 
tant. » Dans cette guerre de mauvais propos, la reine elle-même 
ne fut pas épargnée. « Ceux qui approchent les souverains, » 
remarque Mercy', « ont toujours quelque plan formé d'ambition 
ou de vues quelconques, soit pour eux ou pour les leurs, et en 
mesure du plus petit nombre des gens qui obtiennent un accès 
presque exclusif, les intrigues en deviennent plus pressantes, 
plus difficiles à éclairer, par conséquent infiniment plus dange- 
reuses. Une grande cour doit être accessible à beaucoup de 
monde; sans cela les haines et les jalousies exaltent toutes les 
têtes et font naître les plaintes, les dégoûts et une sorte d'aliéna- 
tion. » Les effets de cette désaffection ne se feront pas longtemps 
attendre. 

1. Dame pour accompagner madame Élisabelli — Lettre des 18 décembre 
1781. Beauchesne, I, 196. — M"» de Bombelles^ parlant du romte de Coigny, 
dit qu'il est méchant comme la gale >> (I, 195). 

2. 11!, 478. 



LA SOCIÉTÉ DE LA REINB. 183 

A la fin de Tannée 1780, les amusements de la reine furent 
brusquement interrompus par une nouvelle qui la surprit dou- 
loureusement. Sa mère expira, le 29 novembre, après une courte 
maladie. L'événement fut connu à Versailles huit jours après. 
L'impression qu'il fit sur la reine fut si vive* que Louis XVI, qui 
réserve exclusivement les pages de son journal à la mention de 
ses déplacements, de ses chasses, des cérémonies auxquelles il 
prend part, a, par exception, noté le fait : « 7 décembre : nouvelle 
de la mort de Timpératrice. » La cour prit le deuil pour six mois, 
à partir du 20 décembre. Cette mort tarit la source si précieuse 
et si abondante des informations de Mercy qui nous permettaient 
de suivre Texistence de Marie-Antoinette au jour le jour pour 
ainsi dire. Les comptes heureusement nous restent et nous four- 
nissent les éléments nécessaires pour préciser, compléter et rec- 
tifier les mémoires relatifs à cette époque. 



i. Vo\'ez la lettre qu'elle écrivit à son frère, le 10 décembre 1780. Marie- 
Antoinette, Joseph II, etc. 



•/# 



X 



APPARTEMENTS, GARDE-MEUBLE, CUISINES ET DEPENDANCES 



1781 



Communs âous Louis XV. — Arrrandissements. — Ordinaire du roi et de la reine. 

Garde-meuble de lu reine. 
iNouvellc distribution des appartements. — Mobilier. — Maisons de bois. 



On a vu que, au printemps de 1780, Marie- Anioinelle ordonna 
des agrandissements dans les communs du Petit-Trianon. L*en- 
ceinte de ces dépendances, sous Louis XV, avait la même étendue 
qu'aujourd'hui, mais les bâtiments n'en occupaient que la moitié. 
Les cuisines et offices donnaient du côté du jardin; et, sur le de- 
vant, il n'existait qu'un corps de logis destiné au logement du 
suisse, à gauche de la porte cochère qui donne entrée dans la 
cour des cuisines; tout le reste, vers le salon frais, était occupé 
par des potagers'. Mique proposa de supprimer ces derniers et 
d'élever des constructions à la place". D'après son plan, les 
communs se trouvèrent divisés en trois parties [pL XII') : 1° un , 
premier groupe près du château (a à i), comprenant la cha- 
pelle (h), la sacristie (g), le corps de garde des ouvriers pom- 
piers (d) et le logement du suisse (f) ; 2** les cuisines et offices 
dans une cour allongée, avec le garde-meuble et l'appartement 



\, Plan manuscrit du Petit-Trianon, vers i 780,cité plus haut, p. 165, note 1, 

2. Le devis s'élevait à 61,538 livres, 6 sous, 8 deniers. L'arcbilecte prévoit, 
en outre, qu'il y aura des dépenses accessoires dont il ne peut indiquer le 
montant. Arch. nat G' 1878, 1884, 188G. 

3. Ce plan est une réduction du plan dressé par Mique. 0^ 1886. 



APPARTKMBNTS, OARDS-MEUBLE, CUISINES ET DÉPENDANCES. ÎM 

du concierge (j à n) ; 3"^ dans la portion la plus éloignée de Tha- 
bitaiion, des écuries pour les chevaux de la reine et des re- 
mises {a à m). 

On remarquera Timmense développement des cuisines. Il y 
en a une pour les viandes froides (k); une autre pour les potages 
et entremets, avec^unc cheminée, un four et seize réchauds (l) ; une 
troisième, très vaste, pour les grandes et moyennes entrées avec 
un four, une cheminée et vingt-huit réchauds (m) ; une quatrième, 
plus petite, pour la pâtisserie spéciale aux entremets, avec four et 
cheminée (n); une cinquième, de grande dimension, pour la rô- 
tiss(»rie, avec un four, une cheminée et seize réchauds (o); une 
sixième pour la pâtisserie proprement dite, avec cheminée et 
four (p). Suivaient : un garde-manger (y), un office pour le go- 
belet-vin, avec une cheminée et quatre réchauds (t); la paneterie 
avec four et cheminée (i ); une pièce pour la distribution du vin ( v); 
une autre pour Targonterie, divisée en deux compartiments : h.' 
premier destiné à là garde (x), le second au lavage (y); venaient 
ensuite : le lavoir de toute la batterie de cuisine (z), et enfin une 
salle à manger pour les officiers de la bouche (a). Le iibmbre total 
des cheminées à manteau s'élevait à sept, celui des fours à six, 
celui des réchauds à soixante-quatre. 

L'ordinaire de la reine, comme celui du roi', se composait, 
pour le dîner, de deux potages et vingt plats différents, répartis 
en trois servic(»s : entrées, rôts* et entremets; et, pour le souper, 
de deux potages et dix plats, en trois services également". La 
règle était de mettre sur la table, au dîner : huit entrées, quatre 
rôts et huit entremets; au souper : deux entrées, trois rôts et 



\. Madame Elisabeth éluil servie de même. 

» 

2. Les salades se servaient avec les rcMs. Traitfl hisiorif/ue et pratique de la 
ruisine ; Paris, 1758, 2 v. in- 12, fîg. 

3. Si Ion veut se faire une idée des vins et liqueurs qu'on servait aloi-s, 
voici un aperçu d'une cave de ce temps-là, celle du duc de Guiche ; Bor- 
deaux, Jurançon, Bourgogne (Pomart), Champagne (Sillery), Malaga, muscat^ 
Lunel, via de cerises, liqueur des Iles, Chypre, Pacaret, Cap, Porto, porter, 
cidre, bière, elc. E. \ 187, arch. de Seine-et-Oise. 



186 LE JARDIN ANGLAIS. 

cinq entremets. Quelquefois, cependant, il y avait des variations 
dans le nombre des entrées, des entremets ou des rôts; mais, 
quand on ajoutait une entrée, on supprimait un entremets ou 
un rôt, et vice versâ^ de manière à ne pas changer le total des 
plats. Pour les repas maigres, le nombre des mets était moin- 
dre. Voici, au hasard, les menus* de deux dîners, l'un gras et 
l'autre maigre, et d'un souper gras. 

DINER DU ROI, DE LA REINE (g'rfls/. LE 8 AOUT*. 

Potages le potage aux nouilles, 

les petits choux. 

Grande entrée, . la selle de mouton au bouillon de racines. 

Entrées .... le vol au vent, 

, la petite pièce de bœuf, 

les filets de lapereau aux navets, 
les ailes de poularde panées, 
le carré de veau à la crème, 
la blanquette de dindonneau, 
attelettes de foies de lapereaux, 
le salmis de perdreaux. 

Rôts campine, 

cailles cul blanc, 

poulets, 

halbrans. 

Entremets ... le poupelin, 

la tourte à la cerise, 

les œufs au jus, 

les beignets de blanc-manger, 

les épinards, 

le jambon à la gelée, 

cr6quignoles. 

Le dîner maigre n'a qu'un potage, huit entrées, deux rôts et 
cinq entremets. 



1. Arch. nat.,K. 1719. 

2. Comme il y a 9 entrées, on ne sert que 7 entremets. 



APPARTEMENTS, GARDE-MBUBLE, CUISINES ET DÉPENDANCES. 187 

DINER DU ROï, LE 4 AOUT [maigre). 

Potage le polage au lait. 

Entrées petits pâtés , 

filets de carrelets frais, 

lentilles fricassées, 

attelettes de soles, 

blanquette de soles purée d*oignons, 

filets de soles grillés, 

truites à la rémoulade, 

œufs h l'oseille. 

Rôts soles, 

merlans. 

Entremets ... la brioche, 

cocottes, 

tourte de marmelade, 
écrevisses, 
épinards à l'anglaise. 

Voici maintenant un souper : 

SOUPER DE LA REINE*. 

Potages le coulis à la reine, 

l'uni. 

Entrées ailes de faisan panées, 

fricassée de poulet, 
carré de veau à la brocbe, 
côtelettes de mouton suées, 
le râble de veau poivrade. 

Rôts poulets, 

ortolans. 

Entremets .... les rubans, 

les panneqnets, 

quatre pots au bouillon. 

La reine ne goûtait pas à tous ces plats ; elle choisissait, parmi, 



i. Il y a trois entrées de plus et, par conséquent, trois plats de moins sur 
les rôts e( entromets. 



188 LE JARDIN ANGLAIS. 

ce qui lui plaisait. D'après madame Campan', elle était d*uuc 
grande sobriété. « Elle ne mangeait habituellement que de la 
volaille rôtie ou bouillie et ne buvait que de Feau. Elle ne témoi- 
gnait de goût particulier que pour son café du matin, et une 
sorte de pain auquel elle avait été accoutumée dans son enfance, 
à Vienne. » 

Lorsqu'il y avait récej)tion, le nombre des potages et des mets 
était doublé, comme on peut le voir plus loin' par le menu d'un 
grand dîner donné à Mesdames, à Trianon, quelques années plus 
tard. 

Dans la cour des cuisines et offices, du côté de Tavenue, une 
grande pièce (2) fut disposée à Tusage d'atelier pour les ouvriers 
du garde-meuble de la reine. Ils étaient dirigés, comme je l'ai 
déjà dit, par le concierge Bonnefoy Du Plan, qui avait la charge 
du mobilier de Trianon et de tous les intérieurs de cette prin- 
cesse à Versailles, aux Tuileries, à Compiègne et à Fontai- 
nebleau'. Tous les objets appartenant au garde-meuble parti- 
culier de la reine portaient cette marque, frappée au fer chaud : 




C'est Bonnefoy, dit madame Campan*, « qui a fait dessiner et 
exécuter l'armoire ou espèce de secrétaire destiné à serrer les 



i. I, i04, 312. 

2. m* partie, le Hameau^ c. x. 

3. 0«489. 

4. I. 304. 



PETIT Tï^I/vNOJJ 

^ là C/iâ/ielle 
et des cuismes, 
ofice^ elècnrîe^ 

J78Î. 



PI xi: 






I!Arr<i&^ SQcrfsâie BemLse^Scurics. 

CttU Uca et oftcgg . v ^,J^s oi^^es . 

"^'P^iifrmt^ entremêla. d .^Xrrr ^n% I^/tm/s . 
M.G»//tfV« etmmfeetmteHtrim 11 . Itt?»^ 
m^isierietteaenfrenteh. \ . Jfrtmst^ 

P. T^tsserie . «*, cwrter'a^ . 

K .^M«^ m. Hangar pour le^ 

*•/ oitreS' 

T. ff«*rtV F/// 

V ./7>»e/t>rie oottrAe, 
V. (^tee/tHtr/adfstriMtûn 

*irt ytft . 
^3ilc^er 

xJêryvairt/r t^rat/r/Arre 
Z X^vûfrat' 4 H/i/rr/'r. 

oficfer\s de <6 lenfAe . 

2 Mtrr/tcttf t/ff at tn/ e/ffe/fi/e. 
Il ^"tMera/it coffcterone. 








hr l:o«^ Dujardœ 



ÂPPARTBMBNTS, GARDE-MBUBLE, CUISINES ET DÉPENDANCES. 189 

bijoux de la reine » dans ses cabinets de Versailles, « et qui est 
actuellement* à Saint-Cloud. Son nom et Tannée* où a été fait ce 
meuble, remarquable par sa richesse et les peintures dont il est 
orné, sont gravés sur une plaque de cuivre qui est dans le fond 
du meuble. Boulard, fameux tapissier de Paris, a été longtemps 
garçon du garde-meuble sous les ordres de Bonnefoy. » Il ne 
faudrait pas confondre les fonctions de concierge avec celles de 
portier : ces dernières étaient remplies par un suisse*. Le con- 
cierge était à proprement parler ce qu'on nomme aujourd'hui un 
régisseur. Il avait son appartement au*dessus des cuisines, près 
du château ; ses magasins étaient situés dans les combles de la 
chfifpelle. 

Le garde-meuble de Trianon et des cabinets de la reine se 
trouvait, à l'endroit du garde-meuble de la couronne, dans la 
même situation que l'intendant des bâtiments de la reine à l'égard 
du directeur des bâtiments du roi, c'est-à-dire qu*il exécutait 
directement et sans contrôle les travaux commandés par la reine, 
et qu'il puisait l'argent et les matières premières dont il avait 
besoin dans la caisse et dans les magasins du mobilier du roi, 
apportant dans ce service le même trouble que Mique dans celui 
de M. d'Angiviller. Mais M. de Fontanieu, plus avisé et d'ailleurs 
instruit par son exemple, ne tenta aucune résistance : il n'en 
reste du moins pas trace dans les dossiers. Une partie des états 
de la dépense du garde-meuble est perdue, le reste est entré, on 
ne sait comment, à la bibliothèque nationale*. Une somme de 
81,440 livres, 10 sous, 9 deniers s'y trouve portée comme ayant 
été remise à Bonnefoy pour le garde-meuble de Trianon en huit 
années. Mais quelle a été sa part dans les fournitures d'étoffes, 
de galons, de tapisseries, de broderies, etc.? On ne peut le dire. 



1. Sous la Restauration; il est placé aujourd'hui au Petit-Trianoii. 

2. 1787. 

3. Le suisse du Pelit-Trianoa se nommait Lagrange. 

4. Ms. fr. 0808, in-K Ce registre comprend les états de 1775, 1776, 1777, 
1778, 1784, 1785, 1786, 1787, et un relevé des comptes des Menus en 1781. 



190 LB JARDIN ANGLAIS. 

El de tout ceJa, qu'est-ce qui a été destiné au Pelit-Trianon lui- 
même? C'est ce qu'on ne sait pas davantage : on n'a plus l'inven- 
taire du mobilier de ce château. Dans des lettres datées de la fin 
de l'année 1792, Bonnefoy dit qu'il était inscrit sur un registre in- 
folio, avec l'état des meubles de la reine dans toutes les résidences, 
Sainl-Cloud excepté*. Il y avait de plus un inventaire (en 45 pages 
de papier telliëre) « des effets appartenant personnellement à la 
Reine, comme n'ayant pas été payés par le trésor royal, mais 
provenant ou d'acquisitions faites sur sa cassette ou de pré- 
sents*. » Ces deux documents paraissent avoir été perdus en 1793. 
La physionomie du château au temps de Marie-Antoinette ne 
saurait donc être reconstituée d'une façon complète. On en est 
réduit à glaner quelques rares indications dans les mémoires des 
contemporains et dans les dossiers des archives. 

Du temps de Louis XV, il y avait au rez-de-chaussée : sous 
les entresols, un billard ; sous le salon de compagnie, un réchauf- 
foir; sous les salles à manger, des pièces pour le mécanisme 
des tables volantes; sous l'antichambre, une salle des gardes. 
Il est probable que les tables ne servirent plus pendant le 
règne de Louis XVI; on en conserva cependant une en étal 
de fonctionner au besoin*. Marie-Antoinette fit supprimer le 
réchauffoir, à cause de Todeur du charbon qui montait dans les 
appartements. Le procès-verbal de la pose des scellés parles offi- 
ciers municipaux de Versailles, le 13 août 1792, et celui de l'es- 
timation du palais, faite le 12 messidor an IV \ mentionnent au 
rez-de-chaussée : la salle des gardes, l'ancien billard de Louis XV, 
une salle pour les femmes de la reine, une pièce pour la méca- 
nique, une fruiterie et un boudoir du côté du jeu de bague*. 

\. OM89. 

2. Arch, dép. de Seine-et-Oise, Q. Papiers du séquestre du Pelit-Trianon. 

3. Meyer. Fragments sur Paris, trad. par Dumouriez; Hambourg, 1798, 
2 V. in-8», II, 78. 

4. Arch. de Seîne-el-Oise, série Q. 

5. On allait au jeu de bague par une porte placée sur le premier palier 
du grand escalier (procès-verbal d'estimation du 12 messidor an IV). Lors 



APPARTEMENTS^ aARDE-MEUBLB, CUISINES ET DÉPENDANCES. 191 

L*escalier demeura tel que Tavait fait Gamain, du temps de 
Louis XV. Le chiffre M. A., qui est d'un travail bien différent et 
plus moderne, a été placé dans la suite. Quand? Je ne saurais le 
dire; je n'ai pas trouvé la moindre indication sur ce point dans 
les comptes. Trois de ces banquettes qu'on appelle des formes, 
recouvertes en tapisserie de la Savonnerie, étaient placées sur le 
palier. Du plafond de l'escalier pendait, à un cordon garni d'un 
gland de soie cramoisie, la délicieuse lanterne, du plus pur style 
Louis XVI, qui s'y trouve encore. Les montants sont des fais- 
ceaux de flèches; elle est ornée d'attributs champêtres, et, à 
l'intérieur, de petits Satyres assis, portant un bouquet de douze 
lumières. 

Rien n'avait été changé dans l'antichambre. — Dans la grande 
salle à manger, nous avons vu que les deux places vides en face 
des toiles de Lagrenée et de Vien (la moisson et la chasse) avaient 
été garnies de peintures offertes à Marie-Antoinette par sa mère 
et représentant un opéra et un ballet à Schœnbrunn, souvenirs 
des fêtes données lors du mariage de Joseph II, en 1765. — 
Nous verrons plus loin que la petite salle à manger fut trans- 
formée en salle de billard. — Le meuble du salon de compagnie 
était en soie cramoisie galonnée d'or*. Venaient ensuite le ca- 
binet des glaces mouvantes', la chambre de la reine et un ca- 
binet de toilette. Les petites pièces sur l'escalier servaient de 
salle de bain et de garde-robe. La chambre de la reine était 
tendue de mousseline ornée de broderies, où, dit M. d'Hézec- 
ques, « la vivacité des couleurs défiait le pinceau le plus 



de la restauration entreprise par Louis-Philippe, on retrouva, au rez-de- 
chaussée, dans cesbàliments, les restes d'un petil théâtre qui devait dater de 
l'Empire, car les commissaires du district de Versailles, quand ils firent 
la reconnaissance et l'inventaire des pièces, ne le mentionnèrent pas. 

1. On vendit, sous la Révolution (n^ 12178) 2 parasols en drap cramoisi 
avec une petite dentelle en or (56 livres). Il y en avait tout un assortiment au 
Grand -Trianon. 

2. Voir plus haut, page 133. 



192 LE JARDIN ANGLAIS. 

exercé*. » On y voyait des tableaux représentant ses frères et 
sœurs costumés en religieux et occupés à creuser leurs tom- 
beaux". Ils avaient dû être envoyés de Vienne à Marie- Antoi- 
nette, après la mort de Marie-Thérèse. — L'entresol comprenait 
deux chambres à coucher et la bibliothèque. Il servait, ainsi 
que le second étage, au logement de madame Elisabeth et des 
dames qui faisaient partie de la société intime de la reine*. 

Une exposition d'objets ayant appartenu à Marie-Antoinette a 
eu lieu au Petit-Trianon en 1867, sous le patronage de Timpéra- 
Irice Eugénie. Le cattalogue* publié" alors indique, comme prove- 
nant de ce château, un certain nombre d'articles; mais cette at- 
tribution n'est fondée sur aucune preuve écrite et np s'appuie 
que sur des traditions douteuses. Ainsi, il est évident que les ra- 
vissantes appliques en bronze doré , représentant des cors de 
chasse et des dépouilles de gibier, fixées actuellement dans le 
salon de compagnie, n'cuit pu être faites pour la résidence exclu- 
sivement champêtre d'une femme*. Ces attributs cynégétiques se 
trouvaient plus probablement dans ses petits appartements à 
Compiègne ou à Fontainebleau. Mais il est très possible que la 
charmante pendule et les corbeilles placées actuellement sur la 
cheminée de la chambre à coucher* aient eu primitivement cette 
destination : les aigles d'Autriche qui en font l'ornement conve- 



\. Vaysse de Villers dit, dans le Tableau descriptif de Versailles qu'il pu- 
blia en 1827 (in-18, 243), que le plafond elles mursétaienl drapés en élofTe d** 
soie bleue. Celle décoralion devait dater de l'Empire. 

2. Hézecques, c. XVI. — Inventairedesobjels appartenant à la reine, conservés 
dans le logenienl de Bonnefoy à Trianon, lOaoïM 1792. Arcb. de Seine-et- 
Oise, série Q. 

3. Les pièces, d'après le procès-verbal de vente du mobilier de la liste ci- 
vile, y étaient tendues en fleuret cramoisi et blanc, et en loile deJouy. 

4. Lescure. Les Palais de Trianon; Paris, in-12. 

5. Non plus sans doute que les tètes de cerfs placées aux deux côtés de la 
glace du boudoir (pi. XXI). Il fut vendu sous la Révolution, sous le n<» 15753, 
une paire de bras de cheminée en forme de carquois, dorés d'or moulu. 

6. Nous les a.vons fait metlre sur la cheminée du boudoir pour les reproduire 
avec celle-ci (pi. XXI). 



APPARTEMENTS, GARDE-MEUBLE, CUISINES ET DÉPENDANCES. 193 

naicnt à une pièce où Marie-Antoinette avait rassemblé des sou- 
venirs de sa famille et de son pays*. On le savait, et les auteurs 
et inventeurs tenaient à lui présenter pour ce palais ce qui pou- 
vait lui rappeler T Allemagne. 11 s'en trouve une preuve curieuse 
et inattendue dans une note laissée parmi les feuillets d'un livre 
de Tabbé Courtalon, « précepteur des pages de Madame et ci- 
devant de ceux de madame la Dauphine, mère du Roi. » L'ou- 
vrage en question est un Atlas élémentaire de V empire cVA llemayn^. 
M L'abbé Courlalon, » dit la note, « a renfermé les trois parties 
de son ouvrage, collées sur toile, dans un cadre doré de trente- 
quatre pouces de longueur sur vingt-six de hauteur, de manière 
que ce cadre, appuyé de ses chevalets, peut -rester sur une table 
à portée d'un examen aisé, tout l'ouvrage passant comme en 
revue sous un verre, au moven d'un mécanisme intérieur et d'une 
petite manivelle. L'auteur désirerait que ce tableau fut placé au 
Petit-Trianon et que S. M. daignât lui faire parvenir ses ordres, 
pour qu'il eût l'honneur de le présenter à la Reine, soit ici, soit au 
Petit-Trianon, au premier voyage qu'y ferait S. M. ». Je ne sais 
si la reine accepta la machine géographique de l'abbé Courtalon. 
Madame (Sampan, qui s'est pn)posé d'établir que, loin d'avoir 
jamais mérité le reproche de prodigalité, la reine était, au con- 
traire, une personne fort économe', voudrait nous faire accroire 
qu'elle ne permit « aucun changement dans le mobilier devenu 
très mesquin, et qui existait encore, en 1789, tel qu'il était sous 
Louis XV. Tout fut conservé, » dit-elle, « sans exception, et la 
reine y couchait dans un lit très fané et qui avait même servi à la 
comtesse Du Barry. » D'abord, Louis XV n'avait rien laissé de 
mesquin au Petit-Trianon; tout y était magnifique, entièrement 

\, M"' Jubinal possède une petite vue de Vienne el une carie d'Autriche 
en miniature qui passent pour provenir de la chambre de Marie-.Xntoinelle 
au Petit-Trianon. 

2. Paris, 1774, 1 vol. in-f*. Le volume est à la réserve de la bibliothèque 
nationale. Voy. Quentin-Baucharl, Bibliothèque de Marie- Antoinette aux Tui- 
leries, 

3. l 110. 

13 



104 LB JARDTM ANGLAIS. 

neuf et du meilleur goût. Le lit dont parle madame Campan était 
sans doute le lit du roi, et s'il paraissait fané, c'est que peul- 
êlre Marie-Antoinette se servait de quelque courte-pointe en- 
voyée d'Aulriche en souvenir de sa mère. On admettra difficile- 
ment qu'ayant installé, à Trianon même, des ateliers pour la con- 
fection et la réparation de son ameublement, elle s'y soit laissée 
manquer de quelque chose à cet égard. Ce n'était pas d'ailleurs 
le mobilier qui faisait défaut. Dans les dernières années du 
règne de Louis XV et au commencement de celui de Louis XVI', 
les dépenses du garde-meuble s'élèvent à des sommes considé- 
rables : 2,433,226 livres, 2 sous, 2 deniers, en 1775,— 2, 171 ,320 li- 
vres, en 1776, — 1,876,377 livres, en 1777, — 2,011,270 livres, 
en 1778, etc. On y trouve, en une fois, pour 279,430 livres d'ou- 
vrages de broderie payés à Trémeau ; en deux fois, 163,417 li- 
vres à Riesener, « ébéniste, pour ouvrages de sa profession, etc. » 
Que de tout cela il ne fût absolument rien venu à Trianon, voilà 
qui serait bien invraisemblable. Il est certain du moins que la 
reine n'a pas fait, comme Louis XV, des commandes à des artistes 
pour décorer sa résidence favorite. Nous savons par madame Cam- 
pan qu'elle n'avait aucun goût pour la peinture. Elle possédait 
une petite collection de bibelots chinois et japonais, avec quel- 
ques objets en cristal de roche et en pierres dures, dont on peut 
voir une partie dans la galerie d'Apollon et dans les anciennes 
vitrines du musée des souverains*; mais on ne saurait dire si ces 
objets étaient conservés à Trianon plutôt qu'à Versailles. 

Dans les combles des communs du château, on disposa des 
chambres à coucher pour les femmes de la reine, ses coiffeurs. 



i. Dépenses du garde-meuble de la couronney etc., rapport au roi, par Thierry, 
en décembre 1788; Paris. 1789, in-4°. 

2. Notamment un bassin généalogique de la maison d'Autriche, en argent 
émaillé, orné de l4o camées (n** ;i3 de ]ai Notice de gemmes et joyaux, par Bar- 
bet de Jouy), et un charmant tombeau de jaspe vert sur une monture de bronze 
doré, représentant des amoui's posés sur des coqs, avec accompagnement de 
feuilles de myrte, dentelles, Ihyrses, chaînettes, qui n'est pas porté au cata- 
logue. Voyez aussi les n^» 102 et 134, 117 et 118; el à Fontainebleau, deux 



APPARTEMENTS, GARDE-MEUBLE, CUISINES ET DÉPENDANCES. 109 

cochers, postillons, pîqueurs et officiers divers, une lingerie près 
de rappartemont du concierge, et, à proximité du palais, une 
grande salle d'attente à l'usage des seigneurs et dames admis 
aux fêtes sans être invités aux repas. 

Malgré ces agrandissements, les dépendances du Petit-Trianon 
étaient encore insuffisantes pour le service de la reine. Un détail 
de ménage donnera une idée de la quantité des personnes pré- 
sentes pendant les voyages : d'après une note de Bonnefoy, le 
nombre des pièces de linge sale s'élevait à 1,100 par jour, et, 
quand il y avait spectacle, à plus de 2,200*. Pour arriver à loger 
tout le monde sans élever de nouvelles constructions, on ima- 
gina d'établir un certain nombre de maisons en bois qu'on dres- 
sait entre les glacières et Trianon-sous-Bois, et qui se démo- 
lissaient après le départ de la reine. Elles apparaissent pour la 
première fois dans les comptes en 1781. Cette innovation parut 
si commode qu'on en généralisa l'emploi". Désormais, partout 
où la cour se transporta, elle fut suivie dans ses pérégrinations 
par un équipage de chariots portant la charpente de ces maisons 
mobiles, avec les glaces, les tentures, les tapis et tout le mobi- 
lier nécessaire. Il s'élevait ainsi comme par enchantement, au- 
tour des palais, de véritables villages qui s'évanouissaient à un 
coup de baguette. Dans les dernières années, nous verrons, à 
Versailles même, d'immenses baraquements entourer la demeure 
de Louis XIV, pour une saison, et disparaître sans laisser d'autre 
souvenir que la trace de la saignée faite au trésor royal. 



vases de bois pétrifié en forme d'œufs {Inventaire de la collection de la reine 
Marie- Antoinette y par Ch. Fplirussi, dans la Gazette des Beaux- Arts, t. XX, 
2* pér., n*» du \" nov. 187λ, p. 389). Le goùl du bibelot, si répandu aujour- 
d'hui, commence à cette époque. VAlmanach historique de illl mentionne 
les cabinets des amateurs les plus importants. Les marchands de curiosités 
pullulaient à Paris, en 1784, de telle sorte qu'on ne savait d'où ils avaient 
pu sortir en si peu de temps. 

i. OH883. 

2. Un chapitre fut ouvert à cet effet dans le budget des Menus, sous la ru- 
brique : Tentes et maisons de bois du Roi. Bibl. nat., ms. f., 6808. — Arch. nat. 
Qi 3059, 3062, 3063, 3069. 



XI 



r % 



LE BELVEDERE 



1781 



Grotte. — Construction et décoration du belvédère. — Le prince de Ligne. 

Les Jardins de Tabbé Deiille. 
Aurore du romantisme. — Pastiche de l'antiquité. -— André Chénier. 



Tout en surveillant les travaux entrepris pour augmenter les 
communs du château, Mique mettait la dernière main à la déco- 
ration du jardin anglais. La construction du rocher était très 
laborieuse. Commencée en 1779, elle se continuait sans produire 
un résultat qui satisfît la reine. Il ne fut pas dressé moins de 
quatorze modèles en relief pour arriver à la contenter. On s'en 
occupa pendant toute Tannée 1781, mais il ne fut achevé qu'en 
1782, et encore dut-on le remanier plusieurs fois dans la suite*. 

La confection de la grotte exigea sept modèles. Après avoir 
dépassé Torangerie, le promeneur rencontre sur son chemin de 
grosses roches couvertes de mousse qui le conduisent à un ravin 
caché sous bois. S'il en descend la pente, il se trouve tout à 
coup dans un autre, où tombe en cascade une source dont les 
eaux forment un petit ruisseau qui va se jeter dans le lac en 
murmurant sur un lit de cailloux. « Cette grotte, » dit le comte 
d'Hézecques, « était si obscure que les yeux, d'abord éblouis, 
avaient besoin d'un certain temps pour découvrir les objets... 



1. Arch. nat. 0» 1877, 1880, i882, 1884. Voyez dans la collection Lerouge 
une représentation du rocher qui diffère de Tétat actuel. Gah. XI, pi. 16. 



LE BELVÉDÈRE. 197 

Elle était toute tapissée de mousse et rafraîchie par le cours 
d'eau qui la traversait. Un lit, également en mousse, invitait au 
repos. Mais, soit par l'effet du hasard, soit par une disposition 
volontaire de l'architecte, une crevasse, qui s'ouvrait à la tête du 
lit, laissait apercevoir toute la prairie et permettait de découvrir 
au loin ceux qui auraient voulu s'approcher de ce réduit mysté- 
rieux, tandis qu'un escalier conduisait au sommet de la roche. » 
Deux portes, Tune garnie de barreaux du côté de l'escalier, 
l'autre en treillage, fermaient cette grotte. On avait pensé un 
moment à planter, par dessus, la fameuse ruine, proposée dès le 
principe pour Tornement du grand rocher par M. de Caraman 
et dont on n'avait pas jusque-là trouvé l'emploi; mais elle de- 
meura encore à l'état de projet*. 

Les buttes autour du lac sont séparées en deux parties par le 
ravin de la grotte. A gauche, une petite colline porte le belvé- 
dère. Sur la hauteur, à droite, on traça des chemins contournés 
aboutissant à une terrasse. Cet ouvrage fut appelé : la montagne 
de l'escargot*. On travaillait au belvédère depuis 1778; les déco- 
rateurs terminèrent leur œuvre pendant l'été de 1781*. Ce petit 
monument, dont le dessin et les proportions ont beaucoup d'élé- 
gance, donna lieu à de nombreux essais : il ne fut pas fait 
moins^de cinq modèles. C'est un pavillon octogone, élevé sur un 
socle en pierre (Voy. pi. XIII). Quatre portes et quatre fenêtres 
alternées sont ouvertes dans les huit pans de murs : au-dessus 
de chaque fenêtre se voit un bas-relief, et sur les portes un fron- 
ton. Des balustrades garnissent le bas des fenêtres et couronnent 
l'édifice, dont le toit a la forme d*un dôme*. Les sujets des frontons 
sont : une chasse aux canards, un faisceau d'instruments de jardi- 
nage, une couronne de roses entourée de chêne et de laurier, et un 

1. Hézecques, c. xvi. 0* 1877, 1879, 1880 1882. 

2. 0> 1877. 

3. 0* 1876-84. — Toutes les sculptures sont de Deschamps. 

4. Le procès-verbal d*estimation du 12 messidor an IV dil qu'il esl couvert 
en cuivre. Les comptes de 1780 ne parlent que d*une coupole en plomb. 
0» 1877. 



I(>8 LE JARDIN ANGLAIS. 

trophée de gibier; les bas-reliefs représentent les allégories des 
quatre saisons. Pour ces derniers, il n'y eut pas de tâtonnements : 
ils furent acceptés tels que rarchitecte les proposa dabord. Avant 
de s'arrêter aux frontons, on avait songé à placer sur chaque 
porte un groupe d'enfants figurant Tun des quatre éléments : 
l'effet ne fut pas jugé heureux, et l'on modifia cette partie du 
projet. A l'imitation du pavillon de conversation dans le jardin 
français, d* autres groupes d'enfants devaient orner la balustrade 
au sommet. On pensa sans doute qu'ils alourdiraient le monu- 
ment, et ils ne furent pas exécutés. La frise est décorée d'une 
guirlande en plomb très habilement fixée sur la pierre. Quatre 
escaliers donnent accès à la plate-forme dont les entrées étaient 
gardées par quatre groupes de deux sphinx chacun. Ces derniers 
n*existent plus aujourd'hui*. 

A l'intérieur, les murs furent revêtus de stuc*. Pour les dé- 
corer, on commanda trois projets de panneaux : le premier en 
camaïeu bleu, le second en camaïeu cramoisi, le troisième mul- 
ticolore. Ils furent mis en regard l'un de l'autre, afin que la reine 
pût juger. Elle se décida pour le dernier'. Sur chacun des huit 
trumeaux sont peints des trophées « avec ajustements de fleurs », 
suspendus au-dessus de tables et de trépieds alternés. Ces tro- 
phées se composent d'instruments de musique, d'outils de jardir 
nage ou de pêche, de flambeaux, de thyrses, de caducées, de 
carquois, de cages ouvertes, de corbeilles et de chapeaux de 



1. Deux d'entre eux avaient des cheveux nattés et des couronnes de fleurs; 
ils étaient velus d'un surtout à franges. Deux étaient coiffés à l'égyptienne 
et couverts d'une housse à glands. Le troisième groupe était drapé à Tan- 
tique. Les deux derniers sphinx avaient la tôle garnie de roseaux. Ceux-ci 
ont été conservés et placés sur les montants de la porte de la pépinière, près 
de la porte Saint-Antoine. Us coûtaient 330 livres pièce. 

2. Par Chevalier. Coût : 5,620 livres. On mettait des brasiers, Thiver, pour 
empêcher l'humidité de se condenser sur les stucs. 

3. Les travaux furent exécutés, entre le mois d*aoùt 1780 et le 29 mai 
1781, par Le Riche, peintre-décorateur. Les panneaux modèles coûtèrent 
2*336 livres, 4 sous. Le prix des peintures elles-mêmes s'éleva à 14,060 livres, 
plus 4,394 livres pour les rehausser d'or. 



LK BELVÉDÈRE. 100 

paille, avec accompagnement de poignards croisés, de cœm*s 
percés de flèches, de colombes qui se becquètent, de couronnes. 
Ici pend un médaillon orné d un groupe crenfants sur fond 
noir; ailleurs, l'aigle d'Autriche déploie ses ailes : on n'y voit 
pas les lis de France. Les trépieds et les tables portent, soit de 
longs vases aux formes variées, soit des brûle-parfums. Sur l'un 
d'eux sont posés un flacon de vin, un verre et une assi<»tle de 
biscuits, avec un voile, un chasse-mouche et un éventail; sur un 
autre, un singe lutine des poissons qui nagent dans une vasque 
de cristal, tandis qu'à côté un écureuil grignote des fruits. La 
base des murailles est décorée de branches de fleurs, et dans la 
frise court une guirlande retenue par des boutons d'or. Au pla- 
fond, Lagrenée a peint à fresque un ciel bleu sur lequel des 
Amours jouent avec des fleurs parmi de légers nuages*. Le sol est 
pavé d'une mosaïque de marbre bleu-turquin, vert, blanc-veiné, 
rouge*. Le prix total offre un exemple à citer de ce que peuvent 
devenir les devis d'architecte entre le projet et l'exécution : es- 
timé 25,900 livres, i7 sous, 4 deniers, le belvédère coûta 
64,990 livres, 19 sous, 8 deniers*. 

On ne peut rien imaginer de plus coquet, de plus gracieux, 
de plus frais que ce salon. x\u dehors, les alentours étaient, 
comme ceux du temple, plantés de rosiers-pelote-de-neige, de 
pommiers-paradis et d'arbustes odoriférants*. Des fenêtres du 
belvédère, la reine embrassait d'un coup d'œil son petit domaine 
(Voy. pi, IX). Les arbres ont grandi et leurs branches, qui 
n'ont pas été élaguées depuis, bouchent les perspectives ména- 
gées par l'art d'Antoine Richard. Le regard portait alors sur le 



{, Lagrenée recul 500 livres. Cet artiste fut, le 31 août 1781» nommé di- 
recteur de l'académie de peinture, sculpture et architecture à Rome. A son 
retour, en 1787, il obtint un logement au Louvre et une pension de 2,800 livres. 
0* 1085. 

2. Coût : 4,839 livres, \2 sous. 

.'J. Encore n'ai-je pu établir le prix de la couverture. 

4. 0* 1879. — Voyage pitloresquc delà France; Paris, in-f*; notices des gra- 
vures de Trianon. 



200 LE JARDIN ANGLAIS. 

palais et sur l'ile du temple, dont les ponts étaient, comme celui 
de Moulin-Joli, garnis de caisses de fleurs; il suivait le cours 
de la rivière, se reposait sur les pelouses et s'étendait au loin, 
par des percées ouvertes dans les bosquets, jusque sur les 
campagnes à Tentour. 

« On se croit, décrit le prince de Ligne, dans un livre qui date 
précisément do celte année', « on se croit à cent lieues de la 
cour. Cependant, la vue des environsMe ce joli jardin est si bien 
ménagée quVm dirait qu'ils y tiennent et qu'il est dix fois plus 
grand qu'il n'est. Les grands arbres du parc' de Versailles en 
forment, sans la moindre régularité, un cadre précieux. La divi- 
nité, dont je ne dirai pas le nom, a l'air de régner sur une grande 
étendue d*» terrain qui ne lui appartient pas, comme elle règne 
sur ceux qui ne sont pas nés sous ses lois. » Le prince, qui se 
disait autrichien en France et français à Vienne, était un de ces 
étrangers que Marie-Antoinette traitait avec une faveur qui exci- 
tait la jalousie des courtisans. Il avait beaucoup d'esprit; mais 
Marie-Thérèse le trouvait léger et compromettant et s'efforçait 
de l'écarter de Versailles'. 11 a laissé des mémoires dans les- 
quels il parle de la reine avec une affection sincère, tempérée 
par un profond respect*. Quand il séjournait en France», il était 
l'hôte assidu du salon Polignac, et Marie-Antoinette l'invitait à 
Trianon. lise lia avec le chevalier de l'Isle, qui entretint avec lui 
un commerce de lettres, auxquelles nous aurons à emprunter 

1. Coup d'œil sur Bel-CEU, à Belœil, de l'imprimerie du P. Oiarles de 
, nSI, in-8®. Dans la préface de ce livre 1res décousu, où il 



parle de loul avec une simplicité négligée qui ne parait pas exempte de 
prétention, Fauteur dit plaisamment : u Quand j'ai commencé à faire ce 
petit ouvrage, je ne savais trop comment je m'en tirerais. J'étais comme le 
père Buffier qui disait : a Voilà des choses que je ne sais pas, il faut que je 
a fasse un livre là-dessus. » 

2. Le prince parle ici des arbres, non du jardin de Versailles qui, ayant été 
récemment renouvelés, étaient peu élevés, mais de ceux de Tenceinte exté- 
rieure qu'on appelait le petit parc, le grand comprenant les chasses à plu- 
sieurs lieues à la ronde. 

3. Mercy, U, 48o;llI, 13. 

4. Bruxelles, 1860, in-12. 



LE BBLYÉDàRB. SOI 

quelques détails intéressants. c< Je ne connais rien, » continue le 
prince, « de plus beau et de mieux travaillé que le temple et le 
pavillon. La colonnade de l'une et l'intérieur de l'autre sont le 
comble de la perfection, du goût et de la ciselure. Le rocher et 
les chutes d'eau feront un superbe effet dans quelque temps, car 
je parie que les arbres vont se presser de grandir pour faire va- 
loir tous les contrastes de bâtisse, d'eau et de gazon. La rivière 
se présente à merveille dans un petit moment de ligne droite 
vers le temple; le reste de son cours est caché ou vu k propos. 
Les massifs sont bien distribués et séparent les objets qui se- 
raient trop rapprochés. Il y a une grotte parfaite, bien placée et 
bien naturelle. Les montagnes ne sont pas des pains de sucre ni 
de ridicules amphithéâtres; il n'y en a pas une qu'on ne croirait 
avoir été là du temps de Pharamond. Les plates-bandes de fleurs 
y sont placées partout agréablement. Il y en avait une à qui je 
trouvais l'air un peu trop ruban : on doit, je crois, la changer; 
c'était le seul défaut que j'eusse, remarqué. » Il avoue qu'il fut 
un instant tenté de faire une autre critique, et « comme la louange 
est fade, » dit-il, « je comptais me permettre cette petite gaieté. » 
Il avait trouvé, dans une visite précédente, que la rivière coulait 
avec une trop paresseuse lenteur. « Elle avait de la peine à s'y 
mettre; si l'on n'y eut employé la force, il semblait qu'elle 
n'aurait pu se résoudre à quitter ce jardin enchanté. » Mais il se 
corrige aussitôt : « Je viens de Trianon. Pour mon malheur, 
l'eau y arrive en abondance et se fait entendre à merveille. Son 
murmure, auquel je ne m'attendais pas, vient donc de ne pou- 
voir plus s'arrêter dans cet asile heureux qu'on ne peut aban- 
donner sans regret. » Le reproche, quoiqu'il en dise, était juste : 
l'eau dort; et le lit de la rivière s'emplit de vase, tandis que la 
surface se couvre d'une sorte de crasse blanchâtre qu'on enlevait, 
du temps de Marie- Antoinette, avec des écumoires en toile et en 
futaine*. La rivière avait été remplie de poissons : carpes, tan- 

1.0^ 1875, 1884. On ne cessa de faire des travaux, mais sans grand 
succès, pour obtenir des eaux plus abondantes et plus pures. 0* 1876-78, 
4880-81, 1883, 1886. 



302 LB JAHDIN ANGLAIS. 

• 

elles, perches, barbillons, afin qu'on put se livrer au plaisir de 
la pêche*. Le lac, au pied du belvédère, et les bassins devant le 
château étaient animés par des bateaux* et par d'élégantes gon- 
doles auxquelles flottait le pavillon de la reine, rayé de bleu et 
de blanc'. 

A la fin du volume dont on vient de lire quelques extraits, le 
prince de Ligne a inséré des vers de sa composition, assez bien 
tournés, en Thonneur de Tabbé Delille qu'il appelle : « nouveau 
dieu des jardins. » Ce poète, dont les œuvres obtenaient alors du 
public une faveur qu'elles ont bien perdue depuis, composait, en ce 
moment même, son poème des Jardins, L'auteur Ta, plus tard, 
avec la prétention d'en faire un traité complet sur la matière, 
singulièrement alourdi par des additions qui en ont un peu déna- 
turé le caractère primitif. Dans sa première forme, c'était un 
livre de circonstance, écrit pour célébrer la grande passion du 
jour qui transformait les princes, les grands seigneurs, les finan- 
ciers, les bourgeois, tous ceux qui possédaient un palais, un 
château ou une modeste maison de plaisance, en jardiniers. Le 
poème des Jardins ne parut que Tannée suivante, mais Tauteur 
en lisait les chants, au fur et h mesure que les enfantait sa verve, 
dans les salons et dans les sociétés littéraires. Nous trouvons ces 
vers un peu froids aujourd'hui : on dit cependant qu'ils furent 
inspirés par l'amour. C'est pour plaire à la belle madame Le 
Goutteux du Molcy, qui faisait planter le délicieux parc de la Mal- 
maison, que Delille entreprit de traduire les préceptes de Morel 
dans la langue d'Apollon*. Son œuvre eut un grand succès. On 
en trouve trois éditions dès la première année : l'une in-12 pour 
le public, l'autre dans la collection du comte d'Artois (le prince 



t. 0» i884. 

2. 0» t884. 

3. Voyez la planche Xllï. Ces couleurs sont indiquées dans des pouaclies 
conservées au cabinet des estampes de la bibi, nat. : Topographie, album de 
Trianon. 

4. Mém. sec, 22 février, 7juinel23 décembre n«2. —Madame Lebrun, Stm- 
venir s, I, <02. 



LU DELVBDÈBB. 203 

paya d une abbaye riionneur de Vy insérer)*, la troisième in-4°, 
niagiiifiquement imprimée aux frais de Fauteur pour êlre offerte 
à ses nobles patrons". Il y chante les nouveaux jardins du prince 
de Condé à Chantilly, du prince de Ligne à Belœil', du financier 
Boutin à Tivoli\ de madame Elisabeth à Montreuil, du marquis 
de Montesquiou à Maupertuis*, de M. de Monvilleau Désert*, du 
duc d'Orléans au Raincy^ de la comtesse de Brionne à Limours, 
de madame de Boufflers à Auteuil, du comte d'Artois à Baga- 
telle, de M. de Girardin à Ermenonville*, du duc de (Chartres à 
Monceaux, de M. de Lamoignon à Bî\ville, de M. de Malesherbes 
à Malesherbes, de Watelet à Moulin-Joli, etc. Dans cette énumé- 
ration, Trianon ne pouvait être oublié : 

Semblable à son augiislo et jeune déilé, 

Trianon joint la grâce avec la majeslé. 

Pour elle il s'embellit, et s'embellit par clic •. 

Si Ton se rappelle ce que Walpole disait, en 1770, du peu dp 

\, Lettre du chevalier de Tlsle au prince de Ligne, \o mars t78l, dans les 
Tableaux de genre el d'histoire, de Barrière; Paris, 1828. 

2. « Telte édition, dont on n'a tiré que 200 exemplaires, a été imprimée 
aux frais de l'auteur avec les nouveaux caractères de Franrois-Ambroise 
Didol, l'aine, avec du papier de Franco, de la fabrique de Mathieu Johannot 
d'Annonay. Les oaraclères dos noies ont été gravés sous François 1^', par 
Claude Garaniond. » 

3. Lerouge a publié ceux de Boudour qui peut donner une idée de BeU 
œil, cah. VU, pi. 15-18; VIII, t6-2l. — Voyez aussi : Desnription des jardins 
de la France, 

4. Lerouge, cah. I, pi. 19, 20; II, 16. 

.'». Id,f Xllf 14, lo. — Description des jardins. 

6. Dans la forêt de Marly. — Lerouge, cah. Xlil. — Dcsrription des jardins, 

1 . Descript ion des ja rdins . 

8. Lorouge, III, 1 8-22 ; IX, 1 5 ; XII, 1 3, — Description des jardins. — Description 
de la France. — D'Argenville. 

9. Madame Lebrun, dont les Souvenirs (I, 102), contiennent dos détails Ires 
inlérossanls sur cette rénovation de l'art des jardins qui était do nature à 
intéresser un peintre, cite encore Morfontaine (Lerouge, Vil, 2,3 elDcsrr.dcs 
jardins), à M. Le Pelletier; Saint-Ouen, au duc de Saint-Germain ; Romain* 
ville, au maréchal de Ségur; le parc de madame Anguier, sœur de madame 
Campan, près de la machine de Marly, etc. 



S04 LE JARDIN ANGLAIS. 

probabilité de voir le jardin anglo-chinois s'implanter en France, 
on peut constater à quel point il s'était trompé. 

Depuis l'époque où nous avons signalé la première introduc- 
tion des imitations anglaises, Fengouement pour les productions 
du génie britannique avait fait des progrès surprenants. Ducis 
essayait, en l'atténuant, d'acclimater Shakespeare sur la scène 
française ; et, dès 1776, on avait jugé le public assez préparé pour 
supporter une traduction complète du théâtre du grand auteur tra- 
gique et comique, qui réussissait malgré l'opposition de Voltaire *. 
Les poètes et les romanciers anglais avaient autant de lecteurs en 
France qu'en Angleterre. « Les romans anglais nouvellement 
traduits, » dit Bescnval*, « tournaient la tête à toutes les femmes, 
dirigeaient l'opinion des sociétés, et les caractères distingués en 
étaient appliqués à ceux qui en étaient jugés dignes; » et il cite, 
parmi ces derniers, M. de Castries qui se trouvait dans « l'obliga- 
tion de soutenir le rôle et la délicatesse de Grandisson auquel on 
l'avait comparé. » On commençait à munnurer le mot de mélan- 
colie; les chants d'Ossian, fils de Fingal, trouvaient des admira- 
teurs*; le marquis de Paulmy et Contant d'Orville entreprenaient 
défaire connaître la littérature du moyen âge dans lenvs Mélanges 
tirés d'une grande bibliothèque^ et Ton entendait déjà parler de 
troubaxlours. L'architecture gothique, si dédaignée jusque-là, re- 
prenait faveur. Ses ruines étaient appréciées à titre d'ornement 
des parcs et des jardins : «, Tantôt, » dit l'abbé Delille, 

Tantôt c'est un vieux fort qui, du haut des collines, 
Tyran de la contrée, effroi de ses vassaux, 
Portait jusques au ciel l'orgueil de ses créneaux... 
Plus loin, une abbaye antique, abandonnée, 

1. Lettre à Tacadémie française, lue à la séance du 25 août 177G; dans les 
Mélanges, 

2. I, 196. 

ù. La première traduction en français de Tœuvre de Macpherson date de 
1777. Elle est de Letourneur, auteur également de la première traduction 
de Shakespeare. 

4. Paris, 1779-1788, 69 vol. in-8°. 



LB BBLYÉDÈRB. 205 

Tout à coup s'offre aux yeux, de bois environnée. 
Quel silence ! C'est là qu*amantedu désert 
La méditation avec plaisir se perd 
Sous ces portiques saints... 

C'est Taurore du romantisme grandissant à côté de la renais- 
sance classique sur laquelle nous avons appelé précédemment 
l'attention du lecteur et qu'il ne tardera pas à éclipser*. Celle-ci 
paraissait alors florissante, mais il n'était pas difficile de voir 
qu'elle ne fournirait pas une longue carrière : Thaleine lui man- 
quait déjà. Du belvédère où nous nous sommes arrêtés, examinez 
ce temple de TAmour dont les colonnes et la coupole se déta- 
chent là-bas sur le feuillage : y a-t-il dans ce monument une 
idée neuve, une forme originale, une invention quelconque? 
C'est un pastiche. Et la décoration intérieure de ce belvédère 
même, si charmante qu'elle soit, qu'est-ce autre chose qu'une 
copie des peintures d'IIcrculanum et de Pompéi? Attendez que 
les artistes dont la main, formée à l'école des maîtres du com- 
mencement du xvui* siècle, donnait à toutes choses ce cachet 
d'élégance et de grâce qui distinguait l'art français, aient disparu, 
et vous verrez surgir ces œuvres sèches, étriquées, tantôt trop 
grêles, tantôt lourdes, qui dégoûteront du style antique. David 
venait de rentrer d'Italie, imbu des théories de Winckelmann, et, 
sous son influence, les peintres et les sculpteurs allaient multiplier 
ces éternelles et fastidieuses reproductions des mêmes types : 
Laocoon, Apollon du Belvédère, Vénus de Médicis. 

Le pastiche de l'antiquité sévit également en littérature. Cepen- 
dant ici, à côté de détestables imitations, œuvres de décadence, il 
faut constater un progrès heureux dans la fidélité des traductions. 
Un interprète d'Homère, bien oublié aujourd'hui, Bitaubé, pu- 
blia, en 1776, une Iliade qui fit événement lorsqu'elle parut. Ja- 
mais en effet jusque-là, on n'avait serré d'aussi près le texte grec, 
si exactement rendu la couleur et le mouvement des chants d'Ho- 



i. Les émigrés, en revenant d'Angleterre et d'Allemagne, activèrent cette 
révolution littéraire. 



206 LB JARDIN ANGLAIS. 

mère*. Quand elle parut, André Cîiéiiîer, adolescent, était encore 
sur les bancs du collège. Il n'est pas défendu de supposer que la 
tentative du traducteur put exercer quelque influence sur le jeune 
disciple des Grecs, (^est dans ses vers seulement, qui fermen- 
taient dans sa tête à Fépoque qui nous occupe, que Ton trouve- 
rait le charme, la grâce, le fini, la fraîcheur du style Louis XVI 
lorsqu'il était à ses débuts. André Chénier sera le poète de ce 
délicieux moment, comme Gabriel en fut Tarchitecte, à Trianon. 



i. Le Mercure de France, de janvier 1777, pour faire sentira ses lecleurs 
Toriginalité et la fidélité de la méthode de Bitaubé (récole de l^onsard qui 
l'avait précédé dans cette voie était alors bien oubliée), met plusieurs pas- 
sages de sa traduction en regard de celle de madame Daoier qui alors 
faisait seule autorité. 



XII 



FÊTES NOCTURNES 



1781 - 1782 



1781. — Premier voyage. — Spectacles. — Second voyage. 
Ft>te offerte à .Moiis?ieur. — Visite du comte de Falkeûsteiu et fêle en sou honneur. 

Naissance du dauphin. 

1782. — Reprise de la comédie de société. — Le Hngc étourdi, 

La Matinée et ta Veillée villageoises. — Premier voyage. 

Fête en l'honneur du comte et la comtesse du Nord. — Le cardinal de Hohan. 

Deuxième voyage. — Le dauphin et Madame royale au Graud-Trianou. 

Troisième voyage. — Démission de madame de Guéménée. 

M™« de Polignac gouvernante des enfants de France. — (lalerie du jeu de bague. 

Projet du hameau. 



« Madame Elisabeth, » écrit, le 23 juin 1781, madame de Bom- 
belles à son mari*, « va s'établir après-demain à Trianon avec la 
Reine: Elles y resteront six jours. La Reine a dit à madame Eli- 
sabeth qu'il fallait que je Tallasse voir tous les matins, qu elle 
était désolée de ne pouvoir m'offrir à dîner et à souper, mais 
que, comme elle n avait pas de dames du palais avec elle, qu'il 
n'y aurait que la duchesse de Polignac, elle craignait que cela 
ne causât trop de jalousie. J*aurais trouvé fort simple que la 
Reine ne pensât pas à moi; ainsi, je ne suis pas choquée qu'elle 
ne veuille pas me donner à dîner, mais très sensible à la permis- 
sion qu'elle veut bien me donner d'aller le matin à Trianon, per- 
mission que personne n'a ; j'ai prié madame Elisabeth de lui en 
faire, ce soir, mes remercîments. » Le journal de Louis XVI, 



1. Beauchesne, I, i36. 



208 LR JARDIN ANGLAIS. 

d'accord avec la lettre de madame de Bombelles, accuse un sé- 
jour à Trîanon du 25 au 30 juin*. L'empereur d'Autriche avait 
annoncé l'intention de faire à sa sœur une seconde visite qu'on 
attendait de jour en jour. « J'ai été, » écrit, le 27 juin, ma- 
dame de Bombelles, « j'ai été à Trianon, ce matin, voir ma- 
dame Elisabeth avec quelque curiosité, parce que tout Paris di- 
sait que l'empereur y était et qu'il allait l'épouser. Il n'en est pas 
un mot; il est toujours à Bruxelles, et il n'est pas même certain 
qu'il vienne ici. Ainsi ma tète a trotté bien inutilement. » Le 
voyage de Tempcreur ne devait avoir lieu qu'au mois de juillet. 
Pendant ce séjour à Trianon, le roi vint, tous les jours, voir la 
reine et prendre au moins un repas. Quand il allait à la chasse, 
il y déjeunait dès le matin ou y soupait le soir en rentrant. Il 
parait y avoir passé la journée entière, le lundi 25 et le ven- 
dredi 29. La reine lui donna un spectacle le 27, composé de pro- 
verbes, joués par les acteurs de la comédie française, d'un 
opéra-comique par la troupe italienne : la Fête d'amour*, et d'un 
ballet. D'après les comptes, on aurait joué, le 29, Jérôme et Fan- 
chonnetie*. Le journal du roi n'en parle pas, et il est possible 
que cette pièce ait, malgré la date inscrite sur le mémoire, fait 
partie de la représentation du 27. Relevons, en passant, quelques 
détails sur l'orchestre; il y eut, pour ces deux opéras-comiques : 
sept violons, quatre violoncelles, deux quintes, deux contre- 
basses, deux hautbois, une flûte, deux bassons, deux cors*. Des 



1. Pluie le 25 ; assez beau le 26 ; couvert le 27 ; 1res beau jusqu'au 30. 

2. Par mesdemoiselles Favart et Chevalier, 

3. De Vadé. Cette pièce faisait partie du répertoire de la comédie italiemie. 
1 3059. 

4. Ils étaient fournis par la musique du roi. On a un état de sa composi- 
tion en 1783 (arch. de Seine-et-Oise, E. 1473). Elle se divisait en musique 
vocale et en symphonie. La musique vocale comptait : 8 dessus ou faussets, 
6 hautes-contre, 6 tailles, 3 basses-tailles, 8 basses-contre. La symphonie 
était composée de : 16 violons, 4 flûtes et hautbois, 2 clarinettes, 2 cors, 4 al- 
tos ou quintes, 4 bassons, 4 violoncelles, 2 contrebasses, 1 trompette, 1 tim- 
bale, 2 organistes. Il y avait, en outre, 8 demoiselles classées sous la ru- 



FÊTES NOCTURNES. 209 

gratifications étaient données aux acteurs, danseurs, musi- 
ciens, etc., et on les nourrissait*. 

Marie-Antoinette revint, le IS juillet, s'établir à Trianon pour 
une quinzaine de jours*. « C'est demain soir, » écrit, le 14% ma- 
dame de Bombelles, « que la Reine et madame Elisabeth par- 
tent pour Trianon. » A peine installée, elle y donna une fête. 
« Lundi 16, » dit le roi dans son journal, « soupe et grande co- 
médie à Trianon. » Les acteurs italiens représentèrent l'Aveugle 
de Palmyre et la Veillée villageoise, et la troupe de l'opéra un 
ballet. Ce soir là, l'orchestre fut augmenté de deux clarinettes*. 
Le 18, il y eut concert dans le jardin français, éclairé par des 
lanternes; le 20, on représenta des proverbes et la parodie d'Iphi- 
génie"; le 24, des proverbes. On voit qu'après six mois de pri- 
vation de spectacles, la reine s'en donnait à cœur-joie. 

Elle rendit à Monsieur la fête que son beau-frère lui avait offerte, 
ainsi qu'au roi, à la fin de Tannée précédente, dans son château de 
Brunoy*. Le 26, la comédie française et la comédie italienne y con- 
coururent : la première joua un proverbe; pour la seconde, on 
monta avec un grand luxe les Deux porteurs de chaise'. Deux 

brique : Concert de la Reine, L'ensemble étail sous la direction d'un surinten- 
dant qui avait sous ses ordres un maître de chapelle et un maître de mu- 
sique de la chambre. Les ballets, composés de 2 maîtres, 12 danseurs et 
danseuses et 12 figurants et figurantes dépendaient également de lui. La mu- 
sique coûtait 25D,600 livres par an. 

\ . Les musiciens reçurent ensemble 286 livres. Pour chaque troupe d'ac- 
teurs, on donnait 650 livres par pièce. La gratification des danseurs variait 
selon le nombre des sujets. On leur fournissait, en outre, des coiffures, 
chaussures^ costumes supplémentaires. 0* 3050. 

2. Du 15 juillet au i^'août, d'après le journal du roi. Il ne tomba pas une 
goutte de pluie pendant cet intervalle. Le ciel ne fut couvert que le 22 juillet 
et le 1*^' août. Le vent du nord souffla presque tout le temps. 

3. Beauchesne, I, 159. 

4. Arch. nat. 0* 3059. Les musiciens reçurent en bloc 310 livres. La pre- 
mière pièce est de Desfontaines et Rodolphe, la seconde de Piis et Barré. 

5. L'année suivante, une gratification de 600 livres fut donnée à GailLird 
pour avoir composé les parodies dlpkigénie et les chœurs d'Athalie, 0* 3061. 

6. Gampan, I, 161. — Grimm, XII, novembre 1780. 

7. De Piis et Barré. 

14 



210 LK JARDIN ANGLAIS. 

cents exemplaires de la pièce furent imprimés pour être donnés 
aux spoctateurs. Après la représentation, on se promena dans 
les jardins, où une surprise avait été préparée aux invités. Ils 
trouvèrent, en sortant du théâtre, le rocher illuminé et entouré 
de transparents figurant des amoncellements de roches couvertes 
de feuillages. Toutes les saillies du belvédère étaient accusées 
par des cordons de lumières, et des lanternes, dissimulées dans 
des touffes de roseaux factices, jetaient des reflets sur le lac. La 
grotte surtout, éclairée avec art, offrait un aspect féerique*. Mais 
ce n'était qu'un prélude à une fête plus brillaiite qui devait avoir 
un grand retentissement. 

L'empereur, depuis si longtemps annoncé, arriva enfin le 29. 
Sa sœur Taniena de Versailles çl ïrianon le 31, pour passer 
la journée, tandis que le roi était en chasse à Saint-IIubert. 
« LL. MM. , » remarque la Correspondance littéraire secrète, 
« étaient dans une berline coupée, traînée par quatre chevaux, 
sans pages, sans gardes et sans suite. La Reine était habillée 
d'une lévite de mousseline avec une ceinture bleue, ses cheveux 
relevés avec un simple ruban, sans rouge et sans diamants*. » 
Le 1" août, la reine lui donna à souper, ainsi qu'à toute la fa- 
mille royale. « C'est avant-hier, » disent les Mémoires secrets^ le 
3 août, n que les fêtes potir l'arrivée du comte de Falkenstein 
ont eu lieu au Petit-Trianon. On sait que c'est la Reine elle- 
même qui arrête la liste des courtisans admis au spectacle : c'est 
S. M. qui reçoit à la porte et fait placer. » Après le repas, la 
troupe d'opéra représenta Ylphigénie en Tauride^ de Gliick, de- 
vant une assemblée de deux cent soixante-trois personnes à qui 
on distribua le libretto. Sageret avait peint pour cette pièce de 
magnifiques décors : un rideau d'horizon, chargé de nuages, avec 
la mer au bas; pour l'orage, un autre rideau avec transparents 
et appareil de nuées destiné à la descente de Diane; le temple de 



1.0* 1877. On en fui si enchanté qu'on répéta quatre fois, les jours sui- 
vants, celle iliuniinalion spéciale. 

2. 0. Méira, XI, 388. 



FÊTRS NOCTURNBS. 211 

la déesse, d'ordre dorique; le temple de Minerve, d'ordre ioni- 
que; un palais avec des colonnes doriques cannelées; un autre pa- 
lais souterrain, d'ordre toscan, avec une porte de bronze rehaussé 
d'or. Comme le 26, les invités trouvèrent après le spectacle un 
grand concert' dans le jardin qui resplendissait de feux; mais 
l'illumination, cette fois, ne se bornait pas aux montagnes du 
belvédère. En face, le temple de l'Amour se détachait en vigueur 
sur les flammes d'un incendie allumé par derrière dans les fossés 
(Voir pi. XIV). Mais laissons parler un témoin oculaire : « Une 
fête d'un genre nouveau, » dit madame Campan*, « fut donnée à 
l'empereur à ïrianon. L'art avec lequel on avait, non pas illu- 
miné, mais éclairé le jardin anglais, produisit un effet charmant :- 
des terrines, cachées par des planches peintes en vert, éclairaient 
tous les massifs d'arbustes ou de fleurs et en faisaient ressortir 
les diverses teintes de la manière la plus variée et la plus agréable; 
quelques centaines de fagots allumés entretenaient dans le fossé, 
derrière le temple de l'Amour, une grande clarté qui le rendait 
le point le plus brillant du jardin. » 

Madame Campan ajoute : « Au reste, cette soirée n'eut de remar- 
quable que ce qu'elle devait au bon goût des artistes; cependant, 
il en fut beaucoup parlé. Le local n'avait pas permis d'y admettre 
une grande partie de la cour; les personnes non invitées furent 
mécontentes, et le peuple qui ne pardonne que les fêtes dont il 
jouit » (c'est assez naturel, puisqu'il les paie), « eut grande part 
aux exagérations de la malveillance sur les frais de cette petite 
fête, portée à un prix si ridicule que les fagots brûlés dans les 
fossés paraissaient avoir exigé la destruction d'une forêt entière. 
La reine, prévenue de ces bruits, voulut connaître exactement 
ce qu'il y avait eu de bois consumé ; l'on sut que quinze cents 
fagots avaient suffi pour entretenir le feu jusqu'à quatre heures du 

1. Par la musique du régiment des gardes françaises. 0^ 3059. 

2. 1, 184. 11 faut remarquer que madame Campan confond les deux voyages 
de Tempereur. Ainsi, ceUe fête date du second, tandis que la présentation 
de Joseph II, par la reine, au public, dans la salle de Topera, dont elle parle 
en même temps, eut lieu en 1777. Mercy, m, 54. 



213 LB JARDIN ANGLAIS. 

matin. » Madame Campan réduit un peu trop le nombre des fagots 
en question : il y en eut réellement 3,600, plus du double, comme 
on voit. Il ne faut pourtant rien exagérer : les fagots n'étaient 
pas chers en ce temps-là. Les 3,600 coûtèrent 522 livres*. Le ma- 
tériel de Fillumination des 26 juillet et 1*' août fut remisé dans 
les caves du théâtre*. 

Le lendemain de la fêle, la reine rentra à Versailles ; mais elle 
vint plusieurs fois se promener avec son frère à Trianon. On 
trouve un souvenir de ces promenades dans une lettre très posté- 
rieure de Joseph II à Mario-Antoinette. L'empereur avait essayé, 
en 1781 , d'ouvrir les yeux de la reine sur les inconvénients de sa 
société intime, sans réussir à l'arracher à ces amitiés funestes. 
Plus tard, désabusée, elle lui fit part de sa déception. « Vous 
souvenez-vous, ma chère sœur,» répond-il, le 5 novembre 1787*, 
c de ce que, la dernière fois que j'eus le plaisir de vous voir, 
assise sur une pierre, dans l'avenue de Trianon, j'osai vous faire 
observer au sujet de celte soi-disante société ; et je ne pus m'em- 
pêcher de vous dire que, si vous vouliez vous assurer si ces 
bonnes gens vous étaient attachés vraiment ou s'ils n'aimaient 
qu'eux-mêmes, que vous n'aviez qu'à leur refuser parfois leurs 
désirs, que vous verriez d'abord la valeur de leur attachement, 
et distingueriez ceux qui vraiment aimaient votre honneur et ré- 
putation ou seulement leur avantage, en mettant toutes les voiles 
au bon vent qui leur soufflait, incertains et même peu soigneux 
combien cela durerait, pourvu qu'ils accrochent pour eux, leurs 
parents, amis et protégés, tout ce qu'ils pouvaient. Pardonnez- 
moi cette répétition, mais rendez justice au sentiment bien pur 
qui me le fit dire alors et qui, toujours le même, me fait tant dé- 
sirer votre honneur et qu'on vous aime autant que vous êtes ai- 



1. On avait eu soin de les préparer comme pour servir de fascines, c'est-à- 
dire de les dépouiller des brindilles et menues branches. 0^ 1884. 

2. OU877. — Le 29 juillet, Ghevrolat, brigadier de la compagnie des pom- 
piers de Paris, fournit, le 29 juillet, une pompe à incendie qui coûta 
2,319 livres. Otl884. 

3. Marie-Antoinette, Joseph II, etc., Ihr Briefwechsel. 

1 



FÊTES MOCTURNKS. Si 3 

mablc et honnête. » Mais Marie-Antoinette était, en 1781, trop 
engouée de son amie et de sa société pour écouter de si sages 
conseils ; il semble même que l'opposition qu'elle trouva contre 
son penchant dans ceux qui lui étaient le plus sincèrement atta- 
chés n'ait eu d'autre résultat que de raccroître, comme on va le 
voir dans les chapitres suivants. Le départ de son frère, qui la 
quitta le 5 août, ne lui causa pas moins de chagrin que la pre- 
mière fois, oc Madame Elisabeth, » rapporte la marquise de Bom- 
belles, « avait soupe la veille avec lui et toute la famille royale ; 
la Reine se cachait sous son chapeau pour pleurer*... » 

Au moment où l'empereur vint en France, la reine était dans 
le septième mois d'une seconde grossesse. Elle accoucha, le 
22 octobre, d'un fils, cette fois. Cet heureux événement, tant 
souhaité par l'impératrice sa mère, allait enfin assurer à Marie- 
Antoinette, pour son malheur, hélas! la situation prépondé- 
rante dans l'État que Mercy rêvait pour elle depuis les premiers 
jours du règne. Quand le dauphin naquit, l'abbé Delille mettait 
la dernière main au poème des Jardins. Désireux de joindre sa 
voix aux chants d'allégresse qui s'élevèrent de toutes parts, tan- 
dis qu'il décrivait un usage des Lapons qui consiste à attacher le 
souvenir d'un ami, d'un fils, d'un père, à un arbre planté en 
son honneur, il s'interrompit pour s'écrier: 



Mais tandis que tu chantes. 

Muse, quels cris dans l*air s*élancent à la fois? 
11 est né, riiéritier du sceptre de nos rois, 
11 est né ^ 



Et s'adressant à l'heureuse mère : enfin, lui dit-il, 



Enfin, la destinée 

Joint au deuil du trépas les fruits de Thyménée, 
Et mêlant dans tes yeux les larmes et les ris, 
Quand tu perds une mère, elle te donne un fils. 



\. 6 août 1781. Arch. de Seine-et-Oise, E, 433. 



214 LB JARDIN ANGLAIS. 

D'au 1res, dans les transpoKs que ce beau jour inspire. 

Animeront la toile ou le marbre, ou la lyre ; 

Moi, rhumble ami des champs, j'irai dans ce séjour 

Où Flore et les Zéphyrs composent seuls ta cour. 

J'irai dans Trianon : là, pour unique hommage. 

Je consacre à ton fils des arbres de son âge, 

Un bosquet de son nom. Ce simple monument. 

Ces tiges, de tes bois le plus doux ornement. 

Tes yeux les ven'onl croître, et, croissanl avec elles. 

Ton fils viendra chercher leurs ombres fraternelles. 

Je ne sais s'il fui donné suite au vœu exprimé par le poète. Si 
on le fît, renfant ne devait pas voir grandir les arbres consacrés 
à la mémoire de sa naissance. 

Son deuil d'abord , sa grossesse ensuite avaient obligé Marie- 
Antoinette à renoncer à la comédie de société. Délivrée de cette 
double» entrave, elle revint à son goût favori dès la fin de l'hiver 
suivant (1782). La troupe de Trianon mit h l'étude, pendant le ca- 
rême, une comédie de Boissy, le Sage étourdi, et une pièce à 
ariettes de Piis et Barré, la Matitiée et la Veillée villageoises on le 
Sabot perdu. Le chevalier de Tlsle, dans une lettre au prince de 
Ligne, du 13 avril, nous indique la distribution des rôles de cette 
dernière pièce : « C'est la Reine, » dit-il, « qui joue Babet, » et plus 
loin, il assure qu'elle fait à ravir ce personnage ; « madame la com- 
tesse Diane : la mère Thomas; mesdames de Guiche, de Polignac, 
' de Polastron : les jeunes filles ; le comte d*Esterhazy : le bailli »(il 
n'y a point de bailli dans la pièce, mais un magister dont le cheva- 
lier de risle veut sans doute parler ici), « et puis toutes les vieilles 
sont : le baron de B(»senval, le comte de (^loigny, etc.. M. le 
comte *** serait un (lolin aussi parfait qu'il est joli, si la voix 
était toujours l'organe fidèle de l'àme, car vous savez que l'âme 
du jeune comte *** n'est pas fausse, et si je prétendais lui faire 
un crime de ce que sa voix l'est, ce ne serait pas à votre tribunal 
que je porterais cette accusation. » Il paraît que le prince de 
Ligne chantait mal, car, dans une lettre antérieure*, le chevalier, 
lui envoyant un couplet, assez mauvais du reste, à l'éloge de la 

i. IC janvier i779. 



FÉTBS NOCTURNES. 215 

reine, lui écrivait plaisamment : « Je vous en prie, mon prince, 
mon bon prince, n*allez pas suhrenauder mon couplet en lui fai- 
sant riionneur de le chanter par vous-même. » La reine avait eu, 
pendant qu'on étudiait les rôles, une indisposition qui n'eut pas 
de suites graves: « Le seul inconvénient, » dit-il, « qui en résul- 
tera sera le retard du spectacle de Trianon ». Le correspondant 
du prince de Ligne se donnait pour beaucoup mieux informé 
qu'il ne Tétait réellement. Au moment où il écrivait, le 13 avril, 
la représentation du Sage étourdi et de la Matinée et la Veillée vil- 
lafjeoisrs on le Sabot perdu avait eu lieu depuis deux jours : le 11 , 
après deux répétitions*. 

La comédie de Boissy, le Sage étourdi, n'est pas mentionnée 
dans les états de dépenses. On n'en devrait pas cependant con- 
clure absolument qu'elle n'a point été jouée; une comédie qui ne 
nécessite ni orchestre ni décors exceptionnels peut ne donner lieu 
à aucun règlement de comptes. Mais la pièce est des plus mé- 
diocres : elle manque de gaité, l'intrigue en est nulle, aucune 
surprise n'est réservée au spectateur qui prévoit tout à l'avance, 
elle se conclut par un mariage entre un étourdi de vingt ans et 
une f(»mme qui frise la trentaine; et c'est cette union dispro- 
portionnée que l'auteur voudrait nous donner comme une preuve 
de sagesse. Les deux principaux rôles sont tenus par des hommes, 
et il n'y a qu'une jolie scène, entre l'ingénue et un homme qui, 
quoique âgé de quinze ans de plus qu'elle, en est cependant 
devenu amoureux et hésite à l'avouer. Le chevalier de l'Isle n'in- 
dique pas comment cette pièce était distribuée. 

On a vu qu'il parle, sans le nommer, d'un comte *** qui jouait, 
dans la Matinée et la Veillée villageoises, le rôle de (iolin. Il s'agit 
sans doute du comte d'Artois. La pièce de Piis et de Barré, très 
amusante d'ailleurs, contient quelques scènes de nature à rendre 
tout à fait ingrat le rôle du mari de la jeune première, specta- 
teur de ses ébats amoureux. La mère Thomas, paysanne soup- 
çonneuse, pour empêcher sa fille de courir le guilledoux, met, 

i. Le 5 et le 8. 0^3061. 



216 LB JARDIN AMQLAIS. 

tous les soirs, les sabots de la jeune personne en lieu sur. Colin, 
dès le point du jour, vient rôder autour de la maison de sa mal- 
tresse, l'appelle, monte à un arbre qui est près de sa fenêtre, et de 
là fait des efforts comiques pour embrasser sa belle, qui seconde 
très complaisamment ce manège. Pour lui parler de plus près, 
une idée vient à Babel : c'est de mettre les sabots de sa mère 
afin de pouvoir sortir. Elle ouvre la porte, et les deux amants 
tombent dans les bras l'un de l'autre. 

COUN 

Mais j* crois 
Que j' l'aperçois, 
Embrassons-la vile en lapinois. 

BABET 

Dans r plaisir ou qu' ton cœur s'épanche, 
C n'est pas agi' d'eun' niagnière franche; 

Comment te pardonnai 
De m' prendre ainsi c' que j' t'allions donnai? 

Un importun, le magister, qui soupire aussi pour Babel, les 
fait fuir, et celle-ci eii courant laisse échapper sa chaussure trop 
large pour elle. On est en hiver : la neige blanchit la terre, 
l'amoureux transi qui vient aussitôt remarque autour de la 
maison des traces de pas dont il s'inquiète, et il découvre un 
sabot. La journée se passe; le soir, le village est réuni chez le 
père Thomas pour la veillée. On joue à la main chaude, à colin- 
maillard. Soudain apparaît le magister avec le sabot accusateur. 
Toutes les filles présentes sont invitées à l'essayer; il ne va à 
aucune. Le père Thomas veut qu'on mette aussi les mères à 
l'épreuve, et commence par sa femme, qui est couverte de confu- 
sion. Sa fille intervient alors, et la disculpe en racontant son 
équipée du matin; il faut bien marier les deux amoureux, à la 
barbe du maître d'école : 

C'en est fait, Babet au hameau 
N'a pus sa renommée... 
Colin ri a fait pardre ; il est clair 
Qu' l'i seul peut la Ti rendre. 



F^TBS NOCTURNES. 317 

La scène du baiser, au commencement de la pièce, jouée par 
la reine, ne laissait pas que d'être délicate, et c'est tout au plus 
si la situation du roi se trouvait suffisamment ménagée par le 
choix de son frère pour le rôle de Colin. 

Le mois suivant, la reine s'établit à Trianon pour dix jours, 
du 9 au 18 mai', mais il ne parait pas que, pendant ce temps, la 
troupe <r des seigneurs » ait continué ses exercices. On attendait 
le czarewitcb qui voyageait incognito avec sa femme, sous le nom 
de comte du Nord*. La reine leur offrit à Trianon, le 6 juin, une 
fête semblable à celle qu'elle avait donnée, le 1" août de Tannée 
précédente, au comte de Falkenstein. Il y eut d'abord un spectacle 
composé de r opéra-comique de Zémireet Azor* et d'un ballet : la 
Jeune Française au sérail\ Vi\ très beau décor fut peint pour la 
chambre de Sander : on y voyait des lambris vert-pâle, comme 
ceux des salons de Trianon, sur lesquels se détachaient des pan- 
neaux blancs ornés de fleurs et des pilastres d'ordre composite 
avec des chapiteaux et des bases en laque'. Marie- Antoinette fit 
distribuer dans la salle les livrets de l'opéra et du ballet". Douze 
exemplaires avaient été reliés en maroquin avec grande dentelle 
en or et aux armes de la reine, du comte et de la comtesse du Nord. 
L'illumination, après le spectacle, fut plus brillante encore que 
celle de 1781 : des réverbères, des ifs, soixante-dix éventails char- 
gés de lampions, cent cinquante transparents figurant des buis- 
sons factices et des touffes de fleurs étaient disséminés dans les 
bosquets. D'autres transparents, en forme de pots à bouquets, 
avaient été ajoutés à la décoration du belvédère'. On brûla der- 

• 

1. Du 9 au 18 mai, le temps fut généralement couvert, à Texccption du i3 el 
du i4 où il fil beau ; le f 7 il tomba un peu de pluie. 

2. C'est Paul I«' i\\n devint czar apr^s la mort de Catherine II. Il avait 
épousé une princesse de Wurtemberg. 

3. De Marmontel et Grétry, joué par la comédie italienne. 

4. L'orchestre comptait 9 violons, .5 flûtes el hautbois, 2 altos, 5 violoncelles, 
1 contre-basse, 4 bassons, 2 cors et 2 clarinettes. 

5. Ce décor coûta t,463 livres. 

6. On en fil imprimer 100 pour Topera, et 330 pour le ballet. 0* 3061. 

7. Les salaires pour Tallumage et l'entretien des feux s'élevèrent ii 
1,294 livres, 9 sous, 9 deniers. 



218 LE JARDIN ANGLAIS. 

rièrc le temple de TAniour 4,925 fagots. Pour le concerl dans 
le jardin, on adjoignit à Torchestre du régiment des gardes fran- 
çaises trente-quatre musiciens des gardes suisses qu'on fit venir 
de Courbevoie*. 

La baronne d*Oberkirch, qui accompagnait la comtesse du 
Nord, nous a laissé sur cette fête quelques détails intéressants*. 
Elle y parut elle-même en grand babit, avec une coiffure merveil- 
leuse, chef-d'œuvre sans doute de la fameuse mademoiselle Ber- 
lin, qui, remarque le chevalier de l'Isle, avait été honorée de la 
première visite des augustes voyageurs à Paris. « JVssayai, » dit 
la baronne, a pour la première fois, une chose fort à la mode, 
mais assez gênante : des petites bouteilles plates et courbées 
dans la forme de la tète, contenant un peu d'eau pour y tn^mper 
la queue des fleurs naturelles et les entretenir fraîches dans les 
cheveux. Cela ne réussissait pas toujours, mais quand on en ve- 
nait à bout, c'était charmant. Le printemps sur la tête au milieu 
de la neige poudrée produisait un effet sans pareil... La cour, » 
continue madame d'Oberkirch, « était radieuse; madame la com- 
tesse du Nord avait sur la tête un petit oiseau de pierreries qu'on 
ne pouvait regarder tant il était brillant. Il se balançait par un 
ressort, en battant des ailes au-dessus d'une rose au moindre de 
ses mouvements. La Reine le trouva si joli qu'elle en voulut un 
pareil. 

« II y eut ensuite un souper de trois tables a cent couverts par 
table. » D'après un état des ce grands traitements, festins et spec- 
tacles » offerts au comte et à la comtesse du Nord, qui est con- 
servé aux archives de Seine-et-Oise', il y eut cinq tables : la 
table de la reine, quatre tables d'honneur, dont une spéciale aux 
« seigneurs russiens. » On dressa en outre quelques petites 
tables particulières : madame de Polignac eut la sienne. Nous 

1. OH877-80, 1884. 

2. I, 259. 

3. Dans les papiers de M. de La Chapelle, premier commis du ministère 
de la maison du roi. £ 1476. 



FÊTES NOCTURKBS. 319 

donnerons 14déc d'un de ces festins royaux, à Toccasion delà ré- 
ception du comte de Haga, deux ans plus tard*. ©J'eus Thonneur,» 
continue la baronne, ft d'être placée près de madame Elisabeth et 
de regarder bien à mon aise cette sainte princesse. Elle était 
dans tout Téclat de la jeunesse et de la beauté, et refusait 
tous les partis pour rester dans sa famille. La reine me fit 
rhonneur de me parler plusieurs fois et de prendre part à ma 
conversation avec la princesse, dont elle entendait des bribes 
au milieu de toutes les autres. » 

Que devenait, dans tout cela, le roi? Éclipsé complètement par 
rarchiduchesse devenue reine de France, dont il n était qu'un 
des invités, le successeur de Louis XIV faisait si pauvre figure à 
Trianon que la baronne d'Oberkirch ne semble pasTavoir aperçu : 
elle ne lui fait pas même l'honneur de le nommer. Il était là, sans 
doute, comme l'avait vu M. de Belleval, à la fête que les gardes du 
corps offrirent à LL. MM. le 30 janvier précédent, dans la salle de 
l'opéra h Versailles : marchant mal et sans grâce, ne sachant que 
faire de sa personne, l'air ennuyé et triste, à côté de la reine, dans 
tout l'éclat de sa beauté, à la démarche imposante, au port de 
tête majestueux, distribuant autour d'elle les sourires et les pa- 
roles affables *. 

Il se produisit à cette fête un incident que madame Campan ra- 
conte ainsi': «Le cardinal de Rohan se permit très indiscrètement 
de s'introduire dans les jardins à l'insu de la reine. Toujours traité 
avec la plus grande froideur depuis son retour de Vienne*, il 
n'avait pas osé s'adresser à elle pour lui demander la permission 
de voir Tillumination ; mais il avait obtenu du concierge de Tria- 
non la promesse de l'y faire entrer aussitôt que la reine serait 



i. Voyez 3" partie, le UameaUy c. m, et D(jcuments, IIL 

2. Souvenirs d*un chevau-lt^gcr ; Paris, 1863, in- 18, 233. 

3. I, 242. 

4. D'où Marie-Antoinetle le soupçonnait d'avoir envoyé sur son compte des 
renseignements défavorables. Il s'y était d'ailleurs conduit d'une ma- 
nière si scandaleuse que Timpératrice avait dû demander son rappel. Voyez 
Mercy. 



220 LK JARDIN ANGLAIS. 

partie pour Versailles, et S. Ém. s'était engagée à rester dans le 
logement de ce concierge jusqu'à ce que toutes les voitures fus- 
sent sorties du château; il ne tint pas la parole qu'il avait don- 
née, et, tandis que le concierge était occupé des fonctions de sa 
place à rintérieur, le cardinal, qui avait conservé ses bas rouges 
et seulement passé une redingote, descendit dans le jardin et se 
rangea, avec un air mystérieux, dans deux endroits différents, 
pour voir défiler la famille royale et sa suite. S. M. fut vivement 
offensée de cette hardiesse et ordonna, le lendemain, le renvoi de 
son concierge ; on fut généralement révolté de la déloyauté du 
cardinal envers ce malheureux homme, et peiné de la perte qu'il 
faisait de sa place. Touchée de Tinfortune d'un père de famille, 
ce fut moi qui obtins sa grâce; je me suis reproché depuis le 
mouvement de sensibilité qui me fit agir. Le concierge de Tria- 
non renvoyé avec éclat, l'humiliation qui en serait rejaillie 
sur le cardinal eût fait connaître publiquement les préventions 
de la reine contre lui et eût probablement empêché la honteuse 
et trop célèbre intrigue du collier. » 

Après le départ du comte et de la comtesse du Nord, Marie- 
Antoinette revint à Trianon pour une quinzaine de jours (du 7 
au 20 juillet)*. Elle avait fait installer ses enfants et leur suite, 
dès le 21 juin, dans le château du Grand-Trianon et dans cinq 
maisons de bois supplémentaires, afin de les avoir auprès d'elle*. 
Voici, d'après un mémoire de fourniture des malles et coffres' 
demandés par la gouvernante à l'occasion de ce voyage, l'état 
de la maison des enfants royaux : 

SERVICE PERSONNEL DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN ET DE MADAME. 

Madame la princesse de Guéménée, gouvernante, 
Madame la baronne de Mackau, sous-gouvernante, 

i . Pendant ce séjour, il ne tomba pas une goutte d'eau. Du 8 au tO, temps 
couvert; les 11 et i 2, il y eut des nuages; temps magnifique les i3, .14, lo; 
des nuages, les 16, 17, 18; temps serein, les 19 et 20. 

2. 0* 3061-62. 

3. Il s'élève à 9,018 livres, 8 sous. On y trouve indiquées des « malles de 
lit 9 pour le transport de la literie. ^ 3062. 



FÊTES NOCTUBNBS. %%\ 

Madame la vicomtesse d'Âumale, sous-gouvernante, 

Madame la comtesse de Soucy, sous -gouvernante, 

Madame la marquise de Soucy, sous-gouvernante, 

Madame la comlesse de Villefort,^ sous-gouvernante. 

M. rinslituteur. 

M. le médecin. 

M. le chirurgien. 

Madame la nourrice. 

Madame la gouvernante de la nourrice. 

Madame la remueuse. 

CHAMBRE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. 

Deux premières femmes de chambre. 
Deux valets de chambre. 
Deux garçons de la chambre. 
Un portefaix. 

CHAMBRE DE MADAME 

Deux premières femmes de chambre. 
Deux valets de chambre. 
Deux garçons de la chambre. 
Un portefaix. 

La présence de ses enfants fit diversion aux habitudes de la 
reine qui, tout entière aux plaisirs et aux soins de la maternité, 
négligea ses divertissements favoris : de tout le reste de Tannée, 
elle ne joua plus la comédie. Le boute-en-train ordinaire des par- 
ties de la cour, le comte d'Artois, manquait d*ailkurs à Trianon : 
il était allé en Espagne assister au siège de Gilbraltar avec le 
comte de Vaudreuil. Rentrée à Versailles, le 21 juillet, la reine 
retourna à son château, du 13 au 2i août*. Le journal du roi ne 
mentionne, pour ces deux séjours, ni fête ni spectacle. Il y eut 
seulement des concerts : quatre grands et plusieurs pctits.ll est 
probable que les symphonies d'Haydn firent partie du programme, 
car on les acheta, cette année, pour la reine*. Entre les deux 

1. Du 15 au 21, il fit beau; un peu de pluie seulement le 18. Les journées 
du t6, du 20^ du 21 et du 24 surtout furent magnifiques. 

2. 0*3061-62. 



233 LE JARDIN ANGLAIS. , 

voyages, le 1" août, Dazincourt, acteur de la comédie française, 
vint, selon les comptes*, jouer des proverbes, et, après la repré- 
sentation, on éclaira le temple de T Amour; mais Tillumination 
fut courte, car on ne brûla que 200 fagots*. 

La cour alla s'établir à la Muette le 9 septembre'. On y emme- 
nait Madame royale pour la faire inoculer*, laissant le daupbin à 
Trianon jusque dans les premiers jours d'octobre. Pendant ce 
temps, survint un scandale qui obligea la princesse de Guéménée 
à se démettre de la cliarge de gouvernante des enfants de France. 
Son mari, qui menait l'existence la plus dissipée, avait imaginé, 
pour satisfaire ses créanciers, de leur donner, au lieu d'argent, 
des contrats de revenus viagers. La gouvernante perfectionna ce 
procédé ingénieux : gardant pour elle les espèces que lui versait le 
trésor royal à l'effet de faire face aux dépenses des enfants royaux, 
elle soldait les fournisseurs avec des constitutions de rentes. Le 
passif des deux époux prit de telles proportions qu'ils furent dé- 
clarés en faillite. Le total de lem*s dettes s'éleva à un capital fa- 
buleux : trente-trois millions. Le cardinal en tira gloire : « Il 
n'y a qu'un roi ou un Roban, » dit-il avec orgueil, « qui puisse 
faire une pareille banqueroute". » 

Qui allait remplacer la princesse dans ses fonctions de gou- 
vernante des enfants de France? On parla tout de suite, à la cour 
et dans le public, de madame de Polignac, qui continuait, ainsi 
que toute sa famille, à être l'objet de la faveur la plus marquée. 
« La tendre amitié, » disent les Mémoires secrets^ à la date du 
14 octobre, « la tendre amitié dont la Reine lionore madame la 
ducliesse de Polignac se porte jusque sur la fille, madame la du- 
cbesse de Guiclie, qui vient d'accoucber à quatorze ans et un 

1.0* 1884. Le journal de Louis XVI n*en parle pas. 

2.0* 1884. — Au comniencementde décembre 1782, on éclaira la comédie 
pour la faire voir à une princesse étrangère qui n'est pas désignée dans le 
compte. 0*3061. 

3. Jusqu'au 30 octobre. Journal de Louis XVI. 

4. Mém. sec. y 19 septembre 1782. 
o. Mém, sec, 23 octobre 1782. 



FÊTES NOCTURNES. 323 

mois. S. M. resta chez elle jusque bien avant dans la nuit pour 
attendre que la jeune femme fut absolument délivrée, et, depuis 
ce temps, il n'est pas de jour que la Reine ne se donne la peine 
de venir voir Taccouchée. » Marie- Antoinette avait eu, en 1780, 
rintention de lui donner la survivance de la charge de gouver- 
nante*; mais, depuis, persuadée de Téloignement que son amie 
affectait pour les honneurs, elle ne songeait plus à elle pour 
la succession de madame de (iuéménée. De son côté, la du- 
chesse, obligée de soutenir le caractère de désintéressement 
dont elle faisait montre, n'osait pas se mettre en avant, et, comme 
ses amis l'en pressaient , elle manifestait en paroles une répu- 
gnance invincible pour cette place. Cependant, Besenval la trouva 
« choquée de ce qu'il n'était pas venu dans la tète de la reine 
de la lui offrir ». Le bon Suisse, qui connaissait son monde et 
qui aimait l'intrigue, tout en feignant de croire aux sentiments 
de la duchesse, prit en mains la négociation qui réussit. Quel- 
ques jours après, madame de Polignac lui écrivit que « la reine 
lui avait proposé d'accepter la charge de gouvernante des enfants 
de France, et y avait mis tant de grâces, tant de marques d'amitié 
et de sensibilité que, quoiqu'elle pensât toujours de même sur la 
chaîne qu'elle allait se donner, elle n'avait pu refuser*. » 

Jusque-là, les enfants royaux avaient été logés avec leur gou- 
vernante dans des hôtels éloignés de l'agitation de la cour'. 
Marie- Antoinette ne voulut pas se séparer de son amie, et les 
enfants furent installés au château de Versailles. Les détails de 
cette nouvelle organisation défraient les correspondances du 
temps. « Madame de Polignac couchera-t-elle avec M. le Dau- 
phin? » écrit le chevalier de Tlsle au prince de Ligne*. « Non. Il 
a été spécialement énoncé qu'elle couchera avec qui elle voudra. » 
Une porte de glace lui permettra de voir ce qui se passe chez le 

i. Lettres de M, de Kageneck, 77. 

2. Besenval, II, 49. 

3. Au II" 18 de la rue du Graiid-Monlrcuil avec la comtesse de Marsan, et 
au n® 2.') avec la princesse de Guéménée. 

4. 24 novembre i782. 



/ 



234 LB JARDIN ANOLAIS. 

petit prince. De même, à Trianon, la reine, au lendemain de la 
nomination de madame de Polignac, donna des ordres pour que, 
dès le printemps suivant, des appartements fussent préparés au 
dauphin et à Madame royale, non plus dans l'ancien palais de 
Louis XIV, comme du temps de madame de Guéménée, mais 
au petit château lui-même, afin de pouvoir garder auprès d'elle 
rinséparable gouvernante*. 

En même temps que ces travaux, on termina, au Petit-Trianon, 
une décoration nouvelle que la reine fit ajouter au jeu de bague. 
Déjà, en 1781 , on avait, par son ordre, creusé un souterrain pour 
le mettre en communication avec le château, au-dessous du 
perron de la façade nord-ouest. Cette décoration, dont elle avait 
peut-être pris l'idée à la redoute chinoise de Paris qu'elle visita 
le 2 août 1781 *, consistait en trois pavillons reliés entre eux par 
une galerie circulaire. Les toits de ces pavillons étaient en 
écailles de poissons, avec des dragons aux angles, des dauphin^ 
sur les arêtes, des girouettes au sommet. Des guirlandes, des 
glands, des clochettes pendaient de toutes parts. Les couleurs les 
plus éclatantes : le jaune, le vert, le vermillon, l'azur, relevées de 
traits blancs ou noirs, brillaient sur les parois, sur les plafonds, sur 
les colonnetles; tous les ornements en saillie étaient richement 
dorés. Deschamps sculpta de nouveaux porte-bagues'. Le parasol 
qui dominait le jeu fut peint on jaune. Il fallut replanter le bosquet 
à Tentour. L'inspecteur Henri dressa pour ce remaniement un de 
ses plus jolis modèles; on y. admirait surtout une centaine de 
petits arbres artificiels merveilleusement imités*. 



1. La dépense de cet aménagement s'éleva à 1,863 livres. 0* 1879. 

2. Lescure, Qorw sec, I, 419. 

3. On diminua alors les queues des paons qui étaient trop longues. 
M 875, 1877, 1880, 1884. 

4. Cette fantaisie coûta fort cher. Le prix du jeu de bague même dépassa 
41, 750 livres, 6 deniers; celui de la galerie 33,137 livres, 5 sous, 2 deniers; sok 
ensemble : 74,887 livres, 5 sous, 8 deniers. J'ai dit : dépassa^ parce que je 
n'ai pu, ni pour le jeu, ni pour la galerie^ fixer la dépense de la peinture 
qui dut être élevée. On n'exagérerait pas en faisant monter le total à plus de 
80,000 livres. 



FÊTES NOCTURNES. 225 

Ce fut le dernier embellissement du jardin anglais : il ne res- 
tait qu'à en jouir. Mais rien n'est plus monotone que la jouis- 
sance et la reine aimait le changement. La mode commençait 
d'ailleurs à se fatiguer des jardins mythologiques, de leurs bos- 
quets dessinés avec art, des colonnes, des temples, des fabriques 
de pierre et de marbre ; elle y trouvait trop d'architecture, trop 
d'apprêt, et inclinait vers un genre plus simple, plus pastoral, plus 
rustique. Les paysanneries représentées depuis plusieurs années 
sur les théâtres l'avaient mise en goût de costumes, de mœurs, 
de plaisirs villageois. Le prince de Condé s'était fait bâtir un 
hameau dans un coin de son parc ; la reine voulut aussi en çivoir 
un à Trianon. Elle demanda à Mique d'en étudier le projet et s'y 
amusa pendant tout l'hiver de 1782-1783*. 

i. Otl878, i879, i884. 



15 



TROISIEME PARTIE 



LE HAMEAU 



TROISIÈME PARTIE 



LE HAMEAU 



I 



PAYSANNERIES ET FÉERIES 



Diderot et Greuze. — Fêle des bonnes gens. — Masures normandes. 

Hameau de Chantilly. — Ck>ntes de fées. 

Surprises. — Dessinateurs du hameau de Trianon. 



On se rappelle Tédilion illustrée des idylles de Gessner et des 
contes de Diderot dont j*ai signalé l'apparition en 1772. Les 
germes nouveaux que contenait ce charmant volume avaient 
fructifié depuis. Au temps de Louis XIV et jusqu'au milieu 
du xvuf siècle, qui, dans la littérature et les arts, songeait à 
s'occuper du peuple en France'? Quelques traits des fables de La 
Fontaine, des comédies de Molière, ou des romans de Le Sage, 
quelques tableaux des Le Nain et de Chardin*, voilà tout ce qu'on 

i. Voyez plus haut p. 47. 

2. Je ne parle pas de Gallot qui n*a retracé que des gueux. 



s 30 LK HAMEAU. 

trouve sur les paysans, les ouvriers, « ces croquants » qui ne 
comptent pas parmi ce qu'on appelle <( les honnêtes gens. » De 
la bourgeoisie elle-même, que peint-on? Les ridicules. Mais 
quand il s'agit d'exprimer les grands mouvements de Tàme 
humaine, c'est seulement chez les héros de l'antiquité ou chez 
les gens bien nés des temps modernes que les auteurs choisissent 
leurs personnages. Rousseau écarta cet appareil, et ne vou- 
lut voir que Thomme, tel qu'il sort des mains de la nature, 
abstraction faite de tout rang. Diderot alla encore plus loin, et il 
prétendit nous intéresser aux idées, aux sentiments, à la condi- 
tion de ces manants, de ces vilains, si dédaignés jusque-là, et 
chez lesquels il ne craignit pas d'aller chercher même des héros 
tragiques. Il fit bientôt école dans le roman, au théâtre, en pein- 
ture; et il s'établit dans le monde artistique et littéraire deux cou- 
rants contraires. Tandis que les uns, d'un vigoureux coup d'aile, 
essaieront de remonter aux sources élevées où les grands génies 
de l'antiquité ont puisé leurs plus nobles inspirations, les autres 
prennent leurs modèles tout près d'eux,^ terre à terre, dans 
la vie commune; et au moment où débutent Yien et David, nous 
vovons fleurir Greuze. 

Greuze ne nous peint plus, comme Lancret et Van Loo, des 
bergers et des bergères de convention. Ce sont de vrais villa- 
geois, un peu idéalisés sans doute, mais c'est le costume, l'ha- 
bitation, l'ameublement qu'on a au village. Il veut nous prouver 
que, dans les conditions les plus humbles, on peut rencontrer la 
grandeur, la grâce, l'émotion poignante ou les sentiments aima- 
bles, et il réussit. Ce père maudissant son fils, ce fils prodigue 
devant le lit de mort de son père, sont aussi dramatiques et aussi 
nobl(*s que les personnages de la Grèce et de Rome-; et trouva- 
t-on jamais, sous les atourjs des grandes dames, rien de plus 
frais, de plus élégant, de plus désirable, que la savonneuse qui 
appartient à madame la comtesse de La Ferronnays, ou la pelo- 
tonneuse que possède madame la duchesse de Sesto, ou l'ac- 
cordée de village du Louvre, avec son simple bonnet, son tablier 
blanc, et sa robe de toile grossière. La mode qui, à la fin du 



PATSÂNMRRIBS ET FÉBRIBS. i31 

XVIII*' siècle, eut toutes les fantaisies, s'éprit des mœurs bour- 
geoises et campagnardes. Le mépris des grandeurs, l'amour de 
la simplicité, la condescendance des grands pour les petits, 
devinrent le thème favori des écrits et des conversations. Les 
grands seigneurs, que la diminution progressive de la représen- 
tation à la cour, depuis le commencement du règne, reléguait 
dans leurs châteaux, vécurent davantage avec leur curé, leur 
bailli, leurs tenanciers dont ils voulurent devenir la providence. 
On imita partout M. Élie de Beaumont qui, dans son domaine de 
Canon, avait, en 1777*, institué une fête des bonnes gens, où s'é- 
taient publiquement distribuées des récompenses à un vieillard 
béni par sa famille, à un bon père entouré de ses enfants, à la fille 
la plus dévouée à ses parents. On en frappa une médaille'; et, 
que ne peut faire la mode ? la fête des bonnes gens fut placée 
sous le patronage du comte d'Artois'! Le Mariage de Figaro y que 
Beaumarchais écrivait en 1782, nous a laissé de ce moment un 
tableau fidèle. Le comte Almaviva vit dans ses terres : le loup 
est devenu berger. Il se fait bénir par ses vassaux en supprimant 
le plus odieux des droits de la féodalité ; et nous voyons défiler 
un bailli grotesque, comme dans les proverbes de Collé, et des 
chœurs de villageois et de villageoises, comme dans les opéras- 
comiques de Sedaine. 

De là, à comprendre les bâtiments rustiques dans les motifs 
de décoration des jardins « paysagers, » il n'y a qu'un pas. Du- 
chcsne, le botaniste que nous avons cité à propos des potagers 
de Louis XV, expose la théorie de ces fantaisies nouvelles. Il 
nous décrit << une ferme ornée, dont la laiterie et la basse-cour 



\ . Mercure de France, novembre \ 777. — Le volume du mois d'août \ 780 
contieiil la description d'une fêle céréale, établie par Guenot, curé de Ghc- 
vannay. Elle se terminait par un repas où les laboureurs couronnés avaient 
les premières places. 

2. On en trouve plusieurs exemplaires mentionnés dans l'inventaire de 
Mique. 

3. Mercure de France, février 1778. 



232 LB HAMEAU. 

procurent près du logis les jouissances qu'auparavant on pre- 
nait la peine d'aller chercher au loin. C'est vouloir, » dit-il, 
« ramener, au milieu du luxe, la vie rustique de nos vertueux an- 
cêtres, en copiant du moins leurs habitations dont nous trou- 
vons encore une vive image dans les masures cauchoises, si 
conformes à la description que le bolonais Crescenzi faisait, au 
xn" siècle*, d'un manoir de campagne. » Qui se serait attendu à 
voir citer, en celle occurrence, les Prouffits champestres et ru-^ 
raux que Charles V avait, en 1373, fait translater du latin en 
langage français? « Un vaste enclos entouré de fossés sur les- 
quels sont planlés, au milieu d'une double haie, un rang d'ar- 
bres serrés, surtout de frênes, plus propres à rompre le vent; 
des barrières très légères, quoique souvent couvertes d'un porche 
grand et élevé ; — dans l'intérieur, le verger des pommiers et 
poiriers, destinés à fournir les fruits à couteau et la boisson de 
toute la famille, le dessous couvert d'une pelouse toujours ha- 
bitée par des bestiaux et des volailles ; — les bâtiments placés 
au centre, mais séparés les uns des autres: le corps de logis du 
maître, celui des valets, les granges, la charretterie, le four ; — 
différents petits enclos de jardins pour les légumes ou pour quel- 
ques menus grains, le plus orné tenant à la maison principale, 
mais sans faste aussi bien qu'elle ; — toutes les cours ou ma- 
sures d'une paroisse, rassemblées aux environs de l'église, mais 
le plus souvent séparées les unes des autres par des chemins, 
quelquefois par des ruisseaux, formant ainsi chacune un îlot, 
ou, comme on dit en Languedoc, une condamine, et présentant 
de loin, par leur réunion, l'image d'un bois plutôt que celle d'un 
village... — La seule innovation, en renouvelant les masures 
normandes, était d'incorporer dans cet enclos utile diverses 
plantations de pur agrément..., et de chercher par leur position 
à composer des perspectives intéressantes. On a même vu des 



1. Duchesne commet ici un anachronismo : Ton vrugc auquel il fait allusion a 
été écrit de 1304 à 1309. 



PAYSANNBBIKS ET FBKRIBS. 233 

amateurs se faire un plaisir de construire dans ce dessein des 
ruines supposées d'anciens édifices, soit de composition, soit 
copiées fidèlement d'après quelque monument connu : un temple 
grec, une église gothique, une pagode. C'était modeler en relief 
les sujets ordinaires de nos tableaux de perspective ; et vraisem- 
blablement, à ne considérer que le plaisir des yeux, ce qui est 
goûté mémo en peinture doit Têtre -également en réalité, «sans 
qu'on puisse se dissimuler pourtant que « les ruines factices sont 
privées du point principal qui produit l'intérêt dans l'examen 
des ruines antiques, savoir : la vérité. » 

Quand Duchesne écrivait son Traité sur la formation desjar- 
dins\\e prince de Condé venait de construire le hameau dont on 
voit encore les restes à Chantilly. Il se trouve, dit une description 
contemporaine, « sur les bords du canal, à l'extrémité du jardin 
anglais et sur un vaste tapis de gazon couvert de quelques arbres 
épars. Il est composé de sept bâtiments disposés sans symétrie, 
et laissant entre eux un espace en forme de place irrégulière, 
• où l'on n'a pas oublié l'orme antique, sous lequel se réunissent 
les habitants du lieu... Quatre de ces maisons représentent ex- 
térieurement une étable et une laiterie, un moulin, un cabaret 
de village et une grange ; les autres paraissent être de simples 
maisons de paysans... — Le bâtiment destiné à l'étable et à la lai- 
terie sert réellement aux usages relatifs au nom qu'on lui a donné. 
— Il en est de même du moulin ; il renferme tous les instruments 
nécessaires à la mouture des grains ; une chute d'eau fait tourner 
lameule et le bluteau.Il est habité par une meunière qui préside, 
dans l'occasion, à la fabrication de la farine; une pièce voisine 
contient un pétrin, un four et un bûcher, et, à côté, est le jardin 
du meunier. — Le cabaret a tout l'extérieur d'un cabaret de vil- 
lage : il est accosté d'un petit berceau destiné aux buveurs ; à 
côté, est un puits, et, plus loin, une palissade enferme un jar- 
din planté de légumes et d'arbres fmitiers ; mais l'intérieur est 
une cuisine pourvue de tous les ustensiles nécessaires. — Deux 

1. Paris, 177Î5, in-8». 



234 LE HAMEAU. 

autres de ces maisons renferment : Tune, un cabinet de lecture 
orné d'armoires en bibliothèques, remplies de livres, et l'autre, 
une salle de billard décorée de trophées de jardinage... » Toutes 
ces maisons, ainsi qu'une salle à manger et une grange dont 
nous parlerons tout à l'heure, avaient été élevées sur les dessins 
et sous la direction de Le Roi, architecte du prince. Elles 
étaient entourées d'un fossé d'eau vive qu'on traversait sur plu- 
sieurs petits ponts en bois. 

Ces diverses fabriques étaient couvertes de chaume, et 
« présentaient l'extérieur d'une rustique simplicité, mais l'inté- 
rieur offrait un contraste frappant ». Tous ces rois, ces empe- 
reurs qui se promenaient à travers l'Europe, sans suite, sans 
apparat, logeant dans des hôtels garnis, jouissant intérieurement 
de la pensée que leur majesté rayonnait à travers leur incognito 
comme le soleil dans un nuage, ne s'amusaient à ce jeu que 
parce qu'ils savaient n'avoir qu'un mot à dire pour se voir en- 
tourés tout à coup des pompes et des honneurs souverains. 
On raffolait alors de changements à vue, de surprises, d'en- 
chantements, comme dans les féeries. Ces têtes en ébul- 
lition qui discutaient les problèmes les plus ardus de la phi- 
losophie et de la politique, qui se frayaient des voies nouvelles 
dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, qui se 
passionnaient pour les voyages de découvertes, qui exhumaient 
les souvenirs et les monuments des générations éteintes, qui 
brisaient les barrières de l'esprit latin pour s'ouvrir aux influences 
de la Germanie et de l'Angleterre, n'avaient pas encore assez de 
toute cette fermentation d'idées : il leur fallait le rêve, l'impos- 
sible, le merveilleux. On dévorait les contes de fées : contes de 
Perrault, de la comtesse d'Aulnoy, de la comtesse de Murât, de 
mademoiselle de La Force, de mademoiselle Lhéritier, d*Ha- 
milton, contes arabes, contes persans. Et il ne faut pas croire 
que ce soient seulement des personnes frivoles qui s'en amusent : 
les hommes les plus sérieux ne dédaignent pas de les lire. Le 
duc de Choiseul, à Chantcloup, y cherchait une consolation à sa 
disgrâce ; l'abbé Barthélémy et madame Du Deffand étaient oc- 



PATSANNBRIBS BT F^BRIBS. 835 

cupés à en fournir sa bibliothèque*. c( M. de Choiseul, » écrit la 
duchesse, sa femme, « se fait lire des contes de fées toute la 
journée. C'est une lecture à laquelle nous nous sommes tous 
mis ; nous la trouvons aussi vraisemblable que l'histoire mo- 
derne. » Les contes de fées ne manquaient pas dans la biblio- 
thèque de la reine à Trianon*. L'engouement pour ces lectures 
devint tel que, en 1785, un libraire entreprit d'en publier une 
immense collection, avec de délicieuses gravures de Marillier, en 
quarante et un volumes in-8°', qui n'épuisa pas la soif du public 
pour ce genre de fictions, car trente-neuf volumes de voyages 
imaginaires ^ qui suivirent, trouvèrent encore des amateurs. 

Les hameaux bâtis dans les parcs des grands seigneurs mé- 
nageaient aux visiteurs les surprises de la magie. On s'amu- 
sait bien, un instant, à la vacherie et au moulin, mais on n'en- 
tendait pas vivre soi-même en meunier ou en paysan. Quand 
on mettait le pied sur le seuil d'une chaumière croulante, la fée, 
qui changea pour Cendrillon une citrouille en carrosse et des 
souris en chevaux magnifiquement caparaçonnés, la touchait de 
sa baguette, et, en ouvrant la porte, on se trouvait dans un 
palais enchanté. A Chaillot, chez le comte d'Harcourt*, c'était 
l'intérieur d'une tente, décorée de trophées militaires, qui s'of- 
frait tout à coup aux regards. 

A Chantilly, les murs d'une grange délabrée, percés de 
mauvaises lucarnes aux vitres garnies de plomb, cachaient 
un salon superbe. « Des pilastres corinthiens accouplés, 
rouges, cannelés en argent, entourés de guirlandes de fleurs, 
en décorent le pourtour; ils supportent un entablement dont 
la frise est ornée de consoles et de guirlandes qui serpentent 
autour de la corniche. Le plafond représente un ciel où l'on 



1. Correspowiance de madame Du Deffand, 1» 316, 326. 

2. Voir le catalogue aux DocumentSf V. 

3. Amslerdam (Paris), i785-i789. 

4. Paris, 1787-1789, in-8», flg. 

5. Lerouge, cah. XI, pi. 10. 



236 LE HAMEAU. 

voit des Amours qui jouent cntr'eux et qui tiennent des guir- 
landes de fleurs. Les croisées et les entre-deux des pilastres 
sont décorés de glaces, dont des moitiés de candélabres 
couvrent les joints, et accompagnés de rideaux en taffetas 
rose, bordés d'une crépine et de glands en argent, relevés avec 
grâce ; la richesse et la beauté de Tameublement répondent à 
cette magnificence. Deux cabinets, dont un de tric-trac, accom- 
pagnent ce salon. » — Non loin de là, une maison de paysan mé- 
nage une autre surprise. On croit entrer dans une habitation rus- 
tique, et Ton se voit sous une épaisse voûte de verdure, telle qu'en 
pourrait former un bois touffu dont les arbres entrecroiseraient 
leurs rameaux. « Quelques ouvertures ménagées avec art entre les 
branches et fermées par des glaces, sur lesquelles sont peints des 
feuillages qui paraissent s*échapper des arbres voisins, laissent 
passer la lumière du jour d'une manière qui donne l'impression de 
la majesté et du mystère des forêts. Les sièges de cette salle sont 
formés de canapés de gazon et de troncs d'arbres ; elle est parse- 
mée de groupes de fleurs plantées en terre, distribués irrégulière- 
ment*. » La baronne d'Oberkirch y soupa, au mois de juin 1782. 
Après le repas, on la conduisit au milieu des bois dans un kiosque 
chinois surmonté d'une lanterne, où étaient cachés des musiciens 
faisant entendre un concert qui paraissait venir du ciel*. 

C'est un hameau de ce genre que la reine voulait avoir à 
Trianon et que Mique étudiait pour elle. On répète partout que 
ce village d'opéra-comique a été dessiné par Hubert Robert. Je 
ne sais sur la foi de quel témoignage repose cette attribution ; 
mais le nom de cet artiste ne se trouve pas une seule fois men- 
tionné dans les comptes. On trouve au contraire, dans les dos- 
siers des bâtiments, des plans, coupes et élévations de la main 
de Mique, et l'on relève, dans les mémoires, des sommes payées 



\, Voyage pittoresque de la France, t. VI. — Descriptwn pittoresque de la 
France, — D'Argenville, Voyage pittoresque des environs de Paris, 1779. — 
Mém. sec, 2 juillet 1779. 

2. Mémoires; (, 274. 



PATSÂNNERIBS ET FÉERIES. 237 

aux peintres Fréret et Ghâtelet* pour des croquis de paysages 
destinés au hameau. C'est Henry, inspecteur placé sous les ordres 
de Mique, qui exécute les modèles eu relief*, où l'on s'amuse 
à placer jusqu'à de microscopiques instruments de labourage 
et de pêche*. Nous allons suivre, pendant les années 1783, 1784 
et 1785, les progrès de ces constructions, dont l'ensemble ne 
s'achèvera qu'en 1787. 



1. Arch. nat. OH879, 1884. 

2. 0« 1880. 

3. 01 1884. 



II 



LA TOUR DE MARLBOROUGH 



1783 



Jardinage. — Comédie de société : les Sabots^ les deux Chasseurs et la Laitière^ 
Isabelle et Gertrude» — Fête en Thonneur de la duchesse de Manchester. 

Construction du hameau. 
La ruine. — Chanson de Marlborough. — Madame Poitrine, nourrice du dauphin. 

John Eggleton, jardinier anglais. 
Plantation du nouveau jardin. — Travaux d'Antoine Richard. 



Les Mémoires secrets rapportent, à la date du 1" mai 1783, 
que madame Elisabeth, « touchée depuis longtemps du bel 
exemple de sa tante, madame Louise, avait le désir de se faire 
religieuse. » Le roi s'y était opposé, en déclarant qu'il fallait que 
sa sœur, avant de prendre une décision si grave, eût atteint 
l'âge de vingt-cinq ans, et que, « alors même, il délibérerait s'il 
était de la sagesse d'y consentir. » Devant cette opposition, ma- 
dame Elisabeth aurait résolu de quitter furtivement la cour pour 
se réfugier chez les carmélites de Saint-Denis, Mais la reine, 
instruite du jour fixé pour la fuite, invita adroitement sa belle- 
sœur à Trianon, et la garda auprès d'elle « jusqu'à ce qu'on eût 
rompu la chaîne de cette pieuse intrigue par l'expulsion de ses 
agents. » Qu'y a-t-il de vrai dans ce récit? Le biographe de ma- 
dame Elisabeth eût pu sans doute nous le dire; il a préféré 
garder le silence sur la question. La nouvelle racontée par les 
Mémoires secrets ne doit pas être entièrement controuvée, car le 



LA TOUR DB MARL60R0UGH. 230 

comte d'Hézecques dit dans ses Souvenirs* : « A mon arrivée à 
la cour, on ne parlait que du désir de madame Elisabeth d'en- 
trer en religion et de prendre le voile à Saint-Cyr... Le Roi n'y 
voulut jamais consentir. » On croirait, d'après le texte des Mé- 
moires secrets, que la reine était alors établie à Trianon. Mais le 
journal de Louis XVI nous apprend qu'il n'y eut pas de voyage 
à ce château avant le mois de juin. Si les faits racontés par le 
chroniqueur sont exacts, il s'agit, non d'un séjour, mais d'une 
promenade à Trianon. 

Marie-Antoinette devait, dès les premiers jours du printemps, 
venir fréquemment passer la journée dans cette résidence qui, 
grâce aux soins d'Antoine Richard , était délicieuse à ce mo- 
ment de l'année. Claude avait pris sa retraite', et son fils diri- 
geait seul les jardins depuis le mois de juillet 1782. Si la reine 
s'était montrée peu soucieuse de garder sous ses fenêtres les 
parterres botaniques méthodiquement ordonnés par Bernard de 
Jussieu, il ne fut pas du moins difficile de l'intéresser à la cul- 
ture des plantes d'ornement. En 1779, un robinia avait fleuri 
dans les serres de Trianon*; sur son ordre, madame Regnault, 
auteur de la Botanique mise à la portée de tout le monde ^ fut chargée 
de le peindre et de le graver. La reine se fit envoyer par l'empe- 
reur, en 1782, plusieurs caisses de fleurs*. Richard obtint d'elle 
la construction de nouvelles serres autour du bassin du Trèfle, 
et peu à peu l'horticulture reprit à Trianon la place qu'elle y te- 
nait du temps de Louis XV. En 1783, ces serres jie contenaient 
pas moins de deux mille trois cent cinquante arbustes à fleurs, 
sans parler de huit mille pots et d'un grand nombre d'arbres à 
fruits, parmi lesquels on comptait trois cent soixante-dix 
pêchers. Dans le jardin fleuriste, Richard réunissait de pré- 

i. 66. 

2. Il mourut deux ans après, le 24 novembre 1784. Aix:h. nat., OM879. 
— Son fils ne fut plus, comme lui, payé directement par le roi. Voy. le 
livre des dépenses particulières de Louis XVI. 

3. Mém. sec, 47 août 1779. 

4. 0* 1879. — M. deCastries offrit à la même époque des oignons de fleurs. 



840 LE HAMEAU. 

cieusGs collections qui faisaient Tadmiratiou des connaisseurs. 
La mode était aux tulipes, aux iris de Perse, aux jacinthes sur- 
tout. On aimait à grouper sur des planches distinctes les pieds 
de couleurs semblables : rouge, blanche, bleue, jaune, porce- 
laine, agathe, etc. Les pièces à Tappui des comptes offrent une 
liste de cent dix variétés de cette fleur, auxquelles les amateurs 
donnaient des noms qui ne le cèdent pas en étrangeté à ceux que 
Ton relève aujourd'hui sur les catalogues d'horticulture : il y 
avait la belle Galathée, la bergère, la chartreuse, le grand-visir, la 
rose sublime, le bâcha de Bulgarie, le grand-mogol, Proserpine, 
Absalon, le passe- Joab, la grandeur terrestre, le mont Vésuve, le 
gouverneur général, le commis des finances, etc., etc. Les roses 
surtout étaient en honneur à Trianon. On ne négligeait pas non 
plus les orangers. La récolte de leurs fleurs était estimée, pour 
les années médiocres, de vingt à trente livres ; pour les moyennes, 
de trente à soixante; pour les bonnes, de soixante à cent. La 
reine en faisait, tous les ans, des cadeaux au roi, à ses tantes, à 
la surintendante de sa maison, à la dame d'honneur, aux pre- 
mières femmes de chambre, au directeur général des bâtiments 
et à quelques autres fonctionnaires de ce service*. En 1783, Ri- 
chard projeta de garnir les vestibules, les escaliers et les apparte- 
ments du château d'une décoration d'arbustes fleuris. Cette propo- 
sition fut d'abord assez mal accueillie par le roi. Thierry, son pre- 
mier valet de chambre, répondit en son nom à l'architecte Mique : 
« S. M. m'ordonne de vous mander que vous ne risquez rien de 
beaucoup rabattre sur les onze cent soixante-quinze arbustes que le 
sieur Richard vous demande : ce sont ses propres expressions". » 
Le caractère de Louis XYI étant connu, on peut, sans craindre 
de se tromper, conjecturer que ce refus ne fut pas définitif, et 
que, si la reine insista, comme c'est probable, le château ne tarda 
pas à se revêtir de la parure florale que souhaitait son jardinier. 
Pendant les mois d'avril et de mai, Marie-Antoinette et son 

i. OH879. 
2. Ibid, 



LA TOUR DB MARLBOROUGH. 24i 

entourage furent tout entiers à la préparation d*un spectacle in- 
time à Trianon. D'après le chevalier de Tlsle, les pièces mises à 
Tétude étaient le Tonnelier, v^audeville d'Audinot, et les Sabots, 

m 

de Sedaine et Duni. Les comptes ne parlent pas du Tonnelier et 
mentionnent, avec les Sabots, les deux Chasseurs et la Laitière, 
d'Anseaume et Duni, et Isabelle et Gertrude, de Favart. Trois 
opéras-comiques suffisaient pour une représentation. Sans doute, 
après avoir parlé déjouer le Tonnelier, la troupe «des seigneurs» 
abandonna cette idée, sans que h» chevalier en fût averti. On 
verra d'ailleurs plus loin que Texactilude des renseignements 
fournis au prince de Ligne par son correspondant laisse quelque 
peu à désirer. 

La reine, pour ces pièces, surveilla elle-même la confection des 
accessoires. « Avoir peint, » dit le mémoire du décorateur Ma- 
zières, « pour la pièce des Sabots, jouée par les seigneurs à 
Trianon : un grand tertre de gazon orné de fleurs, posé au bas 

du cerisier 21 livres. 

Un cerisier isolé et percé de ses branches gar- 
nies de cerises 50 » 

Un lit de gazon fleuri, adapté au précédent gazon. 15 » 
Pour la même pièce, un autre arbre ordonné 
par la Reine, le premier n'étant ni assez gros ni 

assez grand 55 » 

Des marches de gazon fleuri et un siège pour 

s'asseoir et monter à Tarbre 30 » 

Ajoutons à ces indications, pour être complet, un passage du 
compte du tapissier : « Une demi-aune de satin pour faire les 
cerises, trois journées de femme pour les coudre, et coton pour 
y mettre... w Le prix n'est pas spécifié*. 

Babet (la reine) vient s'asseoir, pour prendre son goûter, sur 
le «lit de gazon fleuri, » peint par Mazières. Elle n'a que du pain 
sec à manger; au-dessus de sa tête pendent ces belles cerises 
en satin bourré de coton. C'est bien tentant, mais elles appar- 

1. 0» 3064. 

16 



243 LE HAMEAU. 

tiennent à Lucas, un vieux bonhomme qui les lui reprocherait. 
La goui-mandise pourtant remporte ; elle ôte son chapeau, son 
corsage, son tablier, ses sabots, et monte à Tarbre. Lucas, qui 
était caché derrière, paraît tout à coup et la surprend. Il est amou- 
reux d'elle, et il ne dira rien, si on lui donne un baiser ou au moins 
une bonne parole. Babet refuse, et, pour se venger, il prend ses 
sabots et les emporte. Arrive Colin qu'elle aime : elle partage 
avec lui les cerises volées à Lucas, il lui prête ses sabots pour 
rentrer chez elle, et on les marie, naturellement. Lucas se console 
en épousant la mère de Babet. 

Dans les deux Chasseurs et la Laitière^ Anseaumc n'a pas fait 
grands frais d'invention. C'est la mise en action des deux fables 
de La Fontaine : la Laitière et le Pot au lait et l'Ours et les deux 
Compagnons, La reine, en Perrette, passe en chantant : 

Voilà, voilà la petite laitière : 
Qui veut acheter de son lait? 

devant Guillot qui guette un ours. Un moment après, elle rentre 
pour pleurer son pot cassé, tandis que Guillot a fui devant l'ours, 
et ils se moquent l'un de l'autre. D'après les Mémoires du comé- 
dien Fleury , il y aurait eu grand concours parmi les courtisans pour 
jouer le personnage muet de l'ours. L'anecdote est assez plai- 
sante; mais on sait qu'il n'y a aucun fond à faire sur cette rela- 
tion apocryphe, pas plus que sur les Mémoires du coiffeur Léo- 
nard et de la comtesse d'Adhémar, qui ont tout juste la valeur 
d'un mauvais roman. 

On ne peut rien imaginer de plus inepte que le scénario 
A' Isabelle et Gertrude*. Un détail cependant est à noter dans cette 
rapsodie : c'est l'introduction dans la littérature française des es- 
prits aériens, sylphes, etc., qui devaient devenir plus tard si fort 
à la mode. Gertrude, veuve austère, qui n'admet que les senti- 
ments les plus spiritualisés, s'en laisse cependant conter par le 

t. Ou les Sylphes supposés. 



LA TOUR DE MARLBOROUGH. 243 

Vieux juge Dupré. Surprise par sa fille, qui a entendu la conver- 
sation sans voir l'interlocuteur, elle lui fait accroire qu'elle cau- 
sait avec un esprit aérien, « Tintelligence » de Dupré. Isabelle, 
profitant de la leçon, se met aussitôt en rapport avec « Tintelli- 
gence de Dorlis, » neveu du juge. La conclusion est que les deux 
couples s'épousent. Il n'y avait pas là de rôle pour la reine : Ger- 
trude est trop âgée, et sa fille a quinze ans. Le personnage de la 
première convenait à Diane de Polignac, et celui d'Isabelle à sa 
nièce, la jeune duchesse de Guiche. 

Ces trois pièces furent représentées le 6 juin, après avoir été 
répétées quatre fois : les 24 et 28 mai et les 4 et 5 juin*, a Tout le 
monde se porte bien ici, mon cher prince, » écrit le chevalier de 
risle au prince de Ligne, « hormis la Reine, qui ne salirait se por- 
ter, à cause d'une foulure qu'elle s'est faite au pied et dont les 
suites la retiennent sur une chaise longue depuis mercredi ; ce 
léger accident, qui a eu lieu à la répétition que la reine faisait 
de Topera du Tonnelier, en a retardé la représentation fixée d'a- 
bord à vendredi et remise à mercredi prochain. Elle se fera à 
Trianon, où la Reine ira s'établir demain pour toute la se- 
maine. » Il est possible que Marie-Antoinette se soit foulé le 
pied, le mercredi, mais c'est à une répétition d'Isabelle et Gertrude 
et non du Tonnelier, Ce n'est pas la représentation, mais une ré- 
pétition nouvelle qui fut remise du vendredi 30 mai au mercredi 
4 juin; les comptes, d'accord avec le journal de Louis XVI, 
fixent, comme nous l'avons dit, le spectacle au vendredi 6. Les 
nouvelles du chevalier ne provenaient pas, on le voit, d'infor- 
mations directes, il ne faisait que répéter des bruits plus ou 
moins exacts; et quand il ajoute : « Vous imaginez les acteurs 
sans que je vous les nomme, » on peut croire qu'il eût été bien 
en peine de les désigner. 

« N'y placez pas pourtant, » continue-t-il, « le duc de Poli- 



1. D'après le journal de Louis XVI, la reine paraU s'être établie à Trianon 
le i" juin. Il y eut un peu de pluie Je 3; elle tomba toute la journée du 4. 
Le reste du temps il fit assez beau avec un ciel couvert. 



244 LB HAMEAU. 

gnac, ni madame de Châlons, qui, non plus que leur bande', ne 
sont pas encore revenus d'Angleterre. Nous les attendons, ce soir, 
demain, tous les jours, celui de leur départ ayant été fixé, sui- 
vant ce qu'écrit madame de Coigny, à jeudi dernier; ce qui fait 
qu'ils auront eu, pour connaître à fond le sol, le climat, le gou- 
vernement, les mœurs, les ressources, les monuments et les per- 
sonnages célèbres de l'Angleterre, neuf jours tout juste. Notre 
ambassadeur, arrivé à Londres, pour la première fois de sa vie, 
une demi-heure avant eux, leur aura été bien secourable. » 
C'était le comte d'Adhémar. Il devait sa nomination à l'influence 
de madame de Polignac , et le marqua, en arborant son portrait 
dans le salon d'honneur de l'ambassade. Une députation de la 
fameuse société était allée, comme on voit, l'installer dans son 
nouveau poste. Les préliminaires de paix entre la France et 
l'Angleterre avaient été arrêtés le 20 janvier, et les deux gou- 
vernements échangeaient des plénipotentiaires pour préparer 
l'instrument définitif. 

La Grande-Bretagne envoya de son côté le duc de Manches- 
ter. La duchesse, sa femme, fut solennellement présentée à Ver- 
sailles, le 22 juillet. Conduite à la salle des ambassadeurs, dans le 
carrosse de la reine, par M. de Tolosan*, elle fut ensuite traitée 
chez le marquis de Talaru, premier maître d'hôtel, où il y 
eut deux tables de quarante couverts chacune, dont la prin- 
cesse de Chimay' et le marquis faisaient les honneurs*. 
« L'ambassadrice d'Angleterre, » dit, quelques jours après, 
la Correspondance de Métra", « a singulièrement pris à notre 
cour. Le roi, la reine et les princes s'empressent également 
à lui faire accueil. Sans être jeune ni jolie, la duchesse a 

1. La comtesse d'Andlaw, dont le mari avait été envoyé à Bruxelles à la 
place d'Adhémar, et la marquise de Coigny, belle-fille du duc, accom- 
pagnaient la comtesse de Chàlons. Hém, sec, 12 juillet 1783. 

2. Introducteur des ambassadeurs. 

3. Dame d'honneur de la reine. 

4. Mercure de France. 

5. 10 août 1783. 



LA TOUR DE MARLB0R0UGI1. 245 

un éclat et surtout une dignité de représentation et des grâces 
rares parmi nos femmes de la cour elles-mêmes, qui ont tant de 
prétentions. Elle pourrait bien influer sur cette opération tant 
contrariée, tant balancée, do la signature du traité. » Le 9 août, 
la reine la reçut à Trianon, et lui offrit une fête nocturne, 
de tous points semblable à celles de 1781 et de 1782*. Le roi 
n'y assista point, sans doute pour ne pas donner à ces avances 
une signification politique trop prononcée, la réconciliation 
entre les deux nations n'étant pas encore officielle*. 

Le séjour du 1*' au 6 juin fut le seul que Marie -Antoinette 
fit à Trianon pendant Tannée 1783. Le jardin était de nouveau 
livré aux terrassiers, maçons, charpentiers, etc., qui construi- 
saient le hameau. Le principal objet de cette nouvelle création 
( Voy. pL XVI) était un lac entouré de plusieurs maisons rustiques . 
Le roi donna, pour l'établir, le terrain au nord-est du jardin an- 
glais, entre l'allée de Saint-Antoine, l'allée du Rendez-vous et le 
bois des Onze- Arpents* (Voy./?/. III et XI). On le ceignit d'un 
fossé*. Les maisons se construisirent pendant l'été de 1783. Elles 
se divisent en deux groupes principaux, séparés par une rivière sor- 
tant du lac. Le premier était formé d'un moulin, d'un boudoir, du 
côté de l'avenue de Saint- Antoine, et, vers celle du Rendez-vous, 
d'un grand manoir qu'on appela maison de la reine, et de bâti- 
ments situés en arrière pour le service. Le second groupe comp- 
tait cinq fabriques : des logis pour le garde et le jardinier, 
une grange, un poulailler et une tour avec des dépendances 
contenant une laiterie et une pêcherie. A l'écart, près du bois des 
Onze-Arpents, on bâtit une ferme. L'extérieur de toutes ces mai- 



i. Le nombre des fagots brûlés fut un peu plus considérable : 5,500, coûlanl 
1,000 livres. 0* 1878, 1879, 1884, 3064. 

2. Le traité de Versailles, signé le 3 septembre 1783, fui proclamé à Paris 
seulement le 25 novembre, en vertu d*une ordonnance du 3. K. 17i9. 

3. Qi 1883. 

4. Une coupe d*arbres fut faite dans la remise en dehors de Tenceinte du 
jardin anglais, près du temple de TAmour, le 15 avril, et Ton abattit 71 ar- 
bres en deux lignes, le long des Onze Arpents. 0* 1876, 1877, 1880. 



346 LB aiMBAU. 

sons fut revêtu, par les peintres Tolède et Dardignac, d'une déco- 
ration imitant la vieille brique, la pierre effritée et le bois ver- 
moulu, avec dos lézardes et des crépis tombants*. Les planchers 
etcharpenlos furent construits d'après une nouvelle méthode, qui 
n'est pas expliquée dans les pièces de dépense, par Migneron 
a auteur do Tamélioration des bois, o Sur la hauteur, au coin du 
bois, Mique proposa de placer une ruine, l'inévitable ruine de 
M. do Caraman, sans cesse rêvée, mais dont le projet était tou- 
jours demeuré dans les cartons. Cette fois, ce n'était plus la 
44*" planche dos Ruines de Balbec qu'il s'agissait de copier. L'ar- 
chitecte avait imaginé un édifice rectangulaire orné de vingt- 
quatre colonnes, douze ioniques et douze corinthiennes, de plu- 
sieurs bas-reliefs, dont l'un représenterait le char d'Apollon, 
précédé de l'Aurore et suivi des Heures, et les autres : des groupes 
d'enfants figurant les Saisons, avec les Muses en ronde-bosse. A 
l'entour seraient semés des débris, censés tombés de la muraille. 
Des fenêtres d'un élégant salon placé au rez-de-chaussée, on au- 
rait la vue du lac, des maisons éparpillées sur ses bords, du ha- 
meau do Saint-Antoine et de toute la campagne vers la butte de 
Picardie et le bois de Fausses-Reposes. Un charmant modèle en 
talc et en cire fut préparé par Deschamps', mais on n'alla pas 
plus loin, et, bien qu'elle soit marquée sur certains plans contem- 
porains (Voy. pL XVI), la ruine ne fut pas exécutée. 

A la tour qui s'élevait fut donné le nom de tour de Marlborough, 
qui lui resta. En 1783, tout était à la Marlborough. L'air de la 
vieille complainte, composée en 1722 à la mort du fameux gé- 
néral anglais, avait été rajeuni par Beaumarchais pour le Mariage 
de Figaro, Il avait lu sa pièce, en 1782, au comte et à la comtesse 
du Nord ; mais la police en interdisait la représentation. Pour 
amorcer le public, l'auteur mit en circulation la chanson du 
page, qui fut bientôt dans toutes les bouches, e Par une circons- 



\, La peinture coûta 21,899 livres, W sous, 5 deniers. 0^ 4875-76, 1879, 
1882, 1884. 

2, 0> 1879,1880, 



LA TOUR DE MARLBOROUGH. 247 

tance assez bizarre, » disent les Mémoires secrets \ a personne ne 
savait à la cour cet air niais et plat. Madame Poitrine, seule, la 
nourrice du Dauphin, l'avait appris dans son village, et, un jour 
qu'elle le fredonnait, le Roi et la Reine la surprirent et la for- 
cèrent à le chanter; ils s'en amusèrent, voulurent l'apprendre, et 
les courtisans ne manquèrent pas de singer leurs maîtres. » Tout 
le monde le répéta bientôt à La Muette. La chanson originale de 
Marlborough redevint en honneur : Audinot la traduisit en pan- 
tomime ; Nicole t la joua sur son théâtre ; au carnaval, on en fit 
une mascarade. Marlborough devint cr le héros de toutes les 
modes... ; il y eut des rubans, des coiffures, des gilets, mais sur- 
tout des chapeaux à la Marlborough*. » Voilà comment on voit au 
Petit-Trianon une tour de Marlborough. 

a Madame la nourrice, » Geneviève Barbier, femme Poitrine, 
était une figure assez originale, dont les allures campagnardes tran- 
chaient sur l'urbanité obséquieuse des gens attachés à la cour. 
«Elle est bien nommée, o dit madame de Bombelles, ocar elleaune 
poitrine énorme et un lait excellent, à ce que disent les médecins. 
C'est une franche paysanne, femme d'un jardinier de Sceaux ; 
elle a le ton d'un grenadier, jure avec une grande facilité, ...ne 
s'étonne et ne s'émeut de rien. Les dentelles, le linge qu'on lui a 
donnés ne l'ont pas surprise : elle a trouvé cela tout simple, et a 
seulement demandé qu'on ne lui fît pas mettre de poudre, parce 
qu'elle ne s'en était jamais servie. Elle voulait mettre son bonnet de 
six cents livres sur ses cheveux, comme les autres cornettes. Son 
ton amuse tout le monde, parce qu'elle dit quelquefois des choses 
fort plaisantes'.» Elle avait trente-trois ans en 1783. Cette année, 
elle accompagna le dauphin à Trianon pour la dernière fois. On 
lui donna sa retraite avec une pension de 6,000 livres, dont 



1. 9 mars 1783. 

2. Mém. sec, i 9 juin 1783. — La duchesse de Marlborough se fil envoyer en 
Angleterre un spécimen de tous les costumes, chansons, farces, quolibets, 
calembours, etc., auxquels cet engouement donna lieu. Mém. sec, 14 août 
1783. 

3. Beauchesne, I, 182. 



±'»f* LU HAMKâU. 

500 livres roversibl(»s sur la tête de chacune de ses deux filles, el 
800 sur celle de son fils*. 

Au mois d'octobiH», le comte d'Adhémar envoya à la reine, 
pour le hameau de Trianon, un jardinier anglais, John Egglelon, 
« homme à talent, capable de conduire en tout genre les gazons, 
ayant même quelque* soup(;onde goût pour la façon des jardins. » 
Son protect(»ur, lord Southamplon, qui l'avait procuré à l'ambas- 
sad(»ur, ne lui connaissait quc^ le défaut d'un peu de libertinage; 
aussi conseillait-il de le placer sous les ordres d'un autre jardi- 
nier. A l'épreuve, il se trouva qu'il savait moins bien soigner les 
gazons qu'Antoine Richard. Il tomba du reste malade, peu après 
son arrivée, et l'on voit, par la nature des médicaments qui lui fu- 
rent ordonnés, qu'il ne faillit pas du moins à sa réputation de 
libertinage. On le renvoya en 1784, avec une gratification de 
600 livres*. 

Pendant l'hiver, les travaux de terrassement étant terminés, 
Richard planta la partie du parc qui entoure le hameau. On y mit 
48,621 pieds d'arbres pris dans la pépinière de la Rochetle près 
Melun'. La composition du paysage fait honneur au goût du jar- 
dinier de la reine : les arbres y sont groupés en masses simples 
entre lesquelles l'air se joue librement; des trouées, percées avec 
art dans la bordure, reliaient le jardin au petit village de Saint- 
Antoine-du-Buisson, à la plaine du Chesnay et à la prairie do 
Saint-Antoine, oii les bouquets de bois servant de remises au gi- 
bier, habilement disposés, formaient des perspectives lointaines. 
Richard était un des botanistes de ce temps qui connaissaient le 
mieux l'arboriculture. Au cours de ses herborisations et depuis, 
il en avait fait une étude particulière. On a de lui un remarquable 
travail sur les « arbres, arbrisseaux et sous-arbrisseaux existants 
en France et supportant nos hivers, » que Lerouge a publié dans 

{. État nominatif des pensions sur le trésor royal. Il a été réédité dans les 
Archives parlementaires, avec le Livre rouge, t. XIII-XV. 

2. 0* 1879, 1884-. Il avait été engagé moyennant 30 guinées par an el Ten- 
tretien. 

3. 04 1883. 



LA TOUn DE MARLBOROUGH. 240 

sa collection, en 1779 Ml y présente, en un tableau, tous les arbres 
par ra^g de taille, vus de face et de profil, suivant la figure et la 
nuance des feuilles, sans oublier les arbustes grimpants pour 
garnir les tonnelles et les murailles. 

Au commencement de 1784*, on couvrait les maisons rustiques 
de Trianon et Ton s'apprêtait à creuser le lac. Nous consacrons 
plus loin à la description du bameau un cbapitre spécial. 



1. Cahier VIL 

2. OM884. 



III 



LA ROBE BLANCHE DE LA REINE 



1783-1784 



Portrait de Marie -Antoinette en « chemise ou gaulle. » — Mœurs bourgeoises. 

Suppression de Tétiquette. — Versailles désert. 

Le salon des Polignac. — Grâces nouvelles qui leur sont octroyées. 

Fête en l'honneur du comte de Haga. — Un gala royal. — Illumination. 

L'habit de Trianon. 



Au salon de 1783 fut exposé, sous le n° HO, un portrait de 
Marie- Antoinette, qu'il ne faut pas oublier dans une histoire du 
Petit-Trianon. Il était do madame Vigée-Lebrun , récemment 
reçue à Tacadémie*, grâce à Tinfluence de Vaudreuil et de la 
société Polignac, dont elle devint le peintre attitré. Elle n'a 
pas fait moins de huit portraits de la duchesse de Polignac, 
quatre de la duchesse de Guiche, un du duc de Polignac, un du 
vicomte son père, six du comte de Vaudreuil, etc. Elle avait un 
salon qui réunissait la plus brillante société. MM. de Polignac, 
de Vaudreuil et leurs amis s'y amusaient mieux qu'à Versailles; 
ils y rencontraient M. de Galonné. G'est à ces hautes amitiés que 
madame Lebrun dut l'honneur de peindre la reine. Elle la repré- 
senta coiffée d'un chapeau de paille et vêtue d'une « chemise, 
costume, » disent les Mémoires secrets, « imaginé depuis peu par 



i . Son admission avait présenté des difficultés, à raison du commerce de 
son mari qui brocantait des tableaux. M'im. sec. Lettre sur le Salon de 1783. — 
Voyez, sur ce tableau, les Souvenirs de Madame Lebrun, 1, 46. La mémoire lui 
fait défaut pour la dale^ce qui lui arrive assez souvent dans Ténumération de 
ses œuvres. 



4 



LA HOBR BLANCHE DB LA RBINE. 351 

les femmes. » La chemise ou gauUe était une robe blanche, 
longue, sans aucun ornement. « S. M., » continue le compte 
rendu du salon, n est très bien'; elle a cet air leste et délibéré, 
cette aisance qu'elle préfère à la gêne de la représentation, et 
qui, chez elle, ne fait point tort à la noblesse de son rôle. Quel- 
ques critiques lui trouveitt le cou trop élancé : ce serait une pe- 
tite faute de dessin. Du reste, beaucoup de fraîcheur dans la 
figure, d'élégance dans le maintien, de naturel dans l'attitude 
font aimer ce portrait. » Cette robe blanche sera désormais le 
costume ordinaire de la reine à son château. C'est ainsi que ma- 
dame Campan' nous la dépeint : «Vêtue en blanc avec un simple 
chapeau de paille', une légère badine à la main, marchant à pied, 
suivie d'un seul valet, dans les allées qui conduisaient au Petit- 
Trianon. » 

L'usage des vêtements d'été tout blancs venait des colonies. 
L'année précédente, une flotte de cent voiles, échappant 
aux croiseurs anglais, avait débarqué en France dos femmes de 
Saint-Domingue portant un linge éclatant. La reine vit cet habil- 
lement, et, trouvant qu'il convenait à la saison d*été, l'adopta*. 
Ce fut un changement complet dans sa toilette qui, d'une magni- 
ficence excessive, passa tout à coup à la plus extrême simplicité. 
Le public, qui avait murmuré contre les plumes, les diamants, 
les broderies et les atours dispendieux, n'accueillit pas mieux la 
mousseline et la batiste. Il trouva indécent que la reine s'ha- 
billât « comme les femmes de chambre'. » L* abandon des robes 



i. Tous les écrits sur le salon de 1783 atleslenl la grande ressemblance du 
portrait : Changez-moi cette tête ou Lustucru au salon , in-i^; Messieurs, amis de 
tout le monde, in-i2 ; Marlborougk au salon, in-i2, etc. 

2. I, VI. 

3. La mode des chapeaux de paille datait de 1779. « Parées de chapeaux 
de paille unis, et comme de simples bergères, S. M., madame la comtesse 
d'Artois et madame la comtesse Jules de Polignac passent les beaux 
moments du jour en promenades champêtres dans les bois, dans les prairies. » 
Lettres de M. de Kageneek, 20. 

4. Mémoires du comte de Vaublanc; Paris, i857, in-iS, 118. 

5. Soulavie, Mémoires^ VI, 41. 



252 LR HAMEAU. 

(le soie ruinait le commerce de Lyon, et le bruit se répandit que 
cette révolution de la mode était le résultat d'un profond calcul 
concerté entre Joseph II et sa sœur pour faire prospérer les fa- 
briques de linon de Bruxelles. Le tableau de madame Lebrun fut 
l'objet de critiques tellement vives qu'on dut le retirer du salon. 
Notons bien ce portrait*; nous en retrouverons le costume dans 
l'affaire du collier. « Je fus mise, » dit, dans son mémoire, la fille 
Oliva", « en robe blanche de linon moucheté; c'était, autant que 
je puis m'en souvenir, une robe à l'enfant ou une gauUe, espèce 
de vêtement qu'on désigne plus souvent sous le nom de che- 
mise. » 

Cet habit de « simple particulière, » suivant l'expression du 
comte de Vaublànc, marque le moment où la reine, que ne re- 
tiennent plus les observations de sa mère, s'est débarrassée de 
toutes les gênes et vit enfin à sa guise. Elle a renoncé aux dissi- 
pations bruyantes d'autrefois. Maintenant, elle est engouée de 
vie intime et de mœurs bourgeoises. L'éducation des enfants par 
les parents est devenue à la mode; les éditions du livre de Ber- 
quin, l'Ami des enfants, se multiplient'. La reine veut élever 
elle-même sa fille. « On la lui amène tous les matins, à dix 
heures, » disent les Mémoires secrets*, « et on lui donne ses le- 
çons devant elle jusqu'à midi. Elle est très sévère et ne lui passe 
jamais rien. » L'étiquette est entièrement abolie, au grand scan- 
dale des survivants de l'ancienne cour. « Louis XIV serait un 
peu étonné, » dit le marquis de Mirabeau, « s'il voyait la femme 
de son arrière-successeur, en habit de paysanne et tablier, sans 
suite ni page, courant le palais et les terrasses, demandant au 
premier polisson de lui donner la main que celui-ci lui prête 



i. Madame Lebrun dit, dans ses Souvenirs, en avoir fait trois copies. Si- 
cardi a peint la reine dans le même costume. Livre-journal de madame 
Etoffe, t. I. 

2. Premier mémoire pour la demoiselle d'Oliva; Paris, 1786, in-4«. Dans son 
second mémoire, elle dit que la robe blanche avait « un dessous rose ». 

3. Voyez la correspondance de Grimm. 

4. 3 mai 1783. 



LA ROBK BLANCHE DE LA REINE. 253 

seulement jusqu'au bas de l'escalier. » Le peuple, qui venait à 
Versailles faire ses dévotions à la majesté royale*, était tout 
déconcerté de trouver le temple sans culte et dépourvu de ce 
pompeux appareil qui décèle la présence de la divinité. Un livre, 
publié à Londres pendant la Révolution, nous dépeint* les im- 
pressions d'un provincial qui, en entrant dans la salle des cent- 
suisses, y vit passer « la Reine en déshabillé blanc, les cheveux 
en désordre, portant sur son bras une cape de taffetas noir dont 
le bout traînait à terre , et se pressant au bras de M. de Vau- 
dreuil, en frac écarlate, une houssine à la main, la chevelure 
roulée et relevée par un peigne. » Jamais, depuis, on ne put lui 
ôter de Tidée que la reine ne fût pas la maîtresse de ce cavalier 
qui était si familier avec elle. 

Déjà, en 1780, Mercy' craignait que « le défaut d'occasions 
de faire sa cour n'en diminuât à la longue l'habitude et le désir », 
et il remarquait qu'il « y en avait eu, cette année même, un in- 
dice, le jour de la fête du Roi, où il ne s'était pas trouvé à Ver- 
sailles la moitié du monde que l'on y voyait les années précé- 
dentes. » « Voilà, » disait Marie-Thérèse*, « voilà l'effet des 
étiquettes levées. » Bientôt « le rang, les services, la considé- 
ration, la haute naissance ne furent plus des titres pour être ad- 
mis dans l'intimité de la famille royale... Excepté quelques fa- 
voris que le caprice ou l'intrigue désigna, tout le monde fut 
exclu... Seulement, le dimanche, les personnes présentées pou- 
vaient, pendant quelques instants, voir les princes. Mais elles se 
dégoûtèrent, pour la plupart, de cette inutile corvée dont on ne 
leur savait aucun gré ; elles reconnurent à leur tour qu'il y avait 
de la duperie à venir de si loin pour n'être pas mieux accueil- 
lies, et s'en dispensèrent... Versailles, ce théâtre de la magnifi- 

1. Voy. les mémoires de madame Campan. 

2. Conversations recueillies à Londres pour sei'vir à l'histoire d^wie grande 
reine ; Paris f 1807, in-8<>. 

3. III, 265. 

4. Mercy, III, 483. 



254 LB HAMEAU. 

cence de Louis XIV, où Ton venait avec tant d'empressement 
de toute l'Europe prendre des leçons de bon goût et de politesse, 
ne fut plus qu'une petite ville de province où l'on n'allait qu'avec 
répugnance, et dont on s'enfuyait le plus vite possible*. » Après 
son déjeuner, le roi, pour se distraire, montait dans les combles 
du palais, et de là, avec une lorgnette, il épiait les rares car- 
rosses qui faisaient leur apparition dans l'immensité vide de l'a- 
venue de Paris*. 

Toute la semaine, Marie- Antoinette menait la vie de château 
chez la duchesse de Polignac. Quand elle entrait chez son amie, 
elle se plaisait à dire : Maintenant, « je ne suis plus la Reine, je 
suis moi*. » « On se rassemblait dans une grande salle de bois, 
construite à l'extrémité de cette aile du palais qui regarde l'oran- 
gerie ; au fond, il y avait un billard ; à droite, un piano ; à gauche, 
une table de quinze. On y faisait de la musique, on causait \ »Le 
peu qui restait de cour se tenait là. La duchesse donnait des 
soupers, des bals, des concerts, des spectacles que le roi et la 
reine honoraient de leur présence. La comtesse Diane de Poli- 
gnac, dans des mémoires sur sa belle-sœur qu'elle a publiés en 
1798, fait remarquer avec raison que, si son frère a reçu des 
sommes considérables, la plus grande partie en fut employée 
aux dépenses qu'entraînait cette représentation exceptionnelle. 
Il faut noter cependant que les maisons du roi et de la reine 
payaient une partie des frais". Mcrcy rapporte* que, en 1780, il 
était question de donner au duc de Polignac le comté de Bitche 
en Lorraine et que ce projet n'avait pas eu de suite. Après la 
mort de Marie-Thérèse, on revint à l'idée de le doter d'un do- 
maine engagé, et il obtint le comté de Fenestrange, aussi en Lor- 

1. Le duc (le Lévis. Souvenirs et Portraits; Paris, 1857, in-12, 333. 

2. Le comte d*Hézecques. Souvenirs d'un page; Paris, 1873, in-12, 160. 

3. Mémoires de la comtesse Diane de Polignac, 

4. Lévis, 330.— Je n*ai pas trouvé à quelle époque cette salle de bois fut 
construite. 

0. Voy. les comptes des Menus-Plaisirs. 

6. ni, 381. 



LA ROBE BLANCHE DE LA REINE. 255 

raine. En 1782, il préféra échanger cette propriété pour sa va- 
leur en argent, et on la reprit contre une ordonnance au porteur 
de 1 ,200,000 livres qui, déposée au trésor, lui rapporta, en atten- 
dant un meilleur placement, 60,000 livres de revenu. Il avait 
une gratification annuelle de 30,000 livres. Sa femme, en qua- 
lité de gouvernante, recevait 24,000 livres pour les livrées. La 
reine y fit ajouter, en 1783, une pension viagère de 80,000 li- 
vres sur la tête du duc et de la duchesse après lui*. A la fin de 
Tannée 1783, la société Polignac, qui s'était essayée, trois ans 
auparavant, à faire nommer deux ministres, MM. de Ségur et de 
Castries, tenta un coup de maître et réussit. Elle profita du dé- 
sarroi, où la démission de Necker et l'incapacité de ses succes- 
seurs avaient jeté l'administration des finances, pour imposer 
Galonné au roi. Avoir le contrôleur général dans la main, c'était 
tenir la clef de la caisse*. Presque en même temps, Vaudreuil 
arrachait l'autorisation de représenter le Mariage de Figaro^ 
cette pièce dont Louis XVI disait, sans savoir si bien prédire, 
que, « si on la jouait, il faudrait démolir la Bastille'. » 

Le salon de madame de Polignac, àVersailles, et le château de 
la reine, àTrianon, étaicntles deux seuls points demeurés brillants 
dans cet obscurcissement de la splendeur royale. C'est au Petit- 
Trianon surtout que la cour fêta, le 21 juin 1784, le roi de Suède 
qui venait, pour la seconde fois, visiter la France, sous le nom de 
comte de Haga. « La reine , » dit madame Campan *, « fort prévenue 
contre GustavelII, le reçut avec beaucoup de froideur. »Ils étaient 
c<)pendant bien faits pour s'entendre. Le monarque suédois avait. 



1. Archives parlementaires^ 1" série; Paris, 1882, in-8**, XIII. Livre rouge et 
État nominatif des pensions, 1»* classe. 

2. « Le départemenl des finances, » dit Augeard, ce était celui qui conve- 
nait le plus à leur rapacité, » 

3. Madame Campan, I, c. xi. — Mém. sec., 27 septembre 1783. — C'est par la 
reine qu'il Tobtint. Elle devait assister à la représentation, une incommodité 
Ten empêcha; le comte d'Artois y alla. Madame de Polignac sollicita et 
obtint Tautorisation de quitter le dauphin pour n*y pas manquer. 

4. I, 244. 



i56 LE HAMEAU. 

comme elle, le goût du jardinage et ils avaient échangé les plans 
et vues des paysages et des fabriques de Drotlningholm et de 
Trianon*. Quant à la passion des spectacles, Gustave III rem- 
portait encore sur Marie-Antoinelte. Il composait lui-même des 
pièces de théâtre, et, pour les jouer, il obligeait « des jeunes filles 
de haute naissance, des mères et des vieillards » à monter avec 
lui sur les planches. Il dirigeait en personne les acteurs , leur donnait 
des leçons de déclamation, écrivait de sa main les billets d'invita- 
tion et allait jusqu'à employer, pour les représentations, les dia- 
mants de la couronne. C'est à Topera qu'il entretenait les mi- 
nistres étrangers*. Aussi la glace du premier accueil, dont parle 
madame Campan, ne tarda-t-elle pas à se fondre. 

La fête de Trianon dépassa en magnificence tout ce qu'on 
avait vu jusque-là. Elle « a été charmante, » écrivit à son frère 
le monarque suédois, « on a jouée sur le petit théâtre le Dor- 
meur reveille', par M. de Marmontel, musique de Gretri', avec 
tous l'appareille de les ballets de l'opéra, reunis à la comédie 
ittallienne. La décoration de diamans termina le spectacle. On 
souppa dans les pavillons du jardin, et après souper, le jardin 
anglois fut illumminnée : c'etoit un enchantement parfait. La 
Reine avait permis de si prommener aux personnes bonnettes 
qui n'ettoit pas du soupper, et on avoit prévenu qu'il falloit être 
habillées en blanc, ce qui formoit vraiment le spectacle des 
Champs EUisées. La Reine ne voulloit pas ce mettre à table, 
mais fit les honneurs comme l'auroit pu faire la niaitresse de 
maison la plus bonnette. Elle parla à tous les Suédois et s'oc- 
cuppa deux avec un soin et une attention extrême. Toutte la fa- 
mille Royal y ettoit, les charges de la cour, leurs femmes, les 
capitaines des gardes du corps, les cheffes des autres troupes de 
la maison du Roi, les ministres et l'ambassadeur de Suède. La 
pr. de Lambal fut le seul des princesses du sang qui y ettoit. 

i. Gustave III,], 367. 

2. Gustave III, II, 57. 

3. I.e roi fait ici erreur : la partition est de Piccini. 



Là ROBB BLâNCHB de Là REINE. 257 

La Reine avoit exclu tous les princes, le Roi ayant été mécon- 
tent deux pour une tracasserie qu'ils ont fait au prince de Poix, 
capitaine des gardes du corps de quartier, pour des loges, le jour 
du grand spectacle de Versaille*. » 

Le Dormeur éveillé était une pièce nouvelle, encore inconnue 
du public; elle avait été jouée une fois seulement, l'année précé- 
dente, pendant le voyage de Fontainebleau •. Le sujet, tiré des 
Mille et une NuitSy prêtait aux plus merveilleux effets de scène : 
Hassan, simple particulier, devient calife, puis retourne à son pre- 
mier état, pour remonter ensuite sur le trône, auquel il finit par 
préférer une jeune esclave qu'il a élevée et qu'il adore. On a vu, 
dans la lettre de Gustave III, reparaître à cette occasion la décora- 
tion des diamants dont il a déjà été question et dont nous aurons 
à reparler plus tard. Un exemplaire de la pièce, relié en maroquin 
vert avec grande dorure et aux armes de Suède, fut offert au 
comte de Haga'. On en prépara pour LL. MM. et la famille 
royale neuf autres en maroquin rouge avec dentelle en argent 
aux armes de la reine*, et deux cents brochés* furent distribués 
aux spectateurs*. 

Le souper donne une haute idée de l'hospitalité de la cour de 
France, à en juger par la partie du menu qui nous a été con- 
servée \ Encore n'avons-nous là que l'état des potages, des en- 
trées et des rôts; il nous manque la fourniture des services de la 
pâtisserie, des entremets, de la paneterie, du gobelet, de la frui- 
terie. On compte environ cent quatre-vingt plats de boucherie, 
volaille et gibier différents. Il y a : la grande table d'honneur, 



1. Je dois la copie de ce documeat à l*obligeauce de M. Macs Anncrsledl, 
bibliothécaire de l'université d'Upsal. CoUeclion de Gustave III, vol. V, in-4<>y 
n» 101. 

2. Mém. sec., 29 juin 1784. 

3. La reliure coûta 9 livres. 

4. A 4 livres chaque. 

5. Coûtant ensemble 40 livres. 

6. Arch. nat. O>3066, 3067, 

7. Voir aux pièces justificatives : III, Fête en l'honneur du comte de Hnga, 

17 



258 LB HAMEAU. 

OÙ paraissent huit potages, huit plats d'œufs frais, huit terrines, 
huit relevés de potages, quarante-huit entrées, seize rôts, 
dix-huit grands et quarante-huit petits entremets, — et trois 
tables plus petites : la table du roi, la table de la reine et la table 
dos Suédois. Des mets spécialement préparés sont servis au roi, 
à la reine et au comte do Ilaga. Le menu en est assez modeste, 
comparé à la profusion générale : il se compose de quatre entrées, 
un rôt et quatre entremets*. Le même privilège est réservé à Mes- 
dames, h madame de Lamballe et à madame de Polignac. Les 
tables d'honneur devaient occuper Tantichambre, la grande salle 
à manger, la salle do billard et le salon do compagnie. A dos ta- 
bles séparéc^s, au rez-do-chaussée du château, dans les dépen- 
dances et au Graud-Trianon, étaient traités les officiers des gardes 
du corps, les gardes eux-mêmes, les officiers de la chambre, les 
femmes de chambre de la reine, celles qui étaient attachées aux prin- 
cesses invitées. L'intendant des menus, le machiniste en chef des 
spectacles royaux présidaient d'autres tables de suite. Tout le per- 
sonnel des acteurs, danseurs et musiciens de Topera eut, avant 
la représentation, un dîner de deux cents couverts, et pendant et 
après la comédie, un ambigu copieux. Les musiciens des gardes 
françaises et des gardes suisses, à leur tour, mangèrent à quatre 
grandes tables. On n'oublia ni les concierges, ni les jardiniers 
du Grand et du Petit-Trianon qui furent nourris deux jours du- 
rant. Tout le monde eut part au gala ; les filles et garçons du 
garde-meuble, de la garde-robe, de la cave, les valets de pied du 
roi, de la reine, des princes, les officiers du gobelet, les officiers 
de la bouche, les garçons et apprentis de cuisine, les éplucheuses 
de légumes, etc., sans parler « d'un nombre infini d'ouvriers, de 
gens des écuries et de cent cinquante musiciens environ répandus 
dans le jardin,... etàqui l'on distribua, le jour, la nuit et le lende- 
main de la fête, des morceaux détachés •. » 

i. Détail curieux : le roi de Suède mange, en guise de rôl, une friture 
de poisson, et ce poisson est assez commun : c'est du rouget. Il figure très 
peu de poisson dans le banquet. 

2. Arch. de Seine-et-Oise. E. 4476. 



LA ROBE BLANCHB DE LA REINE. 259 

Les divertissements nocturnes furent un peu gâtés par la tem- 
pérature qui était plus basse que d'ordinaire à cette époque de 
Tannée. « Je me porte bien, » écrit le roi de Suède, « à un fur- 
rieux rume près, que je dois au froid excessif qu'il fait ici. » Le 
ciel était couvert, mais il ne plut pas et le vent* ne contraria 
point rillumination qui fut plus éclatante encore que les précé- 
dentes. Aux éventails et aux ifs chargés de lumières, à ces lam- 
pions couverts qui donnaient, au dire de la comtesse de Sabran*, 
des reflets si doux et « des ombres si légères que Teau, les ar- 
bres, les personnes, tout paraissait aérien; » aux transparents 
figurant des amoncellements de roches près de la cascade, des 
touffes de roseaux, des buissons factices, des pots à bouquets, 
on ajouta cinq cent cinquante-huit autres transparents peints à 
la détrempe et soixante-douze à Thuile, représentant des rochers, 
des arbustes, des fleurs. Le feu derrière le temple consuma 
6,400 fagots*. 

L'effet des robes blanches, au milieu de cette féerie, devait être 
surprenant. Un costume était aussi imposé aux hommes invités à 
Trianon. Ce détail nous est révélé par un état de la garde-robe du 
duc de Guiche, conservé aux archives de Seine-et-Oise*. On y 
trouve énumérés les uniformes de chasse ou d'appartement qui 
étaient de rigueur dans certaines résidences. Il y avait des habits 
différents à la cour pour l'équipage du cerf, pour l'équipage du 
sanglier, un uniforme pour les chasses du comte d'Artois, un 
autre pour Choisy. Quand on était reçu chez le prince de Condé, 
il fallait trois costumes : pour la chasse du cerf, pour celle du san- 
glier, pour les salons. L'habit de Trianon était écarlale, avec une 

1. Bibliolhèque du ministère de rintérieur : Almamtch royal annoté. 

2. Correspondance de la comtesse de Sabran et du chevalier de Bouf fiers; 
Paris, 1873, in-S», 291. 

3. Ils coûtèrent l,2171iyres. Arch. nat. Oi 1875, 1878, 1879, 1884. — Il existe 
aussi aux archives nationales une relation du voyage de Gustave 111, rédigée 
principalement au point de vue du cérémonial, mais qui ne contient aucun 
détail relatif à la réception de Trianon. K. i6i. 

4. E. 1187. 



260 LE HAMEAU. 

veste à fond blanc, brodée de fil d'or*. C'est toujours, comme on 
voit, la livrée de la reine. Il est probable que l'habit de Trianon 
n'était pas obligatoire pour les hommes autorisés accidentellement 
à se promener dans les jardins pendant une illumination ou un 
concert, et que les courtisans admis à la table ou aux spectacles de 
la reine le portaient seuls. En quittant la France*, Gustave III fit 
promettre à la reine de lui envoyer son portrait et celui de ses 
deux enfants. Elle tint parole et y joignit un souvenir du Pe- 
tit-Trianon où le monarque avait été reçu avec tant de magni- 
ficence. Nous aurons à reparler de ce tableau que, par une déli- 
cate attention, elle commanda à un artiste suédois. 



1. L*état de la garde-robe dit : « même galon que celui de Choisy, » sans 
décrire ce dernier. L*habitde Trianon du duc de Guiche datait de 1783. 

2. D'après le journal de Louis XVI, le comte de Haga soupa le 19 juillet 
avec la famille royale et partit après souper. La reine de son côté alla s'éta- 
blir à Trianon. 



IV 



LES ENFANTS ROYAUX A TRIANON 



1784 



Épigrammes aimables du comte de Ségur et du chevalier de Boufflers. 
Madame royale et le dauphin. — Leur ordinaire. — Le loto du roi. — Spectacles. 

Le prince Henri de Prusse. 
Progrès du hameau. — L'horloge du château. •— Achat de Saint-Cloud. 

Refroidissement entre les deux amies. 
La duchesse de Fitz-James. — Présentations à la cour. — Pastorale. 



Pendant la fin de Tété, en 1784, la reine fit deux voyages à 
Trianon, du 20 juillet au 6 août et du 29 août au 18 septembre*. 
C'était toujours le même train de vie, la même société, la même 
amitié pour madame de Polignac. Le vicomte de Ségur en avait 
fait, dans de petites feuilles qu'on se passa de main en main au 
nouvel an, une satire qui, pour être aimable et de bonne compa- 
gnie, n'en offre pas moins des traits piquants*. Sous le titre de 
Bibliothèque des dames de la cour^ avec de nouvelles observations^ 
il avait noté pour plusieurs le côté saillant de leur caractère : 



4. 11 dut y avoir une interruption du 3 au 7 septembre. Une pièce des 
comptes de 1784 établit que pendant les séjours de la reine un piqueur veil- 
lait la nuit au Petil-Trianon. Arch. nat. 0* 1878. — Du 19 juillet au 6 août, le 
temps fut variable et orageux. Les seules journées complètement belles furent 
cel]esdes25,26,30,31 juilleteti"et2août. — Les 29, 30 et 31 août, il plut. 
Le temps se remit le 1"' septembre et fut magnifique jusqu'au 18. 

2. Mém. seCf 15 janvier 1784. 



±6t LB HAMBAU. 

Traité de l'amitié à l'usage des souverains, par la Reine de France. 

Traité sur lé plaisir, dédié à la Reine... 

L'empire des femmes^ dédié à madame de Ghâlons par le duc de Coigny... 

J'ai donné dans la boue, livre dédié à la comtesse Diane par le marquis 
d'Anlichamp. 

Une jolie ^ mine mène à tout, dédié à la duchesse de Polignac par le comte 
de Vaudreuil, etc. 

Le vicomte de Ségur avait aussi fait courir un journal imagi- 
naire sous forme de Peliies- Affiches, avec des annonces de spec- 
tacles* : 

L*on jouera demain, sur le lhé<\tre du Pelit-Trianon, V Amitié sur le trône, 
dranie nouveau en cinq acles et en prose, de M. le comte de Linières. 

La Heine y fera le principal rôle. 

On donnera pour petite pièce les On di/^opéra-comiqué' nouveau de Bouf- 
fiers, commandé par Sa Majesté. 

La dernière de ces pièces supposées fait allusion à une 
chanson que le chevalier avait composée sur les défauts de la 
reine, par ordre de cette princesse elle-même*: 

Voulez-vous savoir les on dit 

Qui courent sur Thémire?.., 
On dit que le trop de sens 

Jamais ne la tourmente , 
On dit même qu*un grain d'encens 

La ravit et Tenchante... 
Sans régoïsnie rien n'est bon, 

C'est là sa loi suprême ; 
Aussi s'aime-t-elle, di(-on, 
. D'une tendresse extrême... 
Peut-on la blâmer 
De savoir aimer 
Ce que tout le monde aimel 

La reine que le chevalier accuse d'égoïsme paraissait pourtant 
très attachée à ses deux enfants. « Le dauphin, » dit le comte 



1. Mém. sec, 18 mars 1784. 

2. Ibid., 29 mars et 4 avril 1784. 



LKS ENFANTS BOYAUX A TRIANON. 263 

d*Hézecqucs\ « croissait avec peine; sa santé délicate, son tem- 
pérament rachitique, et surtout un développement' d'idées peu 
ordinaire à son âge, faisaient prévoir que la France ne le conser- 
verait pas longtemps. Madame royale *, quoique très petite pour 
son âge, avait la dignité de port et la fierté d'attitude de sa mère. 
Cette fierté autrichienne s'était tellement développée en elle dès 
sa première enfance, qu'on s'était vu obligé d'y remédier et de cher- 
cher à l'en corriger. Un des moyens que Ton reconnut les plus 
propres à atteindre ce but fut de lui donner une petite compagne 
de son âge et de naissance obscure qui, alternativement avec la 
princesse, obtenait la préférence dans les choses de politesse 
et d'égards. Et ce qui prouve la bonté de caractère de Madame, 
c'est que, loin^ d'éprouver de l'antipathie pour cette jeune per- 
sonne, elle lui a toujours conservé un grand attachement. » 

Madame royale et le dauphin avaient suivi à Trianon la reine 
qui s'occupait de les amuser. Par son ordre, Antoine Richard 
traça pour Madame royale un petit parterre dans le jardin fran- 
çais '. On réunit aussi pour elle un petit troupeau de dix chèvres 
et moutons \ Le berger qui les soignait avait sa cabane auprès 
de l'orangerie'. Le frère et la sœur s'aimaient tendrement et ne 
se quittaient point. Leur mère les fit peindre plusieurs fois par 
madame Lebrun, jouant ensemble dans le jardin de Trianon. 
L'un de ces tableaux les représentait donnant une grappe de 
raisin à une chèvre*. Un autre, dont il a été fait une fort belle gra- 
vure', nous les montre blottis l'un contre l'autre au pied d'un 



1. Souvenirs, 22. — On lui avait fait rentrer la croûte de lait, disent les jf^- 
moires secrets. 

2. Ibid, 26. 

3. OH878. —Lors de la Révolution, on vendit deux petits arrosoirs d'en- 
fant en fer-bianc et cuivre et plusieurs jouets (n° H833). 

4. OH884. 

5. 014879. 

f». Hézecques. Souvenirs d'un page, 154. 

7. Par Maurice Blot, 1786. — Le tableau est au musée de Versailles. 
11 a figuré au salon de 1785 sous le n« 85. 



204 LE HAMEAU. 

grand arbre, à côté d'un buisson de roses; la petite fille a un nid 
sur ses genoux et son frère tient un oiseau à la main. A Trianon, 
ils étaient logés, sous Taile de madame de Polignac, au second 
étage du château. J'ai donné plus haut une idée de l'ordinaire 
du roi et de la reine : les enfants royaux avaient aussi chacun 
sa petite table, servie d'après une règle invariable*. 

DINEB DE MADAME ROYALE. 

Potages l'uni, 

le riz. 

Entrée le can^ de mouton glacé. 

Rôt le faisan rôti. 

Entremets, ... la chicorée au bouillon, 

les petits navets. 

Voici maintenant le menu d'un repas du dauphin : 

Potage l'uni. 

Viande Taile de poulet. 

Entremets. . . . Tartichaut à la poulette, 

la purée de lentilles. 

Madame Elisabeth avait, comme toujours, accompagné la 
reine. « J'ai été hier, » écrit, le 1" septembre, madame de Bom- 
belles à son mari', « à Trianon où est madame Elisabeth, qui 
m'avait fait chercher en chaise pour monter à cheval avec elle; 
j'ai vu la Reine qui m'a traitée avec toutes sortes de bontés. 
Après la course de cheval', madame Elisabeth est revenue dîner 
avec la Reine, et la comtesse Diane m'a emmenée à Montreuil, 
où elle m'a donné à dîner... » Madame de Bombelles retourne 
voir madame Elisabeth le 15 septembre* : « Je n'ai pu me dis- 
penser d'aller avant-hier à Trianon, et j'ai d'autant mieux fait 
que j'ai été traitée à merveille par le Roi, par la Reine, et con- 

1. K. 1719. 

2. Beauchesnc, l, 240. 

3. Voy. au cabinet des estampes de la bib. nal., dans la série des portraits, 
des gravures en couleur représentant la reine et les princesses à cheval. 

4. Lettre du 17. Beauchesne, I, 241. 



LES ENFANTS ROTAUX A TRIANON. 365 

séquemmenl par le reste des personnes qui y étaient. J'y ai perdu 
mon argent, selon ma louable coutume... J'y ai vu M. d'Adhé- 
mar qui m'a beaucoup parlé de toi et de tout le plaisir qu'il avait 
eu de te recevoir à Londres. » 

Louis XVI était enchanté de cette vie de famille. On constate 
par son journal qu'il se plaisait beaucoup à Trianon où il passait 
fréquemment toute la journée. Il aimait à lire dans le jardin, 
sur un banc, ou sous cette tente, que l'on voit décrite dans le 
procès-verbal de la vente du mobilier de la liste civile* : « en 
coutil, doublée de taffetas bleu, avec des jalousies. » Il était 
devenu très amoureux de la reine, qui se trouvait grosse pour la 
troisième fois. Marie-Antoinette, de son côté, se montrait plus 
soucieuse de lui être agréable. Elle ne jouait plus gros jeu comme 
jadis; c'étaitleloto, divertissement favori du roi*, qui avait les hon- 
neurs de la soirée. « J'ai encore été h Trianon samedi dernier'.., » 
dit madame de Bombelles, (c le Roi a joué au loto à côté de moi, 
et m'a traitée avec la plus grande distinction... » 

Pendant ces deux voyages, il y eut trois spectacles : le 31 juillet et 
les 15 et 18 septembre, d'après le journal du roi*. Le 31 juillet, la 
comédie française donna le Comédien bourgeois, parade, et la 
comédie italienne : les Amours d'été, opéra-comique". Il y eut, 
après, une petite illumination'. Le 13 septembre, on joua le 
Barbier de Sécille, mis en musique par Paisiello. La pièce dut 
subir quelques coupures et retouches, car on trouve dans les 
comptes la mention d'une gratification de « 500 livres à Fra- 
mery, auteur, pour avoir arrangé le Barbier de Séville, repré- 



1. N« 12260. 

2. Mercy, ID, 457. 

3. 18 seplcmbre. Lettre du 21, Beauchesne, I, 241. 

4. D'après los comptes, les comédiens français auraient en outre joué, le 
5 août, Berlingue, parodie d'Hemelingue. Il est possible que le mémoire se 
rapporte à la représentation du 31 juillet. 

6. De Piis et Barré. 

6. Le mémoire donne ia date du 2 aoûl« mais le roi n'en parle pas ce 
jour-là. 



f66 LB HAMEAU. 

sonlé devant la Reine. » — Le spectacle du 18 était une première 
représentation. Dardanus qu'on donna ce jour-là ne parut à Paris, 
sur la scène de l'opéra, qu'au mois de novembre *. Ce drame lyrique 
fut joué à Trianon avec une grande pompe par <( les sujets de l'aca- 
démie royale de musique et de danse. » Douze exemplaires de la 
pièce, reliés aux armes de la reine avec dentelle en or, furent 
distribués aux membres de la famille royale, et deux cent cin- 
quante brochés aux spectateurs". Madame de Bombelles trouva 
la pièce « superbe'. » 

Il n'est pas impossible que cette représentation d'apparat ait 
été donnée en l'honneur du prince Henri de Prusse*, venu en 
France sous le nom de comte d'Œls, qui élait grand amateur de 
musique : il ne voyageait pas sans être accompagné de son pre- 
mier violon, avec lequel il exécutait des duos. Il se trouvait à 
Paris depuis la fin du mois d'août et y était l'objet des empres- 
sements qui, dans notre pays, vont toujours au-devant des étran- 
gers. Il témoignait de son côté pour la France une grande sym- 
pathie. On rapporte qu'en s'en allant il dit : « J'ai passé la plus 
grande partie de ma vie à désirer de voir la France; je vais eu 
employer le reste à la regretter'. » Marie-Antoinette écrivait à 
(îustave III, le 1" octobre' : (( Je n'ai pas encore eu beaucoup 
d'occasions de voirM.leprincellenri, parce que, depuis son arrivée 
ici, j'ai passé la plus grande partie du temps à Trianon, n'y rece- 
vant que les personnes que je connais le plus et toujours en petit 

1 . Le 30. La musique de cet opéra, primitivement écrite par Rameau, avait 
été refaite par Sacchini. Voir Grimm, XIV, 78. 

2. L'impression du livret coûta 432 livres, la brochure des 250 exemplaires : 
62 livres, la reliure des autres: 36 livres. Mazières fil des décors neufs pour la 
pièce. Des gardes françaises furent employés à la représentation, ainsi qu'à 
celle du Barbier de SévUle, La copie de la partition de ce dernier opéra coûta 
485 livres, 45 sous. 0* 306-607.— Un poêle fui monté au théâtre, le 27 novembre 
4784. 0» 4875. 

3. Lettre du 24 septembre. 

4. Frère du grand Frédéric. Il avait, d'après la baronne d'Obcrkirch (II, 464), 
de l'esprit et une conversation charmante ; mais il était petit, laid et louche. 

5. Chronique scandaleuse; Paris, 1788, in-42, 443. 

6. Geffroy, Gustave III, t. II, 449. 



LKS ENFANTS ROYAUX A TRIANON. 267 

nombre à la fois. Ce genre de vie convenait à ma santé et au 
commencement de ma grossesse qui continue fort heureuse- 
ment. » Il résulte de cette lettre que le prince n'a pas été admis 
dans rintimité de la reine à Trianon, mais rien ne s'oppose à ce 
qu'il ait assisté, avec la plus grande partie de la cour, au spec- 
tacle par lequel elle a clos son séjour. 

C'est pendant l'été de 1784 que les prétendus prodiges de 
Mesmer et de Cagliostro firent tourner toutes les têtes à Paris. 
Ces deux charlatans occupèrent beaucoup la société Polignac, 
mais ils ne paraissent pas avoir été appelés à Trianon. 

La reine s'y amusa du hameau qui s'élevait sous ses yeux. 
On travaillait à la menuiserie et à la peinture de Tintérieur des 
maisons. Les comptes du garde-meuble* mentionnent" la re- 
mise en 1784, au concierge du Petit-Trianon, d'une somme de 
42,035 livres, 10 sous, 9 deniers, sans doute pour la confection du 
mobilier qui leur était destiné. Le 26 juin, l'architecte avait fait 
soumissionner l'entreprise des glaises du lac, de la rivière de 
décharge et du ruisseau du moulin*. Au mois de novembre, on 
posa les tuyaux pour y amener l'eau. Le nouveau jardin devait 
présenter l'aspect d'une véritable campagne avec des champs 
labourés; on y voitura de la bonne terre pendant l'hiver*. Enfin, 
un rocher fut construit sur le bord du lac, au pied de la tour de 
Marlborough*. 

Au mois de juin, Marie-Antoinette fit transfoniier la petite 
salle à manger du château en salle de billard". Peu après, Mique 
faisait monter dans le clocheton de la chapelle une horloge. La 
reine l'avait demandée, l'année précédente, parce que toutes les 
pendules du château s'étaient détraquées à la fois. La nouvelle 

t. Bibl. nat., ms. f., 6.S08. 

2. Oi 1883. — Ces travaux failliront réveiller la querelle entre Mique et le 
comte d*Angiviller. 0> i886. 

3. 0* 1880. 

4. A la fin de Tannée. Qi i884. 

5. On la meubla en damas cramoisi de Gènes, avec dessins à palmes. Le 
billard du rez-de-chaussée était tendu en étoffe de Perse. 0'349l. 



268 LE HAMEAU. 

horloge sonnait les quarts et avait deux cadrans : l'un tourné 
vers le château, l'autre du côté de la cour des cuisines. L'hor- 
loger Robin la construisit avec le plus grand soin ; il demanda, 
pour ce chef-d'œuvre, 24,000 livres. Son mémoire fut réglé 
à 18,000, et Ton obtint encore une réduction de 3,000 en met- 
tant des cadrans de tôle au lieu de cadrans d'émail*. Cette hor- 
loge fut enlevée le 14 brumaire an II, et remise à Robin pour 
être placée à la Convention nationale*. Je ne sais quel obstacle 
s'opposa à ce projet. Quoi qu'il en soit, le 30 pluviôse de la 
même année, l'horloger en fit don au Muséum d'histoire natu- 
relle, où cette pièce se voit encore aujourd'hui entre deux grands 
coquillages, offerts à la nation par la commune d'Annonay*. 

Après le séjour de ïrianon, on crut surprendre, entre la reine 
et son amie, quelques symptômes de refroidissement. « La du- 
chesse de Polignac, » écrit madame de Bombelles à son mari, le 
30 septembre, « a été bien mal d'une fièvre dyssentérique ; elle 
va mieux aujourd'hui. On a fait le conte dans le monde que c'é- 
tait la diminution de sa faveur qui l'avait mise dans cet état-là. » 
Huit jours après, toute trace de maladie et de disgrâce avait dis- 
paru. « La duchesse de Polignac, » dit la marquise, le 8 octobre, 
« se porte très bien. Sa faveur. Dieu merci, est plus brillante que 
jamais. Le roi y a soupe deux fois depuis huit jours*. » « L'a- 
mitié de la Reine, » remarque Tilly*, « ne se soutenait pas 
toujours à la même hauteur ; elle ressemblait à une belle 
journée qui n'est pas sans nuages ni variations et finit ce- 
pendant par une belle soirée. » Qui avait pu la troubler alors? 



4.0» 1879. 

2. Au moment où eut lieu celte remise, l'horloge fut estimée par des ex- 
perts à la somme de 3,000 livres. Rapport du citoyen MoUin, commissaire de 
l'administration du district, concernant les meubles mis en réquisition pour 
le service de la République, 19 ventôse an IL Arch. de Seine-et-Oise, 
série Q. 

3. Arch. nat., F" 1229. 

4. Beauchesne, I, 242. 

5. F, G. VI. 



LBS ENFANTS ROYAUX A TRIANON. 269 

D'aprfes madame Campan', dont le témoignage ici est appuyé 
par le comte de La Mark, c'était la présence au ministère de 
M. de Galonné ; sa nomination était Touvrage des amis de ma- 
dame de Polignac, unis au comte d'Artois. « La reine en eut un 
déplaisir extrême, et son intimité avec la duchesse commença à 
en souffrir : c'est à cette époque qu'elle disait que, lorsque les 
souverains avaient des favoris, ils élevaient auprès d'eux des 
puissances qui, encensées d'abord pour leurs maîtres, finissaient 
par l'être pour elles-mêmes, avaient un parti dans l'État, agis- 
saient seules, et faisaient retomber le blâme de leurs actions sur 
les souverains auxquels ils devaient leur crédit. Les inconvé- 
nients de la vie privée, pour une souveraine, frappaient alors la 
reine sous tous les rapports; elle m'en entretenait avec con- 
fiance, et m'a souvent dit que j'étais la seule personne instruite 
des chagrins que ses habitudes de société lui donnaient; mais 
qu'il fallait supporter des peines dont on était seul l'auteur; que 
l'inconstance dans une amitié telle que celle qui l'avait liée à la 
duchesse, et une rupture totale, avaient des inconvénients encore 
plus graves et ne pouvaient amener que de nouveaux torts. » 

En 1784, la reine donna un rival à Trianon par l'acquisition 
de Saint-Cloud. Elle ne s'y établit pas encore cette année, mais, 
à partir do 1785, elle partagera pendant la belle saison son 
temps entre ces deux résidences. La première idée d'avoir Saint- 
Cloud M lui était venue un jour qu'elle s'y promenait en calèche 
avec la duchesse de Polignac et la comtesse Diane ; elle en parla 
au roi à qui cela convint très fort. » M"" Campan" a raconté en 
détail les circonstances de la donation de cette nouvelle pro- 
priété à la reine, et la recrudescence d'impopularité qui en fut la 
suite pour cette princesse, que n'éclairaient ni les bons conseils 
ni l'expérience, et le mot sanglant du conseiller d'Épresménil 
qui déclara « qu'il était également impolitique et immoral de 
voir des palais appartenir à une reine de France. » A peine en 

1 . I, 264. 

2. I, 271. 



270 LE HAMEAU. 

possession de colle seconde résidence, elle résolut d'y faire exé- 
culer de grands travaux; les gazettes rapportent les bruits qui 
coururent à ce sujet : « La Reine, » dit la Correspondance se- 
crète\ « va faire construire à Saint-Cloud des jardins anglais. 
Pour leur donner plus d'étendue, on a renvoyé les missionnaires 
desservant la chapelle du château qui sera convertie en salle de 

spectacle. L'hôpital sera détruit et les Ursulines congédiées 

Ainsi la manie des jardins anglais va recommencer. » On parle 
aussi de reconstruire le château qui est insuffisant, et d'employer 
à cette dépense les fonds destinés au musée du Louvre. « Mique 
fait des plans d'agrandissement évalués à plusieurs millions*. » 
On n'eut pas le temps de réaliser ces beaux projets. 

Un peu avant qu'on achetât Saint-Cloud pour la reine, le roi 
avait fait réunir à la couronne le domaine de Rambouillet, 
qu'il convoitait depuis longtemps à cause de ses magnifiques 
chasses. Cette double acquisition changea les habitudes de la 
cour de France. Les voyages périodiques dans les diverses 
résidences royales furent abandonnés. Le roi essaya d'attirer 
la reine à Rambouillet; mais le château lui parut laid et triste, 
et elle n'y voulut pas retourner. La reine, de son côté, avait 
pensé tenir la cour à Saint-Cloud, qui lui plaisait à cause « de 
la facilité qu'elle y avait de venir aux spectacles de la capitale 
toutes les fois qu'elle en avait l'envie, » et elle décida le roi à 
l'y accompagner au mois de septembre 1783'. Mais Louis XVI 
ne trouva pas le séjour à son goût : o il n'y voyait, » dit-il, « que 
des croquants et des catins*, » et il refusa désormais de s'y éta- 
blir. Il n'y eut plus que le voyage de Fontainebleau où la cour 
continuât à se rendre en octobre et novembre'. Le roi allait fré- 



\. Lescure, I, 573. — La correspondance de Métra reproduit la nouvelle en 
termes identiques, 16 juin i785. 

2.0. Métra, 3i août i 785. — Mique reçut, à cette occasion, une augmentation 
de traitement de 1,000 livres. 

3. Pendant ce mois, tous les actes royaux sont datés de Saint-Cloud. 

4. Lescure. Correspondance secrète, I, 59o, 

5. Voy. le tableau des voyages de la cour : Documents, II, 2. 



LES ENFANTS ROYAUX A TRIANON. 271 

quemment seul à Rambouillet chasser deux ou trois jours ; pen- 
dant ce temps, la reine venait, soit à Trianon, soit à Saint-Cloud. 
A dater de 1785, Marie-Antoinette cherche à se soustraire à 
la domination exclusive de sa société intime. Elle forme d'autres 
amitiés : « la duchesse de Fitz-James, » dit la Correspondance 
secrète^ « jouit de plus en plus des bonnes grâces de la Reine, et 
elle excite même un peu de jalousie parmi les amis de la du- 
chesse de Polignac. » Rompant le cercle où elle s'était laissée 
enfermer, la reine rouvre les portes de Versailles à la noblesse, 
que son indifférence avait tenue à l'écart et qui revient au pre- 
mier signal. Depuis plusieurs années, presque personne ne de- 
mandait plus à être présenté à la famille royale. En 1785, il n'y 
eut pas moins do trois cent quarante-trois gentilshommes et 
deux cent quarante et une dames qui sollicitèrent et obtinrent 
cet honneur*. Versailles reprit son ancien éclat : la reine donna 
des bals dans l'ancien théâtre de la cour des Princes', et, dans 
une nouvelle salle* disposée à l'extrémité de l'aile droite du 
château, des spectacles où fut admise toute la cour. Les fêtes 
d'été se célébrèrent à Saint-Cloud. On réserva Trianon pour la 
vie intime. Nous n'y verrons plus ni ces illuminations éclatantes, 
ni ces représentations de gala dont l'Europe entière avait parlé. 
A une exception près, il n'y aura même plus de comédie de so- 
ciété. Trianon offrira le tableau d'un château bâti près d'un vil- 
lage, avec une châtelaine se mêlant à l'existence des villageois, 
s' intéressant & leurs travaux rustiques, goûtant leurs plaisirs 
champêtres et innocents. C'est le temps où Florian* fait paraître 
ses premières pastorales, où Bernardin de Saint-Pierre publie 
ses Études de la Nature et songe à écrire son idylle immortelle 
de Paul et Virginie. 

i. I, 537, 24 février 1785. — Marie-Claudine -Sylvie de Thiard de Bissy, 
épouse de Jacques-Charles duc de Fitz-James, colonel du régiment de Ber- 
wick, maréchal de camp depuis 1770, gouverneur du Limousin. 

2. 0. Métra, mai 1785. 

3. Elle fut terminée en 1785. 

4. 0> 3070. — Hézecques, 219. 

5. Il était écuyer de la princesse de Lamballe. Oberkirch, II, 156. 



V 

LE PORTRAIT DE LA REINE 

1785. 

Bals sous la tente. — Achèvement des maisons du hameau. 

Affaire du collier. 

Dernière comédie de société : le Barbier de Séville. — Le tableau de WertmQller 

Fêtes à Saint-Cloud, à Fontainebleau, à Versailles. 



La reine accoucha du duc do Normandie le 27 mars. Deux 
mois après, le mardi 24 mai, elle vint en grande pompe faire ses 
relevailles à Paris. Le lendemain, elle donna au roi une fête à 
Saint-Cloud. « Le jeudi 26, jour de la Fête-Dieu, » disent les 
Mémoires secrets^ « elle s'est trouvée incommodée et n'a pu ac- 
compagner le Roi, suivant l'étiquette, à la grand'messe. S. M., 
pour respirer, s'est soustraite au tumulte de la cour et s'est 
rendue au Petit-Trianon*. » C'était seulement pour y passer la 
journée, car, d'après le journal du roi, elle ne s'y établit à de- 
meure que vingt-quatre jours plus tard, le 19 juinV La Corres- 
pondance secrète* annonce son départ pour cette résidence, et elle 
ajoute : « Comme on remarque toujours une diminution progres- 
sive dans la faveur de la famille Polignac et un accroissement 
proportionné dans celle dont madame de FitzTJames jouit de- 
puis quelque temps auprès de la Reine, le séjour de Trianon sera 



\. Mém, sec, 26 mai et !•' juin 1785. 

2. Ce premier voyage de i785 dura du i9 juin au 2 juillet. Pluie le 19 juin, 
temps assez beau le 20, couvert le 21, très beau du 22 au 27. Le 28, le temps 
se mit à Torage et y demeura jusqu'au 2. 

3. Lescure, I, 573. 



LK PORTRAIT DE LA REINE. 273 

fort agité. Les courtisans observent beaucoup et dresseront leurs 
batteries dans la meilleure direction du vent favorable. » Nous 
n'avons trouvé aucun détail sur les incidents qui suivirent, ni sur 
la duchesse de Fitz-James, dont le crédit d'ailleurs ne fut que 
passager \ Elle était dame du palais depuis 1781. 

Pendant le mois d'août de Tannée précédente, la reine avait 
pensé à un nouveau genre de divertissement qui cadrait avec les 
idées champêtres à la mode. Il s'agissait d'un bal rustique sous 
une tente, comme au village. Richard fit alors des fouilles pour en 
planter les poteaux dans le jardin français'. Mais les travaux furent 
arrêtés subitement, sans doute par ordre du médecin^ qui constata, 
à ce moment, les premiers indices de la troisième grossesse de la 
reine. Cet empêchement ayant disparu en 1785, une grande tente 
en coutil, de quarante-cinq pieds de long, fut dressée, au mois de 
juin, sur la pelouse devant le château. Elle était décorée, à l'inté- 
rieur, de guirlandes de fleurs artificielles, et éclairée par des lustres 
et des girandoles. Elle communiquait avec une autre tente plus 
petite, ornée de même et servant de salon. A l'entour, on monta 
plusieurs maisons de bois pour le service'. Il y eut, d'après le 
journal du roi, trois bals durant le premier voyage de 1785 : les 
24, 26 et 29 juin. La reine donnait, en outre, de fréquents con- 
certs. A partir de cette époque, les comptes en mentionnent ré- 
gulièrement quarante-deux par trimestre, tant à Versailles qu'à 
Trianon et à Saint-Cloud. Quelques indications semblent se rap- 
porter à des spectacles*, mais elles sont trop vagues pour qu'on 
puisse rien préciser. D'un autre côté, à partir de 1785, le roi, 
dans son journal, à une seule exception près, ne parle plus de 
comédie. Il est donc probable que, si l'on fit venir depuis lors 
des acteurs à Trianon, ce fut seulement pour des proverbes. 

Les maisons du hameau s'achevaient. Les carrelages et les 



I. Tilly, I, c. VI. 

S. Arch. nat. Qi 1878. 

3. O«3070. 

4. 0» 3070. 

18 



274 LE H AMR AU» 

parquets furent faits au mois de mai; en ce moment, les mar- 
briers montaient les cheminées \ On trouva que la pêcherie, 
bâtie auprès de la tour de Marlborough, gênait la vue, et on la 
démolit. La ferme avait été terminée au printemps. On y mit du 
bétail et un bouvier, le 15 juin. Le nouveau jardin s'arrêtait au 
bois des Onze-Arpents ; pour que les vaches pussent avoir un 
pâturage, le roi Tagrandit et y joignit le bois avec le pré atte- 
nant. Le fossé d'enceinte fut prolongé jusqu'à la limite du Grand- 
Trianon. On construisit devant la grande maison de la reine une 
balançoire, pendant le mois de juillet'; en même temps, le con- 
cierge faisait poser les glaces dans les maisons. Pour les décorer 
à Textérieur, Mique avait commandé à Montauban, régisseur de 
la manufacture de Saint-Clément en Lorraine, 
1,232 pots en faïence blanche avec le chiffre 
de la reine en bleu, qui coûtèrent 3,427 livres 
9 sous*. Il en reste un qui est conservé au 
musée céramique de Sèvres*. Au mois d'août, 
les menuisiers disposèrent contre les murailles 
des étagères* destinées à les recevoir. Autour des maisons, 
Antoine Richard traça des jardinets bordés de haies". 
La reine, qui était rentrée à Versailles le 3 juillet, revint à 



i. OH880. — Les sculptures furentfaites par Deschamps elTerrier.O* 1884. 

2. 01 1880, i884, —Elle coûta 945 livres, sans compter la charpente. 

3. On trouve au dossier une lettre de Cuny, receveur de rétablissement, 
qui envoie à Mique une somme de 538 livres, 14 sous, à valoir sur une ré- 
partition prochaine de dividende. 0» i875, 1884. — Celte fabrique, diaprés 
des renseignements qui m*ont été fournis par M. Millet, fondée par le 
sieur Chambretle, fui vendue, le 5 février 1763, à Charles Loyal pour 
un douzième, et à Richard Mique et Paul-Louis G)'fflé, sculpteur, pour 
les onze douzièmes restants. La môme année, Cyfflé se retira, et Mique con- 
serva les onze douzièmes en entier. Il cesse d'être en nom à partir de 1 769. 
La lettre de Cuny désigne comme directeurs les sieurs Finiels et Camer- 
lander. 

4. On en vendit 656, lors de la Révolution. — Voyez, sur le pol conservé à 
la manufacture de Sèvres, un article de M. Champfleury, intitulé : Une pe- 
tite découverte au musée de Sèvres, dans L'Art du 24 décembre 1876. 

5. 0» 1877-80, et surtout 1884. 




^ 






LE PORTRAIT DB LA REINE. 27S 

Trianon,le 30, pourunevingtainedejours*. Pendant que, sous ses 
yeux, le hameau recevait sa dernière parure, on continuait à 
danser dans le jardin français. La tente avait été, dans l'inter- 
valle des deux séjours, renversée par un ouragan. En la relevant, 
on Tembellit, et on remplaça le coutil par des draperies en gaze 
rose lamée d'argent*. « Ce voyage, » rapporte la Correspondance 
secrète^ ^ « forme un bal presque continuel. Les seigneurs et dames 
de la cour dansent sous une grande tente. Les différentes per- 
sonnes de Versailles y sont admises, et les parties sont aussi 
gaies que nombreuses. A l'imitation de ces bals, toutes les dames 
qui ont des maisons de campagne aux environs de Paris et de 
Versailles donnent aussi des violons, les dimanches et les fêtes, à 
leur voisinage. » « La Reine, » dit le comte de Vaublanc*, « avait 
dans les jardins de Trianon, pendant l'été, un bal tous les di- 
manches. Là étaient reçues toutes les personnes vêtues honnête- 
ment, et surtout les bonnes avec les enfants. Elle dansait une 
contredanse, pour montrer qu'elle prenait part au plaisir auquel 
elle invitait les autres. Elle appelait les bonnes, se faisait pré- 
senter les enfants, leur parlait de leurs parents et les comblait de 
bontés. Ordinairement, presque toute la famille royale était avec 
elle... J'observai avec un de mes amis qu'un petit nombre de 
personnes de la haute société assistaient & ces réunions champê- 
tres... Un peu plus de mélange aurait produit bon effet. » 

Il n'y avait pas eu de comédie intime à Trianon depuis le 
printemps de l'année 1783. Le second voyage de 1785 vit la 
troupe des seigneurs se reformer pour jouer le Barbier de Séville. 
Est-ce la comédie ou l'opéra-comique? Les documents contem- 



{, II faisait 1res beau au moment du départ, mais le temps se gâta le sur- 
lendemain. Il commença à se remettre le 4 août, il plut seulement un peu ce 
jour-là ainsi que le 5. Du 6 au ii, il fit beau avec des nuages. Temps serein 
le 12; couvert les i3et 14; 15, pluie le matin, beau le soir; 16, pluie; 17 et 18, 
variable; 19, assez beau. 

2. » 3070. 

3. Lescure, 1,580; et Métra, 3 août 1785. 

4. Mémoires; Paris, 1857, in-18. 120. 



STO LE HAMEAU. 

porains ne nous fixent pas sur ce point. Le récit de Grimm, qui 
en a parlé avec quelque détail, laisserait croire qu'il s'agit de la 
comédie. Cependant, c'était Topéra-comique que la troupe ita- 
lienne était venue représenter. Tannée précédente, à Trianon, et 
Ton sait que la reine aimait les rôles où le chant se mêlait à la 
déclamation. D'un autre côté, les gazettes nous montrent, pen- 
dant tout le commencement de l'année 1785, Beaumarchais très 
occupé de faire jouer l'œuvre de Paisiello*. Je pencherais pour 
l'opéra-comique. 

C'est pendant les répétitions de cette pièce qu'éclata l'affaire 
du collier. Il en faut dire quelques mots. Le joaillier Boehmer 
avait formé, dans l'intention de le vendre à la reine, un collier 
de diamants d'une valeur de 1,600,000 livres. Il le fit montrer 
au roi, qui l'offrit à Marie-Antoinette. Cette princesse, qui avait 
eu jadis un goût très vif pour les diamants, s'en était déprise 
et ne voulut pas l'accepter. On sait, d'autre part, que le cardinal 
de Rohan, évêque de Strasbourg, grand-aumônier de France, 
ancien ambassadeur à Vienne, s'était attiré la haine de l'impéra- 
trice Marie-Thérèse, à cause de sa conduite scandaleuse' et aussi 
parce qu'il avait essayé d'empêcher le mariage du dauphin avec 
l'archiduchesse, et éventé l'intrigue du partage de la Pologne. 
Marie- Antoinette épousa la haine de sa mère, et le grand-aumô- 
nier, tombé dans la défaveur, était tenu à l'écart depuis le com- 
mencement du nouveau règne. Il désirait ardemment rentrer en 
grâce. Une intrigante, la comtesse de Lamotte- Valois, imagina 
d'exploiter ce désir. Afin de lui persuader qu'elle jouissait d'un 
grand crédit auprès de Marie- Antoinette, elle eut l'audace de 
faire jouer' le personnage de la reine à une fille 01iva,« une bar- 
boteuse des rues* » qui donna un rendez-vous nocturne au car- 

1. Mém. sec, 5 fév. 1875. 

2. Mercy, arlicle Rohan, k la table. 

3. Au mois d'août 1784. 

4. Lettre de Marie-Anloinelle àJosephII,27 septembre! 785. — Unfait assez 
curieux, c'est que tous les auteurs de mémoires ont donné à l'apparition de 
la fausse reine dans les bosquets de Versailles une date inexacte. Ils Tont 



LE PORTRAIT DB LA REINE. 377 

dinal dans le parc de Versailles. La femme Lamotte soutira 
ainsi de sa dupe fascinée plus de 120,000 livres*. Tout à coup 
elle entendit parler de démarches tentées par Boehmer pour 
vendre à l'étranger le collier refusé par la reine, et conçut la 
pensée d'une escroquerie gigantesque dont le cardinal serait 
Tagent inconscient. Elle lui conta que la reine, se ravisant, mou* 
rait d'envie d'avoir ce bijou, mais n'osait l'acquérir ouvertement, 
et elle l'amena à croire que cette princesse lui rendrait toute sa 
bienveillance et le pousserait même au ministère, s'il l'achetait 
pour elle. Elle devait lui faire passer secrètement l'argent néces- 
saire pour le payer en plusieurs termes. Le cardinal tomba dans 
le piège, prit le collier chez Boehmer^ le porta, le 1°' février 1785, 
chez madame de Lamotte qui le remit devant lui entre les mains 
d'un valet supposé de la reine*. Il vivait depuis lors dans l'espé- 
rance des plus hautes destinées, tandis que le joaillier attendait 
son argent. 

Boehmer, à la première échéance, ne voyant rien venir, 
se rendit le 3 août, auprès de madame Campan qui était à 
Crespy, chez son beau-père, pour lui demander d'intervenir au- 
près de la reine afin de le faire payer. Madame Campan lui dé- 
montra qu'il avait dû être trompé, et lui conseilla d'aller trouver 
le baron de Breteuil, qui avait la charge des diamants de la cou- 
ronne, « de lui dire avec sincérité tout ce qui s'était passé et de 

se laisser diriger par lui Je passai, «continue la première 

femme de chambre, « dix jours à ma campagne sans entendre 
parler de cette affaire. La reine m'ayant fait demander au Petit- 



placée en i785, quelques jours avant Tarrestation du cardinal, et la lient 
à rintrigue du collier, landis que, d'après les pièces du procès, elle esl d'une 
année anlérieure et tout à fait étrangère à TaCTaire. C'était une manœuvre 
de la femme Lamotte pour soutirer de l'argent au cardinal ; elle ne 
pensa au collier que plus tard. Madame Campan, l'abbé Georgel et 
même Beugnot, qui prétend avoir vu revenir la femme Lamotte et la Aile 
Oliva de leur expédition, se trompent également sur ce point. 

i. Le comte Beugnot. Mémoires; Paris, 1868, 2 v. in-8®, I, c. i et ii« 

2. D'après l'abbé Georgel. 



278 LB HAMEAU. 

Trianon pour répéter avec moi le rôle de Rosine, qu'elle devait 
jouer dans le Barbier de SévUle, je me trouvai seule avec elle, 
assise sur son canapé; il ne fut question que du rôle. Après une 
heure employée en répétition. Sa Majesté me demanda pourquoi 
je lui avais envoyé Boehmer, qu'il était venu pour lui parler de 
ma part; qu'elle n'avait pas voulu le voir. J'appris de cette ma- 
nière qu'il n'avait rien fait de ce que je lui avais conseillé. L'im- 
pression qui se fit sur mes traits, lorsque j'entendis prononcer le 
nom de cet homme, fut très vive; la reine s'en aperçut et me fit 
des questions. Je la suppliai de le voir; je l'assurai que cela était 
instant pour sa tranquillité, qu'une intrigue se tramait à son 
insu; qu'elle était grave, puisque l'on montrait aux gens qui 
prêtaient do l'argent à Boehmer des engagements signés d'elle. 
Sa surprise, son dépit furent extrêmes. Elle m'ordonna de rester 
à Trianon, fit partir un courrier pour Paris, le faisant demander 
sous un prétexte que j'ai oublié. Il vint le lendemain matin, jour 
même de la représentation de la comédie, et ce fut le dernier des 
amusements que la reine se permettait dans cette retraite. » Ceci 
est tout à fait inexact. Le cardinal fut arrêté le 15, et, d'après 
le journal du roi, le Barbier de Séville ne fut joué que le 19. Si 
l'on suppute le temps d'après les dates données par madame 
Campan, elle vit, à Crespy, Boehmer le 3, elle fut mandée à 
Trianon dix jours après, c'est-à-dire le 13; le joaillier y vint 
donc le 14. 

« La reine le fit entrer dans son cabinet*, lui demanda par 
quelle fatalité elle avait encore à entendre parler de sa folle pré- 
tention de lui vendre un objet qu'elle refusait constamment de- 
puis plusieurs années. Il répondit qu'il y était bien forcé, ne 
pouvant plus calmer ses créanciers. « Que me font vos créan- 
« ciers ? » lui dit S. M. Alors Boehmer lui avoua successivement 
tout ce qui, selon ses illusions, s'était passé entre la reine et 
lui par l'intervention du cardinal. A chaque chose qu'elle enten- 
dait, son étonnement égalait son courroux et sa surprise. Elle 

1. C'est la pièce qu'on appelle le boudoir. 



LB POBTRAtT DE LÀ REINE. 279 

parlait en vain ; l'importun et dangereux joaillier ne cessait de 
répéter : « Madame, il n'est plus temps de feindre, daignez 
« avouer que vous avez mon collier, et faites-moi donner des 
« secours, ou ma banqueroute aura bientôt tout dévoilé. » 

« On peut aisément se peindre ce que la reine eut à souffrir. 
A la sortie de Boehmcr, je la trouvai dans un état alarmant ; 
ridée que Ton avait pu croire qu'un homme tel que le cardinal 
avait sa confiance intime ; qu'elle s'était servie de lui vis-à-vis 
d'un marchand pour se procurer, à l'insu du roi, une chose 
qu'elle avait refusée du roi lui-même, la mettait au désespoir. 
Elle manda successivement l'abbé de Vermond et le baron de 
Breteuil, » qui, tous deux, avaient pour le cardinal la même 
haine et le même mépris qu'elle. 

a Je la vis, » continue madame Campan, a après la sortie du ba- 
ron et de l'abbé; elle me fit frémir par son agitation. « Il faut, » 
disait-elle, « que les vices hideux soient démasqués ; quand la 
« pourpre romaine et le titre de prince ne cachent qu'un beso- 
« gneux, un escroc qui ose compromettre l'épouse de son sou- 
« verain, il faut que la France entière et que l'Europe le sachent. » 
Il est évident que, dès ce moment, le plan funeste était arrêté*. » 
On sait le reste. Le lendemain, lundi (et non dimanche, comme 
le dit madame Campan), la reine se rendit à Versailles pour as- 
sister à l'arrestation du grand aumônier et à son interrogatoire. 
Il avoua qu'il avait négocié l'affaire du collier, sur le vu d'une 
lettre fausse de la reine qui lui avait été présentée par la com- 
tesse de Lamot te- Valois. Madame Campan met la responsabilité de 
la décision prise contre le cardinal sur le baron de Breteuil. La 
reine, au contraire, la revendique tout entière pour elle-même. 
« Tout, » écrit-elle à l'empereur, le 22 août, « a été concerté entre 
le Roi et moi » (le roi avait passé en effet toute la journée du di- 
manche 14 au Petit-Trianon) ; « les ministres n'en ont rien su 
qu'au moment où le Roi a fait venir le cardinal et l'a interrogé 
en présence du garde des sceaux et du baron de Breteuil. Dans 

1. Campan, II, c. xii, et Eclaircissemenls historiques. 



i80 LB HAMKAU. 

tous les cas, je désire que cette horreur et tous ses détails soient 
bien éclaircis aux yeux de tout le monde. » 

Tandis qu'on embastillait le prince de Rohan, la reine, re- 
venue au Petit-Trianon, y jouait le Barbier de Séville devant Beau- 
marchais lui-même, à qui, dit la Correspondance de Grimm, 
« Ton avait daigné accorder la faveur très distinguée d'assister 
à cette représentation. » Étrange tableau que celui de la fille de 
Marie-Thérèse, descendue au rôle d'actrice et se soumettant, en 
cette qualité, au jugement d*un homme qui avait été jadis, sur 
l'ordre de sa mère, emprisonné en Autriche comme auteur d'un 
libelle calomnieux contre la reine de France *, et que, tout récem- 
ment encore, le gouvernement avait enfermé à Saint-Lazare à 
cause de son insolence' ! C'était à Vaudreuil qu'il devait cet 
honneur insigne, à Vaudreuil qui, deux ans auparavant, était allé 
chercher Garât dans une voiture de la cour pour le faire chanter 
devant la reine *. 

Dans la pièce de Beaumarchais, Marie-Antoinette « jouait le rôle 
de Rosine, M. le comte d'Artois celui de Figaro, M. de Vaudreuil 
celui du comte Almaviva ; les rôles de Bartholo et de Basile ont été 
rendus, le premier par M. le duc de Guiche * et le second par M. de 
Crussol.Le petit nombre des spectateurs admis à cette représen- 
tation y a trouvé un accord, un ensemble qu'il est bien rare de 
voir dans les pièces jouée» par des acteurs de société ; on a re- 
marqué surtout que la Reine avait répandu dans la scène du qua* 
trième acte une grâce et une vérité qui n'auraient pu manquer 
de faire applaudir avec transport l'actrice même la plus obscure. 
Nous tenons ces détails, » dit, en terminant ce compte rendu, le 



i. Au jugemenl de BIM.d'Ameth et GeiTroj, il est aussi difficile d*élablir 
qu'il a composé ce libelle que de prouver le contraire. Mercy, II, 283. 

2. Grimm, XIV, tl3. 

3. Mém, sec, 13 janvier 1783. 

4. Celte indication est confirmée par l'inventaire de la garde-robe du duc 
de Guiche : « Un habit, veste et culotte, pour Bartholo, 1785. » Arch. de 
Seine-el-Oise. E. 11^7. — Etant en garnison à Verdun, en J776, il avait^ sur 
un théâtre de société, joué le rôle de Basile. 



LB PORTRAIT DB LA RBINB. 381 

baron Grimm, « d'un juge sévère et délicat qu'aucune préven- 
tion de cour n'aveugla jamais sur rien*. » 

Le comte de Yaudreuil était un Almaviva accompli, et il joua si 
bien ce rôle que le* bruit se répandit que le personnage d'amoureux 
de la reine ne se bornait pas pour lui au théâtre. Rien n'était plus 
faux cependant. Marie- Antoinette, ditTilly*, dont le témoignage 
est ici confirmé par madame CampanetparlecomtedeLaMarck, 
« sentait pour lui, ainsi que je peux l'affirmer, une espèce d'éloigne- 
ment pour ne pas dire de répugnance, » qui lui était inspirée par 
la jalousie de l'ascendant qu'il exerçait sur la duchesse de Poli- 
gnac et aussi par les insinuations malveillantes de l'abbé de Yer- 
mond, qui le haïssait parce qu'il en avait été maltraité. » 

Le spectacle fini, la reine quitta son château pour rentrer à 
Versailles. Quelques jours après, on exposait au salon de pein- 
ture, sous le n"* H 9, son portrait qu'elle avait, l'année pré- 
cédente, commandé à WcrtmûUer pour le roi de Suède (Yoy. 
pL XVII)'. Le peintre l'a représentée se promenant avec ses 
deux enfants dans le jardin anglais du Petit-Trianon, sur le bord 
de la rivière, non loin du temple de l'Amour dont on voit au fond 
la colonnade et la coupole \ Le dauphin, à sa gauche, saisit sa 
robe; Madame royale, en bleu, marche à sa droite, portant des 
fleurs dans sa jupe relevée. Le petit prince, habillé de soie gorge 
de pigeon, tient à la main un chapeau à la Henri IV orné de 
plumes blanches, il a les insignes de l'ordre du Saint-Esprit en 

\, XIV, 213. 

2. Tilly. I,c. VI. 

3. Placée d'abord au château royal de Gripsholm, celle loile esl mainte- 
nant au musée de Stockholm, n® 1032 du Catalogue des tableaux du musée na- 
tional; Stockholm, 1883, in-12. Notre héliogravure est faite d'après une 
photographie que nous devonsârobligcance de M. Guilof Upmark, intendant 
du musée de Stockholm. — Werlmûller (Adolphe-UIric), né à Stockolm, 
avait été, à TAge de 32 ans^ agréé par Tacadémie, le 30 août 1783, et reçu 
académicien, le 31 juillet 1784 (OH926). Le prix du portrait de la reine, 
débattu entre le peintre Pierre pour M. d'Angiviller et l'auteur, fut fixé à 
14,000 livres (OH 931). 

4. Près du temple, à travers le feiûllage, on aperçoit confusément deux 
dames. 



282 LR HAMEAU. 

sautoir et la croix de Saint-Louis au cou. La reine est en grand 
habit de soie puce avec jupe blanche, elle a un col et des manchettes 
de dentelles, et aux poignets des bracelets de perles. Sur sa tête 
est une sorte de schapska de satin gris, garni de plumes blanches. 

Ce tableau fut assez mal accueilli des critiques contemporains 
qui le trouvèrent froid, sans majesté, sans grâce*. Pour la pos- 
térité, au contraire, il a le plus grand mérite : celui de la ressem- 
blance. Au dire de madame Campan*, il n'existe de bon portrait 
de la reine que cette toile de Wertmiiller, et celle que madame 
Lebrun peignit en 1787, et dont nous aurons à dire un mot à cette 
date. Le roi de Suède la reçut à la fin de Tannée 1786, et dans 
une lettre du 12 novembre*, il nous garantit de son côté l'exac- 
titude du peintre qui n'avait pas flatté son modèle : « Voici, mon 
cher baron, une lettre pour la Reine de France, que Flaxel doit 
vous faîrc tenir par une occasion sûre ; c'est pour la remercier 
de son portrait. Il est bien peint, mais ne lui ressemble pas en 
beau ; il est bien difficile en effet de bien attraper les grâces et 
les agréments de sa figure. La petite Madame est charmante ; 
mon fils l'appelle sa petite femme. Lorsqu'il a su que c'était la 
fille du Roi de France, il a dit : « lion ska bli min kastru (elle 
sera ma femme). » Rosenstein m'a conté tous ces beaux pro- 
jets ce matin. Le Dauphin est fort grand et ressemble au Roi son 
père ; en un mot, c'est un très beau tableau que je mettrai dans 
ma nouvelle maison, à Ilaga. » 

Le portrait de Wertmiiller répond bien à la description que le 
comte de Tilly nous a laissée de Marie-Antoinette : « Elle avait, » 
dit-il*, « des yeux qui n'étaient pas beaux, mais qui prenaient 
tous les caractères : la bienveillance ou l'aversion se peignaient 
dans ce regard plus singulièrement que je ne l'ai rencontré ail- 
leurs. Je ne suis pas bien sûr que son nez fût celui de son visage. 



\. Grimm, XIV, 292 ; et Mém, sec. 

2. I, «57. 

3. Lettre au baron de Staël. Gef!h)y, Gustave UJ, t. Il, 444. 

4. I, c. VI. 



LB PORTRAIT DB LA HBINB. 383 

Sa bouche était décidément désagréable; cette lèvre épaisse, 
avancée et quelquefois tombante, a été citée comme donnant à 
sa physionomie un signe noble et distinctif ; elle n'eût pu servir 
qu'à peindre la colère et l'indignation, et ce n'est pas là l'expres- 
sion habituelle de la beauté. Sa peau était admirable; ses épaules 
et son cou Tétaient aussi; la poitrine un peu trop pleine, et la 
taille eût pu être plus élégante. Je n'ai jamais revu d'aussi 
beaux bras et d'aussi belles mains. Elle avait deux espèces de 
démarches : l'une ferme, un peu pressée et toujours noble ; l'au- 
tre plus molle et plus balancée, je dirais presque caressante, 
mais n'inspirant pas toujours l'oubli du respect. On n'a jamais 
fait la révérence avec tant de grâce, saluant dix personnes en se 
ployant une seule fois, et donnant de la tête et du regard à cha- 
cun ce qui lui revenait. » J'ajouterai qu'on est frappé du carac- 
tère étranger de son visage. Rien n'est moins français que ce 
type, et l'on comprend, quand on l'a vu, ce mot des Parisiens qui 
disaient, en allant à Saint-Cloud : <t Nous allons voir les eaux et 
l'Autrichienne*. » 

M Le caractère de Marie- Antoinette, » dit de son côté le baron 
de Besenval*, « était doux et prévenant. Facilement touchée par 
les malheureux, aimant à les protéger, à les secourir en toute 
occasion, elle montrait une âme sensible et bienfaisante..., se 
plaisait à rendre service, et jouissait du bien qu'elle avait fait. 
Un grand attrait pour le plaisir, beaucoup de coquetterie et de 
légèreté, peu de gaîté naturelle l'empêchaient d'être aussi bien 
dans la société que ses qualités essentielles et son extérieur l'an- 
nonçaient. Sa familiarité nuisait à sa considération; et le main- 
tien que les circonstances et les conseils lui faisaient souvent 
prendre choquaient dans la femme aimable : acception sous 
laquelle elle avait accoutumé à la considérer. De là venait que 
chacun en était quelquefois mécontent, et qu'on en disait souvent 



i . Soulavie, t. VI. 

2. I, 318, 3i9; II, 309, 310. —Voyez Mercy qui confirme ses appréciations 
(à la table, article Mane- Antoinette), madame Campan^ etc. 



S84 LR HAMEAU. 

du mal, en s'éionnant d'en dire... Facile, point exigeante, mais 
peu faite pour le sentiment, sans sa liaison et sa conduite avec 
madame de Polignac, on aurait pu dire quelle ne connaissait 
point Tamitié... Elle s'occupait peu des gens qu'elle avait rap- 
prochés d'elle, et s'en détachait aisément... Elle n'aimait ni les 
jolies personnes, ni les amants;... des droits pour plaire, mieux 
fondés que les siens, l'inquiétaient ; mais, à cet égard, elle était 
femme. On l'a taxée d'un peu de dissimulation : il était difRcile 
que sa position lui permit une extrême franchise. » 

Comme je l'ai dit plus haut, la reine se rendit àSaint-Cloud 
avec le roi et la cour, quelques jours après la Saint-Louis, pour y 
passer le mois de septembre*. Profitant de la facilité du contrô- 
leur général des finances qui trouvait de l'argent pour toutes ses 
fantaisies, elle y faisait alors exécuter des ameublements splen- 
dides dont tous les curieux iront dans la suite admirer la richesse. 
« On en peut juger par ce trait, » dit la Correspondance secrète ': 
« les bordures des tapisseries sont de bronze et sculptées par les 
plus habiles artistes; elles représentent des bas-reliefs antiques 
et coûtent six cents livres le pied. » La reine, dans cette ré- 
sidence, donna à toute la cour des fêtes, à l'occasion desquelles 
on construisit un grand théâtre portatif pour les jardins*. L'af- 
fluence était telle à Saint-Cloud que l'on dut loger à la craie 
la plus grande partie de la suite dans les maisons du village. Une 
foule énorme remplissait journellement le parc, où les marchands 
eurent la permission de s'établir comme d'habitude. La reine 
aimait à se mêler aux plaisirs du peuple. « Personne n'a oublié, » 
rapporte Soulavie, « qu'elle se plaçait, dans les joutes et autres 
jeux des bateliers, comme simple spectatrice à côté de la bour- 
geoisie. » Elle n'en devenait pas pour cela plus populaire, 
ce M. Lenoir seul, » dit le même auteur, « sait ce qu'il en coûtait 
à la police pour payer le cri banal de : Vive la Reine! s> 

\, Du 30 août au 10 octobre. Journal de Louis XVI. 

2. Lescure, II, 256. 

3. 0*3070. 



LB PORTRAIT DE LA RBINE. S8S 

En quittant Saint-Cloud, la cour alla à Fontainebleau où les 
fêtes recommencèrent sur nouveaux frais. Il semble vraiment 
que cette tête légère n'eut pas le moindre souci du formidable 
procès qu'elle avait engagé sans réflexion et qui s'instruisait en 
ce moment. Elle se faisait faire aussi dans cette résidence des 
appartements nouveaux « d'une magnificence extraordinaire », 
et notamment un cabinet, « beau dans tous les détails au-delà de 
tout ce qu'on peut imaginer*. » Les murs en étaient entièrement 
couverts de glaces, sur lesquelles le pinceau de Barthélémy fit 
courir de ravissantes arabesques*. Il y avait, au-dessus, un autre 
cabinet, « meublé dans le goût oriental et éclairé le soir par des 
lampes placées dans une garde-robe, séparée par une grande 
glace doublée d'un taffetas dont on changeait la couleur à 
volonté*. » Il y eut pendant ce voyage des spectacles où l'on vit, 
raconte la Correspondance secrète*, « un genre de décoration que 
l'on ne connaissait pas encore. La Reine a voulu que les musi- 
ciens fussent vêtus en habits rouges galonnés d'or. On a envoyé 
prendre aux magasins de l'opéra et des Menus tous les habits 
qui pouvaient servir, et le nombre n'en étant pas suffisant, on 
en a fait faire avec la plus grande célérité. » 

L'hiver, les spectacles et les bals continuèrent à Versailles. 
Fatiguée des splendeurs surannées des salons de Louis XIV, 
Marie-Antoinette les avait désertés pour faire camper la cour 
dans une immense maison de bois, bâtie sur la terrasse en pro- 
longement du théâtre de la cour des princes. La salle de comédie 
avait été transformée en une sorte de temple orne de statues et 
entouré de bosquets artificiels. « Une glace sans tain, » placée 
dans l'ouverture centrale et « transparente au point qu'il fallait 



1. Ils furent achevés en i786. Lettre de madame de Staël à Gustave III. 
GefTroy, 1, 403. 

2. Ces peintures existent encore, mais les dispositions de la pièce ont été 
changées par Louis-Philippe. 

3. Hézecques, 261. — Ce cabinet a été conservé. 

4. Lescure, I, 608. 



S86 LE HAMEAU. 

y mettre un suisse en sentinelle pour empêcher les maladroits 
de vouloir passer au travers, » laissait voir la salle de danse 
dans la maison de bois, à laquelle on accédait par les portes de 
côté, en suivant des allées bordées de buissons de roses*. Cette 
salle de danse, écrit madame de Staël à Gustave III*, « est 
arrangée comme un palais de fées; les jardins de Trianon y sont 
représentés, et des jets d'eau jaillissent sans cesse ; les idées 
champêtres, les rêveries qu'inspire la campagne dans Tété se 
mêlent à l'éclat du plaisir et au luxe des cours. » On y dansait 
encore au mois de mars 1786. Le moment approchait où la reine 
allait enfin pouvoir jouir, autrement qu'en peinture, des nou- 
veaux paysages qu'elle avait créés dans le hameau, maintenant 
terminé. 



i. Hézecques, 225. 
2. Geflroy, I, 387. 



VI 

LE HAMEAU DE LA REINE 

1786 

Chaumières et jardinets. — Paysage. — Exploitation rurale. — Ferme. 

Maisons du garde et du jardinier. — Volière. — Légende des familles pauvres. 

Saint-Ântoine-du- Buisson. — Scénario du docteur Meyer. 

Pauvre Jacques, — . Miniatures de van Blarenberghe. ^ Maison de la reine 

et maison du billard. — Réchauffoir. — Boudoir. — Moulin. 
Tableaux de fleurs. — Exposition des modèles. — Grange. — Tour et laiterie. 



La façade des maisons du hameau était décorée de vigne 
vierge* et de plantes grimpantes. Sur des plateaux devant les 
fenêtres, sur des gradins, sur les marches des escaliers exté- 
rieurs, Antoine Richard disposa les pots de faïence blanche, 
ornés de guirlandes bleues et du chiffre de la reine, que Mique 
avait fait fabriquer à Saint-Clément, et les remplit de fleurs va- 
riées. Chaque maison avait son enclos, fermé par une palissade 
ou par une haie et entouré de chemins, semblable à ces petits 
« îlots ou condamines » dont parle Duchesne. Les parterres 
étaient de vrais jardins de village, plantés de légumes' : choux de 
Milan, choux-fleurs, haricots, etc.; de fraisiers, de framboisiers, 
de groseilliers' et d'arbres fruitiers: il y avait 50 noyers, 400 ceri- 
siers, 200 pruniers, 400 poiriers de plein vent et 100 autres, 
100 pêchers de plein vent, 200 abricotiers. Tout ce village borde 

1 . On en avait acheté 300 pieds. 

2. Arch. nal. OH875. 

3. 011883, 1884. On avait acheté 800 touffes de fraisiers, en 1784, avec 
100 groseilliers et iOO framboisiers. 



S88 LB HAMBAU. 

les rives d'un lac formé par deux sources qui tombent de grottes, 
cachées sous des buissons, et se réunissent en un cours d*eau 
descendant le long d'un vallon aux pentes gazonnées. Du lac 
sort, à gauche, un bras de rivière, et, à droite, un ruisseau qui 
faisait tourner la roue du moulin'. L'eau fut d'abord fournie par 
le bassin du Trèfle, qui alimentait déjà le jardin anglais. Comme 
le débit en était insuffisant, il fallut aller chercher un supplément 
à Chèvreloup. De 1784 à 1789, on ne cessa de travailler à l'éta- 
blissement de conduites souterraines dans la plaine du Chesnay*. 
Le lac avait été peuplé de 2,349 carpes et 26 brochets. On leur 
jetait du pain pour une somme de 950 livres environ par an*. Un 
bateau en bois de chêne, peint en gris, amarré au pied de la tour, 
servait à la promenade et à la pêche*. 

On arrivait au lac par deux chemins. L'un conduisait, sous 
bois, en longeant le bord de l'enceinte du côté de l'allée de Saint- 
Antoine, près du moulin, sur lequel on tombait tout à coup sans 
l'avoir aperçu. De là, on voyait à gauche la tour de Marlborough, 
la maison du jardinier, la grange, la volière, et au loin, entre la 
tour et la maison du jardinier, la porte monumentale do la ferme 
(Voy. pL XIX). L'autre route suivait la lisière du bois des Onze- 
Arpents. De la hauteur, on avait vue sur la grande maison, le 
boudoir, le moulin et le village dé Saint-Antoine-du-Buisson, 
dont l'église et les habitations semblaient faire partie du hameau 
de la reine. 

Celui-ci présentait véritablement l'aspect d'une exploitation 
rurale. Il était animé par les bestiaux qui paissaient sur les pe- 
louses', sous la garde d'un berger, et par le va-et-vient des jardi- 



i. La roue et ses vannes furent refaites deux fois (0 M 880). Cette roue, 
comme on peut le voir par la planche XVllI, était beaucoup plus grande que 
celle qu'on a placée depuis. 

2. OM875-80, t882, 1883, 1886. 

3. 0» 1878-84. 

4. OH 875-84. Ce bateau fut vendu sous le n« 1 1737, lors de la Révolution. 

5. Elles étaient insufAsantes et Ton avait dû louer plusieurs pièces de pré 
dans la prairie du Chesnay. 0*1875-82. 



P^TIT TRIAMON 




BOUDOIH ET MOULIN . 



LE HAMEAU. 



289 



niers, des gens de la ferme, du garde, qui demeuraient là avec 
leurs familles. La reine avait sous les yeux un tableau champêtre 
vivant. Elle voyait labourer les champs, cultiver les jardins, 
tailler les arbres, faire la moisson el la cueillette des fruits. Les 
vaches venaient boire au lac, sur lequel naviguaient dos canards; 
les ménagères lavaient leur linge au lavoir du moulin, qui servait 
réellement à moudre le grain des habitants de ce village en mi- 
niature (Voy. pl^ XVIII). Il y avait le suisse Jean Bersy, garde*, 
dont la maison au bord de Tenceinte existe encore ; celle du gar- 
çon jardinier, Breval, qui se trouvait non loin de là, a disparu. 
A la ferme, logeait Valy Bussard. Il avait un valet, un petit 
garçon qui gardait les vaches, et une fille de service, chargée 
de porter, tous les matins, le lait au château. Dans le jardin 
étaient occupés Morel et Brunot, garçons jardiniers, le taupier 
Lecourt, le ratier Samuel Ilirsch, le fureteur Chartier, et Riaux, 
faucheur à Tannée. Le commissionnaire Kerekove attendait les 
ordres, et Vassant, dit Le Roy, garde bosquet', aidé d'un inva- 
lide', faisait dans le parc des rondes de surveillance. 




La ferme, dont on voit ici le plan, était située près du bois des 
Onze-Arpents. Elle fut mise en communication avec l'allée duRen- 



i. Il avait 45 livres par mois. Un autre Bersy, Rodolphe, gardail la porte 
du jardin fleuriste, moyennant 30 livres par mois. Il fut remplacé, en 1789, 
par Fidèle Bersy. OM875, 1884. 

2. Le fermier avail 125 livres par mois; le valet de ferme, 56 livres par 
mois; le garçon, 50 livres par trimestre; la servante, 200 livres par an; le 
commissionnaire et le garde-bosquet, 45 livres par mois. OH875, 1882. 

3. OH878. 

19 



S90 'LE BAMBAU. 

dez-vouspar un pont jeté sur le fossé. Une grande porte, àauvent 
couvert de roseaux, était placée à Tcnlrée. Elle donnait accès à 
une cour parsemée de bouquets d'arbres*. On y voyait un abreu- 
voir (b) et un puits avec une roue pour faire monter Teau*. Du côté 
du hameau s'élevait un autre portail, à assises de maçonnerie et 
de pierres de taille alternées, surmonté de deux grosses boules, 
d*un assez bel effet (Voy. pi. XIX). Cette fenne était composée d'un 
groupe de bâtiments qui comprenait le logement du bouvier (d), 
une serre aux fromages , plusieurs écuries distinctes pour le taureau , 
les vaches, les veaux, les moutons, les chè\Tes (a), un toit à porcs 
et une niche à lapins'. « La reine, » dit le comte d'Hézecques, 
« avait un superbe-troupeau de vaches suisses*. » A la ferme, on 
élevait de la volaille dans un grand poulailler garni de fil de 
fer", et on travaillait le laitage dans une laiterie dite de prépara- 
tion*, pourvue d'ustensiles qui coûtèrent 3,987 livres, 6 sous, 
6 deniers. Du 1" juillet 1783 au 1" octobre 1791, le produit de 
Texploitation s'éleva à la somme de 30,170 livres. La dépense 
avait été, pendant cette période, de 36,523 livres, 14 sous, 6 de- 
niers, dont 12,045 livres, 10 sous pour le personnel, et 24,478 li- 
vres, 4 sous, 6 deniers pour les animaux'. 

La maison du garde n'offre qu'une particu- 
larité remarquable : elle communiquait avec 
le fossé d'enceinte, vers l'avenue du Rendez- 
vous, par un souterrain dont l'escalier existe 




1. Procès-verbal d'estimation du 12 messidor an IV. 

2. 1 1880. — Le puits n'existe plus. — Dans les comptes on trouve men- 
tionné un « chariot en croix » fait pour la ferme. 

3. Cette niche fut vendue, lors de la Révolution, sous le n® H744. 

4. Les vaches suisses étaient à la mode. Le duc de Ghoiseul en avait, à 
Chanteloup, un troupeau venu de TErmitage (canton d'Untervald). Du Deffand, 
n, 254. 

5. Vendu 300 livres, sous le n» U743. 

6. Cette laiterie était attenante à la grange, dont on parlera tout à l'heure. 

7. OM884. 




LE HAMEAU. 201 

encore (a)*. J'ai noté que la maison du jardinier avait disparu. 

Je ne saurais dire à qui revenait le soin de la volière de la 
reine. Elle était placée sur le bord du lac, dans une chaumière 
qu'on appelait la maison du colombier. Le 
pigeonnier se voit encore (a) dans les combles, l 
Aurez-de-chaussée se trouve, par-devant, une ' 
pièce habitable (c) ; par-derrière, des cabinets (b) 
à usage de poulaillers : les grillages sont demeu- 
rés aux fenêtres. En 1783, on acheta pour peupler cette volière : 
3 coqs dont 1 du Mans, 68 poules dont 9 du Mans, 13 du pays de 
Caux, 2 à pattes et bec jaunes, 3 pondeuses et 2 mères poules 
avec 13 poulets. Le tout, en y joignant 4 paires de pigeons d'es- 
pèces rares, revint à 201 livres, 8 sous. Leur nourriture coûtait 
de 900 à 1,200 livres par année. L*été, on dressait pour ces vo- 
lailles, sur la pelouse, un bâtis de poutrelles entouré et couvert 
de filets*. 

La présence des ménages du fermier, du garde et du jardinier 
a donné lieu à une fable qui est très sérieusement rapportée dans 
les mémoires de Weber, frère de lait de Marie-Antoinette. « J^ai 
vu, » dit-il, « la reine, bien jeune encore, cesser d'aimer les plai- 
sirs bruyants et les dissipations de la jeunesse, d'abord faire suc- 
céder aux bals éclatants de Versailles les bals champêtres de 
Trianon qui amenaient tous quelque nouveau trait de bonté » 
(c'est-à-dire qu'on dansait à Trianon, l'été, sans cesser pour cela 
de danser à Versailles, l'hiver); « puis, de jour en jour, se ren- 
fermer davantage dans les soins et les devoirs d'une mère,... 
tantôt, s'environnant dans son intérieur des jeux innocents de ses 
enfants, s'adonner avec passion à tous les ouvrages d'aiguille;... 
tantôt se promener solitairement avec eux dans ses jardins, dont 
les embellissements étaient devenus des bienfaits... Témoins ces 
douze hameaux qu'elle fit bâtir à Trianon en 1785, et dans les- 



1. Le petit appentis (b) servail de lingerie. 

2. OM875, 1878, i880, 1884*85. En 1786, on fllfaire pource poulailler mobile 
36 toises de filet. 



1 



S02 LB HAMEAU. 

quels elle plaça douze familles pauvres, se chargeant pour tou- 
jours de leur entretien complet. » Et prenant le ton de Tenthou- 
thousiasme, il s'écrie : « Ils étaient donc Tasile de Tinfortune et 
le temple de la charité, ces jardins qu'une basse et stupide ca- 
lomnie présente aujourd'hui comme un théâtre de scènes licen- 
cieuses et dont Tindigne plagiat nous est donné pour une vérité 
historique! » Si Weber est de bonne foi, il faut dire qu'il se vante 
ailleurs faussement d'avoir été admis dans l'intimité de la reine. 
Quoi qu'il en soit, il n'a pas même le mérite de l'invention. Ce 
même conte fut débité à des voyageurs anglais, venus en France 
après la paix d'Amiens. « Notre guide, » dirent-ils, « nous mon- 
tra « les douze asiles » des pauvres familles que la reine « allait 
visiter avec son auguste enfant, » et, plus loin, « la cure, qui 
était habitée par un vieil ermite que cette princesse appelait 
son curé, et avec lequel elle causait avec cette douce familiarité 
qui lui gagnait tous les cœurs. Le bon religieux était près d'elle 
l'interprète de la petite colonie qu'elle avait formée près de sa 
demeure favorite ; il lui rendait compte des légers incidents qui 
en variaient l'existence, et l'attention qu'elle portait à ces détails 
prouvait que ce n'était point par caprice ni par ostentation qu'elle 
avait fondé cet établissement*. » Le guide avait lu la fable des 
paysans misérables dans les Anecdotes du règne de Louis XVI, 
publiées par Nougaret en 1791'. Quant à la cure, l'administra- 
tion du palais a donné, depuis longtemps déjà, la consécration 
officielle h cette bourde, en faisant inscrire sur la maison qui ser- 
vait de poulailler, au temps de Marie- Antoinette, le nom de/>rcs- 
Ijytère. 

Il suffira d'opposer à ces inventions le témoignage d'un con- 
temporain qui écrivait en 1803. C'est encore le botaniste Du- 
chesne, ancien prévôt des bâtiments du roi, auteur d'un Cieerone 



1. Versailles, Paris et Saint-DeniSy ou Une suite de vue d'après des desseins, 
par J.-C. Nattes; Londres, s, d., in-f", pi,, p. 55. 

2. I, 176. 



LK HAMBAU. t9S 

de Versailles' qui abonde en rciiseigiiements précieux, h L'ar- 
chilecte Mique, » dit-il, » ne voulut point jouer à la chapelle, 
il n'en construisit point une imaginaire; mais, au moyen du 
fossé de clAturc, la ceinture de bocages fut cntr' ouverte à des- 
sein de profiler de la vue de la petite église de Saint-Antoine, et 
les maisons construites à l'eiitour communiquèrent au hameau 
de fantaisie un air de vérité'. » 




Alain Manesson-Matlet nous en a conservé le souvenir dans 
une gravure du Traité de géométrie pratique' qu'il a publié en 
1702. L'église était, comme on le voit, un édifice très modeste : 
un clocheton surmontait le pignon de la façade ; le chœur qui pa- 
raît d'archilocture gothique était plus élevé que la nef. On remar- 
quera que la porte Saint-Antoine n'a pas la mémo forme qu'ac- 
tuellement. Je dirai plus loin à quelle occasion elle a été changée. 

Uuchesne remarque que ces maisons sont " toutes variées 
de forme, de grandeur, de construction, d'ameublement, aussi 



1. In-13, p. 99. L'indication (le Duclicsnc eslconflrmOo pa r Alexandre Delà - 
borde dans sa Description des nouvetitix jardins de la France, qui parulenl808, 

2. Voj. plus loin le plan, c. ii. — Saint-Anloine-du-Buisson élail une 
annexe de la paroisse du Chesnay, qui étail alors dcssenie par Damar, prieur 
de La Roclie. Registres des baplèmes, mariagei et sépultures, aui archives 
du Chesnay, 

3. 1, page 163, pi. 63. 



204 LB HAMJBAU. 

bien que leurs jardinets qui, plantés suivant Tusage de la 
campagne, se prêtaient, par leurs accompagnements, à la plai- 
santerie de faire de chacune des dames de la reine une paysanne 
ayant ses occupations rurales. Aussi^ au logement de la meu- 
nière, voyait-on tourner la roue d'un petit moulin à eau. » 

Ducliesne ne parle que d'une meunière. On a depuis imaginé 
toute une légende que M. Alexandre Monavon, régisseur de 
Trianon, a recueillie dans une Notice descriptive qui se vend à la 
porte du palais*. « Louis XVI, » dit-il, <« était, cela s'en va sans 
dire, le seigneur de ce singulier village en miniature; Marie- 
Antoinette en était la fermière; le comte d'Artois remplissait les 
fonctions de garde-chasse; le comte de Provence était lo meu- 
nier; le cardinal de Rohan, le curé; le prince de Polignac, le 
bailli. » Dans ce scénario, la grande maison de la reine est deve- 
nue la maison du seigneur ^ le bâtiment à côté, qui s'appelait 
avant 1789 la maison du billard, prend le nom de maison du 
bailli^ et le poulailler celui de presbythe* . Faire du cardinal de 
Rohan, qui ne parut qu'une fois en fraude au Petit-Trianon 
en 1782, et auquel Marie- Antoinette, à la cour, où il ne se pré- 
sentait que très rarement, n'adressait même jamais la parole, 
le curé du hameau de la reine, hameau sans église d'ailleurs et 
dont la construction s*achevait à peine quand il fut emprisonné, 
c'est, on en conviendra, dépasser en fantaisie les plus invraisem- 
blables romans. L'ensemble de cette légende, à la cure du car- 
dinal près cependant, a été forgé de toutes pièces par un Alle- 
mand, le docteur Meyer, qui visita la France en 1796. « Le 
hameau, » dit-il, « était le réduit secret des plaisirs particuliers 
de la famille royale ; on s'y livrait à des amusements innocents 
et enfantins. Le roi se déguisait en meunier, la reine en paysanne. 



!• Versailles, 1882, m-8«. 

2. Cette histoire n'était pas encore imaginée en 1808, car Alexandre Dela- 
borde donne aux maisons les noms indiqués dans les documents antérieurs 
à la Révolution, noms que reproduit d'ailleurs le procès-verbal d'estimation 
du 12 messidor an IV. 



LB HAMBAU. S95 

Monsieur en maître d'école; et la famille habitait ce hameau 
plusieurs jours dans ce costume*; » 

A part Tallusion de Duchesne à une meunière, dont j'ai parlé 
plus haut, on ne trouve rien dans les auteurs contemporains qui 
ait trait à une pareille plaisanterie. Madame Campan, dans la 
description qu'elle fait de la vie à Trianon, après la construction 
du hameau, ne dit pas un mot de l'histoire racontée par Meyer. 
« La reine, » dit-elle', « y avait établi tous les usages de la 
vie de château; elle entrait dans son salon, sans que le piano- 
forte ou les métiers de tapisserie fussent quittés par les dames, 
et les hommes ne suspendaient ni leur partie de billard ni celle 
de trictrac. Il y avait peu de logement dans le petit château de 
Trianon. Madame Elisabeth y accompagnait la reine; mais les 
dames d'honneur et les dames du palais n'y furent point établies. 
Selon les invitations faites par la reine, on y arrivait de Ver- 
sailles pour l'heure du diner. Le roi et les princes y venaient ré- 
gulièrement souper. Une robe de percale blanche, un fichu de 
gaze, un chapeau de paille étaient la seule parure des princesses; 
le plaisir de parcourir toutes les fabriques du hameau, de voir 
traire les vaches, de pêcher dans le lac enchantait la reine. » 

C'était là, en effet, ce qu'il y avait de piquant pour ces prin- 
cesses, qui ne connaissaient que le faste de la représentation et 
ne vivaient qu'entourées de courtisans et de laquais. Appro- 
cher de ces petites gens qu'elles n'avaient aperçues jusque-là 
que si loin et si bas qu'il semblait à peine qu'elles fussent du 
même limon, les voir vaquer aux occupations de leur ménage, 
étudier leurs idées et leurs sentiments, entendre leur langage 
simple et grossier était un amusement bien plus nouveau que 
de tenir des rôles empruntés, comme des enfants qui joueraient 
au monsieur et à la dame. On verra, trois ans après, toute la mai- 



1. Fragments sur Paris, traduits par Dumouriez; Hambourg, 1798, 2 vol. 
in-8®, IL D'après le journal de Louis XVf, la famille royale a d'ailleurs, en 
Irois ans, soupe ou dîné quatre fois seulement au hameau. 

2. I, 227. 



206 LE HAMEAU. 

son de madame Elisabeth s'inquiéter des tristesses du vacher de 
Montreuir, chercher à pénétrer 'son secret, découvrir que, tandis 
qu'il se consume à Versailles, sa fiancée* languit là-bas, en Suisse, 
et la marquise de Travanet, sœur de la marquise de Bombelles, 
composer sur cette idylle une chanson qui a surnagé dans la 
tourmente révolutionnaire. 

Quand tu venais partager mes travaux, 

Je trouvais ma tâche légère, 
T'en souvient-il? tous les jours étaient beaux. 

Qui nous rendra ce temps prospère? 

Pauvre Jacques! quand j'étais près de loi, 

Je ne sentais pas ma misère, 
Mais, à présent que tu vis loin de moi, 

Je manque de tout sur la terre. 

Il nous reste trois charmantes miniatures de Van Blarcn- 
berghe, exécutées en 1786, qui nous retracent l'aspect du hameau 
à cette époque. Dans Tune, on voit le moulin, avec des femmes 
qui lavent au ruisseau, et le bouvier Valy venant y faire moudre 
son blé porté par un âne qu'il pousse devant lui; un pécheur 
jette son filet dans le lac, tandis que la fille de la ferme y fait 
boire une vache [pL XVIII). — Une autre représente le boudoir 
de la reine, au milieu d'un jardin enclos d'une palissade rus- 
tique. Une vigne vierge tapisse les murailles et couvre un ber- 
ceau élevé au-dessus do Tescalier, tandis que des roses grim- 
pantes s'étendent sur un hangar à côté. Breval, en manches de 
chemise, a été remplir ses arrosoirs au lac et les emporte pour 
rafraîchir les fleurs et les légumes. Un enfant, sur le bord, excite 
un chien à se jeter à Teau. — La troisième vue est prise du 
jardin du boudoir, dans lequel Breval, au premier plan, donne 
des bouquets à deux promeneuses. Un jardinier, la pelle sur 
l'épaule, passe sur le chemin; une barque traverse le lac. A 

\ . Jacques Besson, de Fribourg. 
2. Marie Magnin. 



LB HAMEAU. 297 

(Iroile, au delà, la maison du jardinier se montre entre les ar- 
bres, et, dans le fond, la porte de la ferme. A gauche, se dresse la 
tour de Marlborough; sur l'escalier, un homme en habit de tra- 
vail en appelle un autre qui monte à sa voix. Au sommet, 
Louis XVI, vêtu d'un habit rouge, Thabit de Trianon, montre 
Versailles au dauphin, placé à côté de lui (/>/. XIX)*. 

L'extérieur des bâtiments destinés à recevoir la reine et sa so- 
ciété ne différait pas de celui des maisons qui étaient à l'usage 
des fermiers et jardiniers. Ils étaient comme elles, à l'exception 
de la laiterie et de la maison de la reine qui avaient un toit de 
tuiles, couverts en chaume, et nous avons vu que les murs en 
étaient revêtus d'une peinture imitant la vieille brique, la pierre 
effritée, le bois vermoulu et le crépi lézardé. Mais l'intérieur était 
bien différent, dit un témoin oculaire, le comte d'IIézecques, page 
de la chambre du roi. Si le dehors offrait « l'aspect le plus cham- 
pêtre, » on trouvait au dedans « l'élégance et parfois la recherche. » 

« Le principal manoir, dénommé maison de la Reine, » rap- 
porte de son côté Duchesne*, « se distinguait par son étendue et 
par sa construction bizarre, laquelle toutefois ne sortait de la 




B 



simplicité rurale que pour prendre une tournure de féerie. Les 
vases garnis de fleurs et les treillis et berceaux qui l'accompa- 

t. De ces miniatures, les deux premières appartiennent Ik M. Edouard 
André, et la seconde à M. Lévy-Crémieux. Il les ont, Tun et Tautre, gracieu- 
sement mises à ma disposition pour les faire reproduire. 

2. Cicérone de Versailles, 99. 



298 LE HAMRAU. 

gnaient répondaient à cette idée. » II se composait de deux corps 
de logis reliés entre eux par une galerie, peinte en vert-olive. 
Celle qui est à droite (a) est spécialement désignée dans les comptes 
par le nom de maison de la reine. Le bâtiment à gauche (c) s'ap- 
pelait maison du billard. Sur la galerie (B),Mique avait fait poser 
une caisse de quatre-vingt huit pieds de long sur huit pouces de 
large pour des fleurs et des plantes grimpantes qui montaient le 
long des poteaux jusqu'au toit. — La maison delaroine contenait, 
au rez-de-chaussée, une salle à manger (1 ) et un cabinet pour le jeu 
de trictrac* (2). Au premier étage se trouvait une antichambre en 
forme de cabinet chinois*, un salon à six croisées, orné d'une 
corniche d'ordre corinthien et tendu de tapisseries. La cheminée, 
en marbre blanc veiné était ornée de rosettes, d'entrelacs, de 
feuilles d'acanthe; les consoles portaient sur des balustres, et 
les glaces avaient des cadres sculptés'. Au-dessus du cabinet du 
trictrac était un petit salon, appelé dans les mémoires : salle des 
nobles (2). — La maison du billard avait, au rez-de-chaussée, un 
billard (3). Au premier, on avait aménagé un petit appartement 
auquel on accédait par la galerie. Il était composé d'une pièce 
assez vaste, d'une autre de moyenne grandeur, et de trois petits 
cabinets, dans l'un desquels était une bibliothèque \ La maison 
de la reine et la maison du billard sont représentées dans leur 
état actuel sur la planche XV. 

Derrière le manoir principal, et entouré d'une ceinture d'ar- 

i. Le cabinet du trictrac était décoré d'un papier à fond vert chinois et 
avait un parquet en échiquier. 0* 1 88 1-82. — Une garde-robe (4), répétée 
au premier étage, s'ouvrait sur Tescalier. 

2. Il était peint en jaune à l'extérieur. 

3. Les sculptures élaient dues au ciseau de Deschamps. 0' 1877, 1879, 
1880, 1882. Toutes les glaces du hameau, sans les cadres, furent fournies par 
Nauroy, directeur de la manufacture de Paris, et coûtèrent 2,162 livres, 
17 sous, 5 deniers. 

4. Cet appartement est indiqué en lignes de points sur notre plan. D'après 
un mémoire, il semblerait qu'il a été occupé par Mique. 0* 1879. — Devant 
la maison du billard, au bord du lac, se trouvait un saule pleureur qui, 
dit la Description des nouveaux jardins de la France, en 1808, avait été planté 
de la main de la reine. Il a été emporté par un ouragan, en 1883. — Près 



LB HAMBAU. 



399 




bustes touffus, se cachait le réchauffoir qui contenait les locaux 

nécessaires au service : cuisine (2), fournil, 

bûcher, garde-manger, lingerie, argenterie, 

cours (1), lavoir, hangars, et une maison pour 

les valets de pied (3). L'intérieur de la cuisine, 

avec sa décoration de pierres de taille à joints 

réguliers, a assez grand air. Au sommet du 

faitage, on avait perché un petit pigeonnier. 

Le boudoir, qui fut d'abord nommé petite maison de la reine, 
était le buen retira de cotte princesse. L'in- 
térieur en avait été particulièrement soigné. 
Il avait une cheminée en marbre blanc sta- 
tuaire décorée de brindilles de lierre, des 
lambris en chêne de Hollande, et ses fenê- 
tres étaient vitrées en verre de Bohême. On 
adapta plus tard h Tune d'elles un châssis mobile qui coûta 
643 livres, 9 sous, 6 deniers*. 

Une pièce du moulin était éga- 
lement ornée avec recherche; on 
y posa une cheminée en marbre 
blanc et des glaces*. 

Nous avons vu' que madame Regnault avait peint, en 4779, un 
robinia qui avait fleuri dans les serres du Petit-Trianon. La reine 
continua à faire ainsi reproduire les plantes exotiques remarqua- 
bles au moment de leur floraison. C'était d'ordinaire Fréret qui 
était chargé de ce soin. Il représenta entre autres, de grandeur 





de Tcscalier extérieur de cette niènie maison esl un peuplier dont la li^te a 
été abattue aussi par un ouragan, et qui, d'après la tradition, aurait été de 
même planté par la reine. Est-ce en Thonneur de la naissance du duc de 
Normandie? Voyez plus haut, p. 213, ce que dit Delille à Toccasion de son 
frère aîné. 

1. En 1787. 

2. OM877.78, 1884. —A la muraille de la maison était suspendue une 
galerie en bois qui a disparu (pi. XYIII). 

3. Page 230. 



300 



LE HAMBAU. 



naturelle, une ûcur du stewartzia. Maric-AnloîneUe ordonna d'en- 
cadrer ces gouaches et de les placer dans les maisons du ha- 
meau*. Elle fit en même temps rassembler tous les modèles 
préparés pour rétablissement des jardins de Trianon et de leurs 
fabriques. L'inspecteur Henry et le peintre Fréret les restaurè- 
rent*, et on en exposa la collection dans une maison. Laquelle? 
Je n'ai trouvé sur ce point aucune indication précise. 

La grange, à laquelle était jointe la laiterie de travail, ne reçut 
sa décoration définitive que plus tard. Il en fut ainsi de la laiterie 
dite « de propreté (c), » qui est reliée par un 
passage (b) à la tour de Marlborough (a)'. 
Celte tour est une réminiscence de la tour de 
(Jabrielle, au bord du lac d'Ermenonville, 
que la reine avait été visiter le 14 juin 1780*. 
On y montait par un escalier extérieur « garni 
de giroflées, de géraniums qui figuraient, » 
dit le comte d'IIézecques", « un parterre 
aérien. » Elle repose sur un soubassement 
hexagone en pierre, formant terrasse. Au-dessus, un étage rond, 
plein, contenait un salon. Il portait douze arcades surmontées 
de créneaux en bois. Au sommet est un balcon circulaire au 
milieu duquel on a bâti un petit tourillon qui servait, dit le voya- 
geur anglais dont nous avons parlé plus haut, de guérite à un 
veilleur communiquant par des signaux avec le palais de Ver- 
sailles*. De ce balcon on avait vue sur tous les environs. (Voy. 
pi. XIX). La tour de Marlborough tombe aujourd'hui, faute d'en- 
tretien, en ruine, comme toutes les fabriques qu'elle domine, et 
il ne restera bientôt plus rien du hameau de la reine à Trianon. 




\. 0» 1875-84. 

2. On en refit même plusieurs qui s'étaient perdus. M 879-80-84. 

3. Le point d est un hangar. 

4. Mercy,439. 

5. 245. 

6. Rien, dans les documents antérieurs à la Révolution, ne confirme cette 
ndication. 



VII 



L'AFFAIRE DU COLLIER ET TRIANON 



La fermière. — Le bouc blanc. — Le comte de Ncllenbourg. 

Recueil des vues de Triaiion. 

Acquittemcnl du cardinal. — Motifs de cette décision. 

Visites supposées de la femme Lamotte à Trianon. 



Les premiers soleils de 1786 virent le hameau mirant dans le 
lac sa parure, maintenant achevée, de verdure et de fleurs. La 
ferme de son côté s'était complétée. Elle avait reçu une fermière, 
en décembre 1785 : la femme de Valy qu'il avait fait venir de Tou- 
raine avec ses enfants. De nouveaux hôtes lui arrivèrent de 
Fribourg, le 28 mai suivant, après un voyage qui ne manqua 
point de péripéties émouvantes. Au mois de février 1786, Valy 
avait représenté à la reine que le bouc mis dans ses écuries n'é- 
tait pas bon, « attendu que sur sept chèvres il n y en avait pas 
une de pleine, » et demanda à le changer. « S. M. répondit 
qu'elle le voulait bien, mais surtout que le nouveau ne fut pas 
méchant et qu'il fût tout blanc. » Valy commanda alors à Du- 
riaux, messager de Paris en Suisse, de lui amener « un bouc tout 
blanc, très beau en tout, pas méchant, à quatre cornes,... et 
une chèvre blanche et bonne laitière, pleine. » Duriaux fit la 
commission et acheta à Fribourg un bouc avec sa mère. Celle-ci 
mit bas deux chevreaux en route, et il fallut les placer dans une 
petite voiture spéciale accrochée au grand char de la messagerie. 
Ils arrivèrent cependant tous à bon port, et Duriaux réclama 



1 I 



302 LE HAMEAU. 

pour le voyage, la nourriture et les soins, 379 livres, 14 sous, 
dont il n'était pas encore payé le 19 décembre*. 

Le H mai 1786, la reine reçut la visite de son frère Ferdi- 
nand, gouverneur de la Lombardie, et de sa femme Marie-Béa- 
trice d'Esté, qui voyageaient sous le titre de comte et comtesse 
de NellenbourgV Ce prince avait dû venir, du vivant de Marie- 
Thérèse, et sa sœur songeait alors à le loger au Petit-Trianon*. 
Cette fois, il y dîna seulement avec le roi, le 17 mai. Il parut 
sans doute charmé de cette résidence, car la reine, pour lui en 
rappeler le souvenir, fît exécuter à son intention -par le dessina- 
teur Péchon et le peintre Châtelet des vues de son jardin. Un 
duplicata en fut envoyé à la princesse des Asturies. 

Ces albums ne furent pas les seuls. Nous avons vu qu'en 1779, 
Marie-Antoinette avait envoyé à Gustave III une collection de 
dessins du jardin anglais*. Des recueils semblables furent faits 
en 1780, 1782, 1783 et 1785, par Châtelet; en 1781 et 1782, par 
Maréchal et Forget; en 1784, par Fontaine et Baltar, élèves de 
l'académie d'architecture*. L'inventaire dressé, le 12 août 1792*, 
dans Tappartemenl de Bonnefoi, relève « un petit dessin d'une 
illumination » qui représentait sans doute une fête nocturne à 
Trianon. La reine commanda à Van Blarenberghe et à d'autres 
peintres des miniatures représentant sa résidence favorite, pour 
des dessus de tabatières et de drageoirs'. C'est ainsi que furent 
peintes les charmantes vues du hameau dont nous donnons plus 
haut la gravure. La reine avait favorisé son architecte de deux 



i. Arch. nat. 0» 1875. 

2. Arch. nal. K. 16i. 

3. Voyez plus haut, p. 103. 

4. Page 256. 

5. OH 875, 1879,1882, 1884. 

6. Arch. de Scine-el-Oise, série Q. 

1, On trouve, dans les pièces à Tappui des comptes, un mémoire de Millet, 
bijoutier, pour la fourniture d'une tabatière de 500 livres, offerte, par 
décision de la reine en date du 9 fé\Tier 1786, à M. Cornette, médecin, pour 
soins donnés aux jardiniers et aux gens de service de Trianon. 



l'affaire du collier et trianon. 303 

boites (le ce genre. En voici la description, d'après Tinventaire 
dressé chez Mique par les agents du district, les 23-26 fructidor 
an ir : « N° 72. Une boîte doublée en or, enrichie des vues du 
Petit-Trianon, peintes à Thuile et fixées sur glace par Châtelet 
(4 pouces de long, sur 2 pouces, 4 lignes de large, et 1 pouce, S li- 
gnes de hauteur), dans son étui de chagrin, estimée 600 livres. 
— N" 72 bis. Une boîte en écaille enrichie sur le couvercle du 
plan du Petit-Trianon, et de huit médaillons représentant les dif- 
férentes vues dudit jardin, avec un cercle d'or (3 pouces 6 lignes 
de diamètre), estimée ISO livres. » 

Marie-Antoinette avait pensé à offrir à son frère une fête noc- 
turne à Trianon, et des préparatifs furent faits en conséquence* 
pour le 8 juin; mais elle n'eut pas lieu : nous verrons tout à 
rheure pourquoi. Le comte et la comtesse de Nellenbourg sou- 
pèrent deux fois chez madame de Polignac, le 4 et le 10 juin. 
« Hier au soir, » écrit, le 5 juin, la marquise de Sabran au che- 
valier de Bouf fiers, « j'ai été souper chez la duchesse de Poli- 
gnac... Il y avait un monde prodigieux : Tarchiduc et Tarchidu- 
chesse y soupaient, ainsi que la reine; » — et le H juin : « J'ai 
soupe hier au soir chez la duchesse de Polignac, avec cent per- 
sonnes qui n'avaient pas l'air plus gai que moi^ » 

On avait les plus sérieux motifs, à la cour, pour être triste et 
pour ne pas célébrer de fête : le cardinal de Rohan venait de ga- 
gner, devant l'opinion et devant le parlement, le procès que la 
reine avait si légèrement engagé contre lui. Marie-Antoinette en 
fut très affectée. « Faites -moi votre compliment de condo- 
léance, » dit-elle d'une voix entrecoupée par les larmes à ma- 
dame Campan*; « l'intrigant qui a voulu me perdre ou se 
(c procurer de l'argent en abusant de mou nom et prenant ma si- 



t . Arch. de Seine-et-Oise, série U> 

2. 0*1875, 1878, 1882. 

3. E. de Magnien et H. Prat. Cotrespondance de la comtesse de Sabran et du 
chevalier de Bouf fiers; Paris, Pion, 1875, in-8«, <27 et 132. 

4. U, 24 et 290. 



304 LB HAMBAU. 

a gnalurc, vient d'être pleinement acquitté. Mais, ajouta-t-elle 
a avec force, comme française, recevez aussi mon compliment de 
a condoléance. Un peuple est bien malheureux d'avoir pour tri- 
« bunal suprême un ramas de gens qui ne consultent que leurs 
« passions, et dont les uns sont susceptibles de corruption, et les 
a autres d'une audace qu'ils ont toujours manifestée contre l'au- 
« torité et qu'ils viennent de faire éclater contre ceux qui en sont 
<c revêtus. » 

Il est certain, que dans cette affaire, les juges et le public com- 
mirent une lourde et cruelle méprise ; mais faut-il en imputer la 
faute à eux seuls, et peut-on dire que la reine ne fut pour rien 
dans cet égarement de l'opinion? Marie-Antoinette avait pensé 
faire condamner le cardinal comme escroc. « Il a pris mon nom, » 
écrivait- elle h son frère*, « comme un vil et maladroit faux- 
monnayeur. » Mais, à l'instruction, l'affaire prit une tournure 
inattendue. Il devint évident que le cardinal avait été dupe el 
non voleur. Sur ce chef, il devait être déclaré innocent ; il avait 
cru réellement acheter le collier pour Marie-Antoinette. Mais lui 
était-il permis d'admettre que la reini» de France l'avait chargé, 
par l'intermédiaire de madame de Lamotte d'une semblable 
commission, et qu'elle lui avait donné un rendez-vous dans le 
parc de Versailles? Et, en le croyant, n'avait-il pas fait à sa sou- 
veraine un outrage méritant d'être assimilé au crime de lèse- 
majesté et puni selon toute la rigueur des lois? Cette question 
mettait Marie-Antoinette directement en cause, et le procès du 
cardinal devenait le procès de la reine. 

C'est alors que toutes les apparences fâcheuses de la conduite 
de cette princesse* auxquelles, malgré les avis de sa mère et 
de Mercy, elle n'avait pas voulu prendre garde, déposèrent contre 
elle avec plus de gravité que, pour d'autres, n'ont fait de vérita- 
bles crimes. Puisque, sans autre raison que l'engouement, elle 
avait élevé madame de Polignac au plus haut degré de la faveur, 

{ . Lettre du i 9 septembre. 
2. Voyez plus haut, p. 94. 



L*AFFAIRB DU COLLIER BT TRIANOX. 305 

un caprice ne pouvait-il aussi avoir gagné ses bonnes grâces à la 
comtesse de Lamotte, qui était jeune, jolie, spirituelle, et des- 
cendait de la race des Valois? N'avail-elle pas supprimé toute 
étiquette et ne s'était-elle pas donné mille libertés interdites aux 
autres reines? Est-ce que la rencontre nocturne* dans le parc 
de Versailles était beaucoup plus étrange que les descampa- 
tivos dont on avait parlé dans toute l'Europe? Et quant à la 
commission d'acquérir les diamants à Tinsu du roi, la reine 
n'avait-elle pas déjà traité dans les mêmes conditions avec 
Boehmer, pour des girandoles de plus de cent mille écus, par 
l'intermédiaire d'une femme de chambre*? 
Il ne manquait pas de gens pour commenter tout cela et y 



i , Les Essais historiques sur la vie de Marie- Antoinette, dont nous avons parlé 
plus haut, page 160^ note 1, donnent sur ces (iesram;)f(/tro.s des détails curieux 
que je suis loin de garantir, mais qui étaient alors répandus dans le public. 
Ils racontent qu^après souper on faisait illuminer un bosquet où l'on établis- 
sait un trône de fougère. On élisait alors un roi, qui était presque toujours 
le comte de Vaudreuil. Celui-ci, ordonnant aux assistants d'approcher du 
trône, formait des couples. Les mariages faits, il prononçait : « Descampa- 
tivos! » On fuyait alors deux à deux dans le parc, avec défense du roi de la 
fougère aux couples qui se rencontreraient, de se regarder, de se parler, de 
se nuire et de rentrer avant deux heures. Ce jeu, prétend l'auteur du pamphlet, 
amusait fort le roi. 

2. Campan, I, 94. — D'après Mercy (II, 418), ces girandoles coûtèrent 
460,000 francs. Une diminution faite au bijou réduisit la somme, suivant 
madame Campan, à 360,000 francs. Tous deux assurent que la reine les 
paya sursa cassette. Louis XVI a laissé, sur ce fait, dans son livre de dépenses 
particulières, des renseignements qu'on n'a pas encore relevés. En réalité, 
les boucles d'oreilles ne coûtèrent que 348,000 livres, sur lesquelles la 
reine n'en paya que 48,000. Ce fut le roi qui lui remit le reste de la main 
à la main , pour qu'elle pût remplir son engagement : « Décembre 1776, à 
la reine, Î5,000 livres. Ces 25,000 livres sont le premier paiement d'une 
somme de 300,000 livres que je me suis engagé à payer à Boehmer, en 
six ans, avec les intérêts, pour des boucles d'oreilles de 348,000 livres que la 
reine a achetées et dont elle a déjà payé 48,000 livres. » Boehmer fut totale- 
ment désintéressé en vingt-quatre paiments. Le dernier eut lieu le 3 décembre 
1782. On trouve, à cette dale^dans le compte du roi : « A la reine, pour solde 
décompte avec Boehmer, 12,000 Hvres. » En même temps, la reine achetait des 
bracelets. On lit dans le compte particulier du roi, à la date du 18 janvier 
4777 : « J'ai payé à la reine 24,000 livres en acompte des 162,000 qu'elle 
doit à Boehmer pour des bracelets de diamants. » 



806 LB H AME AU. 

chercher des motifs justificatifs pour le cardinal. Sans parler de 
sa nombreuse parenté qui comptait parmi ses alliés des princes 
du sang, les grands ordres de TÉtat, clergé et noblesse, étaient 
portés à prendre la défense d'un des leurs, et trouvaient exorbi- 
tant de voir un prince, un évêque, abbé de plusieurs abbayes, 
proviseur de Sorbonne, grand aumônier de France, décoré de la 
pourpre romaine, confondu sans ménagement, dans une même 
accusation, avec une intrigante, une fille entretenue, un char- 
latan et des comparses obscurs. Le parlement, qui avait à se 
plaindre du ministère, était peu favorable à la cour. La cour elle- 
même, détachée de la reine par sa partialité envers quelques 
personnes, après lesquelles il semblait qu'il n'existât plus rien 
pour elle en France, était médiocrement disposée. Tous les vieux 
courtisans du temps de Louis XV, laissés de côté pour une géné- 
ration nouvelle, boudaient. Les dames âgées, dont la reine, toute 
jeune encore, avait ri, ne lui pardonnaient pas cette raillerie en- 
fantine. 

L'abbé Soulayie a remarqué avec justesse que, dès son arrivée 
à Versailles, Marie-Antoinette avait trouvé une puissante co- 
terie montée contre elle : le parti français, détestant dans sa 
personne le gage de l'alliance autrichienne et prêt à tout ex- 
ploiter pour la rendre odieuse à la nation*. Celle-ci, d'abord en- 
thousiaste, on peut le dire, de sa souveraine, bientôt choquée 
de ses allures si différentes de celles des reines qui l'avaient 
précédée, s'était peu à peu désaffectionnée, et, sous cette 
mauvaise impression, avait fini par prêter l'oreille à tous les 
bruits semés par la calomnie. La calomnie! jamais elle ne se 
déchaîna plus implacable, plus infâme, plus effrénée qu'à la fin 
du xvHi'* siècle. Il y avait à peine dix ans que Beaumarchais en 
avait tracé cet effrayant portrait, qui jette une ombre lugubre 
sur les gaietés du Barbier de Séville; et, sous ce rapport, les 
mœurs ne s'étaient pas améliorées depuis. « Croyez, » dit dom 
Basile, <( qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreur, pas 

1. Mémoires f t. VI. 



l'affaire du collier et TRIANON. 307 

de coûte absurde qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande 
ville en s'y prenant bien; et nous avons ici des gens d'une adresse! . . . 
D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant 
Y OTagc, pianissimo murmure, et file, et sème en courant le trait 
empoisonné. Telle bouche le recueille, ci piano, piano, vous le 
glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il 
rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche, il va 
le diable; puis tout à coup, on ne sait comment, vous voyez 
calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle 
s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, 
entraine, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri 
général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de 
proscription. Qui diable y résisterait? » 

Cette dangereuse semence tombait donc dans un terrain bien 
préparé pour la recevoir. Et, par une fatalité, pendant l'instruc- 
tion même du procès, deux incidents venaient lui donner de 
nouvelles forces. L'obligation, où le gouvernement du roi fut, 
pour ne pas perdre le bénéfice d'un traité avantageux conclu avec 
la Hollande, de payer, à ce fnoment, pour elle à Joseph II cinq 
millions de florins, exaspéra ceux qui répétaient que l'alliance 
avec l'Autriche, copartageante de la Pologne à l'insu et contre 
les intérêts de son alliée, n'avait été pour la France qu'une du- 
perie. Et un scandale qui se produisit à Versailles durant l'hiver 
de 1786, dans la société de la reine, acheva de jeter un jour dé- 
plorable sur son entourage le plus intime. Elle en fut elle-même 
éclaboussée, a On ne fait que parler, » disent les Mémoires secrets\ 
« de cette aventure, d'autant plus fâcheuse que la dame a été 
élevée sous les yeux de la reine. » 

Dans de telles circonstances, et avec la passion d'opposition 
qui est au fond de l'esprit français, Marie-Antoinette avait peu 
de chances de voir l'opinion se prononcer pour elle ; et le parle- 
ment ratifia, il faut le reconnaître, le sentiment public, en reje- 
tant les conclusions du procureur général qui s'était pourtant 

1. 8, 9 et <0 février. 



308 LE HAMBAU. 

borné à demander qu'on infligeât à l'inculpé la seule pénalité 
d'une amende honorable. C'était dire que, s'il reconnaissait que 
la reine n'avait été pour rien, puisqu'il condamnait la comtesse 
de Lamotte, dans les intrigues qui avaient trompé le cardinal, 
elle n'était pas du moins tellement au-dessus du soupçon que 
celui-ci fût punissable de s'y être laissé prendre. 

« A cette époque, » dit madame Campan*, « finirent les jours 
fortunés de la reine; adieu pour jamais aux paisibles et modestes 
voyages de Trianon, aux fêtes où brillaient à la fois la magnifi- 
cence, l'esprit et le bon goût de la cour de France ; adieu surtout à 
cette considération, à ce respect dont les formes accompagnent le 
trône, mais dont la réalité seule est la base solide! » Il y a beau- 
coup de vrai dans cette exclamation arrachée à la sensibilité de 
la première femme de chambre; mais nous faisons dès à présent, 
au sujet des fêtes de la cour et des voyages de Trianon, quelques 
réserves que la suite de ce récit justifiera. 

Trianon a joué un rôle dans l'affaire du collier, rôle imagi- 
naire, mais considérable; on peut même dire que, sans Trianon, 
madame de Lamotte ne fût jamaiâ parvenue à tromper le car- 
dinal à ce point. Afin de convaincre sa dupe de son intimité avec 
la reine, l'effrontée comtesse feignit d'être reçue en cachette à 
Trianon, le soir. « Parmi ses différents moyens de séduction, » 
dit Tabbé Georgel dans ses Mémoires*^ « madame de Lamotte 
sut trouver celui de faire croire qu'on lui donnait à Trianon 
des rendez-vous secrets où la reine lui prodiguait les marques de 
la plus intime familiarité : plusieurs fois, elle prévint le cardinal 
du jour où elle s'y rendrait et de l'heure où elle sortirait. Ce 
prince, qui aimait à repaître ses pensées de tout ce qui pouvait 
alimenter sa persuasion, s'était mis plusieurs fois à portée d'ob- 
server ces entrées et ces sorties. Une nuit qu'elle savait que le 
grand aumônier attendait le moment où elle se retirait , elle se 
fit reconduire à quelque distance par Villette, principal agent de 



i. il, 293. 
2. T. n. 



l'affaire du collier et trianon. 309 

ses complots, qui eul ensuite Tair de rentrer; il faisait clair de 
lune. Le prince, sous un déguisement, rejoignit madame de La- 
motte comme il avait été convenu, demanda le nom de ce per- 
sonnage; elle lui dit que c'était le valet de chambre de confiance 
de la reine à Trianon. » C'est ce même laquais supposé qui, sous 
la livrée de Trianon, vint, le !•' février 1 785, prendre devant le car- 
dinal, caché dans un cabinet, Técrin du collier que celui-ci avait, 
un moment auparavant, déposé entre les mains de la comtesse de 
Lamotte.« Le cardinal, ayant bien examiné les traits de l'homme à 
qui on avait remis la cassette du collier, et ayant cru reconnaître 
ceux du prétendu valet de chambre de Trianon, qui avait, une 
nuit, reconduit madame de Lamotte, ne douta plus que ce collier 
ne fût parvenu à sa destination. » 

L'abbé Georgel ne donne pas de plus longs détails sur les entre- 
vues imaginaires do la reine et de l'intrigante à Trianon. 
Dans les factums rédigés pour la défense des accusés, il 
semble que les avocats se soient donné le mot pour laisser 
dans l'ombre ce côté de l'affaire. Celui du cardinal* y fait une 
timide et rapide allusion. Il parle ainsi des inventions de ma- 
dame de Lamotte : « Et quelles étaient ces fables? On frémit de 
le dire. Elles violaient le profond respect dû à la majesté royale : 
son nom, ses malheurs, la bienfaisance de la reine lui avaient, 
disait-elle, ouvert un accès auprès de sa personne; elle en appro- 
chait en secret... »I1 n'est, du reste, pas fait mention de Trianon 
dans les mémoires du cardinal. Seul, Cagliostro, dans sa défense, 
prononce ce nom' : « J'étais, » dit-il, « à Bordeaux dans le temps 
de l'apparition de la fausse reine dans les bosquets de Trianon. » 
Pourquoi ce silence? C'est que l'objet de ces relations mensongères 
était d'une nature tellement délicate que les accusés se seraient 
infailliblement perdus par des déclarations plus explicites. Ce 
n'est que trois ans après, et de Londres, que l'infâme descen- 



i. Mémoire pour LouiS'René'Èdouard de Rohan, cardinal, etc.; Paris, i786, 
n-4% 15. 

2. Mémoire pour le comle de Cagliostro; Paris^ 1786, in-4®, 43. 



310 LK HAMEAU. 

(lantc (les Valois osa publier ces imputations monstrueuses qui 
furent reproduites devant le tribunal révolutionnaire. Nous en 
parlerons quand le moment sera venu. 

Si la reine n*avait pas jeté bas autour d'elle toutes les barrières 
protectrices de Fétiquette, si elle n'avait pas, ce que redoutait tant 
sa mëre, été s'établir seule dans un château, sans le roi, sans ses 
dames d'honneur, entourée seulement de domestiques, pour 
y vivre en particulière avec quelques intimes que l'on ne regar- 
dait pas comme au-dessus de tout reproche, jamais la comtesse 
de Lamotte n'eût pu fournir au cardinal l'apparence d'une 
preuve de relations quelconques avec elle, et l'intrigue avortait. 
Ajoutons que, sans l'infamie des courtisans et les révoltantes in- 
ventions de leur jalousie envieuse (il faudra aussi, malgré nous, 
remuer ces immondices), jamais la complice du cardinal n'eût 
elle-même conçu son incroyable projet. 

Il est resté dans beaucoup d'esprits, sur les relations de Marie- 
Antoinette et de madame de Lamotte, des doutes qui prennent 
leur point d'appui dans une phrase de madame Campan, corro- 
borée par une nouvelle à la main publiée dans les Mémoires se- 
crets. Ces derniers prétendent que la princesse de Lamballe 
chercha à voir madame de Lamotte à la Salpêtrière, où l'entrée 
lui fut refusée par la supérieure qui lui dit que la comtesse 
« n'était pas condamnée à la voir. » « Par suite des fausses vues 
qui dirigeaient les démarches de la cour, » dit de son côté ma- 
dame Campan', « on y trouva que le cardinal et la femme La- 
motte étaient également coupables et inégalement jugés, et on 
voulut rétablir la balance de la justice en exilant le cardinal à 
l'abbaye de la Chaise-Dieu, et en laissant évader madame La- 
motte peu de jours après son entrée à l'hôpital. Cette nouvelle 
faute confirma les Parisiens dans l'idée que cette vile créature, 
qui jamais n'avait pu pénétrer même jusqu'au cabinet des femmes 
de la reine, avait réellement intéressé cette infortunée princesse. » 
Si les faits avancés dans ces deux passages étaient avérés, j'avoue 

1. U, 289. 



l'affairb du COLLIBR BT TRIANON. 311 

qu'il serait, en effet, bien difficile de ne pas partager ces soup- 
çons, et quand on saura quelle était la nature de la faveur dont 
se vantait madame de Lamotte, on jugera de la gravité qu'ils 
ont pour la mémoire de la reine. 

Mais, d'abord, il est bien difficile de croire au racontar 
des Mémoires secrets. Peut-on sérieusement admettre que la su- 
périeure de la Salpêtrière ait osé refuser l'entrée d'une prison 
royale à la surintendante de la maison de la reine, et lui ré- 
pondre par une insolence? Et ne voit-on pas que le récit n'est 
fait que pour amener le bon mot qui le termine? 

D'autre part, rien n'est moins vraisemblable que l'intérêt tardif 
pris par la cour à la situation de madame de Lamotte. C'était avant 
l'exécution de l'arrêt qu'il fallait la faire évader, si l'on avait quelque 
chose à craindre d*elle ou la moindre compassion pour son sort. 
Lui rendre la liberté après l'avoir laissé fustiger et marquer, 
c'était lui donner les moyens de satisfaire l'esprit de vengeance 
dont elle ne pouvait manquer d'être animée. Les circonstances 
de son évasion, que nous a racontées le comte Beugnot^ ne lais- 
sent d'ailleurs pas supposer un instant qu'elle ait été favorisée. 
Elle arriva à pied, demi-nue et presque mourante, à Bar-sur- 
Aube, et s'y blottit dans un trou de carrière, où elle serait morte 
de faim, sans la charité de la mère de Tavocat champenois qui lui 
porta de la nourriture et lui donna de l'argent pour fuir à l'é- 
tranger. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, elle y publia d'horri- 
bles libelles contre la reine. Heureusement pour la mémoire de 
Marie- Antoinette, la calomniatrice, comme on le verra, s'est 
chargée elle-même de fournir les preuves les plus éclatantes de 
l'innocence de sa victime. 

1. Mémoires, 1, eh. i(. 



VIII 



LA LAITERIE 

1786 



Décoration de la laiterie. — La manufacture de porcelaine de la reine. 

Jardinage. — Marie-Christine, sœur de la reine. 

Chagrin de la reine. — Nouvelle tente pour le hal. — Lettre à Mercy. 

La reine joue à la paume. 



Le comle et la comtesse de Nellenbourg quittèrent Versailles 
le 17 juin*, et Louis XVI partit, le 22, pour visiter le port de Cher- 
bourg. Pendant Tabsence du roi, Marie- Antoinette alla s'enfermer 
à Trianon, « où elle demeura dans une retraite absolue*. Elle y 
fut saignée, » dit la Correspondance sea^èie, « et Madame, vou- 
lant savoir de ses nouvelles, a été refusée*. » La reine était 
grosse pour la quatrième fois. 

La laiterie se terminait alors. On y travaillait depuis 1784. 
A cette époque, sept projets de fontaines avaient été modelés en 
cire pour Tornementation des niches entre les fenêtres. L'un 
d*eux représentait un vase surmonté de deux enfants tenant 
un cygne qui étendait les ailes. Les murs et le sol étaient 
revêtus de marbre ; un filet d'eau traversait la pièce dans une 
rigole et y entretenait la fraîcheur. Quinze tables de marbre 
la garnissaient*. Elles supportaient soixante -dix -huit pièces 

i . Journal de Louis XVI. 

2. Du 22 au 29. Il plut du 22 au 25. Le temps fut très beau le 26; averses 
le 27 ; beau le 28 et le 29. 

3. Lescure, II, 54. 

4. Souvenirs d'un page, 245. — 0* 1877, 1880. 



LA LAITEBIB. 313 

de porcelaine décorée : terrines à lait, plateaux à fromage, 
tasses et soucoupes, beurriers, brocs, assiettes, bat-beurre, 
qui coûtèrent 6,372 livres. Elles furent toutes fabriquées à la ma- 
nufacture de la reine, sous la direction d'André-Marie Lebeuf 
qui fit briser les moules*. Il existe au musée de Sèvres un seau 
en porcelaine dure, inscrit sur les registres de cette manufac- 
ture sous deux appellations : 1^ seau du Petit-Trianon ; 2"* seau 
de Rambouillet. C'est la dernière qui me parait exacte. Une 
note postérieure au mois d'août 1789, conservée dans les dos- 
siers des dépenses de la reine aux archives nationales, dit en 
propres termes : « Tout ce que Sa Majesté a de porcelaine à son 
château de Trianon et dans ses petits appartements des Tuileries 
a été fabriqué à sa manufacture. » Il faut conclure de cette indi- 
cation que c'est à tort que le catalogue de l'exposition de 1867 a 
attribué (n* 34) à la laiterie du Petit-Trianon des « bols-seins en 
forme de mamelle, en porcelaine teintée couleur chair, posés sur 
trépieds à têtes de bélier. » MM. de (ioncourt en publient un très 
joli dessin colorié dans l'édition illustrée de leur Histoire de 
Marie-- Antoinette (1878, in-i"); mais c'est sans la moindre preuve 
qu'ils ajoutent que le modèle de ces bols, fabriqués à la manu- 
facture de Sèvres pour la laiterie de Rambouillet, fut adopté pour 
le Petit-Trianon. 

La reine continuait à s'intéresser aux travaux de son jardinier. 
Le vieux botaniste de Louis XY, Claude Richard, père d'An- 
toine, était mort en 1784. Il avait pris sa retraite en 1782, et de- 
puis cette époque son fils dirigeait seul le jardin'. Pendant ce 



1. 11 y avait : 12 terrines à 130 livres pièce, 24 à 120, 24 à 72 ; 6 plateaux 
à 72 livres pièce; 6 tasses à 10 livres pièce; 2 beurriers à 24 livres pièce; 
8 brocs à 24 livres pièce; 6 assiettes à 10 livres pièce; 2 bat-beurre à 120 livres 
pièce. On y ajouta plus tard un sucrier dont le prix n'est pas indiqué. — A 
Chantilly, « les princesses s* amusent à faire la cuisine après s'être revêtues 
de déshabillés de villageoises ; elles aiment aussi à faire du beurre, ainsi que 
la reine en fait à Trianon. >> La vie parisienne sous Louis XVI, 1 10. 

2. Cette fabrique était située rue Thiroux, à Paris. Elle avait pour marque 
un A surmonté d'une couronne fermée, ou simplement un A. 0* 1880. 

3. 0* 1877, 1879. 



314 LB UAMBAU. 

voyage de la reine, il put lui offrir la primeur de fleurs inconnues 
jusque-là en France. Les Mémoires secrets, à la date du 4 juil- 
let 1786, annoncent ainsi cet événement botanique : « Le public 
connaît peu les jardins de Trianon, parce que, ce lieu étant destiné 
aux plaisirs intérieurs de Sa Majesté, il n'est pas beaucoup de 
profanes qui aient la liberté d'y entrer. Il s'y voit surtout un jar- 
din botanique très curieux et très nombreux en plantes étran- 
gères. »(Le nouvelliste était lui-même assez mal informé, puisque 
le jardin botanique était détruit et qu'il ne restait plus que quel- 
ques collections conservées par Antoine Richard dans des serres). 
« Parmi les plus rares, il vient de s'y trouver un nouveau genre 
de plantes qui a fleuri pour la première fois et qui approche 
beaucoup du nidbeck. M. Buchoz, docteur en médecine, qui 
s'applique à ces matières, a fait une dissertation sur cette plante 
qu'il a, dit-il, appelée breteuiliia en l'honneur de M. le baron de 
Breteuil, ministre et secrétaire d'État, protecteur des sciences et 
des arts. Comme on suppose que M. Buchoz n'a point fait ce bap- 
tême sans Tagrément de la souveraine du lieu, on en infère de 
là avec plaisir que M. le baron de Breteuil est toujours bien dans 
la cour de Sa Majesté, qui ne se serait pas souciée de répéter ou 
d'entendre répéter à ses oreilles ce nom de breteuiliia , s'il lui en 
eût rappelé un désagréable. » 

Une serre nouvelle pour les fleurs fut adossée à la maison' de 
Richard en 1786. On acheta aussi, cette année, un grand nombre 
de fleurs : myrtes, grenadiers, géraniums, chèvrefeuilles, tu- 
béreuses, jasmins d'Espagne et d'Arabie, narcisses, œillets d'Es- 
pagne, juliennes, mignardises, campanules, basilics, amarantes, 
giroflées, quarantaines*, etc. Les voyageurs pour les pays 
d'outre-mer furent de nouveau sollicités de rapporter ou d'en- 
voyer des végétaux exotiques. M. de Châteaufort, qui partit pour 
l'Amérique en 1786, reçut la commission de procurer des se- 
mences. Il en expédia de New-Y©rk trois caisses, en février 1787*. 



i. 01 1875, 1878, 1880. 
2. OM875. 



LA LAITSRIB. 315 

Los arbres fruitiers, plantés sur l'ordre do la reine, prospé- 
rèrent également entre les mains de Richard, les cerisiers sur- 
tout. Il y en avait un grand carré autour d'un bassin près de 
rOrangerie (Voy. pL XVI). 0\\ les couvrait de filets pendant la 
saison des fruits. Cette année, on en commanda soixante-quatre 
toises à des gardes françaises'; la façon était payée trente sous la 
toise. 

La villégiature solitaire de la reine se termina avec le retour 
du roi, qui revint de Cherbourg le 29 juin. Il se rendit, en arri- 
vant, à Trianon où, dit la Cotrespondance de Métra*, a toute la 
famille royale était réunie pour le recevoir. Ce coup d'œil, » re- 
marque le nouvelliste, « a vivement touché le cœur de Sa Ma- 
jesté. » La reine rentra avec lui à Versailles, Elle y accoucha, le 
8 juillet, d'une deuxième fille, la princesse Sophie. 

Quelque temps après, elle reçut la visite d'une de ses sœurs 
atnées, visite qui dut lui être moins agréable que celle de son frère 
Ferdinand. C'était Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas, 
mariée au duc de Saxe-Teschen. Les deux sœurs avaient une mé- 
diocre sympathie l'une pour l'autre. Lorsque l'impératrice, appre- 
nant, en 1776, que sa fille avait acheté des diamants à l'insu du 
roi, lui en fit reproche, Marie-Antoinette dità l'abbé de Vermond' : 
« Voilà que mes bracelets sont arrivés à Vienne. Je gage que cet 
M article vient 'de ma sœur Marie? — Pourquoi » dit l'abbé. — 
« C'est la jalousie, c'est dans son goût. » La reine dut souffrir cer- 
tainement de se trouver en présence de cette sœur peu bienveil- 
lante, au lendemain de l'affaire du collier. Son accueil parait 
avoir manqué de cordialité et d'empressement. Elle lui fit bien 
donner l'opéra et la comédie à Versailles*, mais il n'y çut pour 
elle ni fête ni réception à Trianon. M. Geffroy a cité, dans son 

1. 0* 1875 pl 1879. — M. de Lescure, qui a regardé un peu sommairement les 
dossiers des archives nationales, a cru que c'était pour la pêche des lacs et 
rivières. 

2. 8 juillet 1786, cah. n« 29. 

3. Mercy, If, 492. 

4. A la date des 10, 17 et 22 août, d'après le journal de Louis XVI. 



316 LB HAMEAU. 

livre sur Gustave III et la Cour de Fra$ice\ un petit billet très sec 
qui prouve qu'elle la tint éloignée d'elle le plus qu'elle put. Il 
était naturel de penser qu'elle offrirait sa société à la voyageuse, 
quand son mari, chassant avec le roi, laissait celle-ci abandonnée 
à elle-même. « Faites bien entendre, » écrit-elle, au contraire, à 
Mercy, « que ces jours-là je me les réserve pour mes affaires, et 
que j'aime à être seule, pour qu'elle ne demande pas à venir, car 
cela me gênerait fort. » Que penser, après cela, de l'autographe 
suivant, publié dans le recueil de M. Feuillet de Couches*? « Je 
viens à peine de vous quitter, ma chère comtesse de Bélyé*, que, les 
yeux encore tout humides de nos adieux, je veux vous embrasser 
de nouveau. Écrivez-moi tout de suite comment vous avez fait 
votre voyage et comment vous êtes arrivée à Bruxelles. Le bon 
duc n'était pas à son aise en partant, et je lui en veux un peu 
d'avoir voulu se mettre en route dans cet état malgré nos vœux. 
Je vais m'asseoir sur ce banc où nous allions, vous et moi, cau- 
ser, ma bonne chère Christine, et renouveler autant qu'il est en 
moi ce bonheur en y rêvant. Ma fille veut arroser elle-même le 
petit parterre de vos fleurs préférées. Ce sera pour elle vous res- 
pirer, et je donnerai votre nom au premier beau chrysanthème qui 
réussira. » Ce ton de sentimentalité outrée ne se retrouve jamais 
d'ailleurs dans la correspondance authentique de Marie-Antoi- 
nette, dont le style ordinaire est plus simple et plus naturel. 

La gouvernante des Pays-Bas partit de Versailles le 28 août. 
Le lendemain, la reine vint s'établir à son château pour vingt- 
sept jours*. C'est à ce voyage que se rapporte un épisode raconté 
assez longuement par madame Campan. « J'entrai un matin, » 
dit la cpmériste", « à Trianon, dans la chambre de la reine ; elle 

^. II, 326. 

2. I, 177, 29 août 1786. 

3. Le Mercure de France Ail Bély. 

4. Du 28 août au 24 septembre. Il pleuvait le 28. Le temps fut couvert 
jusqu^au 1" septembre; beau le 2; varùible les 3 et 4; beau jusqu'au 8; 
forte pluie le 9 au matin; beau du 10 au 16 ; pluie les 17 et 18 ; le temps se 
remet le 19 et demeure beau jusqu'au 22. Il se couvre le 23 et il pleut le 24. 

5. 1,247. 



LA LAITBRIB. 317 

était couchée, avait des lettres sur son lit, pleurait abondamment; 
ses larmes étaient entremêlées de sanglots interrompus par ces 
mots : « Ah ! je voudrais mourir... Ah! les méchants, les mons- 
« très!... Que leur ai-je fait? » Je lui offris de Teau de fleur 
d'orange, de Téther. « Laissez-moi, » me dit-elle, « si vous 
« m'aimez. Il vaudrait mieux me donner la mort. » Elle jeta en 
ce moment son bras sur mon épaule, et se mit à verser de nou- 
velles larmes. Je vis qu'une grande et secrète peine déchirait 
son pauvre cœur; qu'elle avait besoin d'une confidente, que ce 
devait être son amie, je le lui dis. » La première femme de 
chambre, en personne avisée, ne se souciait point de recevoir 
un secret qui pouvait être dangereux à porter. « Je lui pro- 
posai d'envoyer chercher la duchesse de Polignac : elle s'y 
opposa fortement. Je lui renouvelai mes motifs et mes instances 
pour lui procurer la consolation d'un épanchement dont elle 
avait besoin ; l'opposition devint moins forte. Je me dégageai 
de ses bras et courus aux antichambres, où je savais qu'un 
piqueur, prêt & monter à cheval, attendait tout le jour pour se 
rendre, & l'instant, à Versailles. Je lui ordonnai d'aller, au plus 
grand galop, dire à madame la duchesse de Polignac que la 
reine se trouvait très incommodée et la demandait sur-le-champ. 
La duchesse avait une voiture toujours prête. En moins de dix 
minutes, elle fut près de la reine. J'y étais seule, j'avais eu la 
défense de faire appeler d'autres femmes. Madame de Polignac 
entra : la reine lui tendit les bras, elle s'élança vers elle. J*en- 
tendis encore les sanglots et je sortis. 

« Un quart d'heure après, la reine, devenue plus calme, 
sonna pour faire sa toilette. Je fis entrer ses femmes ; elle passa 
une robe et se retira dans son boudoir avec la duchesse. Bientôt 
après, le comte d'Artois arriva de Compiègne où il était avec le 
roi. Il traversa l'antichambre* et la chambre, en demandant 



I . Madame Gampan parle ici, sans doute, de Tantichambre de la chambre 
de la reine. 



318 LB HAMBAU. 

avec empressement où était la reine. Il resta une demi-heure 
avec elle et la duchesse, et en sortant me dit que la reine me 
demandait. Je la trouvai assise sur son canapé, à côté de son 
amie ; ses traits étaient remis, son visage riant et gracieux. Elle 
me tendit la main et dit à la duchesse : « Je lui ai fait tant de 
« peine ce matin que je dois me hâter d'alléger son pauvre cœur. » 
Puis elle ajouta : « Vous avez sûrement vu, dans les plus beaux 
« jours d'été, un nuage noir qui vient tout à coup menacer de 
« fondre sur la campagne et de la dévaster; il est chassé bientôt 
« par le plus léger vent, et laisse reparaître le ciel bleu et le temps 
« serein ; voilà précisément Timage de ce qui m'est arrivé dans 
c< la matinée. » Ensuite elle me dit « que le roi reviendrait de 
« Compiègne après y avoir chassé ; qu'il souperait chez elle : 
« qu'il fallait que je fisse demander son contrôleur pour choisir 
ce avec lui, sur ses menus de repas, tous les mets qui convenaient 
<( le plus au roi ; qu'elle voulait qu'il n'y en eût point d'autres 
(c servis le soir sur sa table; que c'était une attention qu'elle 
« désirait que le roi pût remarquer. » La duchesse de Polignac 
me prit aussi la main, et me dit « combien elle était heureuse 
« d'avoir été près de la reine, dans un moment où elle avait 
« besoin d'une amie. » « J'ignorai toujours ce qui avait pu don- 
ner à la reine une si vive et si courte alarme; mais je jugeai, 
par l'attention particulière qu'elle avait prise au sujet du roi, 
qu'on avait cherché à l'irriter contre elle ; que la noirceur de ses 
ennemis avait été prdmptement reconnue et déjouée par le bon 
sens du roi, et que le comte d'Artois s'était empressé de lui en 
rapporter la nouvelle. » 

Louis XVI, du reste, suivit de près son frère et, avant de ren- 
trer à Versailles, vint tout à fait rassurer la reine en lui donnant 
un nouveau témoignage d'affection : « Mercredi, 13 septembre, » 
dit son journal, « tiré à 9 heures à la plaine de Compiègne, tué 
496 pièces, dîné à 2 heures trois quarts ; retour par Trianon. » 

Il semblerait, d'après un passage d'un compte de cette époque, 
que la reine pensa un moment à jouer de nouveau la comédie : 
« Forré deux portiques, » dit le serrurier; « ferré un escalier 



LA LAITERIE. 319 

pour que la Reine monte au portique^ ». Mais cette velléité ne fut 
pas suivie d* effet. Le plaisir de cette année fut, comme en 1785, 
le bal. L'architecte Mique fit, pour ce divertissement, dresser 
une tente plus vaste et plus commode que les précédentes 
(pL XX). On la monta dans le jardin français, le 17 août, devant 
le pavillon de jeu et de conversation qui servit de salon. Elle était 
portée au centre sur trois mâts, et soutenue à Fentour par vingt- 
quatre colonnes derrière lesquelles régnait une galerie circulaire. 
On avait enveloppé les mâts et les colonnes de fourreaux de 
toile de Cholet cramoisie. Dans les murailles, tendues do tapisse- 
ries, s'ouvraient seize fenêtres ornées de rideaux. Les plafonds 
étaient faits de toile peinte de Jouy. Des gradins garnis de 
moquette s'élevaient autour de l'emplacement réservé pour la 
danse. Des lustres pendaient & des tringles entortillées de ru- 
bans de Hollande. Le château se reliait à la tente par un 
passage couvert, tendu et décoré. L'espace compris entre la tente 
et le salon était tapissé de même et garni de panneaux en 
glace. Pour le service, on avait monté plusieurs tentes à droite 
et à gauche de l'entrée, du côté du château, et, dans le voisinage, 
une maison de bois*. 

En même temps que ces grands bals du jardin français où une 
partie de la cour et du public était admise, la reine voulut avoir 
des danses plus intimes pour sa société particulière, et elle fit 
transformer la grange du hameau en salle de bal. On éleva des 
arcades sous le toit et les murailles furent ornées de peintures*. 

Marie- Antoinette écrivit de Trîanon, le 15 septembre 1786, 
une lettre à Mercy* qui nous a été conservée* : « J'espère que 
nous en resterons à la coquetterie de ce pays-ci vis-à-vis de 



1.0* 3074. Des travaux considérables furent faits en n86, aux machines 
du Ihéàlre. Ils occupèrent 769 journées d'ouvriers. 

2. » 3074. 

3. 0^ 1880, 1882, 1884. 

4. Marie-Antoineite, Joseph II, etc. 

5. L'empereur Joseph lui avait donné le plaisir, Tannée précédente, de 
décorer, en son nom, ce fidèle serviteur, du cordon et de la plaqtie en dia- 



320 LB HAMEAU. 

la Prusse, au moins Tintention du Roi y est bien. Voilà l'af- 
faire des Hollandais qui s'engage. Si le roi de Prusse veut 
soutenir son beau-frère et s'en mêler; je crois que, politiquement 
et raisonnablement, cela doit nous éloigner de lui. Je ne 
vois que cet intérêt dans l'affaire, car, du reste, il me parait bien 
égal que cette nation se batte ou non dans son intérêt. Cela ne 
peut pas faire une grande différence dans le système de l'Eu- 
rope. — J'ai été un peu malade ces jours-ci. J'ai eu une transpira- 
tion arrêtée qui m'a donné, pendant vingt-quatre heures, beau- 
coup de fièvre et un grand mal de gorge. On m'a mis les sang- 
sues et je suis bien à présent, mais j'ai bien de la peine à repren- 
dre mes forces. — D'après la demande des Rohan, le Roi doit au- 
jourd'hui permettre que le cardinal ne passe pas l'hiver dans les 
montagnes d'Auvergne, mais il le renvoie dans l'abbaye de 
Marmoutier, près de Tours. Comme cela F éloigne beaucoup de 
l'Alsace sans le rapprocher de Paris, je crois qu'ils ne seront pas 
contents; mais au moins ne pourront-ils pas se plaindre du pays. 
— Je reste ici jusqu'à dimanche en huit. Si vous avez quelques 
affaires qui vous obligent à me voir, je suis toujours toute la 
matinée chez moi. Adieu, Monsieur, vous connaissez mes senti- 
ments et mon attachement inviolable pour vous. » 

Le roi dîna au hameau, le jeudi, 21 septembre. Il l'a noté dans 
son journal. 

Cette année, la reine se livra à un nouvel exercice, ordonné 
sans doute par son médecin : elle se mit à jouer à la paume. 
Dès lors, on trouve, tous les ans, dans les comptes; pour 
le quartier de juillet, cette mention : « Masson, paumier du Roi, 
pour son service pendant un mois à Trianon auprès de la Reine : 
720 livres*. » Le voyage de 1786 finit sans autre incident, le 
24 septembre. 



mants de Tordre de Saint-Etienne, « faveur d'autant plus remarquable, » dit 
la Correspondance de Métra, le 20 octobre i78o, « que quatre seigneurs seule- 
menl, dans tout Tempire, les réunissent à la Toison-d'Or. » 

i. 0*3074, 3078,3081. 



IX 



LA POLITIQUE A TRIANON 



n87 



Meubles et lambris pour le boudoir au château. — Porte Saint -Antoine. 

Nouvelle extension du jardin. 

Mort de la princesse Sophie. — La reine gouverne. — Vie à Trianon. 

Réformes à la cour. — Elles commencent par les favoris. 

Leur attitude. — Bals. — Arrestation d'un moine prémontré. 

L*abbé de Vermond. — Portrait de la reine et de ses enfants par M^o Lebrun. 

Madame Déficit, 



Les bals de la reine à Versailles pendant Thiver ne furent, 
quoi qu'en dise madame Campan, pas moins brillants que Tan- 
née précédente. On refît même la grande maison de bois annexée 
au théâtre de la cour des princes ; celle qu'on construisit à nou- 
veau contint, en outre de la salle de bal : un cabinet de toilette 
pour la reine, un salon de jeu pour le roi, une salle de billard, 
une salle à manger, des emplacements pour les buffets, etc.; elle 
coûta, rien qu'en charpente et menuiserie : 191,511 livres, 
12 sous*. 

Pour donner de l'ouvrage aux manufactures de soieries de 
Lyon qui souffraient des caprices de la mode, la reine avait com- 
mandé un meuble pour le petit |cabinet voisin de sa chambre à 
coucher de Trianon. Il fut livré au commencement de l'année 
1787. Ce cabinet était lambrissé de boiseries tout unies et n'avait 
de remarquable que le mécanisme qui permettait de masquer les 

1. Arch. nat. 0» 3078. 

91 



322 LK HAMBAU. 

croisées par des panneaux de glaces. Il fallait décorer un peu la 
nudité des lambris. Afin de n'avoir pas à toucher aux rouages 
et poulies des glaces mouvantes, Mique fit appliquer des ara- 
besques sur le bois*. En même temps on plaça une nouvelle 
cheminée en marbre blanc à colonnes engagées dans des 
gaines. Un coup d*œil jeté sur Tornementation de ce boudoir 
[pL XXI) permettra déjuger tout le chemin que le style Louis XVI 
avait parcouru vers la décadence. Cette délicate guirlande de 
fleurs, entremêlées d*amours, de vases thuriféraires, d'arcs, de 
flambeaux, de colombes, d'écussons aux armes de France et au 
chiffre de Marie-Antoinette est tout à fait charmante. Mais 
qu*il y a loin de là aux lambris de Gabriel ! 

Quant aux tentures fabriquées à Lyon, la description nous en 
a été conservée dans une annonce que MM. de Concourt* ont dé- 
couverte dans les Petites Affiches du nouidi, 9 nivôse an Y (jeudi 
29 décembre 1796). Le meuble était « en pou de soie bleu, recou- 
vert de broderies et de dentelles en soie blanche. » Il se compo- 
sait : « 1" d'un lit de repos de dix pieds de long sur trois pieds de 
large, avec chevet, boudins, carreau garnis en draperies dorées 
sur le devant et cinq oreillers de même, recouverts de broderies 
et dentelles des deux côtés ; 2* de trois fauteuils pareils avec 
leurs carreaux ; 3* de deux chaises garnies en plein et pareilles; 
4" de quatre draperies pour quatre croisées et de huit écharpes 
formant rideaux en draperies, également brodés en plein des 
deux côtés. Le tout est encadré de broderies et de franges en 
perles et soie de Crenade ; les bois de ce magnifique meuble sont 
faits et sculptés dans le dernier goût ; le dedans de tous les car- 
reaux et oreillers est en duvet blanc'. » 

1. Ce travail coûta ^500 livres. 0» 1879. 

2. Histoire de Marie- AnloineUe;PaiTis, \ 869, in-8®. — Affiches, annonces et avis 
divers ou Journal général de la France, p. 1549. 

3. I/annonce ajoute que le prix ûxé est de 4,800 livres, avec cette indica- 
tion : « Nota. La seule broderie de ce meuble a coûté plus de 30,000 livres et 
tout le meuble 50,000 livres à établir. On voit ce meuble, tous les jours, de- 
puis 10 heures jusqu'à 2 heures, rue Neuve-de-l'Éj^alité, n* 315. S'adresser au 
porlier. » 



PETIT TE^IAHON 




BO'JDOTR D£ LA f;FINE 



LA POLITIQUE A TRIANON. 323 

Pendant qu'on transformait le boudoir du château, trois Lor- 
rains : Cognel, Thiiy et Jacquinot, qui firent ensemble un voyage 
à Paris, du 7 mai au 25 juin 1787, vinrent voir Versailles et 
Trianon. Cognel nous a laissé un récit* de cette visite. « Le di- 
manche, 3 juin, » dit-il, « nous sommes allés au Petit-Trianon, 
jouet de la reine... La reine vient fréquemment s'y débarrasser 
du poids de la grandeur; elle aime à y être seule des heures 
entières, ou à s'y livrer à des jeux qui ne sont point de son rang. 
— Dans la maison, qu'on ne saurait appeler palais, les murs sont 
tapissés d'ouvrages en paille, relevés par des broderies en laine; 
les planchers sont également couverts ,de paille imitant la mar- 
queterie, toutes les fleurs sont des champs ou sauvages. Le 
cérémonial étant banni du Petit-Trianon, on n'y aperçoit point 
les distinctions du tabouret... Le pavillon est bien distribué, 
on y fait, en ce moment, des changements dans la chambre à 
coucher et dans le boudoir de la reine, quoique l'un et l'autre 
soient nouvellement décorés ; mais il paraît que la reine ne sait 
pas trop ce qui peut lui plaire. Le parterre qui est devant le 
pavillon est très bien dessiné ; il y a un carrousel superbe et une 
salle de bains de la plus grande beauté. — Au moment où nous 
allions sortir, on nous annonça l'arrivée de Marie- Antoinette, 
et, comme nous n'avions plus le temps de gagner la porte du 
jardin, notre conducteur nous fît entrer dans la laiterie. La 
reine, d'abord accompagnée d'une dame de sa cour, la congédia 
et s'avança seule dans la direction de la laiterie ; elle portait une 
simple robe de linon, un fichu et une coiffe de dentelle : sous ces 
habits modestes, elle paraissait peut-être encore plus majestueuse 
que dans le grand costume où nous l'avions vue à Versailles. 
Sa manière de marcher est toute particulière : on ne distingue 
point ses pas; elle glisse avec une incomparable grâce et relève 
bien plus fièrement la tète quand, ainsi que nous la voyions là, 
elle se croit seule. — Notre reine passa tout près du lieu où 



1 . la vie parisienne sous Louis XVI; Paris, \ 882, iIl-8^ 82. — François Cognel 
est mort conseiller à la Cour de Nancy, en 1844, à l*àge de 82 ans. 



394 



LB H&HSAU. 



nous étions, et nous eùmos tous trois comme un désir do fléchir 
le genou au moment où ollo passait, nous sentant partagés entre 
l'espérance d'èlre aperçus et la crainte d'être surpris. Dès que 
Sa Majesté se fut éloignée, notre conducteur nous fît prompte- 
ment sortir. » 

En se promenant l'année précédente sur la lisière du bois des 
Onze-Arpents, le roi avait été frappé de la vue qu'on avait de là 
sur le hameau, le lac, le clocher de Saint-Antoine et la cam- 
pagne jusqu'au bois de Jardy'. II trouva cependant qu'il man- 
quait quelque chose à ce tableau. Pour le compléter, on pro- 
posa de remplacer la porte Saint -Aatoine par un arc de triomphe 




construit entre le hameau et l'église'. Commencé enjuillet 1786, cet 
arc se termina au mois de juin 1787'. 11 est orné, à la clef, de 
celte dépouille de lion, devise de Louis XVI, que nous avons 
déjà remarquée dans la décoration du théâtre et dans la statue 
du temple. En même temps, on reparlait de la construction 
de la ruine au coin du bois des Onze-Arpents, et l'on projetait 
de transformer le bois lui-même, qui avait été donné à Marîe- 



2. Le plan, dont nous donnons ici uj 
déposé aux archives de Seine-el-Oise. 

3. Oi t(n9. 



exlrail, a élé dressé en l'an lH. Il est 



LA POLITIQDB A TRIANOX. 3SS 

Antoiactte par le roî, en 178o, avec le pré attenant à l'en- 
ceinte du Grand-Trianon '. Due a solitude », chaumière nouvelle, 
entourée, comme les autres, de jardinets, devait s'élever au 
centre. J'ai dit plus haut les motifs qui m'empêchent de croire 
à l'existence de la ruine. Celle de la solitude me parait éga- 
lement douteuse, car je n'ai trouvé aucun mémoire relatif à sa 




construction. Quant au bois, il a été certainement percé de che- 
mins sinueux, après 1787, conformément au plan de Baltar 
(pi. XVI) •. 

La reine vint dans son chftteau pleurer la mort de sa seconde 
fille, madame Sophie, morte le 19 juin, à l'Age de onze mois. 
Elle invita madame Elisabeth à l'accompagner, par la lettre 
suivante qui a figuré à l'exposition de 1867, sous le n* 6' : a Ma- 
dame de Polignac' a été fort indisposée tout de bon hier et 
ce matin, et m'a donné de l'inquiétude; voilà pourquoi, mon 



1. 0* 1877, IB83. 

'2. Voir le plan de Picquet, 1811. Il reproduit eiaclement celui de Baltar, 
la solitude cl la ruine exceptées, qui n'y sont pas marquées. 

3. Lescure. Les palais de Trianon : Catalogue. 

4. Madame de Polignac revenait d'Angleterre, où elle avait été prendre les 
eaux de Bath. 



326 LE EIAMRAU. 

cher cœur, vous n'avez pas vu de mon écriture que vous atten- 
diez dans votre Pelit-Trianon. Je veux absolument faire avec 
vous, ma chère Elisabeth, une visite au mien. Mettons, si vous 
le voulez, cela au 24 juin. Est-ce arrangé? Le Roi promet d'y 
venir. Nous pleurerons sur la mort de ma pauvre petite ange. 
Adieu, mon cher cœur, vous savez combien je vous aime, et 
j'ai besoin de tout votre cœur pour consoler le mien*. » Cette 
pièce est-elle authentique? Le journal de Louis XVI ne con- 
firme pas du moins l'indication qu'elle contient. Le roi n'a ni 
dîné ni soupe à Trianon do toute l'année avant le voyage d'août. 
Il dit seulement au sujet de la perte de la petite princesse : 
« Mercredy 19, mort do ma fille cadette; promenade à pied à 
Saint-Cyr. » M. de Beauchesne, qui a reproduit la lettre de la 
reine, cite ensuite un billet de madame Elisabeth à madame de 
Bombelles, en date du 25 juin, où elle lui apprend qu'à Trianon, 
sa nièce , la duchesse d'Angoulême , « a été charmante et a 
montré une sensibilité extraordinaire pour son âge. » Elle ne 
parle pas du dauphin qui avait été séparé de sa sœur, le l''^ mai, 
et logé avec un gouverneur et une maison spéciale au château 
de Meudon. En tous cas, s'il y eut voyage de la reine au Petit- 
Trianon à la fin de juin, il dut être très court. 

Marie- Antoinette n'y vint faire sa villégiature habituelle que le 
l"août*. (( Il no serait pas aisé, » dit le baron de Besenval*, -o de 
comprendre quel fut le motif qui détermina la reine à ce voyage. 
Peut-être n'avait-elle point de but : la fantaisie décidait d'une 
grande partie de ses démarches. » Le vieux céladon lui gardait 
rancune, on le voit au ton peu bienveillant de cette observation. 
Il y avait six ans que Marie-Antoinette venait régulièrement, 
à pareille époque, passer un mois à son château : c'était donc 
une habitude. 



1. 22 juin 1787. Beauchesne, I, 281. 

2. Elle 7 resta jusqu'au 24. Le temps fut très beau, k l'exception des 10 
et 11, couvert; 12, pluie, après midi ; 19, pluie assez forte ; 23 et 24, couvert. 

3. II, 244 et suiv. 



LA POLITIQUE ▲ TRIANOX. 327 

Ce voyage fut très orageux : la politique prit à Trianon le pas 
sur le plaisir. Chacun sait que les Notables assemblés par M. de 
Calonne avaient, en constatant le déficit dans les finances de 
rÉtat, demandé des réformes. On cherchait un ministre capable 
de les réaliser. Depuis longtemps, Tabbé de Vermond tenait en 
réserve un candidat, son ami, Tarchevèque de Toulouse, puis de 
Sens, Loménie de Brienne, sur lequel Mercy* fondait les plus 
grandes espérances. L'empereur lui-même, qui s'était entretenu 
avec lui en 1777, avait pris de son mérite une haute idée, et, le re- 
gardant « comme un des sujets les plus capables au ministère, » 
avait dès lors exhorté « son auguste sœur à porter l'attention du 
Roi sur le prélat en question*. » Mais Louis XYI avait fait la 
sourde oreille. On profila de l'indécision, où les échecs répétés 
des ministères qui s'étaient succédé aux affaires avaient jeté l'es- 
prit de Louis XVI, pour faire prendre à la reine une influence 
décisive dans le gouvernement. Mercy attendait depuis longtemps 
cette heure : « Tout semble annoncer que le caractère du Roi 
penche à la faiblesse, » écrivait-il, le 15 juillet 1774;... « il serait 
facile à la reine de le gouverner si elle voulait s'en donner la 
peine*. » Mais il manquait à Marie-Antoinette la réflexion et les 
connaissances nécessaires pour soutenir un pareil rôle. Son in- 
gérence dans les affaires n'eut d'autre résultat que de discréditer 
l'administration et d'augmenter encore son impopularité*. Le récit 
de ces événements appartient à l'histoire générale, et nous n'y 
ferions point allusion si Trianon n'avait été le tliéâtre des intri- 
gues qui amenèrent le changement du ministère. Mais laissons 
la parole à un témoin oculaire. 

« A cette époque-là, » dit le baron de Besenval*, « la reine fit 
dans sa maison de Trianon un do ces voyages particuliers avec 



i. n,4M; m, 95. 

2. Mercy, m, 69, 95. 

3. Il, 200, 245. 

4. Gampan, II, 31. 
o. II, 244 et suiv. 



338 LE HAMBAU. 

ce qu'on appelait sa société^ composée de madame Elisabeth, de 
la duchesse de Polignac, de la comtesse Diane, de Polignac, de 
madame de Chàlons, de la duchesse de Guiche, de madame de Po- 
lastron, de MM. le duc de Polignac, le duc de Guiche, les duc et 
comte de Coigny, M. d'Adhémar, M. d'Esterhazy, M. de Vau- 
dreuil, M. d'Andlau et moi. Monsieur, Madame, M. le comte et 
madame la comtesse d'Artois y venaient souper deux ou trois 
fois par semaine, et, à jours nommés, les dames du palais de se- 
maine et les grands officiers de la reine*. Nul autre n'y était 
admis. 

« Le roi y venait tous les matins, seul et sans capitaine des 
gardes, déjeuner avec la reine, retournait à Versailles faire son 
lever, revenait à deux heures dîner, puis s'en allait au jardin lire 
dans un bosquet, passait quelquefois la journée de cette manière, 
ou s'en retournait à Versailles pour ses affaires ou ses conseils, 
et revenait souper à neuf heures. Il jouait ensuite une partie et 
repartait à minuit pour se coucher. Comme il n'y avait presque 
pas de logements à Trianon, toute la compagnie allait coucher à 
Versailles et revenait le lendemain pour dîner et passer la 
journée. » 

On sait que, pour combler le déficit, l'archevêque avait pro- 



1 . Voici, avec la dale de leur nomination, les noms des personnes compo^ 
sanl le service d*honneur de la reine en 1787 : SuHntendante, princesse de 
Lambaile, <776; — dame d'honneur, princesse de Ghimay, 1775; — 
dame d'atours, marquise de Mailly, 1775; et en survivance, comtesse d'Ossun, 
ilSi; — dames du palais, marquise de Talleyrand, 1770; vicomtesse de 
Choiseul, 1770; comtesse de Grammont, 1751; comtesse d'Adhémar, 1763; 
duchesse de Beauvillers, 1770; duchesse de Luxembourg, 177! ; duchesse de 
Duras, 1767 ; duchesse de Luynes, 1775; marquise de laRoche-Aymon, 1775; 
princesse d'Hénin, 1788; princesse de Berghes, 1781; duchesse de FiU- 
James, 1781 ; comtesse de Polastron, 1782; vicomtesse de Castellane, 1785; 
duchesse de Saulx-Tavannes, 1786; princesse de Taren le, 1787; comtesse 
Eugénie de Grammont, 1788; comtesse de Maillé, 1788; comtesse de 
Juigné, surnuméraire, 1784; comtesse de Tavannes, honoraire, 1759; — 
chevalier d'honneur, comte de Tavanncs ; en survivance, son fils ; — 
premier écuyer, comte de Tessé, grand d'Espagne; en survivance, duc 
de Polignac ;— premier maitre d'hôtel, vicomte de Talaru; en survivance, 
marquis de Talaru. 



LA POLITIQUK A TRIANON. 320 

posé d'augmenter Timpôt du timbre, de lever une contribution 
territoriale et de diminuer la dépense de la cour. C'était en partie 
le plan de Turgot. En l'adoptant trop tard, la reine se souvint- 
elle que onze ans auparavant, elle avait contribué à le faire 
échouer alors qu'il était peut-être encore temps de sauver la mo- 
narchie? Quoi qu'il en soit, elle résolut de l'appliquer sans hési- 
tation, immédiatement ; et, à Trianon même, elle commença par 
la réforme de la cour qui atteignait principalement ses favoris'. 
Ils n'avaient pas été, on le pense bien, depuis 1783, oubliés 
dans la distribution des grâces et des honneurs : plusieurs 
d'entre eux étaient devenus chevaliers du Saint-Esprit*. Es- 
terhazy avait été nommé commandant du Uainaut, Yau- 
dreuil, gouverneur de la citadelle de Lille, Coigny* avait 
obtenu la survivance de la charge de premier écuyer du roi pour 
son fils. On trouve au Livre rouge, en 1783, inscrites en son nom : 
1" une somme de 139,730 livres, 12 sous, 8 deniers, pour dépenses 
extraordinaires faites pour le service du roi au château de 
Choisy; 2° la remise de 12,907 livres sur les droits dus par 
lui pour l'acquisition de la baronnie de Prélot. Polignac avait 
été comblé : en outre de sa gratification annuelle de 30,000 li- 
vres, le roi lui avait donné, par décision du 4 avril 1784, 
100,000 livres. Le 8 janvier 1786, il avait reçu, pour rempla- 
cement du droit de huitain dû au fief de Puy-Panlin dont il 
était seigneur, 800,000 livres, sur lesquelles 250,000 furent 



1 . On établit alors la situation des dépenses faites pour le Petit-Trianon 
(0» 1875) : 





RECETTE 


DÉPENSE 


EXCÉDENT 


DEFICIT 




liv. 8. d. 


liv. 8. d. 


liv. s. d. 




Fin de 1783. 


539,000 » >i 


530,976 n 6 


8,023 3 6 




1784. 


80,023 3 6 


169,137 8 7 




89,114 2 1 


n85. 


72,000 » » 


323,t00 12 2 




251,100 12 2 


1786. 


72,000 » » 
763,023 3 6 


194,402 U 5 
1,217,617 4 8 




122,402 6 5 


Totaux. . . 




462,617 )i 8 



2. Le comte de Vaudreuil, le comte Esterhazy et le comte de Coigny. 

3. Il s*était démis de celle de colonel f^énéral des dragons au mois de no- 
vembre 1783. 



33 Ù LR HAMEAU 

payées comptant et pour le reste, le trésor lui servit l'intérêt au 
denier vingt. On le chargea, le 8 mai 1785, d'une inspection des 
haras et il reçut, pour frais de tournées et encouragements à 
donner, 60,000 livres à prendre sur 200,000 livres qui avaient 
été économisées sur les fonds libres de la province de Guyenne*. 
Enfin, en septembre 1785, pendant le premier voyage de la reine 
à Saint-Cloud, il fut nommé directeur des postes aux chevaux, 
relais et messageries auxquels on joignit les haras. 11 eût 
voulu a voir aussi la poste aux lettres; mais le roi, pour la conser- 
ver au baron d'Ogny', fît valoir des raisons qui l'emportèrent sur 
le désir du favori. C'est par lui que la reine voulut débuter dans 
la voie des suppressions : « Personne, » dit-elle, « n'a le droit de 
se plaindre^ puisque le Roi commence sa réforme par un des 
hommes que nous aimons le plus*. » 

« La Reine, » dit Besenval, « qui lui avait fait avoir la direction 
générale des postes aux chevaux du royaume, lui témoigna qu*elle 
désirait qu'il remît cette place. Le duc la pria de trouver bon qu'il 
discutât cette affaire avec l'archevêque devant elle ; elle y con- 
sentit. Et là, le duc de Polignac ayant démontré la nécessité de 
séparer la poste aux chevaux de celle aux lettres, confiée à M. d'O- 
gny, par des raisons sans réplique » (les mêmes sans doute dont 
le roi s'était servi*pour ne pas donner à M. de Polignac la poste 
aux lettres avec la poste aux chevaux), « il réduisit l'archevêque 
au silence. Alors se retournant vers la Reine : « Madame, lui 
« dit-il, sans demander à Votre Majesté une décision qui ne peut 
« être douteuse, il me suffit qu'elle me montre quelque désir 
« que je remette une place que je tiens de ses bontés, pour que 
« je la lui rende, et voilà ma démission. » La Reine la prit, en 
louant beaucoup sa noblesse et son honnêteté ; ce qui ne le dé- 
dommagea pas tout à fait de cinquante mille livres de rente qu'il 



\ . Livre rouge, 

2. L'ensemble de la direction des postes et relais valait au baron d'Ogny 
140,000 livres (Livre rouge) . 

3. Mémoires de la dnrhessc de Polignac, 



LA POLITIQUE ▲ TRIANON. 331 

perdait ; mais cela ne prit rien sur sa gaîté qu*il conserva tou- 
jours avec la Reine et dans la société. » 

Les choses n'allèrent pas si facilement avec le duc de Coigny. 
Le roi réunissant la petite écurie à la grande, la charge de pre- 
mier écuyer devenait sans objet*. Cependant pour ménager la 
transition, on lui laissait les honneurs et les appointements et 
on lui donnait en dédommagement la pairie. « Il eut quelques 
notions de ce qui allait lui arriver, et voulut avoir un entretien 
particulier avec la Reine. Elle le refusa, quoique le duc de Coigny, 
alors à Trianon, din&t et soup&t avec elle, et y passât toute la 
journée. » Enfin il reçut la lettre ministérielle qui lui annonçait 
la décision prise, o Sur cette nouvelle, o continue Resenval, <c le 
duc de (]oigny alla chez le Roi où il s'emporta fort ; le Roi se 
fâcha de son côté, l'entrevue fut extrêmement vive. Ce prince, 
en parlant de cette conversation à quelqu'un, lui dit en ma pré- 
sence : « Nous nous sommes véritablement fâchés, le duc de 
« Coigny et moi ; mais je crois qu'il m'aurait battu, que je le lui 
cr aurais passé... d La Reine voulut se plaindre à moi, o c'est 
toujours Besenval qui raconte, « de l'emportement du duc de 
Coigny et de ce qu'il n'avait pas été sensible à la manière pleine 
de bonté dont le Roi lui avait parlé : o Madame, lui dis-je, il perd 
a trop pour se contenter de compliments. Il est pourtant affreux, 
« ajoutai-jo, de vivre dans un pays où l'on n'est pas sûr de pos- 
M séder le lendemain ce qu'on avait la veille. Cela ne se voyait 
« qu'en Turquie. » On peut juger par ces divers traits du degré 
d'insolence auquel les favoris de la reine étaient montés. « Quel 
bouleversement! o dit la marquise de Sabran, oc et sur quoi 
peut-on compter dans ce monde*? » 

Vaudreuil perdit la charge de grand fauconnier, sans compen- 
sation. Il avait aspiré à devenir le gouverneur du dauphin, mais 
ni le roi ni la reine n'avaient voulu de lui à cause do la violence 



1. Il perdait en in(>ine temps le gouvernement de Ghoisy dont on avait dé- 
cidé la vente. 

2. P. 297. 



332 LB HAMBAU. 

de son caractère'. La chute de Galonné le ruinait. On trouva, 
lors du départ de ce dernier, pour 800,000 livres de billets sous- 
crits par lui et non acquittés*. Les payat-il? Je l'ignore. Quoi 
qu'il en soit, Gennevilliers fut vendu au duc d'Orléans, et il 
se défit de son mobilier. Le roi le lui acheta pour la sonune 
de 48,000 livres'. 

<c Dans ces circonstances, D dit encore le baron de Besenval, 
a la reine me prit sous le bras et m'emmena promener tète à tète 
dans ses jardins de Trianon, où elle me parla de la situation des 
affaires. » Il est inutile de rapporter ici cette longue conversation, 
rédigée sans doute après coup, où le baron « trop franc, j'ose 
dire o (c'est lui qui parle), « trop honnête pour s'avilir au point de 
déguiser sa pensée », se donne le mérite d'avoir, dès le principe, 
percé à jour l'incapacité de l'archevêque et prédit les fâcheux 
résultats de son administration. « Je ne puis prendre sur moi, » 
dit-il en terminant à la reine, « de cacher à Votre Majesté qu'on 
ce lui fait le reproche de vouloir annuler le roi ; ce qui serait un 
« bien mauvais calcul; car soyez bien convaincue, Madame, 
« que la gloire ou le discrédit du roi rejaillit toujours sur vous, d 
Une telle conversation n'était pas faite pour plaire à la reine ; 
aussi l'abrégea-t-elle le plus qu'elle put, en reprenant le chemin 
de la maison où la compagnie l'attendait; et, pendant tout le 
voyage, elle ne me parla plus de rien. » 

A cette époque il vint à Trianon un envoyé de la reine de Na- 
ples, sœur de Marie- Antoinette, le chevalier de Bressac, avec 
une mission secrète relative à un projet de mariage entre le 
prince héréditaire des Deux-Siciles et Madame royale. » Il avait 
l'air d'un aventurier et avait été choisi pour être au besoin désa- 
voué, si la négociation ne réussissait point. Marie-Antoinette qui 



1. Gampan, 1, 283. 

2. La Marck, introduction. 

3. Rapport fait au roi, en février 1790, de la recette des fonds du garde- 
meuble, etc., par Thierry, de Ville-d'Avray, commissaire général de la maison 
du roi au déparlement des meubles de la couronne; Paris, t790, p. IK 



LÀ POLITIQUE A TRIANON. 333 

songeait déjà à marier sa fille au duc d'Angoulèmo n'accueillit 
pas les propositions du chevalier de Bressac' . 

Toutes ces intrigues et agitations ne changeaient rien au train 
de vie habituel du Petit-Trianon. Y eut-il spectacle? On trouve, 
dans les comptes, un mémoire présenté par le machiniste, « pour 
avoir nettoyé le théâtre, fait aller les machines et chargé les por- 
tants d'une décoration*. » Mais ils ne contiennent pas d'indication 
de pièces jouées et ne mentionnent pas de dépenses pour les ac- 
teurs. 

On dansa surtout. « Le 5 août, le 7 et le 11, » dit la Correspon- 
dance secrète*^ « il y a eu de grands bals à Trianon. o La décoration 
de la tente fut encore une fois renouvelée. On remplaça les tapis- 
series qui couvraient les murailles par vingt-quatre châssis de toile 
peinte*. Les Mémoires secrets^ parlent ainsi du bal du 5 août : « La 
Reine est à Trianon depuis le 1" de ce mois et Ty passera tout 
entier. Il y aura trois bals par semaine à l'ordinaire. Le premier 
a eu lieu dimanche, et les ennemis de Sa Majesté, qui commen- 
cent à être en grand nombre, ont critiqué cette fête, donnée pré- 
cisément la veille du lit de justice. Ils l'ont exagérée dans le 
monde comme si c'eût été une affectation. » Le lendemain du lit 
de justice, le parlement rédigeait un arrêté pour protester et dé- 
clarer nul tout ce qui s'y était fait, et la cour prenait à Trianon 
la résolution de l'exiler à Troyes. 

(( Un fait plus gai, » dit la Correspondance secrète à la date du 
18 août*, « c'est la rencontre d'un moine, que l'on dit être de 
l'ordre des prémontrés, dans les jardins de Trianon, la nuit du 
mercredi 8. Il a été arrêté; il a dit qu'il avait une requête à pré- 
senter à la Reine. On ne sait de quelle nature elle peut être, mais 



1 . Campan, I, 250 

2. 01 3078. 

3. Lescure, 11^ 171. 

4. » 3078. 

5. 9 août 1787. 

6. II, n3. 



334 LB HAMEAU. 

il est assez singulier d'escalader les murs pendant la nuit pour 
demander justice ou solliciter des grftces. )) 

Le roi rapporte dans son journal qu'on soupa au hameau le 
mercredi 22. 

a Le voyage de Trianon devait durer jusque dans les premiers 
jours de septembre; la reine le termina vers le 25 d'août; on en 
donna pour raison que, vu la quantité d'affaires et leur instance, 
la présence du Roi était nécessaire à Versailles. Le véritable 
motif de ce changement ne tarda pas h se manifester. Peu de 
jours après, le Roi déclara qu'il avait choisi l'archevêque de 
Toulouse pour son ministre principal. Cette détermination du 
Roi, surtout pour un homme contre lequel il avait eu les plus 
fortes préventions, était une marque bien authentique du pou- 
voir de la Reine, disons mieux, du crédit de l'abbé de Vermond 
sur cette princesse. » 

L'abbé de Vermond, qu'on voit, sur notre planche II, allant 
chercher la solitude des bosquets autour du salon frais pour ré- 
citer son bréviaire, a été jugé très différemment par ma- 
dame Campan et par Mercy. La première femme de chambre at- 
tribue à l'imprudence de ses conseils toutes les fautes de la 
reine. J'ai indiqué plus haut qu'elle avait des raisons pour ne 
pas l'aimer. Mercy*, au contraire, en parle ainsi : « Personne ne 
connaît mieux la Reine que le digne et vertueux ecclésiastique 
qui est son lecteur. Cet homme , qui est un exemple unique de 
probité, de zèle et de lumières, ne respire que pour le service et 
la gloire de son auguste maîtresse. » L'opinion de l'ambassadeur 
n'est peut-être pas absolument désintéressée, car Vermond était 
son agent auprès de Marie- Antoinette. 

Le comte de La Marck* nous a laissé de ce personnage un 
portrait qui a toute l'apparence de la vérité. « C'était, » dit-il, 
« un esprit médiocre , mais avec les qualités d'un bon homme 
et un cœur reconnaissant. Il était attaché à la Reine avec 



1. U, {65. 

2. I, 39. 



LA POLITIQUB A TRIAMON. 335 

passion, très bavard, sans être indiscret cependant. Marie- 
Antoinette le regardait comme un homme fort ordinaire d'es- 
prit, et comptait plus sur son dévouement que sur ses lumières. 
Elle ne Técoutait avec attention que lorsqu'il lui transmettait 
quelque message de Mercy, et alors elle ne prenait de ces mes- 
sages que ce qui lui paraissait convenir, sans jamais permettre 
à Tabbé d'insister et de revenir à la charge. » 

Assez mal noté à l'archevêché de Paris, où on ne lui par- 
donnait pas 'd'avoir fourni à Y Encyclopédie quelques articles 
ti'une orthodoxie douteuse*, l'abbé de Vermond avait eu 
longtemps une situation très effacée à la cour. Louis XVI 
fut dix ans sans lui adresser la parole*. Il paraît que, devenu 
faiseur de ministres, il se laissa un peu griser par l'impor- 
tance de ce rôle. « La joie de l'abbé de Vermond, » dit ma- 
dame Campan', « éclata lorsqu'il fut parvenu à faire nommer 
l'archevêque de Sens chef du conseil de finance. Je l'ai entendu 
dire, plus d'une fois, que dix-sept ans de patience n'étaient pas un 
terme trop long pour réussir dans une cour; qu'il avait employé 
tout ce temps pour arriver au but qu'il s'était proposé , mais 
qu'enfin M. l'archevêque était où il devait être pour le bien de 
rÉtat. Alors, l'abbé ne cachait plus, dans l'intérieur de la reine, 
son crédit et son influence; rien n'égalait la confiance avec la- 
quelle il développait le genre de son ambition. Il demanda à la 
reine qu'elle voulût bien ordonner que son appartement au 
grand commun fût agrandi, lui disant qu'étant obligé de donner 
des audiences à des évêques, à des cardinaux, à des ministres, 
il lui fallait un logement convenable à sa position. La reine le 
traitait toujours comme avant l'arrivée de l'archevêque à la 
cour; l'intérieur remarqua une seule nuance qui indiquait plus 
d'égards : le mot monsieur précéda celui d'abbé ; et l'influence de 
la faveur est telle que, dès cet instant et par un mouvement 



\. Mémoires secrets, 25 juin 1770. 

2. Mercy, 111, 285. — Madame Campan, 1, 2il. 

3. 11, 27. 



336 LB HAMEAU. 

spontané, non seulement la livrée, mais les gens des diverses 
antichambres se levèrent au passage de monsieur l'abbé, » 

Deux ans auparavant, Tabbé Soulavie, qui écrivit un compte 
rendu du salon de 1785, avait critiqué le portrait destiné au roi 
de Suède (Voy. pi* XVII). Il trouvait froide et peu intéressante 
l'action de la reine se promenant dans le jardin de Trianpn, re- 
présentée par Wertmiiller, et il souhaitait que cette princesse se 
fit peindre montrant à la nation tous ses enfants, comme des 
gages destinés à resserrer Talliance entre la France et TAu- 
tricheV II semble que Marie-Antoinette ait pris à tâche de satis- 
faire le censeur. Elle commanda à madame Lebrun le grand et 
beau portrait conservé au musée de Versailles sous le n"* 4,520, 
où on la voit entourée du dauphin, de Madame royale et 
du duc de Normandie, et ayant auprès d'elle le berceau vide 
de la princesse Sophie, morte pendant que l'artiste travaillait à 
cette toile. « La dernière séance que j'eus de Sa Majesté, » dit 
madame Lebrun', « me fut donnée à Trianon, où je fis sa tète 
pour ce grand tableau dans lequel je l'ai peinte avec ses en- 
fants. Je me souviens que le baron de Breteuil, alors ministre, 
était présent, et tant que dura la séance, il ne cessa de médire 
de toutes les femmes de la cour. Il fallait qu'il me crût sourde 
ou bien bonne personne pour ne pas craindre que je pusse rap- 
porter aux intéressés quelqu'un de ces méchants propos. Le fait 
est que jamais il ne m'est arrivé d'en répandre un seul, quoique 
je n'en aie oublié aucun. » 

L'exposition de cette peinture donna lieu à une plaisanterie 
qui valut à la reine un de ces noms sinistres que la Révolution 
a tant répétés. Au moment de l'ouverture du salon" de 1787, 
madame Lebrun n'avait pas entièrement terminé son œuvre ; le 
cadre demeura quelques jours accroché seul. L'artiste raconte 



i. Mémoires secrets, seconde lettre sur le salon de 1785. 

2. Souvenirs, i, 49. — Le tableau de madame Lebrun fut exposé sous le 
no 97. 

3. 25 août. 



LA POLITIQUE A TRIANON. 337 

qu'un spectateur facétieux, voyant ce vide, s'écria, par allusion 
à la situation financière dont on avait tant parlé depuis l'assem- 
blée des Notables : « Voilà le déficit! » On commença dès lors, 
dit la Correspondance secrète^ à appeler la reine, à qui on attri- 
buait une large part dans les prodigalités du ministère Galonné : 
Madame Déficit'. 



i. Lescure, U, i68. 

2. Ce portrait fut placé, après Texposition, dans une salle du château de 
Versailles, et la reine passait devant pour aller à la messe. A la mort du 
dauphin, elle fit enlever le tahleau, ne pouvant le voir sans verser des 
larmes. « Mais avec sa grâce habituelle, » dit madame Lebrun, « elle eut 
soin de m'en instruire aussitôt, en me faisant savoir le motif de re déplace- 
ment. » 



22 



X 



DERNIÈRE PROMENADE 

1788-1789 

Malveillance publique. — Fêle à Saint-Cloud. — Dîner de Mesdames tantes. 

Portrait des ambassadeurs indiens. 
Désaffection de la société intime. — Le comte de Fersen et Trianon. 

L*amoureux de la reine. 
La grotte. — Le cabinet de diamants. — Le 5 octobre 1789. 



La rencontre nocturne du moine de Prémontré dans les jar- 
dins de Trianon n'était pas un fait aussi plaisant que veut bien 
le dire Tauleur de la Correspondance secrète. C'était une curiosité 
malveillante qui l'attirait, il voulait voir ce qui se passait, la nuit, 
dans cette résidence ouverte seulement à quelques élus. Ce sen- 
timent devint général. On fut obligé, peu après, de prendre des 
mesures contre Taffluence de curieux qui s'introduisaient dans 
le jardin à la faveur des travaux entrepris pour augmenter le 
débit de l'eau dans les lacs et rivières*. Les courtisans exclus de 
ce jardin de délices avaient commencé à en médire. Ces bruits 
répandus dans le peuple y avaient pris des proportions fantas* 
tiques. « La Reine, » dit le comte d'Hézccques*, « négligeait 
certaines précautions qu'elle ne connaissait point ; parce 
qu'elle ne songeait pas aux turpitudes que la sale imagi- 
nation de ses détracteurs devait inventer. » Ces inventions 



I. Arch. nal. OH879. 
•2. P. 239. 



DERNIERS PROMENADE. 330 

étaient les suites de l'affaire du collier et les signes déjà mena- 
çants de l'orage populaire qui montait à Thorizon. Cependant la 
reine, quoi qu'en dise madame Campan, ne renonce pas aux fêtes ; 
mais, commejeVai fait remarquer plus haut, Trianon n'en est plus 
le théâtre. C'est àSaint-Cloud qu'elle vient, au printemps de 1788, 
donner des divertissements extraordinaires, avec des bals et des 
spectacles, pour lesquels on dresse dans le parc un théâtre en bois, 
une vaste tente et deux autres moindres , quatre grandes mai- 
sons de bois et vingt-deux petites*, tout un village. La dépense 
faite à cette résidence s'éleva, cette année, d'après Soulavic, à 
420,000 livres. 

Marie- Antoinette ne s'établit à Trianon qu'au milieu de juillet; 
elle y demeura environ un mois, du 15 juillet au 14 août*. Il 
n'y eut ni fête, ni spectacle, ni grand bal. Si l'on dansa, ce ne 
fut qu'en petit comité et dans la grange du hameau. Les amuse- 
ments champêtres paraissent seuls avoir occupé ce séjour. La 
reine fit établir un jeu de boules couvert d'un grand berceau, le 
long de la rive gauche du bras de rivière'. La ferme fut aug- 
mentée d'une petite grange construite auprès de la grande porte*. 
Au mois de juillet, on plaça sur le château un paratonnerre*. 
« Le Roi, » dit la Correspondance secrète*, « fait de fréquents 
voyages à Rambouillet; il y couche trois nuits de chaque semaine 



i. OtSOSl. 

2. Journal de Louis XVI. — Le temps fut beau du io juillet au 9 août, les 
journées du 17, du 23 et du 28 juillet exceptées, pendant lesquelles il plut 
une partie du jour. Il y eut de la pluie et des orages du 10 au 14 aoùl. 

3. Voyez le plan de Ballar, pi. XVI (OU877, 1882). A la Hévolution, on ven- 
dit, sous le iV* 15553, un jeu de boules en buis; et sous le n** 15713, un 
autre jeu de boules en bois de galac. 

4. OH8S0. 

5. G*est le 13 juillet 1788 que le paratonnerre fut posé sur le château par 
Billaut, ingénieur. OM879. — Vingt-neuf giroflées de la grosse espèce, coûtant 
145 livres, avaient été achetées, le 7 juin 1788, pour la garniture des vases de 
la terrasse du château. OM884. 

6. Lescure, II, 276. 



340 LB HAMBAU. 

et revient toujours dîner à Trianon. a Le jeudi 24 juillet, Mes- 
dames tantes furent invitées à dîner. Le menu de ce repas nous 
a été conservé aux archives nationales*; le nombre de mets 
dont il est composé est juste le double de l'ordinaire. 

Quatre potages le riz, 

le scheiber, 

les croûtons aux laitues, 

les croûtons unis pour Madame. 

Deux grandes entrées, . . la pièce de bœuf aux choux, 

la longe de veau à la broche. 

Seize entrées les pâtés à l'espagnole, 

les côtelettes de mouton grillées, 
la tète de veau sauce pointue, 
les poulets à la ttolare, 
les attelettes de lapereaux, 
les ailes de poulardes à la maréchale, 
les abatis de dindon au consommé, 
les carrés de mouton piqués à la chicorée, 
le dindon poêlé à Ja ravigote, 
le ris de veau en papillotte, 
le cochon de lait à la broche, 
^ la poule de Gaux au consommé, 

le caneton de Rouen à Torange, 
les filets de poularde en casserole au riz, 
les poulets froids, • 

la blanquette de poularde aux concombres. 

Quatre hors-d'onare. ... les filets de lapereaux, 

le carré de veau à la broche, 
le jarret de veau au consommé, 
le dindonneau froid. 

Six plats de rôts le poulet, 

le chapon pané, 
le levraut, 
le dindonneau, 
les perdreaux, 
les lapereaux. 

Deux moyens entremets, , , les jambons de Westphalie, 

le buisson de brioches. 

i. K. 1719. — Ce menu a été publié une première fois parM.deLescure dans 
son livre sur les Palais de Trianon, p. 189. 



DSRNIÂRK PROMBNADB. 



34i 



Seize petits entremets. 



les petits pois, 

les haricots verts, 

les épinards, 

la crème au chocolat, 

les œufs brouillés à Tessence, 

les artichauts à la provençale, 

la macédoine à la purée de pois, 

les laitues à Tessence, 

la gelée d*oranges coupées par quartiers, 

les œufs pochés au jus, 

les petites bouchées de crème, 

le miroton de pommes, 

les gaufres À Tallemande, 

les choux-fleurs, 

les gâteaux princesse, 

les gimblettes. 



La reine invita, deux fois, la famille royale à dîner au hameau, 
le 27 juillet et le 8 août. 

C*est le 10 août que, en revenant de Rambouillet, le roi 
reçut en grande pompe les trois ambassadeurs de Tipôo-Saheb, 
roi de Mysore, dans le salon dllercule. L'un d'eux était chef 
de la religion; un autre, « Akbar- Ali-khan , général de la 
cavalerie, se faisait remarquer par sa haute stature, son air de 
fierté et sa barbe blanche*. » Leur suite était formée de deux 
jeunes gens, parents du sultan, et d'une trentaine d'ofGciers 
et domestiques. On les logea, le 12 août, au Grand-Trianon. 
La reine fit faire leurs portraits en cire, de grandeur natu- 
relle, « et les plaça, groupés avec l'interprète et un esclave, 
fumant leurs pipes, dans une des chaumières du hameau au 
Petit-Trianon. La ressemblance était parfaite'. » D'après le 



1. Madame Lebrun peignit leur portrait. Souvenirs, I, 43. — M. de Reiset, 
dans le Journal de madame Élofe, a donné le dessin d*une tasse sur laquelle 
sont figurés : Mohammed-Osman-khan, premier ambassadeur, Mohammed- 
derviche-khan et Akbar- Ali-khan, général de la cavalerie. 

2. Souvenirs d'un page, p. 235. — Trianon-sous-Bois conservait de son côté 
un souvenir d*une autre ambassade indienne célèbre, celle du roi de Siam 
à Louis XIV. Ce prince y avait fait couvrir les meubles de sept chambres, 
deux salons et cinq cabinets, avec des étoffes de la Chine brodées, apportées 
en présent par les ambassadeurs. Archives départ, de TOise, série A. 



342 LE HAMKAU. 

procès-verbal de vente du mobilier de la liste civile, il y avait sept 
figures de cire groupées « sous un palanquin chinois, » dit le texte. 

a La Reine, » dit la Correspondance secrète, à la date du 5 août*, 
« tient toujours sa cour à Trianon. Cette cour est composée des 
familles do Coigny, Polignac et Vaudreuil. » On le voit, du 
premier jour au dernier, elle appartient tout entière et exclu- 
sivement à sa société intime. Ce n'est pas que le désenchan- 
tement ne fût venu, on Ta constaté plus haut* par la lettre 
de Joseph II. Elle avait maintenant percé tous les favoris 
à jour. Elle savait à quoi s'en tenir sur la bonhomie et la 
franchise de BesenvaU L'emportement auquel il s'était laissé 
aller, l'année précédente, avait jeté un vilain jour sur le carac- 
tère du duc de Coigny. Le comte de Vaudreuil la fatiguait par 
sa violence, ses exigences et ses allures impérieuses. Madame 
Campan raconte que, à Trianon, en 1786, il s'était oublié, jus- 
qu'à casser, dans un accès de colère contre des billes bloquées, 
la queue de billard de la reine, objet d'art d'un grand prix : elle 
était taillée dans une dent d'éléphant, et la crosse en était d'or, 
et (( travaillée, » dit madame Campan, a avec infiniment de 
goût*. » 

Les Polignac qui n'avaient plus rien à espérer ne se gênaient 
plus avec la reine. Ils cessèrent, dit le comte de La Mark*, de se 
montrer soigneux de réunir dans leur salon les personnes qu'il 
lui convenait d'y rencontrer.... Les choses en vinrent à ce point 
qu'avant de se rendre chez eux, elle était obligée de s'informer 
par un valet de chambre des noms des personnes qui s'y trou- 
vaient et souvent de s'abstenir d'après la réponse. Elle s'était 
peu à peu déshabituée d*y aller et avait recherché la compagnie 
de la comtesse d'Ossun", sœur du duc de Guiche, parfaitement 

1. Lescure, n, 276. 

2. Page 212. La leltre de Joseph II est datée du 5 novembre 1787. 

3. 1, 283. 

4. I, 57. 

0. Geneviève de Grammont, mariée à Charles-Pierre-Hyacinthe, comte 
d'Ossun. — Voyez aussi Oberkirch, II, 114. — On avait, Tanaôe précédentei 



DERNIBRB PROMENADE. 343 

bonne et douce, et douée d'une haute vertu. Malgré toutes le» 
précautions pour ne pas exciter la jalousie des Polignac, 
leur société en prit ombrage et exhala son mécontentement 
en propos malveillants. « On parla avec malignité de ce 
que la reine aimait à danser des écossaises avec un jeune lord 
Strathavon, aux petits bals, chez madame d'Ossun. Un habitué du 
salon Polignac, et qui devait avant tout une profonde reconnais- 
sance et les plus respectueux égards à la reine, fit contre elle un 
couplet très méchant, et ce couplet, fondé sur un infâme mensonge, 
alla circuler dans Paris*. » 

« Du moins, » dit madame Campan, « Marie-Antoinette n'eut 
pas à reprocher à madame de Polignac un seul défaut qui 
pût lui faire regretter le choix qu'elle en avait fait comme 
amie. » Ce n'est pas l'avis du comte de La Marck, qui raconte 
qu'une fois, la reine s'étant hasardée « à lui exprimer le dé- 
plaisir que lui inspiraient plusieurs des personnes qu'elle rencon- 
trait chez elle, » cette tendre amie, dont on vantait si fort la 
douceur et la délicatesse, avait osé répondre : « Je pense que, 
« parce que Votre Majesté veut bien venir dans mon salon, ce n'est 
« pas une raison pour qu'elle prétende en exclure mes amis. » 
Plus tard, au temps des mauvais jours, alors que la prin- 
cesse de Lamballe était revenue d'Angleterre, où elle était en 
sûreté, à Paris qui lui réservait une mort affreuse, pour être 
auprès de la reine, le comte Fersen, faisant un voyage à Vienne, 
y voyait madame de Polignac et s'étonnait de l'indifférence qu'elle 
montrait pour celle à qui elle devait tant. Ou lit dans son journal : 
«15 août 1791.... Madame de Polignac me parla plus des affaires 

que de la Reine; elle me dit mille choses. — 24 août Elle 

parle toujours d'affaires et peu de son amie. » 



parlé de la faveur de la princesse de Tarente, Louise-Emmanuelle de 
Ghaslillon, mariée à Charles Bretagne Marie Joseph de La Trémoille, 
prince de Tarante, et dont M. de Reiset a publié le portrait (Journal de madame 
Èlofe, t. 11). Mais cette. faveur fut éphémère. 

1. La Marck, I, 57. 



^ 



3^1 4 LB HAMBAU. 

Nous n'avons pas une seule fois rencontré le comte Fersen 
à Trianon. Il était cependant revenu à Versailles, après la guerre 
d'Amérique, et avait obtenu un régiment, le Royal -Suédois. Il 
se partageait entre sa patrie d'adoption et son pays natal. En 
France, il vivait à la cour quand les exigences du service mili- 
taire no l'appelaient pas en Flandre, où il tenait garnison*. La 
reine lui avait conservé les sentiments de la plus confiante amitié, 
comme le démontre la correspondance publiée par le baron de 
Klinckowstrom, correspondance où des ratures multipliées sou- 
lignent si maladroitement certaines expressions un peu vives. 
Mais il ne parut jamais dans la société des favoris, « bien qu'ils 
lui eussent fait toutes les avances pour l'y attirer. » Le comte de 
La Marck pense que c'est sur l'inspiration de Marie-Antoinette 
qu'il agit ainsi. 

Depuis quelques années, la reine avait inspiré un amour 
insensé à un ancien conseiller au parlement de Bordeaux, nommé 
de Castelnaux, dont l'esprit était aliéné. Pour la voir, il la sui- 
vait partout, au jeu public, à la chapelle, au spectacle; il accom- 
pagnait la cour dans tous ses voyages, à Fontainebleau, à Saint- 
Cloud, sans parler jamais à personne. « A Trianon, » dit madame 
Campan', « la passion de ce malheureux homme devenait encore 
plus importune ; il mangeait à la hâte un morceau chez quelque 
suisse et passait le jour entier, même par la pluie, à faire le tour 
du jardin, marchant toujours au bord des fossés. La reine le 
rencontrait souvent quand elle se promenait seule ou avec ses 
enfants. Cependant elle ne voulait permettre aucun moyen de 
violence pour la soustraire à cette insoutenable importunité. 
Ayant un jour donné à M. de Sèze' une permission d'entrer à 
Trianon, elle lui fit dire de se rendre chez moi, et m'ordonna 
d'instruire ce célèbre avocat de l'égarement d'esprit de M. de 
Castelnaux, puis de l'envoyer chercher pour que M. de Sèze eût 

i . Son régiment était cantonné à Valenciennes et à Maubeuge. 

2. 1, 254.' 

3. Il étail alors avocat au parlement de Bordeaux. 



DERNIERS PROMENADE. 345 

avec lui un entretien. Il lui parla près d*une heure et fit beaucoup 
d'impression sur son esprit : enfin M. de Castelnaux me pria 
d'annoncer à la reine que, décidément, puisque sa présence lui 
était importune, il allait se retirer dans sa province. La reine fut 
fort aise et me recommanda d'exprimer à M. de Sèze toute sa 
satisfaction. Une demi-heure après que M. de Sèze fut parti, on 
m'annonça le malheureux fou ; il venait me dire qu'il se rétrac- 
tait, qu'il ne pouvait, par le seul effet de sa volonté, cesser de 
voir la reine aussi souvent que cela lui était possible. Cette 
nouvelle réponse était désagréable à porter à Sa Majesté ; mais 
combien je fus touchée de l'entendre dire : « Eh bien! qu'il m'en- 
« nuie ! mais qu'on ne lui ravisse point le bonheur d'être libre. » 
Il disparut après le 10 août 1790*. 

Si l'on en croyait une lettre de Marie-Antoinette à madame de 
Lamballe, publiée par M. de Lescure', il y aurait eu un voyage 
à Trianon, au printemps de 1789. « Je ne peux, » dit-elle, « résis- 
ter au désir d'ajouter un mot à ma lettre d'hier. Je pars dans 
l'instant avec la bonne Elisabeth pour mes jardins de Trianon. 
M. de Jussieu les est venu visiter et j'y fais de grandes planta- 
tions nouvelles. J'espère bien, ma chère Lamballe, que j'aurai 
la consolation d'y aller avec vous la prochaine fois. Nous som- 
mes assez tranquilles ici dans ce moment. Le bourgeois et le bon 
peuple sont bien pour nous. Adieu, mon cher cœur, je vous 
embrasse. )> Il n'est, dans les documents authentiques, -question 
ni de plantations, ni de séjour à Trianon, en 1789. 

Quel agrément d'ailleurs la reine eût-elle pu trouver à cette 
époque dans cette résidence? Depuis le mois de mai, des pro- 
cessions de visiteurs s'y succédaient. Tous les députés des 
provinces voulaient voir ce château et ces jardins fameux, 
sur lesquels on avait débité tant de récits fantastiques. Les 
uns y cherchaient la trace des désordres supposés de la 



1. Le comle d*Hézecques donne sur ce personnage des détails ana- 
logues. 

2. La princesse de Lamballe; Paris, 1864, in-8<», 200. 



346 LE ilAMEAU. 

reine; les autres, les monuments de ce luxe auquel on attri- 
buait la ruine de la France. « J(^ me sou^dendrai toujours, >i 
dit le comte d'Hézecques', « qiu» la grotte de Trianon me fut 
montrée par un noble, député aux États généraux, qui sié- 
geait parmi les défenseurs de la monarchie, et qui, en défendant 
le trône, accusait la Reine et ch(Mrhait à rendre le Roi ridicule. » 
— Quelques députés, rapporte di* son côté madame Campan*, 
trouvant que l'extrême simplicité de cette maison de plaisance 
ne répondait pas à leurs idées, u insistaient pour qu'on leur fit 
voir jusqu'aux moindres cabinets, disant qu'on leur cachait les 
pièces richement meublées. Enfin, ils en indiquèrent une qui, 
selon eux, devait être partout ornée de diamants avec des colonnes 
torses mélangées de saphirs et de rubis. La reine né pouvait 
revenir de ces folles idées, et en entretint le roi, qui, à la des- 
cription que ces députés avaient faite de cette chambre aux gar- 
diens de Trianon, jugea qu'ils cherchaient la décoration de dia- 
mants de composition, qui avait été faite, sous le règne de 
Louis XV, pour le théâtre de Fontainebleau. » On voit qu'il 
s'agit ici du décor de Mazières que nous avons décrit plus 
haut'. — Il y eut tant d'allées et venues de gens de toute espèce 
autour du Petit-Trianon qu'on dut y mettre la nuit une garde 
extraordinaire jusqu'au départ de la famille royale pour les Tui- 
leries *. C'est à Marly que Louis XVI et la reine allèrent, du 14 au 
21 juin', chercher un peu de tranquillité pour respirer un instant. 
Nous ne retrouverons plus Marie-Antoinette au Petit-Trianon 
que dans l'après-dinée du 5 octobre. Elle se promenait seule, 
dit madame Campan*, dans ses jardins, qu elle parcourait pour 



1. 2U. 

2. Il, 40. 

3. Pages 105, 129, 256, 257. 

4. 1 i 879. On établil un corps de garde supplémentaire derrière TOran- 
gerie. 

5. Documents, I, 2® Tableau des voyages. 

6. n, 74. 



DBRNiiRB PROMENADE. 347 

la dernière fois de sa vie*. Le roi chassait au tir, à Meudou. 
L'armée parisienne, précédée d'une troupe de femmes, marchait 
sur Versailles pour s'emparer de la personne de Louis XVL 
Quand cette multitude parut à l'entrée de l'avenue de Paris, en 
même temps qu'on prévenait le roi, on envoya un exprès à la 
reine pour la prier de rentrer à Versailles. Ce sinistre message 
la trouva « assise dans sa grotte, livrée à de douloureuses ré- 
flexions, » cette grotte qui fournit un prétexte à « mille atrocités 
débitées sur le compte de l'infortunée Marie-Antoinette par une 
faction régicide, décidée à la déshonorer avant de l'envoyer à 
l'échafaud*. » 

Il y avait en effet pour elle matière aux plus tristes pensées. 
La royauté avait déjà vu les journées du 20 juin et du 14 juillet, 
le serment du jeu de paume et la prise de la Bastille. D'autres 
douleurs plus personnelles avaient déchiré le cœur de Marie- 
Antoinette : la mort du dauphin et la profonde animadversion 
que, pendant une agonie de plusieurs mois, il avait manifestée 
contre la favorite, son ancienne gouvernante, et dans laquelle il 
avait presque enveloppé sa mère'; le froid jeté entre elle et le 
comte d'Artois par la divergence de leurs vues respectives sur la 
composition des États généraux; la désaffection de sa société 
intime qui, dans cette question, avait pris parti contre elle, so- 
ciété qu'elle ne fréquentait plus que « pour éviter l'apparence 
d'un changement dans ses habitudes*; » les insultes des femmes 
du peuple, le jour de la procession des États généraux, insultes 
devant lesquelles elle avait failli s'évanouir*. Elle était dis- 
persée, cette société de Trianon, et la reine s'y trouvait main- 
tenant toute seule. Au lendemain de la prise de la Bastille, 
le comte d'Artois était parti avec Vaudreuil, donnant le signal 



i. Le temps fut couvert toute la journée. Il se mit à la pluie, le soir. 

2. Hézecques, 244. 

3. Campan, U, 49. 

4. U, 36. 

5. n, 47. 



348 LE HAMEAU. 

(le rémigralion, et, derrière lui, les Polignac fuyant devant l'éclat 
de la haine publique. L'abbé de Yermond s'était sauvé ensuite. 
Les autres ne tardèrent pas à l'imiter ou se cachèrent, à l'excep- 
tion du baron de Bescnvar. 

La reine, aussitôt qu'elle eut pris connaissance du billet qui 
lui était envoyé, partit pour Versailles. Le lendemain, elle était 
traînée à Paris avec le roi. Nous n'avons pas à raconter cette 
lugubre odyssée, ni les événements qui suivirent. Marie- Antoi- 
nette avait quitté Trianon pour n'y plus revenir. 

i. 11 mourut en 1791. 



XI 



TRIANON DEVANT LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE 



Dépenses du Petit-Trianon. — Pamphlets de la femme Lamotte. 
Calomnies de la cour contre Marie-Antoinette. 



A partir du 5 octobre 1789, le Petit-Trianon n*est plus nommé 
par les écrivains qui nous ont laissé des mémoires sur Marie- 
Antoinette. La veille du 6 octobre 1793, alors qu'elle comparais- 
sait devant le tribunal révolutionnaire, une question du président fit 
revivre tout à coup dans l'esprit de la malheureuse reine l'image 
de ce domaine enchanté, où s'étaient écoulés ses plus heureux 
jours. De quelle émotion poignante ce souvenir, évoqué dans un 
pareil lieu, devant de tels juges, et avec la perspective du sup- 
plice qui l'attendait, ne dut-il pas saisir son cœur meurtri? 

Le Président à faccusée : « N'avez-vous pas abusé de l'in- 
a fluence que vous aviez sur votre époux pour en tirer dos bons 
c( sur le trésor public? » — L'accusée : « Jamais. 

« Où avez-vous donc pris l'argent avec lequel vous avez fait 
a construire et meubler le Petit-Trianon , dans lequel vous donniez 
« des fêtes, dont vous étiez toujours la déesse? — C'était un fonds 
« que l'on avait destiné à cet effet. 

(( Il fallait que ce fonds fût conséquent, car le Petit-Trianon 
« doit avoir coûté des sommes énormes? — Il est possible que le 
ce Petit-Trianon ait coûté des sommes immenses, peut-être plus 
a que je ne l'aurais désiré ; on avait été entraîné dans les dépenses 



350 LB HAMEAU. 

a peu à peu; du reste, je désire plus que personne que l'on soit 
a instruit de ce qui s'y est passé*. » 

On en a lu, dans les pages qui précèdent, le fidèle récit. Quant 
aux dépenses, la reine n'avait rien dissimulé dans sa réponse. 
Au commencement, nous l'avons vu, un crédit avait été ouvert 
au service des bâtiments pour l'exécution du premier plan pro- 
posé par l'architecte Mique; mais ce crédit, insuffisant d'ailleurs, 
se trouva bientôt épuisé. Et puis , c'était bien vrai , on s*était 
laissé entraîner; chaque année, une fantaisie nouvelle était venue 
s'ajouter aux autres, et, comme il fallait l'exécuter sans retard, 
car alors la jeune reine n'aimait pas attendre, on n'avait pas eu 
le temps d'établir des prévisions régulières, et on s*était vu 
obligé de grappiller sur tous les chapitres du budget : fonds des 
dépenses de la reine , fonds des bâtiments, fonds des menus- 
plaisirs, fonds du garde-meuble, sans compter ce que le roi 
avait soldé sur sa cassette*; et, malgré tout cola, on n'avait pu 
suffire à payer les entrepreneurs, qui, lassés do réclamer vaine- 
ment, en étaient venus à envoyer l'huissier à l'architecte'. Voilà 
ce qui avait tant fait crier contre les dépenses du Petit-Trianon. 

Si le procès de la reine n'avait pas été bâclé en quelques 
heures, et qu'on eût laissé à Fouquier-Tinville le temps d'ins- 
truire l'accusation*, on aurait trouvé, dans les dossiers delà liste 
civile, le compte de la liquidation des dépenses du Petit-Tria- 
non, qui fut arrêté le 31 août 1791V II s'élève à la somme de 
1,649,329 livres, 12 sous, 3 deniers. On avait payé 1,170,730 li- 
vres. Il restait dû 478,799 livres, 13 sous, 2 deniers. Dans cette 

1 . Ém . Campardon . Marie- Antoinette à la Conciergerie; Paris, 1 8fi3 , in-l 8» 3 17. 

2. On trouve au Livre rouge Tindication d'une somme de 21,581 livres, 
3 sous, payée à Moreau pour fournilure d'arbres. — Bibl. nal., ms. fr. 6808. 
— Arch. nal. aH874-86, 3044-87, 3131-33, 3476, 3483-80, 3491. 

3. Arch. nal, OM880. — Fayol, chef d'atelier mineur, qui avait, en 1786, 
exécuté pour 51,135 livres, 14 sous, 10 deniers de travaux, fil à Henry, ins- 
pecteur sous les ordres de Mique, une citation au bureau de paix, pour être 
payé, en 1791. 

4. Campardon, 63. 

5. OU 886. — Voir plus loin, dans les pièces justiffcatives, le n? lY. 



TRIANON DEVANT LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. 35 

somme de 1,649,529 livres, 13 sous, 2 deniers, sont comprises 
quelques menues dépenses pour les fêtes et les représentations 
théâtrales ainsi que pour l'entretien, qui ne doivent pas figurer 
dans les frais d'établissement. D'autre part, il y manque la 
plus grosse partie des frais de plantation que le roi avait pris à 
sa charge' et les dépenses pour le mobilier*. Il faut remarquer, 
en outre, que le tableau dressé en 1791 ne comprend que les 
mémoires non entièrement soldés à cette date. Les artistes et 
entrepreneurs qui, ayant été définitivement payés, n'avaient plus 
de compte ouvert, ne figurent pas dans l'état de liquidation. On 
peut conclure de là que la dépense totale dut atteindre, en quinze 
ans, la somme de 2,000,000 de livres. L'entretien du jardin an- 
glais et des pépinières s'élevait annuellement à 6,476 livres, 
19 sous*. 

Mais reprenons la suite de l'interrogatoire de la reine. 

Le Président à [accusée. — « N'est-ce pas au Petit-Trianon 
a que vous avez connu pour la première fois la femme Lamolte? 
« — Je ne l'ai jamais vue. 

<c N'a-t-elle pas été votre victime dans l'affaire du fameux 
« collier? — Elle n'a pu l'être, puisque je ne la cpnnaissais pas. 

« Vous persistez donc à nier que vous l'ayez connue ? — Mon 
a plan n'est pas la dénégation ; c'est la vérité que j'ai dite et que 
« je persisterai à dire*. » 

Elle avait écrit la même chose à l'empereur Joseph II, le 
22 août 1785' : « Cette intrigante du plus bas étage n'a jamais 
eu d'accès auprès de moi. » Alors, elle était loin de soupçonner 
ce qu'avait d'outrageant pour elle cette supposition d'entrevues. 
La femme Lamotte eut l'audacieuse ignominie de publier sur 
ces prétendus rendez-vous des révélations effrontées, se cou- 
vrant elle-même d'opprobre afin de déshonorer sa victime. 

1. OH883. 

2. Voyez plus haut, page 189. 

3. OM886. Voir Tétat aux Document, I. 

4. Campardon, 318. 

o, Marie-Antoinette, Joseph II, etc., 93. 



3S2 LB HAMEAU. 

Elle fît paraître successivement à Londres deux pamphlets, en 
1788 et 1789, portant le titre de Mémoires justificatif s\ puis plus 
tard sa Vie, dont la police royale acheta l'édition pour la sup- 
primer, mais qui fut réimprimée Tan I de la République*. Dans 
ces écrits, elle prétend que la reine lui donna des rendez-vous à 
Trianon, entre onze heures du soir et minuit, pendant Thiver 
de 1784. Elle publie, dans le mémoire de 1789, le texte des bil- 
lets qui lui furent écrits, et dont, affirme-t-elle, elle a eu la dis- 
crétion de supprimer les originaux. La reine, en lui indiquant 
certains jours, lui dit qu'elle les choisit parce que, le roi chas- 
sant à Rambouillet, elle se trouverait libre. Voilà où le men- 
songe sç décèle. 

On sait par ce qui précède : 1" que Marie- Antoinette ne séjour- 
nait pas à Trianon l'hiver; 2*" que le roi n'y couchait jamais : par 
conséquent il n'était pas nécessaire qu'il eût été à Rambouillet 
pour que la reine fût seule. Mais il y a mieux : Louis XYI, 
ce que la femme Lamotte ignorait, a noté jour par jour dans 
son journal ses moindres déplacements. Or, aux dates indiquées 
pour les rendez-vous, il n'a précisément pas été à Rambouillet. 

La femme Lamotte, dans ses écrits, ne s'en tient pas à cette 
première accusation. Elle prétend que la reine, au mois de juil- 
let 1784', se livra elle-même au cardinal, dans un intérêt poli- 
tique. Il n'est pas besoin de démontrer l'invraisemblance et la 
fausseté de cette calomnie; elle saute aux yeux. Poursuivons 
cependant l'examen du mémoire de la fameuse comtesse, et 
citons ses propres paroles : « Si je ne me trompe », dit-elle*, 
« c'était dans le salon de Vénus que se passaient les conférences 
entre la reine et le cardinal, et, tant pour contenter la curiosité 



\ . Deux plaquettes in-8<^. Le second mémoire, qui esl le plus important, 
est orné d'une gravure. 

2. 2vol.in-8«. 

3. Elle a été mieux renseignée, à ce moment, sur les déplacements du 
roi, car elle dit qu'il s'est rendu à Rambouillet le 26, ce qui, d'après le 
journal, se trouve exact. 

4. Vie, I, 330. / 



TRIANON DEVANT LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. 353 

de mes lecteurs que pour les retirer d'incertitude, si, en effet, 
le salon se nomme autrement, je vais en donner une courte 
description. 

a Ce salon élégant, de forme ronde, et surmonté d'un dôme, est 
situé dans les jardins du Petit-Trianon , sur une hauteur où Ton 
arrive par une pente douce. L'édifice est entouré d'un fossé que 
le cardinal et moi traversions à l'aide d'une planche jetée en 
travers à cet effet. On voit au milieu du salon, sur un piédestal 
de marbre blanc, une superbe statue qui représente, je crois, 
Apollon ou Vénus. Dans les angles se trouvent d'autres statues : 
ce sont les Amours et les Grâces. Les portes sont en glaces. On 
descend du salon dans le jardin par quatre marches de marbre. 
U y a des croisées tout autour de cette rotonde, et les rideaux du 
raige le plus fin, parsemé de fleurs en broderie, interceptent les 
rayons du soleil souvent incommode. La tapisserie, les fauteuils, 
les sophas et tout l'ameublement sont dans le goût le plus exquis. 
On ne peut voir ce superbe pavillon que les samedis : encore 
faut-il produire un ordre signé par la reine elle-même, et c'est 
une faveur qui est rarement accordée. La beauté des jardins 
répond à celle du salon. C'est là que j'avais coutume d*attendre 
l'arrivée de la reine, mais mon inquiétude et mon impatience 
m'empêchaient d'admirer les beautés dont je viens de tracer l'es- 
quisse. » 

Ceux qui ont lu avec attention le présent livre doivent avoir 
déjà remarqué l'inexactitude de cette description, dont tous les 
détails sont controuvés. Il n'y avait ni salon de Vénus, ni salon 
d'Apollon à Trianon, ni statues des Grâces, mais seulement un 
temple de l'Amour et un belvédère. La femme Lamotte en avait 
entendu parler et elle les confond dans sa mémoire. Le temple 
de l'Amour, rond et entouré par la rivière qu'on passe sur un pont 
en planches, contenait au milieu la statue de l'Amour; mais cette 
rotonde, ouverte à l'air libre et portée par des colonnes, n'avait 
ni fenêtres, ni rideaux, ni mobilier. Le belvédère, octogone, n'a 
jamais eu de statues; de plus, il n'est pas ceint d*un fossé, et si on 
peut y arriver d'un côté par un pont jeté par-dessus les cascades 

23 



354 LR HAMEAU. 

du rocher, il n'est pas nécessaire d'y passer. Deux autres che- 
mins plus cachés, et par conséquent mieux choisis pour une 
entrevue mystérieuse, y mènent sans traverser l'eau. On voit 
par là que la femme Lamolte, loin d'avoir en secret fréquenté 
Trianon, comme elle l'affirme, n'y a seulement jamais mis les 
pieds, même pour le visiter. Après cela, je ne pense pas qu'il 
puisse rester dans l'esprit de personne le moindre doute sur la 
fausseté de ses assertions relatives aux entrevues qu'elle aurait 
eues avec la reine dans ce château. 

Ainsi, un homme qui tenait le premier rang dans la noblesse 
et le clergé de France croyait h la faveur étrange dont la femme 
Lamotte se prétendait honorée, et acceptait son infâme patro- 
nage. A ce trait, on peut mesurer la profondeur de la corruption 
et de la bassesse morales de cette brillante société que la Révo- 
lution allait détruire. C'est cette société qui porte, pour la plus 
grande part, la responsabilité des épouvantables inventions de 
l'intrigante qui nous a trop longtemps occupés. Ce sont les cour- 
tisans qui, atteints de <i cette sorte d'aliénation » dont parlait 
Mercy', lui en ont fourni les matériaux. C'est leur infernale 
jalousie contre les favoris qui, la première, a jeté la boue sur la 
souveraine dont ils n'avaient pu obtenir la préférence*. A la fin 
de 1781, un no^fl obscène' fut répandu contre la reine, madame 
de Lamballe, madame de Polignac* et les femmes de la cour les 
plus titrées. Les Mémoires secrets le traitent avec raison de a maus- 
sade, abominable, ordurier et dégoûtant'. » L'année suivante, de 



i. Voyez plus haut, p. 482. 

2. Voyez le prince de Ligne, sur la pari que la légèreté du comte d* Artois 
eut dans ces bruits immondes. Revue nouvelle, 1846, p. 109 et suiv. 

3. Arch. de Seine-el-Oise. Recueil de la présidente de Rosanbo, 

4. « Quant à la liaison intime de la reine, » dit madame Gampan (I, 171), 
« avec les dames dont je viens de parler » (mesdames de Lamballe et de Po- 
lignac), « elle n'eut jamais et ne pouvait avoir d'autre motif que le désir très 
innocent de s'assurer deux amies au milieu d'une cour nombreuse; mais, 
malgré celle intimité, le ton de ce noble respect, que portent à la majesté 
royale les personnes du rang le plus élevé, ne cessa jamais d'être observé. » 

5. 20 décembre 1781 et 19 avril 1782. 



TRIANON DEVANT LB TRIBUNAL RKVOLUTIONNAIRK. 355 

nouveaux couplets, plus odieux encore, parurent àlamême époque 
et coururent Paris durant les premiers mois de 1783. C'est peu 
après que la femme Lamotte entra en relations avec le cardinal. 
Elle put voir au salon de la même année le portrait de la reine, 
vêtue de ce cette chemise ou gauUe » blanche dont elle habilla la 
fille Oliva pourTentrevue des bosquets. Voilà le fond et les moyens 
de toute son intrigue. L'idée de voler le collier par l'entremise 
du cardinal fut une inspiration soudaine, dont le succès lui parut 
facile lorsqu'elle eut apprécié la crédulité de sa dupe. 

Si l'on pensait que c'est gratuitement que j'ai attribué ces 
écrits diffamatoires aux courtisans, qu'on lise les Mémoires 
secrets, à la date du 24 février 1783. cr On ne conçoit pas quel 
génie infernal souffle sur les courtisans : il parait encore des 
couplets affreux et calomnieux sur la reine, et cependant quelle 
princesse mérita moins cette audace vsacrilège,'fut plus digne des 
hommages et de l'amour de tous les ordres de l'État? Aux 
charmes de la figure, à la noblesse du maintien, aux grâces 
répandues sur sa personne, elle joint les qualités les plus pré- 
cieuses : la bienfaisance, la bonté, l'humanité, l'amitié, vertu si 
rare chez ses pareilles; elle oublie ses injures personnelles; elle 
n'a jamais fait de mal à qui que ce soit. On ne cite personne dont 
elle ait exigé le châtiment. Si elle a quelques défauts insépara- 
bles de notre nature, ils sont aimables en quelque sorte comme 
elle, ils tiennent à son sexe, au goût national, et venue extrê- 
mement jeune en France, elle en a sans doute contracté ici le 
plus grand nombre. Elle aime excessivement la parure, les fri- 
volités, les spectacles, les dépenses; elle prodigue souvent ses 
dons à des gens qui en sont indignes ; elle est quelquefois légère 
dans ses affections; elle plaisante de la mauvaise tournure, des 
gaucheries des femmes présentées; mais ces sarcasmes partent 
de sa gaité et non pas de son cœur, dont se louent tous ceux qui 
ont l'honneur d'approcher de Sa Majesté et d'en voir l'inté- 
rieur. » 

C'est bien là, tracé par la plume d'un contemporain, le por- 
trait fidèle de Marie-Antoinette en 1783, de ses qualités, de se 



356 LE HAMEAU. 

défauts, telle que Mercy nous Ta montrée, telle qu elle était au 
moment où les fantaisies succédaient aux fantaisies, où, comme 
elle l'avoue elle-même, « on se laissait entraîner », où le jardin 
anglais à pcâne terminé, on entreprenait par son ordre la cons- 
truction du hameau. Elle comptait alors sur Tavenir et remettait 
à un autre temps les affaires sérieuses*. Quand elle commença à 
comprendre les d(»voirs de la royauté et la terrible responsabilité 
qui pèse sur les têtes couronnées, il était trop tard. 

La guerre des chansons et des pamphlets, commencée en 1781 , 
continua. En 1785*, au moment de l'intrigue du collier, on arrêtait 
une madame de Sainl-Elen, coupable « d'infâmes couplets au sujet 
de la naissance du duc de Normandie... C'est, » dit la Correspon- 
dance secrète, « une femme de qualité, jolie et remplie de grâces, 
âgée d'environ vingt-deux ans. Il est incroyable qu'elle ait pros- 
titué des talents rares parmi son sexe à des calomnies aussi 
atroces que celles qu'on lui impute, o Nous avons vu la société 
intime faire elle-même sa partie dans ce concert de diffamations'. 
Un témoin oculaire, le comte de La Marck, ne craint pas de 
le dire* : o Gest dans les méchancetés et les mensonges, répandus 
de 1785 à 1788 par la cour contre la reine qu'il faut aller cher- 
cher les prétextes des accusations du tribunal révolutionnaire, 
en 1793, contre Marie- Antoinette. » 



1. Mercy, II, 524; ni, 25. 

2. Lescure. Correspondance secrète, du 2 avril. 

3. Page 343. 

4. I, introduction. 



XII 



APRÈS 1789 

Mise en vente du château et du jardin. — Leur conservation décidée. 

Visite du docteur Meyer en 1196. 

Location du jardin à un cafetier. — Bal public. 

Jardin botanique et pépinière du potager de Versailles. 

Fin d'Antoine Richard et de l'architecte Mique. — Le jardin sous le premier Empire. 

Restauration par Louis-Philippe. 
Faits notables. — La princesse Borghëse et la duchesse d'Orléans. 

« La déesse » de Trianon. 



Le jardin de la reine, plus heureux qu'elle, traversa sans trop 
grand dommage la Révolution. Déclaré propriété nationale, il 
fut confié à la garde d'Antoine Richard, auquel le ministre Ro- 
land donna le titre de conservateur du jardin et des pépinières de 
Trianon. En 1792, on dressa un inventaire des arbres et arbustes 
de ces pépinières; leur nombre s'élevait à 7,602*. Après la mort 
de Louis XVI, le Petit-Trianon fut mis en vente, et le mobilier, 
réuni à celui du château de Versailles, fut livré aux enchères. 
On partagea le terrain en dix lots et l'on reçut des soumis- 
sions d'acquéreurs*. Antoine Richard présenta alors à l'adminis- 
tration du district de Versailles des observations qui la tou- 
chèrent. Elle demanda à la commission executive de l'instruction 
publique un sursis et l'obtint; et bientôt après, un décret de la 
Convention décida que les maisons et jardins nationaux des en- 
virons de Paris ne seraient pas vendus, mais qu'on les conserve- 
rait et entretiendrait aux frais de la République pour servir aux 
jouissances du peuple et former des établissements utiles à l'a- 

1. Arch. nat. OM886. 

2. Arch. de Seine-et-Oise, série Q. Procès-verbal du 12 messidor an IV. 



358 LK HAMEAU. 

fjricullure et aux arts. Par arrêté du 4 pluviôse an III (23 jan- 
vier 1795), le représentant du peuple en mission dans le départe- 
ment de Seine-et-Oise fit suspendre la vente des serres chaudes 
« pour permettre d'en transporter, quand la saison le permettrait, 
les richesses végétales au Muséum d'histoire naturelle, d Afin 
d'assurer l'exécution du décret de la Convention, un autre repré- 
sentant, André Dumont, défendit de donner suite au projet de 
vente de tout ou partie des Trianons, attendu que « les moyens 
d'existence des habitants de la commune de Versailles dépen- 
daient de la conservation et de l'entretien des propriétés natio- 
nales que renfermait cette commune*. » En attendant qu'on leur 
donnât une destination conforme au vœu de la représentation 
nationale, un inspecteur, secondé par un poste d'invalides, fut 
chargé de veiller à la conservation des palais et jardins. 

Ils reçurent, au printemps de 1796, la visite d'un Allemand, le 
docteur Meyer, qui nous en a laissé une description intéressante. 
L'affiche annonçant la vente était encore apposée sur la porte. 
« Les salles et chambres, » dit-il, « étaient dévastées (on avait en- 
levé jusqu'aux serrures des portes et fenêtres, superbe travail en 
bronze), les glaces cassées, les consoles brisées, les dessus de 
porte peints, arrachés. » Cependant, oc on avait laissé subsister 
les boiseries travaillées avec le plus grand art et les fenêtres en 
glace, » dans les trois cabinets de la reine, vis-à-vis le temple de 
l'Amour, a dont la transparence était si trompeuse qu'on ne pou- 
vait pas remarquer de différence entre les fenêtres ouvertes ou 
fermées. » Dans la salle à manger étaient entassés « des débris 
de différentes espèces de jeux, des chars brisés, des fragments 
de figures fantastiques d'animaux ayant servi à des traîneaux. » 
C'était plutôt, je pense, des morceaux des fauteuils et des chi- 
mères du jeu de bague, a Ailleurs, on voyait le tableau en cire 
des ambassadeurs de Tipôo-Saheb, que l'inspecteur avait acheté 
pour le montrer aux étrangers et en tirer bénéfice*. — Au 

i, Dussieux. Histoire du Chdieau de VersailleSy II, 364. 

2. il les avait achetés 1800 livres. Procès-verbal de vente, n? 11814. 



APRÈS 1789. 359 

théâtre, tes étoffes des sièges et des appuis des galeries avaient été 
enlevées*. On lisait sur une pancarte accrochée aux torchères des 
groupes des avant-scènes : a En réquisition pour le Musée. » 

Dans le jardin, continue Meyer, toutes les plantations étaient 
abandonnées et étouffées par les plantes sauvages qui embar- 
rassaient le passage. « La nature, » dit-il, a s'y était abrutie. » Il 
reconnaît pourtant qu'avec très peu de travail il serait facile de 
rétablir tout dans son premier état. Dans le hameau, la plupart 
des fenêtres étaient brisées et les escaliers, à moitié rompus, 
étaient envahis par le lierre et la vigne sauvage. Quelques chau- 
mières (sans doute la grange et la maison du jardinier, qui ont 
disparu) menaçaient ruine. On entrevoyait des hommes à mine 
suspecte se glissant derrière les maisons abandonnées pour aller 
abattre furtivement et voler des arbres dans le bois ; et son guide 
lui fit à ce propos « des récits épouvantables sur les bandes de 
voleurs et d'assassins qui désolaient ce canton. » 

En quittant le Petit-Trianon,le docteur Meyer s'en alla prome- 
ner sa rêverie dans les appartements déserts du palais de Versailles, 
où continuait à trôner en effigie le grand roi, coiffé dubonnet rouge, 
etsauvegardé par un écriteau qui le travestissait en Mars français^ 
protecteur de la liberté des peuples. « La soirée, » dit le docteur, 
« était obscure, des nuages roulants au-dessus du parc mena- 
çaient d'une tempête. Cette solitude, ce silence me pesaient. Neuf 
heures sonnèrent. Dans l'instant, une musique en sourdine de 
flûtes et de harpes m'étonna; elle partait d'une horloge admi- 
rable que j'avais vue, douze ans auparavant, dans la chambre de 
la reine. C'était le tendre andante d'une sonate, précédant un 
adagio mélancolique. Il se terminait insensiblement par des tons 
qu'on entendait à peine. Alors se turent les flûtes, les harpes, et 
le silence de la mort régna de nouveau. » 

Le docteur, on le voit, était doublé d'un poète ; mais, comme tous 
les poètes, il inclinait vers l'exagération. L'état du Petit-Trianon 
était loin d'être aussi déplorable quil le donne àentendre. La vérité 

1 . Ce détail est conQrmé par le procès-verbal de vente du mobilier, n^ 10609. 



360 LB HAMEAU. 

ost que, à part la dégradation des deux chaumières, due sans doute 
à l'intempérie des saisons, il n'y avait aucune avarie sérieuse. Si 
Ton coupa en fraude quelques arbres, ce furent des troncs de peu 
de valeur, et l'abus ne dura pas longtemps. Une autre descrip- 
tion, publiée avec de très remarquables gravures en couleur par 
un Anglais qui visita le Petit-Trianon en 1803*, c'est-à-dire avant 
toute restauration, nous a conservé l'image de trois fabriques du 
hameau dans le plus parfait état de conservation*; les planta- 
tions aussi y paraissent florissantes. 

Aucun établissement d'utilité nationale n'ayant été placé, sui- 
vant le vœu exprimé par le conventionnel Couthon, dans le Petit- 
Trianon , l'administration, lasse de conserver sans profit « le 
repaire des débauches d'Antoinette et de son exécrable cour', » 
prit le parti de le louer à un limonadier. On lisait encore, dans 
ces derniers temps, l'enseigne à demi effacée du café, sur le salon 
de jeu et de conversation. Il y eut des danses publiques plusieurs 
fois par semaine dans le jardin. Garnerin y fit ses premières 
ascensions aérostatiques. M. Dussieux a relevé, sur ces bals, dans 
le Journal de Seine-et-Oise du 30 messidor an VII, un détail amu- 
sant. On était alors sur le pied de guerre avec l'Angleterre, et 
quelques militaires et patriotes très zélés « s'opposèrent, » dit la 
feuille départementale, « à ce que l'on exécutât la danse anglaise; 
mais ils ont cédé devant le bon esprit du reste de l'assemblée. » 

Nous avons vu plus haut qu'il avait été question de transférer 
au Muséum d'histoire naturelle, à Paris, ce que Marie-Antoinette 
avait conservé, dans les serres du Petit-Trianon, des collections 
végétales formées par Louis XV. La création d'une école cen- 



1. L'ouvrage de Nattes, cité plus haul(p. 192), est sans dale. Mais les gravures 
sont datées : la plus ancienne de 1805, la dernière de 1810. Il est dit dans le 
texte que le dessinateur rencontra Kotzebue avec madame Récamier à 
Saint-Denis. Les hostilités ayant recommencé avec l'Angleterre à la fin de 
1803, Nattes a dû alors quitter la France. Son voyage doit donc être placé en 
1803. 

2. La maison du billard, le boudoir et la tour de Marlborough. 

3. Expressions de l'arrêté précité du 4 pluvi se an ffl. 



APRÂS 1789. 361 

traie à Versailles fit changer radministraiion d'avis. Elle pro- 
posa, dès Tan III, d'annexer à ce nouvel établissement un jardin 
botanique. Ce projet ne fut cependant exécuté qu'en Tan VII. Le 
jardin de l'école centrale, confié à Antoine Richard, fut placé 
dans le grand potager*. On y porta les plantes de Trianon, à l'ex- 
ception des « fleurs de curiosité, tulipes, jacinthes, œillets, et des 
renoncules semi-doubles qui furent dissipées. » La plantation on 
fut inaugurée solennellement devant le neveu de Bernard de Jus- 
sieu, Antoine-Laurent, et une députation de l'Institut. Les élèves 
de la classe d'histoire naturelle présentaient, « à chacun des fonc- 
tionnaires qui y prenaient part, un jeune arbre ou une plante dont 
les propriétés offraient quelque rapport à leurs fonctions : »> 
froment, vigne, chanvre, luzerne, pommier, représentant les cul- 
tures du département de Scine-et-Oise, aux membres de l'admi- 
nistration centrale; plantes de ville, aux membres de l'adminis- 
tration municipale, etc. Les invités mettaient aussitôt les végétaux 
à la place qui leur convenait, suivant la classification naturelle 
déterminée pour la première fois, en 1759, au Petit-Trianon, et 
développée plus tard au Jardin des plantes de Paris. On autorisa 
Richard à joindre au jardin botanique du potager « une pépinière 
d'arbres fruitiers, riche en variétés rares et sûres pour le choix des 
meilleures à cultiver*. » 

Avec l'Empire, le Petit-Trianon reprit son rang de palais*. 
Napoléon, après une visite aux Trianons, faite en compagnie de 
Joséphine, le 22 mars 1805, donna des ordres pour sa restauration. 
On n'eut pas grand' chose à faire pour le remettre en état*. L'empe- 
reur, dit-on , chercha à replacer dans les palais impériaux les anciens 
serviteurs de la royauté. Pourquoi Richard demeura-t-il exclu de 
cette faveur ? On l'ignore. Le potager de Versailles ayant été rendu à 

\. Cicérone, p. 444 et 157. 

2. L'entrée était rue du Potager, n* 2. 

3. Le cafetier fut congédié avec une indemnité. 

4. On remplaça alors dans le temple la statue de rAmour par un groupe 
représentant Vénus et TAmour, de Vassé. Sous Louis-Philippe, on y remit 
une copie de la statue de Bouchardon. 



362 LB HAUKAU. 

sa destination primitive', il se trouva sans place. Lors de la cons- 
truction du jardin anglais d'abord, du jardin du hameau ensuite, 
il avait dû prendre à sa charge tous les travaux de terrassement 
et de fouille des rivières, et avancer les salaires des ouvriers. Pour 
y faire face, il avait fallu emprunter des sommes qui no lui avaient 
été remboursées que tardivement, malgré des réclamations réi- 
térées. Cette entreprise, au lieu de Teurichir, l'avait ruiné. « Ne 
possédant plus d'autre bien qu'une riche bibliothèque, composée 
des ouvrages les plus rares et les plus précieux en botanique, il 
fut réduit à la vendre b pour subvenir aux besoins les plus urgents 
de sa famille. Bientôt, « atteint d'une fièvre bilieuse inflammatoire, 
manquant de tout, dépouillé de tout, même de l'espérance, il mou- 
rut, le 28 janvier 1807, à l'âge de soixante-douze ans, laissant une 
veuve et trois enfants dans une situation à laquelle ils ne devaient 
pas s'attendre, après une vie remplie de travail et une aussi sage 
conduite*. » 

La fin de l'architecte de la reine avait été plus terrible que 
celle de son jardinier. Il fut accusé avec son fils, Simon Mique 
d'IIeillecourt, conseiller à la chambre des comptes, de com- 
plicité dans une conspiration ourdie pour sauver la reine, jeté en 
prison, et condamné, le 7 juillet 1794, à la peine de mort. On les 
décapita tous deux le lendemain *. 

i. En 1805, après la suppression de Técole centrale dont Richard était le 
jardinier, M. de Montalivet^ préfet de Seine-et-Oise, l'avait nommé directeur 
du jardin botanique. 

2. L'abbé Garon. Notice nécrologique. 

3. Morey. Richard Mique. — D existe, dans les feuilletons de l'Assemblée 
nationale, une pièce assez curieuse, relative à la vie privée de Richard Mique. 
C'est une Dénonciation faite de Richard Mique, architecte de la reine ^ ses 
cruautés, sa barbarie envers son frère, qu'il a renié et fait mourir à Bicétre, et 
présentée à VAssefnblée nationale par Catherine Mique, fille de l'infortuné Mique. 
Celle-ci l'accuse de s'élre emparé de la part d'héritage de ce frère absent, 
et, à son retour, de l'avoir fait enfermer pour se débarrasser de ses réclama- 
tions. La Correspondance de Métra avait parlé de cette affaire, en décembre 
1777 (V. 373), avec une nuance d'inlérêt pour le réclamant. Les demandes 
de ce dernier paraissent cependant avoir été rejetées par toutes les juridic- 
tions auxquelles il s'est successivement adressé. L'histoire racontée par 
Catherine Mique est d'ailleurs pleine d'invraisemblances choquantes. 



APRÈS 1789. 363 

En 1806, on reprocha au nouvel administrateur du jardin de 
Trianon* d'avoir opéré des changements fâcheux dans le parc. 11 
se justifia par un mémoire, conservé aux archives nationales, où 
il établit qu41 n'a fait que rendre au jardin son premier tracé, 
effacé par Tavidité et la négligence des fermiers qui, d'une part, 
pour tirer de la location le plus de produit possible, « avaient 
rétréci les grandes allées et laissé pousser l'herbe dans les petites, 
afin d'augmenter la récolte des foins, et, d'autre part, avaient 
abandonné les arbres à la végétation sauvage. s> Plein de res- 
pect pour les talents de Mique, et se gardant de rien changer à 
ses plans, îl s'était borné, disait-il, à faire les élagages néces- 
saires pour séparer et dessiner les masses de verdure et donner de 
l'air aux arbres précieux. — De nouveaux travaux furent exécutés 
au Petit-Trianon sous Louis-Philippe. Il rendit le deuxième étage 
du château plus habitable , et rétablit dans la laiterie du hameau 
des tables et parements de marbre*. 

Dirai-je maintenant la fête donnée par l'empereur ad Petit- 
Trianon, le 25 août 1811, avec illumination dans les jardins, 
spectacles à la comédie', mise en action d'un tableau flamand et 
représentation de scènes champêtres au hameau ; — les prome- 
nades à cheval de la duchesse d^Angoulême dans ce jardin oii 
elle retrouvait les souvenirs de son enfance ; — les rares visites 
de Louis XVIII* dont il est resté a une malicieuse anecdote de 



i. Le sieur de Ville-sur-Arce. Il avait sous sa juridiction tous les parcs et 
jardins impériaux. Arch. nat. Parcs et jardins, Petit-Trianon, matériel, année 
1806. 

2. On avait vendu, à la Révolution, tous les marbres de la laiterie 
(n° 11742) pour la somme de 11,748 livres. Il existe, dans le Mémento des ar- 
chitectes et des ingénieurs, publié par Cl.-Jacq. Toussaint (Paris, 1824-1838, 
G vol. in-8° et atlas), un projet de restauration de la laiterie du hameau, qui 
date du règne de Louis-Philippe; il diffère de l'exécution: on y voit sur les 
murs des figures de nymphes, drapées dansle genre des peintures de Pompéi, 
qui n'ont pas été faites, 

3. On joua les Projets de mariage d'Alexandre Duval, et une pièce de cir- 
constance d'Alissan de Chazet: la Grande famille ou la France en miniature, 

4. Wellington y dîna avec les princes en 1818. Monit. univ,, p. 747. 



364 LE HAMEAU. 

poire suspecte croquée trop vite» par le roi, pressé de satisfaire sa 
gourmandise*, — et les dernières et douloureuses stations de 
Charles X et de Louis-Philippe allant en exil? On s'intéresserait 
moins encore au récit des visites' de la reine d'Angleterre qui 
déjeuna avec Fempereur et Timpératrice le 21 août 1855, de celles 
du roi de Wurtemberg et du grand duc Constantin*, etc. Ces évé- 
nements du reste sont racontés dans tous les guides. 

Un fait moins connu, c'est une représentation donnée au profit 
des ouvriers de Versailles sur la scène de Marie-Antoinette, le 
jeudi 13 avril 1848, par une société d amateurs, à laquelle s'étaient 
joints plusieurs artistes des théâtres de Paris, a Le plus privi- 
légié des théâtres, » dit L'Illustration'', « celui du palais de Tria- 
non, ouvrait, jeudi dernier, pour la première fois, ses portes au 
public, et c'est une œuvre de bienfaisance qui donnait à cette 
salle princière le baptême de la popularité. Sur ces banquettes et 
ces fauteuils, dont trois royautés successives ont été chassées 
par trois révolutions, est venue s'asseoir une assemblée à la- 
quelle il eût été probablement difficile de fournir les preuves de 
noblesse qui donnaient seules autrefois le droit d'assister aux 
royales représentations. » 

Dirai-je aussi que le Petit-Trianon a vu, pendant l'année 
terrible*, le premier ministre du successeur de celui que Marie- 
Thérèse appelait ce monstre", seul, monté sur un grand 
cheval, promener dans ses sentiers les soucis de sa politique 



1. Lescure. Les palais de TWanon, 168. 

2. Ils déjeunèrent aussi au hameau : le premier, le 9 mai 1856 ; le second, le 
8 mai 1857. Lescure, 170. 

3. Le programme indiquait : un prologue en vers, composé et récilé par 
M. MonLdidier, Le Maitre de chapelle. Un Artiste aux enfers, scène par M. Rau- 
court. Les premières amours et Michel et Christine, de Scribe, des chanson- 
nettes, et une tombola. La soirée, commencée à 7 heures, fut terminée à 
minuit. Un service d'omnibus avait été organisé de la place Hoche au théâtre. 
Il faisait une pluie battanle. U Illustration, XI, 127, avec une gravure. 

4. G. Desjardins. Tableau de la guerre des Allemands dans le département 
de Seine-et-Oise ; Versailles, 1873, in-8°, 60. 

5. Mercy, II, 126. 



APRÈS 1789. 365 

d'incendie, de ruine et de sang, » tandis qu'on entendait au loin 
la canonnade de Paris, et, plus près, la musique funèbre qui ac- 
compagnait les convois des soldats allemands au cimetière Notre- 
Dame ; — et , après le départ des envahisseurs , le courageux 
vieillard, qui avait assumé la lourde tâche de relever les ruines 
de la patrie, venir se reposer de ses laborieuses journées en cau- 
sant familièrement avec les jardiniers? 

Parlerai-je encore des princesses qui habitèrent le château 
depuis le commencement du siècle, de la belle Pauline Bor- 
ghèse, la sœur préférée de Napoléon, et de Taimable et ver- 
tueuse duchesse d'Orléans, qui, après y avoir passé quelques 
jours heureux avec un prince trop tôt ravi à son amour, vint ïy 
pleurer, cherchant son unique consolation dans l'éducation de 
ses enfan Is? 

Je n'insisterai pas sur des souvenirs qui pâlissent d'ailleurs 
devant Tombre tragique de celle qui fit surgir ces jardins en- 
chantés d'un coup de baguette de fée, et qui, n'en déplaise au 
juge Hermann, en demeure toujours « la déesse. » Ces bosquets 
n'ont plus aujourd'hui l'aspect riant de la jeunesse. Les arbres, 
« cette gloire du Petit-Trianon*, » suivant le mot d'Arthur Young, 
se sont développés sans entrave, étendant partout leur frondaison 
puissante, qui intercepte la vue des paysages dessinés par Ri- 
chard et couvre d'une ombre mystérieuse les temples, les chau- 
mières et les lacs dormants. On croit pénétrer dans un bois 
sacré. Le visiteur qui erre dans ses détours se reporte par la 
pensée au temps où, sur ces pelouses, Marie-Antoinette se prome- 
nait parmi les fleurs avec des femmes brillantes de fraîcheur et 
de beauté, et d'élégants seigneurs, empressés et gracieux (Voy. 
pL II et XIII). Mais, tandis qu'il cherche le souvenir de cette prin- 



1. J'ai parlé plus haut, page 192, de Texposition des objets passant pour 
avoir appartenu à Marie-Antoinette, organisée, en 1867, au Petit-Trianon, par 
ordre de l'impératrice Eugénie. 

2. Le catalogue en a été publié par le comte Jaubert sous ce titre : Inven- 
taire des cultures de Trtanon; Paris, imprimerie nationale, 1876, in-8®, avec un 
plan excellent. 



366 LE JIAMBAU. 

cesse aimable : dans les appartements dont elle faisait leslionneurs 
comme une simple châtelaine, sur le théâtre où elle cachait le dia- 
dème sous mi bonnet de soubrette, aux concerts où Ton entendait 
dans sa première nouveauté la musique de Gluck et de Grétry , sur 
la barque où flottait son pavillon bleu et blanc, sur l'escarpolette 
qui se balançait au bord du lac devant la galerie enguirlandée do la 
grande maison, au boudoir où elle lisait le roman du jour, dans 
la laiterie de marbre où ruisselait un lait moins blanc que ses 
bras nus, à la ferme où de ses mains royales elle dçnnait la 
pâture aux chèvres et aux pigeons, il ne peut chasser de son 
esprit une autre image qui, — les traits flétris avant l'âge, 
les yeux rouges de pleurs, les cheveux blanchis par le cha- 
grin, en robe de deuil, la tête coiffée du bonnet des femmes 
du peuple, — semble suivre comme un spectre cette évocation 
riante et légère, et montrer, au fond de ce décor d'idylle, les ca- 
chots entr'ouverts du Temple et de la Conciergerie , et la sil- 
houette menaçante de Téchafaud. En ces jours heureux où elle 
ne voulait entendre parler que de plaisir, qui pouvait prévoir 
pour Marie-Antoinette une fin si cruelle? Du moins, il est 
juste de reconnaître que, si à Trianon elle oublia trop souvent 
qu elle était reine, elle sut s'en souvenir devant l'outrage et de- 
vant la mort. 



FIN. 



DOCUMENTS 



DOCUMENTS 



I 



JARDINS DE TRIANON 



État^ des superficies, des différentes natures de cultures 
des jardins français et anglais de la Reine au Petit-Triauon, pour servir à fixer 

l'entretien desdits jardins, 
lesquelles superficies sont calculées en arpents et perches, 

à 18 pieds pour perche. 



DIVERSES NATURES 

DE CDLTURBS. 



SUPERFiaE 



JARDIN FRANÇAIS. 



En massifs plein bois, pour bi- 
nage et regaruissage dans les 
massifs et palissade. La four- 
niture du plant et Télagage ne 
seront pas au compte du jar- 
dmier 

En allées en sable do rivière, 
partie rebattue en recoupe, 
ratissage et retirage au. râ- 
teau 

En plates-bandes de fleurs des 
parterres, pour culture et en- 
tretien. Les fleurs qui ne peu- 
vent s'élever à Trianon seront 
fournies au jardinier 



orp**. perch. lois. 
S S9 4 



36 8 



20 



PRIX 



50 liv. l'arp. 



50 liv. l'arp. 



ft 150 liv. l'arp. 



SOMiVIE 

TOTAUS. 



liv. 
101 



168 



s. d. 
17 »• 



9 »• 



30 15 



1. Arch. nat. 0» 1886. 



24 



370 



DOCUMENTS. 



DIVERSES NATURES 

DE CULTURES. 



SUPERFICIE 



PRIX 



JARDIN FRANÇAIS (SUlïe). 



En planches de jacinthes et re- 
noncules, anémones et pivoi- 
nes ; culture et entretien, four- 
niture de tuteurs et laine verte. 
La quantité d'oignons de ja- 
cinthes simples et doubles 
sera fournie au jardinier, mais 
il répondra de cette quantité 
ainsi que des cayeux qu'il re- 

Slantera et cultivera au profit 
e la Reine 

En gazon, pour sarcler, rouler, 
enlèvement de l'herbe après la 
fauche, et porter ladite herbe 
à la vacherie. Les fauchages 
sont à prix fait et non à la 
charge du jardinier 



arp». pcrch. lois. 
» 4 



17 



Somme 
à valoir 



SO liv. l'arp. 



Total. 



PÉPINIÈRE A FLEURS. 



Entretien pour la culture .des 
fleurs 

En couches à châssis pour les 
semis de fleurs, élève des qua- 
rantaines, pervenches, lis- 
trops, etc., etc 

En allées pour ratissage et reti- 
rage 



» 23 7/9 



2/9 
6/9 



250 liv. l'arp. 



20 liv. laper. 
50 liv. l'arp. 



Total 



SOMME 

TOTALE. 



liv. 


s. 


d. 


60 


» 


» 


5 


2 


» 


306 


3 


9 



59 10 



124 
3 



POTAGER ET SUPPLÉMENT DE PEPINIERE A FLEURS. 



En potager et pépinière à fleurs 
d'automne. — Jvo/a.— On n'es- 
time ledit potager que comme 
la pépinière à fleurs, attendu 
quMl est d'un très petit pro- 
duit pour la Reine 

En cerisiers et figuiers. Le mon- 
tage et le démontage des char- 
pentes pour porter les filets 
ainsi que l'entretien desdits 
filets seront à la charge du 
jardinier 

En allées pour ratissage et reti- 
rage 



1 55 6/9 



13 



39 4/9 



.250 liv. l'arp. 



10 liv. la per. 
50 liv. l'arp. 



130 
19 



10 
10 



187 10 



389 12 



10 



JARDINS DU PETIT-TRIANON. 



37i 



DIVERSES NATURES 

DB CULTURES. 



SUPERFICIE 



PRIX 



SOMME 

TOTALE. 



POTAGER ET SUPPLÉMENT DE PÉPINIÈRE A FLEURS (SUHe), 



iVoto.— Attendu 

3u'il faut con- 
uire les orangers 
avec des chevaux 
et que le chariot 
sera à l'entretien 
du jardinier. On 
pense que chaque 
caisse peut valoir: 

15 SOUS Tune 



Sortie, rentrée des orangers et 
caisi^es de plants et aroustes 
d'orongerie, culture, prépara- 
tion des terres et arrangement 
dans la serre de 

Sortir, rentrer les pots de plantes 
étrangères et de fleurs; empo- 
tage et dépotage, transport 
desdits où il en sera besoin, ar- 
rangement dans les serres de 

No/a.— Si on passait quatre hom- 
mes, à raison de 300 jours de 
travail et de 28 sous par jour, 
il en résulterait une somme 
de 1,440 fr. 



U6 caisses. 



5,050 pots. 



5 sous Tun 



Total de Torangerie et serres chaudes 



liv. 
250 



i,M5 



s. d. 
10 » 



1,0«2 10 » 



JARDIN ANGLAIS ANCIEN ET NOUVEAU. 



En plein bois, pour 2 labours et 



b 



2 ninages par an 



En plein bois, dans les monta- 
gnes, pour 2 binages par an . 

En allées, pour ratisser et reti- 
rer proprement - . 

En gazon, pour sarcler, rouler, 
enlèvement de l'herbe après 
la fauche et porter ladite 
herbe à la vacherie. Les fau- 
chages ne sont point à la 
charge du jardinier 

En rivière et lacs, pour le net- 
toyage des herbes qui y crois- 
sent et l'écume verte 

En petits jardins du hameau, en 
potagers et fleurs 

En terre labourable à ensemen- 
cer et récolter 



arp». perch. lois. 
IS 9 » 



S 
5 



n 
1 

2 



29 
ftl 



24 32 5/9 



75 



S5 



76 liv. l'arp. 
20 liv. l'arp. 
50 liv. l'arp. 



30 liv. l'arp. 

05 liv. l'arp. 
250 liv. l'arp. 
100 liv. l'arp. 



liv. 
994 

75 

270 



730 

300 
250 
235 



s. d. 

17 » 

16 » 

10 » 



w » 



15 » 



» » 



» n 



372 



DOCUMENTS. 



DIVERSES NATURES 

DE CULTURES. 


SUPERFICIE 


PRIX 


SOMME 

TOTALE. 


JABDIN ANGLAIS 


ANCIEN ET NOUVEAU (SUUc). 




En pépinière à arbustes, dans 
laquelle il se trouve des espa- 
liers qui seront taillés, les 
fruits cueillis, pour le service 
de la Reine 




arp^*. perch. lois. 
1 90 » 

» 15 y 


200 liv. Tarp. 
76 liv. l'arp. 


liv. 8. d. 
MO » •* 

12 ■ »» 


En haies autour des petits jar- 
dins, pour labour, binage deux 
fois par an 


Les arbustes à fleurs et fleurs 
du pays, à entretenir et rem- 
placer dans chaque saison 
dans les massifs, haies, et 
fleurs autour desdits 


M » 1» 


Somme 
à valoir 


tôO • " 


Fourniture de paillassons, façon, 
et sacs de crin '. . 


M )t A 


N 


80 n » 


Entretien des outils de toute 








espèce 


» » ■* 


M 


250 » » 


Pour palisser la vigne et plantes 
grimpantes autour des gale- 
ries et berceaux, taille et cul- 
ture des espaliers appuyés aux 
maisons 


U |> •> 


n 


225 » M 




Total du jardin anglais ancien et nouveau 


4,260 16* » 


1. Le total général de l'entretien est de 6,476 livres, 19 sous. 





II 



JOURNAL DE LOUIS XVr 



1° EXTRAITS RELATIFS AU PETIT-TRIANON 



1774. 

Mois de juin. Lundy 7 : voyage* à Versailles pour la levée des 
scellés ; diné à Trianon. 

1775. 

Mois d'aoust. Lundy 14 : premières vespres; promenade k pied à 
Trianon. 

1776. 

Mois de juillet. Mardy 23 : rien ; soupe et comédie à Trianon. 

1777. 

Mois DE MAY. Jeudy 8 : vespres et salut ; promenade à pied à Trianon ; 
États d'Artois. — Mardy 13 : chasse du cerf au pont de la Ville-Dieu, 
pris 1 ; soupe et comédie à Trianon. 

Mois DE JUIN. Mercredy 18 : chasse du chevreuil à Port-Royal, pris 1 
et 16 pièces ; soupe et comédie à Trianon. 

Mois DE SEPTEMBRE. Mercredy 3 : rien ; soupe et feste à Trianon. 

1778. 

Mois DE JUIN. Lundy 29 : vespres ; soupe et comédie à Trianon. 
Mois DE JUILLET. Mercredy 15 : rien ; il devoit y avoir Trianon. 

1779. 

Mois d'avril. Lundy 12 : départ de la Reine pour Trianon. — Mer- 
credy 21 : rien ; retour de la Reine. 

1. Arch. nat. G" 160 tsi. 

2. De Choisy. 



374 DOCUMKNTS. 

Mois de juin. Mardy 1 : rien ; soupe à Trianon ; Etals de Bourgogne. 
— Vendredy 11 : soupe à Trianon. — Mardy 15 : soupe à Trianon. — 
Lundy 21 : soupe à Trianon. 

Mois DE NOVEMBRE. Vendredy 5 : tiré à la Grande-Grille, tué 289 pièces ; 
dîné à Trianon avec mes tantes. 

1780. 

Mois d'avril. Samedy 29 : visite aux princesses de Darmstadi à 
Trianon; chasse du chevreuil à Fausse-Repose, pris 1, manqué Tautre 
et tué 21 pièces. 

Mois DE MAY. Jeudy 4 : vespres et salut ; promenade à pied à Trianon ; 
États d'Artois. 

Mois de juin. Jeudy 1 : la procession, grande messe ; soupe, comédie 
et illumination à Trianon. 

Mois de juillet. Mercredy 26 : promenade à pied à Trianon. — 
Samedy 31 : tiré à Saint-Germain, tué 79 pièces; retour par Trianon. 

Mois d'aoust. Mardy 1 : soupe et petite comédie à Trianon. — 
Jeudy 10 : dîné, soupe et petite comédie à Trianon. — Jeudy 17 : dîné 
à Trianon. — Dimanche 27 : vespres et salut; audience de la ville; 
soupe à Trianon. 

Mois DE septembre. Mercredy 6 : dîné, soupe et petite comédie à 
Trianon. — Dimanche 10 : vespres et salut; soupe à Trianon. — Mer- 
credy 13 : chasse du cerf au poteau de Hollande, pris 1 ; déjeûné à 
Saint-Hubert; soupe à Trianon. — Jeudy 14 : rien; dîné et soupe à 
Trianon. — Vendredy 15 : tiré à Villepreux, tué 450 pièces; soupe à 
Trianon. — Samedy 16 : chasse du cerf au Petit-Champ, pris 2; dé- 
jeûné à Saint-Hubert; soupe à Trianon. — Dimanche 17 : vespres et 
salut; soupe à Trianon. — Lundy 18 : visite à Saint-Denis; tiré à la 
plaine de Saint-Ouen, tué 345 pièces; soupe à Trianon. — Mardy 19 : 
dîné, soupe et petite comédie à Trianon. — Mera*edy 27 : rien; soupe 
à Trianon. 

Mois d'octobre. Jeudy 12 : visite à Paris à M. de Maurepas; dîné, 
comédie et soupe à Trianon. 

1781. 

Mois de mars. Mercredy 21 : promenade à pied aux environs de 
Trianon. 

Mois DE JUIN. Vendredy 1 ; promenade à pied aux Bains-d'Apollon 
et à Trianon. — Lundy 25 : service de la Reine à Notre-Dame; dîné et 
S0UJM3 à Trianon. — Mardy 26; déjeûné à Trianon; service de la Reine 



JOURNAL OB LOUIS XVI. 375- 

à la chapelle*; chasHC du cerf à Haiiles-Bruyères, pris 2; soupe à Saint- 
Hubert. — Mercredy 27 : dîné à Bellevue ; soupe et comédie à Trianon. 

— Jeudy 28 : chasse du chevreuil au parc de Meudon, pris 1 et tué 
1 pièce; soupe à Trianon. — Vendredy 29 : vespres; dîné et soupe à 
Trianon. — Samedy 30 : déjeûné à Trianon; chasse du cerf à l'Etang- 
de-la-Tour, pris 1 ; soupe à Saint-Hubert, tué 5 hirondelles. 

Mois DE JUILLET. Luîidy 16 : soupe et grande comédie à Trianon. — 
Mercredy i8: dîné et soupe à Trianon. — Vendredy 20: dîné, soupe 
et comédie à Trianon. — Lundy 23 : chasse du chevreuil à Port-Royal, 
manqué et tué 27 pièces; soupe à Trianon. — Mardy 24: dîné, soupe 
et proverbes à Trianon. — Mercredy 25 : chasse du cerf à Saint-Ar- 
noul, pris 2; déjeûné et soupe à Saint-Hubert; retour par Trianon. — 
Jeudy 26: tiré à Sahit-Germain, tué 100 pièces; dîné, soupe, comédie 
et illumination à Trianon. — Vendredy 27: visite à Trianon; chasse 
du chevreuil aux Costeaux-de-Jouy, manqué, et tué 43 pièces. 

Mois d'aoust. Mercredy 1 : grand opéra, soupe et illumination à 
Trianon. 

Mois d'octobre. Mercredy 24 : rien ; promenade à pied le matin au- 
tour de Trianon. 

1782. 

Mois DE MAY. Jeudy 9 : vespres et salut; dîné et soupe à Trianon. — 
Vendredy 10: service du Roy à Notre-Dame; dîné et soupe à Trianon. 

— Samedy 11 : Service du Roy à la chapelle; chasse du chevreuil à 
Meudon, manqué et tué 6 pièces; soupe à Trianon. — Mardy 14: ser- 
vice du Roy à Saint-Louis; dîné et soupe. — Mercredy 15: chasse du 
chevreuil aux Costeaux-de-Jouy, pris 2, blessé 1 et tiré 50 pièces; 
soupe à Trianon. — Jeudy 16: rien; dîné et soupe à Trianon. — Sa- 
medy 18 : soupe à Trianon. 

Mois DE JUIN. Jeudy 6 : la grand'messe, la procession au dehors ; dîné 
chez le comte d'Artois avec le comte du Nord ; vespres et salut ; comé- 
die, soupe et illumination à Trianon pour le comte du Nord. 

Mois DE JUILLET. Lundy 8: rien; dîné et soupe à Trianon. — Mer- 
credy 10: rien; dîné et soupe à Trianon. — Jeudy ii : dîné à Bellevue; 
chasse du chevreuil à la Porte-Dauphine, manqué et tué 2 pièces; 
soupe à Trianon. — Vçndredy 12: rien; dîné et soupe à Trianon. — 
Dimanche 14: vespres et salut; soupe à Trianon. — Lundy 15: rien; 
dîné et soupe à Trianon. — Mardy 16: tiré au Butard, tué 54 pièces; 
dîné et soupe à Trianon. — Mercredy 17 : rien ; dîné et soupe à Trianon. 

i. Du château de Versailles. 



376 DOCOMKNTS. 

— Jeudy 18: chasse du cerf au Moulin-Neuf de Sainl-Arnoul, pris 2; 
déjeuné h Saint-IIuberl ; soupe à Trianon. — Vendredi/ 19: rien; dîné 
et 8ouï)é à Trianon. — Samedy 20: chasse du chevreuil aux Cosleaux- 
de-Jouy, pris 2 et tué 47 pièces; soujïé à Trianon. 

Mois d'aoust. Jeudy 15 : la grand'messe, vespres, salut et la proces- 
sion au dehors; soupe k Trianon. — Vendredy 16: chasse du cerf aux 
Kssards, pris 1; déjeûné k Saint-Hubert; soupe à Trianon. — Mer- 
crcdy 21 : rien; dîné et s(»upé à Trianon, sauteurs anglois. — Jeudy 22: 
tiré à la plaine de (Ihaniliourcy, lue 165 pièces; soupe k Trianon. — 
Samedy 2i: tiré aux Fours-à-(ihaux, tué 98 pièces; dîné et soupe à 
Trianon. 

1783. 

• 

Mois DE FÉVRIER. Samedy l : promenade à pied à Trianon. 

Mois DE MAY. Mardy 16 : promenade à pied au Petit-Trianon. 

Mois de juin. Lundy^: rien; dîné et soupe à Trianon. — MercredyA: 
rien; dîné et soupe à Trianon. — Jeudy 5 : dîné k Belle vue; chasse du 
chevreuil à l'avenue de Trivaux, pris 1 et tué 7 pièces; soupe à Trianon. 

— Vendredy 6 : rien; dîné, i)etite comédie et soupe à Trianon. 

1784. 

Mois DE MARS. Vendredy 5 : promenade à pied au Petit-Trianon. 

Mois d'avril. Lundy 26 : promenade à pied au Petit-Trianon et à la 
Grande-Grille. 

Mois DE JUIN. Lundy 21 : comédie, soupe avec le roi de Suède et illu- 
mination à Trianon. 

Mois DE JUILLET. Mardy 20: chasse du chevreuil au Butard, pris 1, 
tué 42 pièces; soupe à Trianon. — Mercredy 21 : rien ; dîné et soupe à 
Trianon. — Vendredy 23 : rien; visite k la Muette; dîné et soupe k 
Trianon. — Samedy 24: chasse du chevreuil au pavillon d'Orsine, 
pris 1, tué 24 pièces; soupe à Trianon. — Dimanche 25: vespres et 
salut; dîné et soupe k Trianon. — Mardy 27: rien; dîné et soupe à 
Trianon. — Mercredy 28 ; visite à Bellevue et k la Muette ; chasse du 
chevreuil au Butard, tué 1 et 18 pièces; soupe à Trianon. — Jeudy 29 : 
rien; dîné avec mes tantes et soupe à Trianon. — Samedy 31 : rien; 
dîné, soupe et comédie. 

Mois d'aoust. Dimanche 1 : Etats de Corse; vespres et salut; dîné et 
soupe à Trianon. — Lundy 2: rien; dîné et soupe à Trianon. — Mer- 
credy 4 : tiré k la plaine de Poissy, tué 81 pièces; soupe à Trianon. — 
Jeudy 5 : visite k la Muette; dîné à Bellevue; soupe à Trianon. — Ven- 
dredy 6 : tiré k la plaine de Ghambourcy , tué 168 pièces ; soupe k Trianon. 



JOURNAL DE LOUIS XVI. 377 

Mois de septembre. Jeudy 2: rien; dîné et soupe k Trianon. — Ven- 
dredy 3: chasse du cerf à Port- Royal, pris 1, soupe à Trianon. — 
Mef*credy 8 : Etats du Languedoc ; vespres et salut ; dîné et soupe à 
Trianon. — Jeudy 9: tiré au Petit-Saclé, tué 112 pièces; soupe à 
Trianon. — Vendredy 10: chasse du cerf à Port-Royal, pris 2; soupe 
à Trianon. — Samedy 11 : tiré k la plaine de Velisy, tué 107 pièces; 
soupe à Trianon. — Dimanche 12: vespres et salut; dîné et soupe à 
Trianon. — Lundy 13 : visite à Trianon pour mon fils; tiré à la plaine 
de Saclé, tué 144 pièces; soupe à Trianon. — Mardy H: chasse au 
cerf k Marcoussy, pris 3; soupe à Trianon. — Mercredy 15 : k Barbier 
de Séville en musique à Trianon, y soupe. — Jeudy 16 : tiré à la plaine 
d'Arcueil, tué 366 pièces, soupe k Trianon. — Vendredy 17: rien; 
soupe k Trianon. — Samedy 18: chasse du cerf à 10 heures à Mar- 
coussy, pris 2; déjeûné au Rendez-Vous; dîné à Versailles en revenant; 
opéra de Dardanus k Trianon. 

1785. 

Mois DE MAY. Vendredy 6 : promenade à pied dans le jardin et à 
Trianon. 

Mois DE JUIN. Lundy 20 : dîné et soupe k Trianon. — Mercredy 22 : 
dîné et soupe à Trianon ; service de la Reine k la chapelle. — Jeudy 23 : 
chasse du chevreuil au pavillon de Trivaux, manqué ; soupe à Tria- 
non ; service de la Reine k Notre-Dame. — Vendredy 24 : vespres ; 
dîné et soupe à Trianon; bal. — Dimanche 26 : vespres et salut; dîné 
et soupe à Trianon ; bal. — Lundy 27 : dîné et soupe k Trianon; pro- 
menade k la Ménagerie*. — Mardy 28 : chasse du chevreuil au Butard, 
pris 1 et tué 23 pièces; soupe à Trianon. — Mercredy 29 : vespres; 
dîné et soupe à Trianon ; bal. 

Mois DE JUILLET. Vendredy 1 : rien ; dîné et soupe k Trianon. — Sa- 
medy 2 : chasse du chevreuil k la forest de Marly, pris 2 dont tué 1 et 
1 pièce ; soupe k Trianon. 

Mois d'aoust. Lundy 1 : dîné et soupe à Trianon. — Mardy 3 : rien ; 
dîné et soupe à Trianon. — Jeudy 4 : la pluie m'a empêché de tirer k 
Meudon ; soupe k Trianon. — Vendredy 5 : dîné et soupe à Trianon. — 
Dimanche 7 : vespres et salut; dîné et soupe k Trianon. — Lundy 8 : 
tiré k la plaine de Chambourcy, tué 220 pièces; soupe à Trianon. — 
Jeudy 11 : rien; dîné et soupe à Trianon. — Vendredy 12: tiré à la 
plaine de Gournay, tué 147 pièces ; soupe à Trianon. — Dimanche 14 : 



1. Sur la route de Saint- Cyr. 



378 DOCUMBNTS. 

vespres et salut ; dîné et soupe à Trianon. — Jeudy 18 : tiré à ]a plaine 
de Montrouge, tué 300 pièces; soupe à Trianon. — Vendredy 19; dîné, 
sou|)é et petite comédie à Trianon. 

1786. 

Mois DE MARS. Samedi/ 18 : promenade à pied au Pelil-Trianon. 

Mois DE MAY. Mei'credy 17 : dîné avec les archiducs à Trianon. 

Mois d'aoust. Mardy 21): Etals de Languedoc; tiré au Petil-Saclé, 
tué 350 pièces; soupe à Trianon. — Mercredy 30: départ à .<ix heures 
un quart, promenade et dîné à Fontainehleau, tué 1 sanglier en reve- 
nant dans la plfiine de Chailly ; soupe à Trianon. — Jeudy 31 : rien ; 
dîné et soupe à Trianon. 

Mois DE SEPTEMBRE. Samedyt: tiré à la plaine de Saint-Nom, tué 
350 pièces ; soupe à Trianon. — Dimanche 3 : vespres et salut ; dîné et 
soupe à Trianon. — Lundy i : le mauvais temps m"a empêché de ti- 
rer aux Loges ; soupe à Trianon. — Mercredy 6 : rien ; dîné et soupe à 
Trianon. — Jeudy 7 : tiré à la plaine de Villepreux, tué 379 pièces; 
soupe à Trianon. — Vendredy 8 : vespres et salut ; dîné et soupe à 
Trianon. — Samedyd: chasse du cerf au poteau de la Ville-Dieu, 
pris 2; soupe à Trianon. — Mercredy 13: tiré à 9 heures à la plaine 
de Gompiègne, tué 496 pièces, dîné à 2 heures 3/4; retour par Trianon; 
couché à Versailles. — Jeudy 14 : rien ; dîné et soupe à Trianon. — 
Vendredy 15 : tiré à la plaine d'Arcueil, tué 406 pièces; soupe à Tria- 
non. — Samedy 16: déjeûné à Saint-Hubert; chasse du cerf aux 
Pleins- Vaux, pris 2, manqué le troisième; soupe à Trianon. — Di- 
manche 17 : vespres et salut; dîné et soupe à Trianon. — Lundy 18 
tiré à la plaine de Saclé, tué 339 pièces ; soupe à Trianon. — Mardy 19 
déjeûné à Saint-Hubert ; chasse du cerf à la Loge-Porée, pris 2; soupe 
à Trianon. — Mercredy '20: tiré à la plaine de Rungis, tué 384 pièces; 
soupe à Trianon. — Jeudy 21 : rien ; dîné au hameau et soupe à Tria- 
non. — Vendredy 22 : tiré à la plaine de Chevilly, tué 635 pièces; 
soupe à Trianon. — Samedy 23 : chasse du cerf à Saint-Hubert, 
pris 1; soupe à Trianon. — Dimanche 24: vespres et salut; dîné à 
Trianon. 

1787. 

Mois DE JUIN. Lundy 11 : salut ; promenade à pied dans le jardin et 
à Trianon. 

Mois d'aoust. Mercredy 1 : chasse du chevreuil à la forêt de Marly, 
manqué et tué 2 pièces ; la Reine a couché à Trianon. — Jeudy 2 : 
dîné et soupe k Trianon. — Samedy 4 : rien ; dîné et soupe à Trianon. 



JOURNAL DB LOUIS XVI. 370 

— Dimanche 5: vespresetsalul ; diné et soup:» à Triancm. — Lundy : 
lit de justice à Versailles à il heures; dîné et soupe à Trianon. — 
Mardy 7 : rien ; dîné et soupe à Trianon. — Jetidy 9 : rien ; dîné et 
soupe à Trianon. — Vendredy 10 : rien ; dîné et soupe à Trianon. — 
Dimanche 12 : vespres et salut ; dîné et soupe à Trianon. — Lundy 13 : 
rien ; dîné et soupe à Trianon. — Mardy 14 : rien ; premières vespres ; 
je devais me purger; dîné à Trianon. — Jeudy 16: chasse du cerf au 
pont de la Ville-Dieu, pris 1, mancjué l'autre; soupe k Trianon. — 
Vendredy 17 : rien ; dîné et soupe h Trianon. — Samedy 18: chasse du 
chevreuil aux Costeaux-de-Jouy, manqué et tué 15 Y)ièces; soupe à 
Trianon. — Dimanche 19: vespres et salut; dîné et soupe à Trianon. 

— Lundy 20 : chasse du cerf au pont de la Ville-Dieu, pris 2 ; soupe à 
Trianon. — Mardy 21 : rien ; États de Languedoc ; soupe à Trianon. 

— Mercredy 22 : tiré aux Fours-à-Chaux, tué 79 pièces ; soupe au ha- 
meau de Trianon. — Jeudy 23 : rien ; dîné et soupe k Trianon. — Ven- 
dredy 24 : chasse du cerf à Dampierre, pris 2; soupe à Trianon. 



1788. 

Mois DE JANVIER. Jcudy 1 : promenade à pied aux deux Trianons. 

Mois DE JUILLET. Mardy 15 : dîné k Bellevue; en y allant, visite à 
Meudon; la Reine a couché k Trianon. — Jeudy 17: départ* à huit 
heures après la messe ; dîné et soupe k Trianon. — Vendredy 18 : 
rien ; dîné et soupe k Trianon. — Samedy 19 : visite k Meudon ; chasse 
du chevreuil au pavillon de Trivaux, manqué et tué 12 pièces ; soupe 
à Trianon. — Dimanche 20: vespres et salut ; dîné et soupe à Trianon. 

— Mardy 22: départ* à 7 heures 1/2 avant la messe ; dîné et soupe à 
Trianon. — Mercredy 23 : une fluxion m'a empêché de chasser le che- 
vreuil ; soupe à Trianon. — Jeudy 24 : rien ; dîné avec mes tantes et 
soupe à Trianon. — Vendredy 25 : rien ; dîné et soupe à Trianon ; le 
cerf chassoit à Gazeran. — Samedy 26: rien ; dîné et soupe k Trianon. 

— Dimanche 27 : vespres et salut ; dîné au hameau ; serment de M. 
de Villedeuil. — Mardy 29 : départ' à 8 heures après la messe ; retour 
par Trianon pour voir mon fils; dîné et soUpé à Trianon. — Mer^ 
credy 30: réponse aux députés de Bourgogne*; dîné et soupe à 
Trianon. 



1. De Hamboiiillet. 

2. fdem. 

3. Idem, 

\, il leur avait donné audience la veille. 



380 DOCUMENTS. 

Mois d'aoust. Samedy 2 : départ* à 8 heures après la messe; visite 
après dîné à Meudon ; dîné et soupéàTrianon. — Dimanche 3 : vespres 
et salut ; dîné et soupe à Trianon. — Lundy 4 ; rien ; dîné et soupe à 
Trianon. — Mercredy 6 : départ* à 8 heures après la messe; dîné et vi- 
site le soir à Trianon. — Jeudy 7 : médecine ; la messe chez moi ; soupe 
à Trianon. — Vendredy 8: rien ; dîné au hameau et soupe à Trianon. 
— Dimanche 10 : départ' à 8 heures après la messe k la paroisse; au- 
dience des ambassadeurs indiens dans le salon d'Hercule ; vespres et 
salut ; dîné et soupe à Trianon. — Lundy 11 : tiré aux Fours-à-Ghaux, 
tué 81 pièces; visite, dîné et soupe à Trianon. — Mardy 12: dîné à 
Bellevue; soupe à Trianon. — Jeudy 14: départ* à 8 heures après la 
messe ; visite k Trianon à 1 heure et k Meudon à 3 heures 1/2 ; pre- 
mières vespres ; soupe à Trianon et retour de la Reine après. 



2° TABLEAU DES VOYAGES DE LOUIS XVI*. 



1774. 

Ghoisy, 10-17 mai. — La Muette, 17 mai-16 juin. — Marly, 16 juîn- 
1°' août. — Gompiègne, 1*' août-1" septembre. — Ghoisy, 5-10 octo- 
bre. — Fontainebleau, 10 octobre-10 novembre. — La Muette, 
11-12 novembre. 

1775. 

Gompiègne, 5-8 juin. — Fismes, 8-9 juin. — Reims, 9-16 juin. — 
Gompiègne, 16-19 juin. — Ghoisy, 27-28 août. — Ghoisy, 5-9 octobre. 
— Fontainebleau, 9 octobre-16 novembre. 

1776. 

Marly, 8 juin-11 juillet. — Ghoisy, 17-21 août. — Ghoisy, 16-17 sep- 
tembre. — Ghoisy, 4-9 octobre. — Fontainebleau, 9 octobre-i6 no- 
vembre. — Ghoisy, 16-18 novembre. 



1. De Rambouillet. 

2. Idem, 

3. Idem. 

4. Idem. 

5. Cette récapitulation a été placée par le roi en tête de son journal. 



JOURNAL DB LOUIS XVI. 381 



1777. 



Choisy, 15 mai. — Choisy, 27 juillel-3 août. — Ghoisy, 10-16 sep- 
tembre. — Ghoisy, 24-25 septembre. — Ghoisy, 3-9 octobre. — Fon- 
tainebleau, 9 oelobre-15 novembre. — Ghoisy, 15-17 novembre. 

1778. 

Marly, 17 mai-6 juin. — Ghoisy, 16-23 août. — Ghoisy, 20-27 sep- 
tembre. — Fontainebleau, 5-6 octobre. — Marly, 7-28 octobre. — 
Fontainebleau, 28-29 octobre. — Fontainebleau, 4-5 novembre. 

1779. 

La Muette, 7-9 février. — Marly, 25 avril-22 mai. — Ghoisy, 
5-10 octobre. — Marly, 13-31 octobre. — Fontainebleau, 9-11 no- 
vembre. 

1780. 

La Muette, 16-24 mai. — Ghoisy, l"-6 octobre. — Gompiègne, 
8-11 octobre. — Marly, 13-31 octobre. — Fontainebleau, 7-9 no- 
vembre. 

1781. 

Marly, 22 avril-20 mai. — La Muette, 5-16 septembre. — Gompiè- 
gne, 16-19 septembre. — La Muette, 17-23 septembre. — Fontaine- 
bleau, 10-11 octobre. — Fontainebleau, 5-7 novembre. 

1782. 

La Muette, 20-23 janvier. — Ghoisy, 18-19 juin. — Gompiègne, 
l°'-9 septembre. — La Muette, 9 septembre-30 octobre. — Fontaine- 
bleau, 4-6 novembre. * 

1783. 

Gompiègne, 31 août-3 septembre. — Clioisy, 6-9 octobre. — Fon- 
tainebleau, 9 octobre-24 novembre. 

1784. 

Gompiègne, 29 août-l"' septembre. — Fontainebleau, 11-13 octobre. 
— Fontainebleau, 8-10 novembre. 



382 DOGUMKNTS. 



1785. 



Rambouillet*, :^-24 mai (couché à Versailles). — Saint-Cloud, 
30 août-4 septembre. — Compiègne, 4-7 septembre. — Saint-Cloud, 
7 septembre-7 octobre. — Saint-Cloud, 8-10 octobre. — Fontaine- 
bleau, 10 octobre-19 novembre. 

1786. 

Rambouillet*, 20-21 juin. — Harcourt, 21-22 juin. — Cherbourg, 
22-26 juin. — Caen, 26^27 juin. — Le Havre, 27-28 juin. — Gaillon, 
28-29 juin. — Compiègne, 10-13 septembre. — Choisy, 6-9 octobre. 
— Fontainebleau, 9 octobre-lo novembre. 

1787. 
Fontainebleau, 5-9 novembre. 

1788. 
Saint-Cloud, 14 mai-15 juin. 

1789. 
Marly, 14-21 juin. 



1 . Le roi allait très fréquemment à Rambouillet chasser pendaut deux ou trois 
jours. Tous ces déplacements simt mentionnés dans son journal. II n*a cependaut 
porté dans la récapitulation de ses voyages que celui du 23 au 24 mai 1785, sans 
doute parce que, ce jour -là, la reine l'accompagnait avec la cour. 

2. Rambouillet est cité ici comme la première station du voyage du roi vers 
Cherbourg, voyage dont il a noté toutes les étapes en allant et en revenant. 



III 



FÊTE EN L'HONNEUR DU COMTE DE HAGA 



MENU DU SOUPER. 

Cuisine-Bouche de la reine i. 
Voyage à Trianon pour la fête donnée à Mgr le comte d'Haga, 

pendant le quartier d'avril 1784. 



SOUPERS PARTICULIERS 



POUR LE ROI 



:!t 



Quatre entrées : livres soas 

Les hatelets de lapereaux (4 pièces) 10 » 

Les côtelettes de mouton panées (3 p.) 6 » 

Les papillottes de foie gras (3 p.) 7 10 

Le gratin de lapereaux (4 p.) 10 » 

Un plat de rôt : 

La poule de Caux panée et fourrée (4 p.) 10 » 

Quatre petits entremets. 

• 

POUR LA REINE 

Deux potages, 8 livres de viande et 2 poulardes, 16 œufs, 

potages 6 10 

Quatre entrées : 

Les poulets à la reine garnis à l'allemande (4 pièces) 10 » 

Les bouillans à l'allemande (3 p.) 7 10 

i. Arch. dép. de Seine-et-Oise. E, U76t 

2. Au repas, donné en 1782 au comte et à la comtesse du Nord, il n'y eut pas de 
soupers particuliers de ce genre. 



)> 



384 DOCUMENTS. 

livres sous 

Les côtelettes d'agneau garnies d'une blanquette (4 pièces). . 10 » 
Le sauté de filets de lapereaux (4 p.) 10 » 

Un plal de rôt : 
Les poulets dont un farci, 6 œufs (3 p.) -7 10 

Quatre petits entremets. 

POUR M. LE COMTE d'HAGA 

Un potage, 4 livres de viande et une poularde, 8 œufs, 

potage 4 10 

Quatre entrées : 

Les boudins blancs de volaille (3 p.) 7 10 

La timbale de nouilles (4 p.) 10 » 

Les quenelles à Tallemande (3 p.) 7 10 

La poule de Gaux dépecée au blanc (4 p.) 10 

Un plat de rôt. 

Les rougets de rivière (4 p.) 10 

Quatre petits entremets. 

TABLE DU ROr 

DOUBLÉE POUR SERVIR DE PREMIÈRE TABLE d'hONNEUR 

Quatre oils*, 32 livres de viande et 4 chapons, 4 plats d'œufs 

frais 31 

Quatre terrines : 

La matelote à la financière (6 p.) 15 

Les tendons d'agneau à la Bagnolet (5 p.) 12 10 

Les petits canetons en macédoine (6 p.) . 15 >» 

Les quenelles de volailles à la Périgueux (6 p.) 15 » 

Quatre relevés : 
L* aloyau de 30 livres 15 ►> 



>» 



» 



1. 11 n'y avait pas eu de table du roi lors du voyage du comte du Nord. La pre- 
mière table était la table de la reine. Elle avait la même quantité de mets pour les 
entrées que celle-ci, avec un nombre de pièces inférieur pour chaque mets. Pour 
les entremets, il n*y eu avait que 4 grands, 4 moyens et 16 petits. 

Les mets servis en 1782 et en 1784 se ressemblent assez. Il y a cependant dans le 
menu de 1782 un certain nombre de plats qui ne sont pas portés ici. 

2. De o//(z, marmite ; potage. 



Le caneton de Rouen (4 p.) 

Les faisandeaux (20 p.) 

Le dindon gras (4 p.) 

Huit grands et vingt-quatre petits entremets. 



» 
)> 
» 

» 



FÊTE KN L HONNEUR DU COHTB DE HAQA. 381$ 

livres soui 

Le quartier de veau de Pontoise en puits 15 

La casserole au riz de jambon de 2i livres 30 

La poule de Gaux à la Montmorency (8 pièces) 20 

Vingt-quatre entrées : 

Les filets de lapereaux garnis (6 p.) 15 

Les hatreaux de poulardes à la d'Armagnac (3 p.) 7 10 

Les cailles aux truffes (3 p.) 7 10 

Les côtelettes d'agneau aux concombres garnies (4 p.). . , . 10 » 

La blanquette de poularde à la gelée (3 p.) 7 10 

Le saule de lapereaux aux pois (4 p."! 10 » 

Les ailes de campines* glacées aux laitues (3 p.) 7 10 

Les canetons de Rouen garnis de truffes (4 p.) 10 

Les petits poulets dépecés à la ravigote (4 p.) 10 

Les faisans en compote (20 p.) 50 

Les rissoles de volaille (3 p.) 7 10 

La casserole au riz à l'ancien blanc (4 p.) 10 

Les filets de lapereaux au fumé (6 p.) 15 

Les ris de veau en petit deuil aux truffes (3 p.) 6 

Le pain de lapereaux en turban à l'allemande (4 p.) 10 

Les côtelettes de mouton à la Soubise (4 p.) 8 

Les filets de poulardes écartâtes à la gelée (3 p.) 7 10 

Les ailes de poulets dressées aux concombres (3 p.) 7 10 

Les côtelettes d'agneau au Singara (4 p.) 10 » 

Les filets de poulardes frits à l'italienne (3 p.) 7 10 

Les petits pigeons à la crapaudine (3 p.). 7 10 

Le dindon poêlé à l'estragon (4 p.) 10 

La petite matelote mêlée au blanc (4 p.) 10 

Le jambon de neige (16 p.) 20 

Huit plats de rôt : 

Les poulets normands (3 p.) 

La poule de Gaux (4 p.) 

Les cailles (3 p.) 

Les lapereaux (3 p.) 

Les tourtereaux (6 p.) 



» 



» 



» 
» 



1. Poulets de la Campine. 



r6 



380 DOCUMENTS. 



GRANDE TABLE D'HONNEUR* 

lÎTrea soos 

Huit oils, 64 livres de viande et 8 chapons, 8 plats d'œufs 
frais 62 » 

Huit terrines : 

La matelote à la financière (6 pièces) ^ 

Les oreilles d'agneau k la provençale (5 p.) 

Les petits pigeons Gauthier à la cardinale (6 p.) 

Les canetons en macf^doine (6 p.) I ..^ 

Les quenelles de volaille au consommé (5 p.) 

Les queues d'agneau à la Bagnolet (5 p.) 

Les langues à la parisienne (5 p.) 

Les tendons d'agneau k l'hyvernoise* (6 p.) 

Huit relevés de potages : 

L*alovau à la Godart de 30 livres 15 »> 

Le quartier de veau de 30 livres 13 » 

Le jambon au vin d'Esjmgne de 28 livres 35 » 

L'esturgeon à la broche sauce à la glace (pourvoyeur)*. . . . 

Le rùt de bif de chevreuil (du Roi)* 

Le rùl de bif de mouton à l'anglaise de 30 livres 15 » 

La casserole au riz d'un jambon de 24 livres 30 » 

Les deux poules de Caux à la Montmorency (8 pièces). ... 20 » 

Quarante-huit entrées* : 

Les filets de levreaux piqués garnis d'oignons (4 p.) 10 » 

Les hatreaux de poulardes à la d'Armagnac (3 p.) 7 10 

Les cailles aux choux garnies de lard et de cervelas (3 p.). . 7 10 

Les côtelettes de veau en lorgnettes aux concombres (3 p.). . 6 » 

La blanquette de poularde à la gelée (3 p.) 7 10 

Le sauté de lapereaux aux IrufTes (4 p.) 10 »> 



1. Au souper du comte du Nord, il n'y avait pas eu de grande table d'honneur 
mais trois tables d'honneur égales, à chacune desquelles il avait été servi: 2 potages 
et 2 plats d'œufs frais, 4 relevés, 20 entrées, 8 rôts, 2 grands, 2 moyens et 16 petits 
entremets. 

2. Hibernoise, à l'irlandaise. 

3. Cela veut dire, probablement, qu'il est porté sur le compte du pourvoyeur. 

4. 11 s'ugit, sans doute, d'un chevreuil tué à la chasse par le roi. 

o. 11 n'y en a que 46 dans l'énumération. Deux plats étaient sans doute répétés 
dt'ux fois. 



» 
» 



FÊTE EN l'honneur DU COMTE DE HAGA. 387 

livres soui 

Les cannelons de volaille au velouté (3 pièces) 7 10 

Les quatre petits poulets à la reine à la ravigote (i p.). ... 10 

La casserole au riz à l'ancien blanc (4 p.) 10 

La compote de faisans à l'espagnole (20 p.) 50 

Les rissoles de volaille à rallemande (3 p.) 7 10 

Les filets de lapereaux au fumé grillés (6 p.l 15 » 

Les ris de veau à la dauphine (3 p.) 6 » 

Le pain de lapereaux en turban h Fallemande (4 p) 10 » 

Les côtelettes de mouton k la Soubise (4 p.) 8 » 

Les filets de poulardes à Técarlate (3 p.) 7 10 

Les ailes de poulets dressées aux concombres (3 p.) 7 iO 

Les côtelettes d'agneau au Singara garnies d'une blanquette 

(4 pièces) 10 » 

Le jambon de neige glacé au vin d'Espagne, de 36 livres. . . 20 » 

Les ailes de poulets en matelote (4 p.) 10 » 

Le dindonneau k la minute (4 p.) 10 » 

La petite matelote mêlée au blanc en casserole au riz (i p.). 10 » 

Les petits pigeons Gauthier k la crapaudine (3 p.) 7 10 

Le dindon gras poêlé k l'estragon (4 p.) 10 

Les faisandeaux sauce au suprême (20 p.) 50 

Les langues de bœuf aux concombres (3 p.) 6 

La poule de Caux k l'hyvoir (4 p.) 10 

Les pigeons romains aux truffes (3 p.) 7 10 

Les escalopes de levreaux garnies (4 p.) 10 » 

La blanquette de poulardes aux concombres (3 p.) 7 10 

Les côtelettes de mouton à la flamande (4 p.) 8 » 

Les filets de volaille en salpicon (3 p.) 7 10 

Les cailles en matelote aux truffes (3 p.) 7 10 

Les escalopes de lapereaux (6 p.) 15 » 

Les cuisses d'oie en macédoine (3 p.) 7 10 

Les filets de veau piqués aux laitues (4 p.) 8 » 

Les oreilles d'agneau en puits (3 p.) 7 10 

Les filets de lapereaux piqués à la minute (6 p.) 15 

Les ailes de poulets en miroton garnies (4 p.) 10 

Le caneton de Rouen à l'orange (4 p.) 10 

Les hatelets de foies gras (3 p.) 7 10 

Les crépinettes de levreaux (4 p.) 10 » 

Les pigeons Gauthier au soleil (3 p.) 7 10 

La timbale de nouilles et filets de volaille (4 p.) 10 » 



388 DOCUMENTS. 

livres soui 

Les ailes de campines en miroton garnies d'une blanquette 

(4 pièces) 10 » 

Les cassolettes au riz de gibier (4 p.) 10 » 

Seize plats de rôt : 

Les poulets normands (3 p.) 

Les cailles (3 p.) 

Les faisandeaux (iO p.) 

Le dindon gras (4 p.) 

Les ramereaux (6 p.) 

Les lapereaux (3 p.) 

Le caneton de Rouen (4 p.) .'.... 

Les campines (3 p.) 

Les pigeons Gauthier (3 p.) 

Les poulets à la reine (4 p.) 

Le caneton de Rouen (4 p.) 

Les pigeons romains (3 p.) 

Les levreaux (4 p.) 

Les tourtereaux (6 p.) 

Les cailles (3 p.) 

La poule de Caux (4 p.) 

Seize grands et quarante-huit petits entremets. 



192 10 



TABLE D'HONNEUR POUR MM. LES SUÉDOIS 



Divisée en deux*. 



Quatre potages, 32 livres de viande et 4 chapons, 4 plats 
d'œufs frais 31 

Quatre terrines : 

2 de quenelles de poulardes (12 pièces) 30 

2 de financière (12 p.) 30 

Quatre relevés : 

2 de longe de veau à la Dreux de 60 livres 30 

2 de jambon en casserole au riz de 48 livres 60 

Trente-deux entrées : 
2 de langues de bœuf dressées aux concombres (6 pièces). . 12 
2 de poules de Caux à Thyvoir (8 p.) 20 



n 

y 
> 



1. Au souper du Comte du Nord, il y uvait une table pour les « seigneurs russiens» 
où l'on servit 2 oils, 2 plats d'œufs frais, 2 terrines, 2 relevés, 12 entrées, 6 plats de 
rôl, 2 moyens et 8 petit» eulremols. 



FÂTB EN l'hONNBUR DU COMTB DE HAQA. 389 

livret* BOUS 

i d'escalopes de levreaux, garnies de truffes (8 pièces). ... 20 » 

2 de blanquettes de poulardes aux concombres (6p.).... 15 » 

2 de carrés d'agneau à la Conti garnis (8 p.) 20 » 

2 de faisandeaux au suprême (40 p.) 100 » 

2 de canetons de Rouen poêlés k l'hyvoir (8 p.) 20 » 

2 de côtelettes de mouton à la flamande (8 p.) 16 » 

2 d'ailes de campines à la d'Armagnac (6 p.) 15 » 

2 de croquettes de pieds d'agneau (6 p.) 15 » 

2 de timbales de filets de poulardes aux nouilles (8 p.) . . . 20 » 

2 de petits poulets à la reine à l'allemande (8 p.) 20 » 

2 de filets de poulardes à la maître d'hôtel (6 p.) 15 » 

2 d'escalopes de- lapereaux aux truffes (8 p.) 20 » 

2 de salpicon à la Berry de filets de lapereaux (8 p.) 20 » 

2 d'ailes de poulardes aux truffes (6 p.) 15 » 

Douze plats de rôt : 

2 de poulets normands (6 pièces) 

2 de faisandeaux (40 p.) 

2 de canetons de Rouen (8 p.) 

2 de poulets à la reine (8 p.) 

2 de lapereaux (6 p.) ■', 

2 de ramereaux (12 p.) 



AUTRE TABLE D'HONNEUR 

Divisée en sept : une de douze entrées, servie pour la Heine, et les six autres ser- 
vies pour Mesdames, madame de Lam balle, madame.de Sou bise, madame de 
Polignac et autres >. .t 

Huit potages, 40 livres de viande et 8 poulardes, 8 plats 

d'œufs frais 40 

Huit relevés* : 

1 de jambon au vin d'Espagne, de 28 livres , 35 

2 de longe de veau en puits de 30 livres 15 

2 de rôt de bif de mouton à la flamande de 30 livres .... 15 

2 (le casserole au riz d'un jambon de 24 livres 30 

1 de chartreuse de volaille (6 pièces) 15 



» 

» 
» 
» 
» 



1. Au souper du comte du Nord, il y eut « une petite table particulière pour 
quatre dames, servie de la part de la Reine », et une autre pour madame de Po- 
lignac, mais ces deux tables n*ont pas le titre de tables <f honneur dans l'état dressé 
alors. 

2. 11 y en a en réalité neuf. 



300 D0CUMKNT8. 

livres 80IU 

1 de tendons d'agneau en macédoine (6 pièces) 15 » 

Trente enlrécîs : 

"i de lilels de lapereaux aux truffes (12 pièces) 30 » 

2 de fileU de poulardes au suprême (6 p.) 15 » 

2 de côtelettes d*agneauau singara garnies d'une blanquette 

(8 p.) 20 » 

2 d'ailes de campines aux concombres (G p.) 15 » 

2 d'escalopes de levreaux (8 p.) 20 » 

2 de poules de Gaux à rhyvoir(8 p.) 20 » 

2 de boudin de gibier à la Périgueux (0 p.) 15 » 

2 de mayonnaise de poulets (6 p.) 15 » 

2 de carbonnade de mouton à la Soubise (8 p.) 20 » 

2 d'ailerons de volaille en hochepot (6 p.) 15 » 

2 de colelettes de veau en lorgnettes (6 p.) 12 » 

2 de fdets de poularde en petit deuil aux truffes (6 p.). ... 15 » 

2 de croquettes de volaille à l'allemande (6 p.) 15 » 

2 de canetons de Rouen à l'orange (8 p.) 20 » 

2 de timbales de filets de poulardes aux nouilles (8p.).... 20 » 
Douze plats de rôt : 

2 de faisandeaux (40 pièces) 

3 de poulets à la reine (12 p.) 

2 de ramereaux (12 p.) ) 197 10 

2 de lapereaux (6 p.) 

3 de poulets normands (9 p.) 

Huit grands et trente-six petits entremets. 



TABLE DE MM. LES OFFICIERS DES GARDES* 

Deux potages, 8 livres de viande et 2 poulardes, 2 plats 

d'œul's frais 9 » 

Deux relevés de 24 livres chaque 24 » 

Douze entrées : 

Les petits carrés de mouton aux laitues (3 pièces) 6 10 

Les petits poulets à la ravigote (3 p.) 7 10 

La marinade de poulets (3 p.) 7 10 

Les hattelets mêlés de truffes (3 p.) 7 10 

La gibelotte de lapereau aux pois (3 p.) 7 10 

Les tendons de veau en sipolata (3 p.) 6 » 

1. II n*y eut pas de table pour eux au souper du comte du Nord« 



FÊTB EN l'honneur DU COMTE DE HAGÂ. 

livres 

Les noix (le veau à la purée d'oseille (4 pièces) 8 

Les chapons à la Montmorency (3 p.) 7 

Les croquettes à l'italienne (3 p.) 7 

Les campines à la Sainte-Menehould (3 p.) 7 

Les langues de bœuf aux concombres (3 p.) 6 

Le pâté de lapereau {pâtissier). 

Quatre plats de rôt : 

Les poulets (3 pièces) 

Les pigeons romains (3 p.) 

Les lapereaux (3 p.) 

Les cailles (3 p.) 

Deux grands et douze petits entremets. 



391 

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» 

10 
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10 

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TABLES DE SUITE 

TABLE DE M. DESENTELLES, A DINER* 

Deux potages, 8 livres de viande et 1 chapon, 2 plats d'œufs 

frais 7 15 

Deux relevés : 

L'alovau k la broche de 24 livres 12 » 

La longe de veau de 24 livres 12 » 

Seize entrées : 

Les crépinettes de levreau (3 pièces) 7 10 

Les cuisses d'oies (3 p.) 7 10 

La noix de veau piquée aux concombres (3 p.) 6 » 

La fricassée de poulets gras (3 p.) 7 10 

Les côtetettes de mouton (3 p.) 6 » 

La tourie de godiveau {pâtissier) 

Les petits poulets à l'estragon (3 p.) 7 10 

Les poulardes à la Sainte-Menehould (3 p.) 7 10 

Les tendons d'agneau (3 p.) 7 10 

La marinade de poulets (3 p.) 7 10 

Les chapons au consommé (3 p.) 7 10 

La gibelotte de lapereau aux pois (3 p.) 7 10 



1. Au souper du comte du Nord, M. Desentelles avait aussi une table à dîner 
« avec messieurs les comédiens français et italiens. » Elle était servie de 2 potages, 
2 relevés, 12 entrées, 4 rôts, 2 moyens et 10 petits entremets « tant en légumes que 
crèmes et pâtisseries. » 



39i DOOUMKNTS. 

livres sous 

Le petit-8alé à la purée verte (3 pièces) >► 

La léte d** veau frite (3 p.) (> » 

Les tendons de veau piquf^s (3 p.) C » 

Le boudin à la Richelieu (3 p.) 7 10 

Quatre plats de rôt : 

Les poulets au cresson (3 pièces) 

Les pigeons romains (3 p.) / ^. 

Les lapereaux (3 p.) 

Le levreau (2 p.) 

Deux gros, deux moyens (»t douze petits entremets. 



TABLE DES ACTEURS DE L Ol'ERA, DE LA COMEDIE-ITALIENNE 

ET DES MUSICIENS 

De 200 couverts, divisée en 7 tables. 

A dîner'. 
Vingt-huit potages, 112 livres de viande et 14 chapons, 

16 plats d œufs frais 108 iO 

Vingt-huit grosses pièces. 

7 de culotte de bœuf, de 24 livres chaque, 168 livres 84 » 

4 de jambon aux épinards, de 24 livres chaque, 96 livres. . 120 »> 

7 de pièce de bœuf de poitrine, sauce hachée, de 24 livres. 168 84 

3 casseroles au riz de deux chapons chaque (9 pièces). ... 22 10 

7 de longe de veau de 24 livres chaque, 168 livres 84 » 

Cent soixante-huit entrées : 
7 de pâtés de pigeons à l'espagncde {pâtissier), 

1 de crépinettes de levreau à 2 pièces chaque (14 pièces). . 35 » 

7 de membres de volailles en macaroni 35 

7 de noix de veau piquée à la purée d'oseille (14 p.) 28 

7 de côtelettes de veau en papillotes (14 p.) 28 

7 d'ailes de poulets en papillotes (14 p.) 35 

7 de pigeons au soleil (14 p.) 35 

7 de mayonnaise de poulets (14 p.) 35 

7 de petit-salé à la purée verte (14 p.) 28 

7 d'épaules d'agneau à l'espagnole (14 p.) 35 



» 
» 

» 
» 
» 
» 



K A la fête donnée au comte du Nord, il y eut également une table « de Topera et 
de la musique du roi, de 110 couverts, partagée en 4, >> à dîner : 16 potages, 12 grosses 
pièces, 12 entrées (18 X 4), 24 plats de rôt, 18 moyens et 48 petits entremets. 



FÉTB EN I/hONNBUR DU COMTE DE HAQA. 303 

livrefl BOUS 

7 (le langues de mouton grillées (14 pièces) ^8 » 

7 de membres de poulardes en macédoine (14 p.) 35 » 

7 de cuisses de poulardes en grenadins (14 p.) 35 » 

7 de gibelotte de lapereau aux pois (14 p.) 35 » 

7 de pigeons au sang (14 p.) .35 » 

7 de poulardes grillées à la Sainte-Menehould (14 p.) 35 » 

7 de chartreuse de tendons d'agneau (14 p.) 35 » 

7 de petits carrés de mouton aux laitues (14 p.) 28 >» 

7 de miroton de langues de bœuf aux concombres (14 p.). . :28 » 

7 de croquettes de pieds d'agneau (14 p.) 35 » 

7 de noix de veau lardées à la gelée (14 p.) 28 » 

7 de cuisses de poulardes en grenadins (14 p.) 35 » 

7 de petits poulets poêlés à la ravigote (14 p.) 35 » 

7 de gigot de mouton à la normande (14 p.) 28 » 

Quarante-huit plats de rôts de deux pièces chaque i40 » 

Trente-six grands et cent quarante-huit petits entremets. 



table' des musiciens des gardes françaises et suisses 

Servie à suept heures et divisée en quatre parties : 1 des musiciens du dépôt de 

Paris, ! de Courbe voie, 2 de Versailles. 

Quatre grosses pièces de 28 livres chacune, 8 plats d'œufs 

frais 48 » 

Quarante-huit entrées : 
4 de crépinettes de levreau de une pièce et demie chaque 

(6 pièces) 15 » 

4 de campines à la gelée (6 p.) 15 d 

4 de pigeons en macédoine. ((> p.) 15 » 

4 de poulets à la ravigote (6 p.) 15 »> 

4 de croquettes d'oreilles d'agneau (6 p.) 15 » 

4 de carbonnade de mouton aux épinards (6 p.) 12 » 

4 de tendons d'agneau au blanc garnis de quenelles (6 p.). . 15 » 

4 de marinade de poulets (6 p.) 15 » 

4 d'ailerons de volailles à l'anglaise (6 p.) 15 » 

4 de pâtés de godiveau [pâtissier), 

1. Au souper du comte du Nord, les musiciens des gardes françaises et suisses 
de Versailles sont à une table partagée en deux, et servie de 2 grosses pièces» 
4 moyennes entrées(2x2), 20 entrées (10x2), 4 plats de rôt, 4 moyens et 20 petits 
entremets. — Les musiciens du dépôt de Paris ont une table à part, qui a moitié 
de plats, sauf pour les petits entremets où Ton n'eu compte que six. 



394 DOCUMENTS. 

livras sous 

4 de boudins; à la Richelieu (6 pièces) 15 » 

4 de poulardes à la Villeroy (6 p.) 15 » 

Seize plais de rûl de une pièce et demie chaque 24 60 

Quatre grands et seize petits entremets. 



TABLE DE M. BOULET^ HACUIMSTE, A DINER* 

Un potage, 4 livres de viande et une poularde, un plat d'œufs 

frais 4 10 

La pièce de bœuf de 12 livres 6 » 

Un relevé de jambon de 12 livres 15 » 

Six entrées : 

3 de volaille (une pièce et demie chaque) 11 5 

3 de boucherie (une pièce et demie chaque) 9 » 

Deux plats de rôt de une pièce et demie chaque 7 10 

Un moyen et six petits entremets. 



SOUPER SERVI EN AMBIGU, PENDANT ET APRES LA COMEDIE, AUX ACTEURS, 

DANSEURS ET MUSICIENS* 

26 potages, 96 livres de viande et 24 poulardes 108 » 

4 grosses pièces de 20 livres chaque 40 » 

24 chapons au gros sel 90 » 

24 plats de rôt de une pièce et demie chaque 90 » 

4 grands et 4 moyens entremets de pâtisserie 

50 petits entremets de pâtisserie et légumes, gelée et 
crème 

12 plats d'œufs frais 

2 jambons, 1 à la gelée et l'autre glacé au four [ portés 

4 langues de bœuf. .1 } foulures 

8 langues de veau. . 5 à 1 écarlate [ écuyers. 

12 langues de mouton. ) 

1 cuissot de veau à la gelée 

1 galantine de 3 chapons, 1 marbrée de 3 chapons . . . 
12 cervelas 



1. De même, eu 1782, si ce n'est qu'il y a alors 2 petits entremets de moins. 

2. En 1782, 16 potages à 64 livres de viaude et 16 chapons; 12 grosses pièces, 
24 pièces de volaille, 20 entremets. 



FÊTE RN l'honneur DU COMTE DE HAGA. 395 



PETIT SOUPER PARTICULIER DE M. DESENTELLES 

livres sooa 

Un potage, A livres de viande et une poularde, 1 plat d'œufs 

frais 4 10 

Un relevé d'une casserole au riz d'un jambon de 12 livres. . 15 » 

Six entrées : 

Les poulets à la ravigote (3 p.) 7 10 

Les pigeons au soleil (3 p.) 7 10 

Les tendons d'agneau en macédoine (3 p.) 7 10 

Les côtelettes de veau à la Dreux (3 p.) 6 » 

Les escalopes de lapereaux aux truffes (3 p.) 7 10 

Les ailes de campine au Singara (3 p.) 7 10 

Deux plats de rôts : 

Les poulets gras (3 p.) 7 10 

Les pigeons aux œufs (3 p.) 7 10 

Un grand et six petits entremets. 



)> 



TABLE DES FEMMES DE CHAMBRE DE LA REINE, A SOUPER* 

Deux potages, 8 livres de viande et 1 chapon, 2 plats d'œufs 

frais 7 15 

Un relevé de 24 livres 12 

Huit entrées : 

Les côtelettes de veau à la purée d'oseille (2 pièces) 4 » 

Les petits yxiulets à la ravigote (2 p.) 5 

Le sauté de laj^ereau aux pois (2 p.) 5 

Le boudin à la Périgueux (2 p.) 5 

Les petits carrés de mouton aux laitues (2 p.) 4 

La blanquette de poularde aux concombres (2 p.) 5 

Les rissoUes de volailles (2 p.) 5 

Les poulets à l'allemande (2 p.) 5 

Deux plats de rôt de deux pièces chaque 10 

Un grand et huit petits entremets. 



» 
» 

» 

» 

» 



1. En 1782, de même, sauf pour les entremets : il n'y eu a qu'un moyen et 
4 petits. M. Desentelles était Pintendant des menus plaisirs. 

2. En 1782, « Table de mesdames les femmes de chambre de la reine : » 2 po- 
tages, 1 relevé, 4 entrées, 2 rôts, 1 moyen et 4 petits entremets. « Sur la desserte 
ont été nourris leurs femmes et domestiques. » 



396 DOCUMENTS. 



TABLE DES OFFICIERS DE LA CHAMBRERA SOUPER* 

livres 9r>u9 

Di^ux potages, 8 livres de viande et 2 poulardes, 2 plais d'œufs 

frais 9 »» 

Deux relevés de i2 livres chaque 12 »> 

Huit entrées : 

Les côtelettes de veau glacées aux croiMons [i pièce i/^] . . 3 >» 

Les j)etits poulets à la ravigote (i p. l/i< 3 15 

Les crépinettes de levreau (i p. 1/2) 3 15 

La gibelotte de lapereau aux pois (4 p. i/2) 3 15 

Les petits carrés de mouton aux laitues (1 p. 1/2) 3 »* 

La mayonnaise de poulets à la gelée (1 p. 1/2) 3 15 

Les poulardes à la Sainte-Menehould (1 p. i/2) 3 15 

La noix de veau piquée aux concombres (1 p. 1/2) 3 »» 

Deux plats de rùl de une pièce et demie chaque (3 pièces). . 7 10 

Douze moyens et huit petits entremets. 



TABLE DE MM. LES GARDES DU CORPS, A SOUPER* 

Deux potages, 8 livres de viande et 1 chapon, 2 plats d'œufs 

frais 7 15 

Deux grosses pièces de 20 livres chaque 20 » 

Douze entrées : 

Les c<*)tes de bœuf à la Sainte-Menehould (1 pièce 1/2). ... 3 » 

Les petits poulets à la ravigote (1 p. 1/2.) 3 15 

Les pigeons au soleil (1 p. 1/2) 3 15 

Le gigot de mouton piqué aux épinards (1 p. 1/2) 3 » 

La gibelotte de pigeons aux pois (1 p. 1/2) 3 15 

Le pâté de quenelles à l'espagnole {pâtissier^), 

La noix de veau à la gelée (1 pièce 1/2) 3 »> 

Les chapons à l'estragon (1 p. 1/2) 3 15 

La mayonnaise de poulets à la gelée (1 p. 1/2) 3 15 

Les cuisses de poulardes en macédoine. (1 p. 1/2) 3 15 



1. 11 y a seulinnent, en 1782, une table pour « les valets de garde-robe et les 
coiffeurs de la reino >», servie comme celle des femmes attachées aux dames de la 
suite de la reine. Voir plus bas, p. 397, note 1. 

2. Néant en 1782. Au souper du comte du Nord, on donne à dincr et à souper à 
101 suisses rouges, y compris leurs sergents. 



FÊTE BN L*HONNBUR DU COMTE DE HAGA. 307 

livres soas 

Les épaules d^agneau en musette (1 pièce 1/2) 3 15 

Les côtelettes de veau piquées à la purée d'oseille (1 p. 1/2). 3 » 

Quatre plats de rôt de une pièce et demie chaque (i 15 

Deux moyens et douze petits entremets. 



TABLE DES FEMMES ATTACHÉES AUX DAMES DE LA SUITE DE LA REINE* 

A souper : 
Un potage, 4 livres de viande et une poularde, 1 plat d'œufs 

frais 4 10 

Une grosse pièce de 10 livres 5 » 

Six entrées : 

2 de volaille, de une pièce et demie chaque 7 10 

2 de gibier, de une pièce et demie chaque 7 10 

2 de boucherie, de une pièce et demie chaque 6 »> 

Deux plats de rôt , de une pièce 5 » 

Un moyen et six petits entremets. 



TABLE DE M. BONNEFOI , CONCIERGE 
Servie pendant deux jours^ à cause des préparatifs qu'on a été obligé de faire*. 

Le premier jour, à diner : 

Un potage, 4 livres de viande et une poularde 4 10 

Une pièce de bœuf de 12 livres 6 » 

Quatre entrées : 

2 de volaille, de une pièce et demie chaque 7 10 

2 de boucherie, de une pièce et demie chaque 6 » 

Deux plats de rôt, de une pièce et demie chaque 7 10 

Un moyen et quatre petits entremets. 

Le même jour, à souper, servi de même, ci 31 10 

Le second jour, à dîner aussi, servi de même, ci 31 10 

Le souper a été pris sur la desserte de la table de 8a Majesté. 



1. En 1782, 1 potage, 1 pièce de bœuf, 4 entrées, 2 rôts, 1 moyen et 6 petits en- 
tremets. 

2. De même. Les repas sont absolument semblables et coûtent en 1182, 2 livres, 
10 sous de moins chaque. 



398 DOCUMENTS. 



TABLE DE M. LE GENDRE*, CONCIERGE DU GRAND-TRIANON 
Servie aussi pendant deux jours, savoir ; 

Pour le dîner et souper du premier jour 63 » 

Pour le diner du deuxième jour seulement 3i 10 

Le souper ayant aussi été pris sur la desserte. 



ÉTAT DES REPAS SERVIS* 

AUX personnes ci-après désignées, lesquelles feront partie de la consommation 
en distribution, la plupart aussi servis deux jours, savoir : 

Ah sieur Barbier : 
A dîner, le premier jour : 

Un potage. 

Deux entrées. 

Un plat de rôt. 

Deux entremets. 
A souper, de même. 
Le deuxième jour, à dîner et souper, de même. 

Au sieur Richardy de même. 

Au sieur Bellevilie, de même. 

Au sieur Bécar, de même. 

Au sieur Bersy, suisse de l'appartement, de même'. 

Aux filles de garde-robe* : 
A dîner, le premier jour : 
Un potage. 
Deux entrées. 
Deux entremets. 



i. En 1782, 1 potage, 1 pièce de bœuf, 2 entrées, 1 rôt, 2 entromets. 

2. En 1782, il y a en plus : une table particulière pour M. Randou de La Tour, 
trésorier de la maison du roi : 1 potage, 1 relevé, 3 entrées, 2 rôts, 3 entremets, 
— une autre par M. de La Ferté, intendant des menus plaisirs, 2 potages, 
1 moyenne entrée, 4 entrées, 2 rôts, 1 moyen et 2 petits entremets; — et une 
troisième pour Je sieur Le Prince, garçon de la boutique, servie comme celle de Le 
(iendre. 

3. De môme, en 1782, seulement c'est Lagrange qui est suisse au lieu de Bersy. 
%. 1)0 mômê, en 1782. 



FÊTE EN l'hONNBUR DU COMTE DE HAQA. 300 

A souper, de même. 

Le lendemain à dîner et souper, de même. 

Aux filles du gaf'de-meuble, de même. 
Aux garçons du garde-meuble, de même. 
Aux garçons de cave*, de même. 

Souper de MM. les valets de pied du Roi, de la Reine et des princes ^ 
servi à sept heures* : 

Deux potages. 

Deux grosses pièces. 

Huit entrées. 

Deux plats de rôt. 

Deux moyens et huit petits entremets. 

Souper des suisses des douze', servi à sept heures : 

Deux potages. 

Deux grosses pièces. 

Huit entrées. 

Deux plats de rôt. 

Deux moyens et huit petits entremets. 

MM. les officiers du gobelet^ : 

Le premier jour, à dîner : 
Deux potages. 
Deux grosses pièces. 
Huit entrées. 
Quatre plats de rôt. 
Deux moyens et huit petits entremets. 

A souper, de même, sans potage. 

Le deuxième jour, à dîner, de même. 

Le souper pris sur la desserte de Sa Majesté. 

MM, les aides et décorateurs, servis de même*. 



1. De même, en 1782. 

2. En 1782, ils étaient ii. 

3. Eu 1782, ils étaient 5 avec leur sergent. 

i. En 1782, ils sont compris avec les officiers de la bouch" qui suivent et ont 
des repas un peu moindres. 

5. En 1782, ils ne sont pas nommés. 



400 DOCUMENTS. 

,^M, les officiers de la bouche^ aides et premiers garçons* : 
Le premier jour, à dîner: 

Quatre potages. 

Quatre grosses pièces. 

Seize entrées. 

Six plats de rôt. 

Quatre moyens et douze petits entremets. 

Le souper, servi de même. 
Le deuxième jour, à dîner aussi, servi de même. 
Le souper pris sur la desserte de Sa Majesté. 

Sur les dessertes desdites tables ont été nourris les seconds garçons et 
apprentis*. 

II est nécessaire d'observer que, indépendamment des tables ci-devant 
énoncées, il a été distribué, pendant les deux jours et même pendant 
une partie de la nuit, des morceaux détachés à un nombre infini d'ou- 
vriers, de gens des écuries des princes, et à environ 150 musiciens 
répandus dans le jardin, lesquels fenmt aussi partie de la consomma- 
tion*. 

MENUS DROITS 

TABLE DU HOI DOUBLÉE POUR LA PREMIÈRE TABLE d'uONXEUR 

liv. 9. d. 

Les potages portés en marge du menu. 

Menu droit de 8 terrines et 8 grandes entrées à 6 livres? . 96 » » 

de 60 entrées à 50 sous 150 » » 

38 livres de lard pour 19 plats de rôt 38 » » 



1. Voir pour 1782, p. 399, note 4. 

2. En 1782, «« les garçons, aides et petits garçons, sont tous nourris sur la desserte. ■ 
Au souper du comte du Nord, l'état porte qu'on a donne à manger toute la 
journée au suisse des appartements du Gnmd-Trianon, au suisse de la porte, à 
4 suisses des portes détachées, au sieur de Bèze. garçon du garde-meuble, à 8 por- 
teurs de chaises, à 6 frotteurs du Grand et du Petit-Trianon. 2 commissionnaires. 

3 fontainiers, 3 lingères, 2 porteurs de barquettes, 2 hommes qui ont été à la glace, 

4 balayeurs, 6 garçons de fourrière et charbonniers, 3 garçons de vaisselle, 3 gar- 
çons de force, 2 éplucheuses, 4 garçons jardiniers, 3 porteurs d'eau et 1 charretier. 

3. De même, en 1782; les gens des écuries avaient été cette année au nombre 
do 40. 



FÉTB EN l'hONNRUR DU COMTE DE HAGA. - 40 1 

TABLES d'honneur 

Ht. 8. d. 

Les potages portés en marge du menu de chaque table. 

Menu droit de 34 terrines et grandes entrées à 6 livres. 204 » » 

de 121 entrées à 50 sous 302 10 » 

88 livres de lard pour 44 plats de rôt 88 » » 

TABLES DE SUITE 

Les potages portés en marge de chaque menu. 

Menu droit de 53 moyennes entrées à 50 sous 132 10 » 

de 314 entrées à 40 sous 628 » » 

177 livres de lard pour 118 plats de rôt 177 » » 

PARTIES DÉTACHÉES 

600 livres de viande pour tous les potages détachés. . . 300 » » 

Menu droit de 28 moyennes entrées à 50 sous 70 » » 

de 184 entrées communes à 30 sous 276 » » 

99 livres de lard pour 66 plats de rôt 99 » » 

1800 livres de viande pour jus, coulis et consommé . . . 900 » » 

15 poules pour ledit consommé 25 13 4 

10 vieux dindons 50 » » 

450 livres de lard pour les grosses braises et plats de rôt 

détachés 450 » » 

12 livres de moelle 12 » » 

12 pièces de foie 30 » » 

9 livres de crêtes 90 » » 

36 livres de beurre de Vanves 66 12 » 

340 livres de beurre 340 » » 

62 livres d'huile 62 » » 

2 barils d'anchois 12 » » 

84 livres de jambon à couper 105 » » 

70 livres de saindoux et friture 70 » » 



FOURNITURE DES ECUYERS 

TABLE DU ROI DOUBLÉE 

La fourniture de 11 potages, compris ceux des 3 soupers 

particuliers à 35 sous 19 5 » 

de 8 terrines et 8 grandes entrées à 3 livres 48 » » 

26 



%02 DOCUHBNTB. 

liT. s. d. 

de 60 entrées à 25 sous 75 » » 

de 19 plats de rôt à 5 sous 4 15 » 

de 16 grands entremets à 8 livres 128 » » 

de 60 petits entremets à 3 livres 180 » » 

de 126 œufs frais, compris ceux des potages 31 10 » 

TABLES d'honneur 

La fourniture de 22 potages à 35 sous 38 10 » 

de 34 grandes entrées et terrines à 3 livres 102 » » 

de 121 entrées à 25 sous 151 15 » 

de 44 plats de rôt à 5 sous 11 » » 

de 34 grands entremets à 8 livres 272 » » 

de 120 petits entremets à 3 livres 360 » » 

de 264 œufs frais à 5 sous 66 » » 



TABLES DE SUITE 

La fourniture de 71 potages à 20 sous 71 » » 

de 53 moyennes entrées à 25 sous 66 5 » 

de 314 entrées à 20 sous 314 » » 

de 118 plats de rôt à 5 sous 29 10 » 

de 48 grands entremets à 8 livres 384 » » 

de 18 moyens entremets à 6 livres 108 » » 

de 328 petits entremets à 50 sous 820 » » 

de 564 œufs frais à 5 sous 141 » » 

PARTIES DÉTACHÉES 

La fourniture de tous les potages détachés 50 » » 

de 24 moyennes entrées à 25 sous 35 » « 

de 184 entrées communes à 15 sous 138 » » 

de 66 plats de rôt détachés à 3 sous 9 18 » 

de 28 moyens entremets à 6 livres 168 » » 

La fourniture de 172 petits entremets à 30 sous 258 » » 

de 36 moyens entremets en distribution à 6 livres . . . 216 » » 

de 160 petits entremets en distribution à 30 sous. . . . 240 » » 

Et pour l'assaisonnement des viandes de tous les partages 

dos doux journées et de la nuit 180 » » 

La fourniture de 12 langues de bœuf à l'écarlate à 50 sous. 30 » » 

de 15 langues de veau à 25 sous 18 15 » 



FÊTE BN l'hONNBUR DU COMTIfi DK HâGA. 403 

liy. s. d. 

de 30 langues de mouton à 12 sous 18 » » 

de 12 cenelas à 3 livres 36 » » 

de 12 cervelas à 2 livres 24 » » 

de 4 jambons de 28 livres, chacun à 25 sous 140 » » 

pour la gelée, glaces et assaisonnement desdils 60 » » 

de 2 cuissots de veau de 24 livres chaque 24 » » 

pour lard, jambon, gelée, et assaisonnement desdits. . 30 » » 

de 6 chapons gras pour galantine et marbrée 22 10 » 

pour lard, jambon, gelée et assaisonnement 30 

La fourniture de 48 morceaux de pieds 14 8 



» » 



» 



ÉTAT DE LA GONSOMMATIOxN 

FAITE DANS LA DISTRIBUTION DE TOUTES LES PARTIES DÉTACHÉES. 

3650 livres de viande 1825 

260 livres de gros beurre 260 

2000 œufs 100 

96 poulardes 240 

212 poulets communs 175 

196 pigeons communs 122 

45 poulets gras 112 

15 dindons communs 37 

15 pigeons de volière 22 

16 têtes de veau 16 

16 fraises .' 16 

16 langues de bœuf 16 

15 fressures 15 

18 ris de veau 18 

15 foies de veau 15 

3 agneaux 15 

7 douzaines de langues de mouton 25 

135 livres de petit-salé 135 

45 palais de bœuf 18 

12 bottes de pieds de mouton 20 

48 bouts de boudin noir 24 

14 boudins blancs 10 

18 andouilles 13 

16 poules 28 

6 vieux dindons 30 » » 



» 


» 


» 


» 


» 


» 


» 


» 


» 


» 


10 


» 


10 


4 


10 


)^ 


16 


8 


» 


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» 


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» 


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» 


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» 


» 


» 


» 


» 


» 


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» 


» 


10 


» 


10 


» 


3 


4 



404 DOCUMENTS. 

lÎT. B. d. 

24 canards communs 60 » » 

2 cochons de lait 10 » » 

30 lapereaux. 75 » » 

4 barils de cuisses d'oîos 30 » » 

12 saucisses à 15 sous 9 » » 

24 saucisses à 10 sous 12 » » 

15 pièces de gras-double 30* » »> 



1. Le total général des sommes portées dans ce compte est de 18,1 50 livres, 3 sous, 
8 deniers. 



IV 



LIQUIDATION DES DÉPENSES DU PETIT-TRIANON 



État des oiémoires d'ouvrages faits, des acomptes effectués sur iceux, 

de ce qui reste dû aux entrepreueurs et autres, 

du jardin anglais du Petit-Trianon et de l'acqueduc qui amène des eaux, 

depuis Tannée 1776 jusqu'au l«r juillet 17901. 





MONTANT 

DES MÉMOIRBS. 


PAIEMENTS 

FAITS. 


RESTES DUS 


La veuve Guyard, ma<^onnerie, 
(10 mémoire8> 

Perrault, maçonnerie (7 m.). . 

Drouet, maçonnerie (1 m.). • . 

Veuve Jobard, maçonnerie (1 m,) 

Marquet, charpente (6 m.]. . . 

Taboureux, charpente (1 m.) . 

Rivet, couverture 

Gaumont, couverture en 
chaume (4 m.) 

Gamain père, serrurerie (5 m.). 

Veuve Cahon, serrurerie (4 m.). 

Marguerit, serrurerie (1 m.). . 

Thomasj menuiserie (8 m.). . . 

Colin, menuiserie (3 m.}. . . . 


lîv. 8. d. 
93,624 5 3 

190,033 5 5 

90,587 14 11 

2,389 14 2 

166,810 » 7 

1,282 >• » 

691 17 « 

3,427 3 2 
13,264 12 7 
28,314 8 10 

6,885 4 » 
33,327 16 5 
10,954 14 » 


Hv. 
63,400 

145,300 

49,600 

1,200 
126,000 

1,000 

n 

2,800 

7,700 
21,500 

5,800 
24,800 

9,200 


Ht. 8. d. 
30,224 5 3 

44,733 5 5 

40,987 14 11 

1,189 14 2 

40,810 » 7 

282 » » 

691 17 » 

627 3 2 
5,564 12 7 
6,814 8 10 
1,085 4 » 
8,527 16 5 
1,754 14 » 



\. Arch. nat., 0^ 1886. 



407 



DOCUMENTS. 



Mansel, menuiserie (3 mémoi- 
res^ 

Veuve (jérard, vitrerie (8 ui.). 

DutemSypeinture et dorure (3 m.) 

Boquet, peinture de décor (2 m.) 

Protin, peinture de décor (1 m.) 

Tolède, peinture de décor (1 m.) 

Veuve Deschamps , sculpture 
(16 m.) 

fiocciardi, sculpture (1 m.)- • • 

Lucas et Gondoin, plombiers 
(13 m.) 

Le Prince, marbrerie (1 m.). . 

Richard, terrasse (9 m.)- . • • 

Richard et Crosnier, terrasse 
(1 m.) 

Delorme, terrasse, pavé, glaise 
(10 m.) 

Bertrand, fonte de cuivre (3 m.) 

Veuve La Roche, fonte de cui- 
vre (7 m.) 

Bayoud^ ferblanterie (5 m.). . 

Le Bœuf, fourniture de porce- 
laine (1 m.) 

Doisteaux, tourneur ^5 m.). . 

Traitant, fourniture de graines 
de gazon (12 m.) 

Moreau , fourniture d'arbres 
(1 m.) 

Merklein, mécanique (i m.). . 

Henry, modèles (1 m.) 

Fayolle, chef de Tatelier des 
mineurs (1 m.) 



MONTANT 

DBS MÉMOIRES. 



Ut. 8. d. 

5,644 4 4 

7, SOI 8 10 

34,877 2 4 

18,867 4 6 

4,018 15 4 

S,S44 19 S 

11S,665 12 11 

8,760 » » 

36,674 17 9 

22,317 17 5 

251,822 16 5 

3,480 6 3 

349,076 6 4 

1,917 18 n 

845 2 I* 

2,021 12 4 

6,372 • « 

1,216 3 » 

23,822 5 6 

3,024 19 >• 

1,856 10 » 

2,089 14 » 

51,135 14 10 



PAIEMENTS 

FAITS. 



liv. 
4.200 

4,000 
20,100 
16,000 

2.400 



100,000 
3,000 

3.000 

18,600 

247,200 

2,000 

188,800 



l.fOO 



800 
13,730 



RESTES DUS 



50,100 



liv. 8. d. 

1,444 4 4 

3,301 8 10 

8,777 2 4 

2,867 ft 6 

1,618 13 4 

3,344 19 3 

13,665 12 11 

5,760 •• » 

33,674 17 9 

3,717 17 5 

4,622 16 5 

1,480 6 3 

160,276 6 4 

1,917 18 » 

245 2 » 

921 12 4 

6,372 » > 

416 S " 

10,092 5 6 

3,024 19 * 

1,856 10 * 

2,039 14 » 

1,035 14 10 



LIQUIDATION DES DÉPENSES DU PETIT-TRI ANON. 



407 



Braille, fourniture de bannes en 
t4)ile de coutil (3 mémoires). 

Langelin, treillage (1 m.) . . . 

Maugé, treillage (11 m.)- • • • 

Dailly, fourniture de fumier 
(3 m.) 

Gaillard^ charroQnage(l m.)- . 

Dallemagne, fourniture de pots 
et autres de fayence (1 m.) . . 

Goblet, fourniture de pots de 
terre (1 m.) 

Voorhelm et Schenevoogh, four- 
niture de jacinthes de Hol- 
lande (1 m.) 

Courtois, fourniture de bois 
(2 m.) 

Demay, fourniture de sable de 
rivière {\ m.) 

Loisel, fourniture de sable de 
bruyère (1 m.) 

Langlois, pour avoir empois- 
sonné les pièces d'eau et la 
rivière plusieurs fois (1 m.). 

Rioux, fauchage de gazons (1 m.) 

M. Delagrange, pour vérifica- 
tion et calcul des mémoires. 



MONTANT 

DKS MÉMOIBBS. 



liv. s. d. 

a, 189 15 » 

Î07 k r, 

24,377 

2,010 » » 

587 » » 

1,<IA7 10 » 

245 2 » 

1,5SA » » 

1,025 14 » 

422 17 

200 >* » 

1,092 19 » 

1,2S0 16 » 

1S,9S7 » » 



PAIEMENTS 
FArrs. 



1,049,529 12 3 



liv. 
S, 800 



23,000 



1.200 



1,000 



1.200 



RESTES DUS 



1,170,730 



liv. 8. d. 

389 15 « 

307 4 » 

777 9 

2,010 n n 

587 » » 

247 10 * 

245 2 • 

1,554 » « 

025 14 » 

422 17 

200 » » 

492 19 » 

1,230 10 » 

13,937 » * 

478,799 12 3 



Fait à Paris, ce 3! août 1791. 



MlQUB. 



V 



BIBLIOTHÈQUE DU PETIT-TRIANON 



Le catalogue de la bibliothèque de la reine Marie- Antoinette a été 
déjà publié par M. Paul Lacroix', mais pas dans la forme sous laquelle 
on le trouve ici. Le savant éditeur a reclassé* les ouvrages dans Tordre 
des divisions bibliographiques généralement adoptées, et il a supprimé 
le titre, pourtant si coloré, de« Catalogue des livres provenant de «rtez ^ 
femme Capet.,. » Pour mon compte, j'ai cru devoir laisser à ce docu- 
ment curieux toute sa physionomie. 

L'édition de M. Lacroix a paru à l'occasion de la publication du cata- 
logue des Livres du boudoir, par M. Louis Lacour. Au moment où ce 
dernier a été imprimé, la légende de Marie-Antoinette, que l'impéra- 
trice Eugénie avait remise à la mode, était en pleine floraison. Cette note 
discordante fit scandale, et d'autant plus que l'éditeur avait aggravé sa 
révélation de commentaires absolument malveillants. A la suite du 
titre des volumes inventoriés, il avait reproduit la phrase la plus 
scabreuse, ou retracé le tableau le plus risqué de l'ouvrage cité. 
« Donnez-moi une phrase d'un homme, et je le fais pendre, » a dit 
Pascal. Présenté ainsi, l'ensemble des Livres du boudoir affectaijl un 
caractère presque pornographique, alors que c'est simplement une 
collection des nouveautés du temps, lequel, à la vérité, ne brillait pas 
toujours par la pruderie. 

Cette publication attira divers désagréments à son auteur. Sans 
parler du blâme général qu'excita contre lui la partialité dont il avait 
fait preuve, il fut d'abord sous le coup d'une poursuite du parquet, 
bientôt abandonnée, parce qu'on ne put trouver de base pour une ac- 
cusation sérieuse. Puis M. Taschereau, alors directeur de la biblio- 



1. Voir plus haut, p. 134, note 1. 

2. Dans cette refonte^ M. P. Lacroix a oublié 17 ouvrages. Oa eu Lrouvera plus 
loin rindication en note. 



BIBLIOTHÈQUE DU PBTIT-TRIANON. 409 

thèque impériale, Tattaqua en contrefaçon, parce qu*il avait publié un 
manuscrit qui était la propriété de TÉtat, sans l'autorisation du pro- 
priétaire. Le tribunal, heureusement, n*admit pas cette théorie, vrai- 
ment inquiétante pour les nombreux clients de notre premier établis- 
sement littéraire, exposés à se voir intenter une action en justice toutes 
les fois que leurs travaux seraient désagréables au pouvoir. 

Il résulte de la correspondance de Mercy que M. L. Lacour s'est trompé 
en mettant à la charge de Tabbé de Vermond la réunion de ces livres, 
et j*ai dit plus haut qu'il convenait plutôt de l'attribuer à M. Gampan*. 
Dans la préface, M. L. Lacour a écrit un chapitre remarquable sur les 
boudoirs de la fin du xviii" siècle, qui ne doivent pas éveiller l'idée d'un 
lieu de rendez-vous galants, mais d'une petite retraite propre aux lec- 
tures récréatives et k la causerie intime. 11 a de plus démontré que le 
plan qui a présidé k la formation de la collection du boudoir est celui 
qu'indique, d'une part, le marquis de Paulmy dans le Manuel des châ- 
teaux et la Bibliothèque universelle des romans, et qu'on trouve, d'autre 
part, dans les diverses Bibliothèques dites de campagne. 

Le répertoire de la bibliothèque du boudoir a dû être rédigé aux 
Tuileries après la Révolution. Pour le relier, on l'a introduit, en le col- 
lant sur les gardes, dans une couverture enlevée à un autre ouvrage. 
Voilà un trait d'économie qui sent les mauvais jours. 

Le catalogue de M. P. Lacroix est une réplique k la publication de 
M. L. Lacour. Le savant bibliothécaire de l'Arsenal, sans nier l'exis- 
tence de ces livres, a très habilement supprimé leur caractère de col- 
lection séparée et choisie, qui blessait les fauteurs et les partisans de la 
légende, en les noyant dans la bibliotlièque du Petit-Trianon et en les 
cataloguant, à la fin de l'inventaire de celle dernière, sous le titre de : 
Liste des livres absents, égarés ou volés lors de l'inventaire dressé en 1793. 
Mais ils étaient si peu « égarés ou volés » qu'on les retrouve tous à la 
bibliothèque nationale, où ils ont été transportés des Tuileries. Il est 
certain qu'ils n'ont jamais été au Petit-Trianon dont ils ne portent pas 
la marque. Je crois inadmissible, malgré la simplicité de leur reliure 
qui dénoie une préoccupation d'économie, que la collection ait élé 
formée aux Tuileries après 1789*. La supposition la plus plausible est 



1. Les pauiphletâ de l'époque, notamment les Essais historiques sur ta vie de Ma- 
rie-Antoinette, exagèrent et calomnient, pour lu flétrir, la complaisance de 
M. Campan. 

2. On trouve à la bibliothèque nationale des livres portant la reliure de la col- 
lection du boudoir et non inscrits à son catalogue. Ils ont, par conséquent, été 
achetés depuis la rédaction de cet inventaire. Je citerai entre autres : tes Françaises y 
de Rétif de La Bretonne. 



410 DOCUMENTS. 

qu'on les a apportés de Versailles en même temps que la grande biblio- 
thèque de la reine*. 

Sur les 592 ouvrages qui composaient la collection du Petit-Trianon, 
273 existent encore dans les bibliothèques d'établissements publics : 
267 à la bibliothèque municipale de Versailles*, 5 à la bibliothèque de 
la préfecture de Seine-et-Oise et 1 au lycée de Versailles (le n® 476). On 
les trouvera indiqués au catalogue qui suit. Ce dernier a été rédigé par 
deux libraires de Versailles, rapidement, et par conséquent avec des 
lacunes et des erreurs. Nous n'en avons que des copies, exécutées par un 
expéditionnaire peu intelligent qui ne l'a pas amélioré. Les recherches 
de M. P. Lacroix, qui a enrichi ce catalogue de notes précieuses dont 
un grand nombre a été emprunté au marquis de Paulmy, nous ont 
permis de le compléter et de le rectifier sur bien des points. Nous ne 
pouvons que renvoyer le lecteur k son petit livre, très intéressant pour 
la connaissance de la bibhographie du xviii" siècle. 



i. La collection du Petit-Triaaon n'est pas représentée à la bibliothèque nationale. 
Du moins, n'y ai-je pas rencontré un seul volume portant sa marque, lors de la 
rapide recherche que M. Léopold Delisle m'a permis d'en faire dans les livres de 
la réserve. 

2. Ils ont été réunis et placés dans un charmant corps de bibliothèque de style 
Louis XVI par l'aimable et intelligent bibliothécaire de Versailles, M. Délerot. 



CATALOGUE DES LIVRES 

PROVENANT DE CHEZ LA FEMME CAPET AU PETIT-TRIANON, 

District et commune de Versailles^. 



* signifie que le liyre existe à la bibliothèqae de la ville de Versailles. 
** signifie que le livre existe à colle de la préfecture de Seine-et-Oise. 



A 

Années Vo . 

1* Abeille. — Argellie, reyne de Thessalie, tragédie, s. L 

n. d., in-12, veau écaille 1 

2* Accords (Le seigneur des). — Les Bigarrures et touches 
du seigneur Des Accords et les apophthegmes 
du sieur Gaulard et les Escraignes dijon- 
noises ; dern. édit., rev. et nouv. augm. Rouen, 
L. Dumesnil, in-8, v. é 1640 1 

3 Affichard (L'). — Œuvres de théâtre; nouv. édit. rev., 
cor. et augm. Paris, veuve Duchesne , in-i2, 
V. é 1768 1 

4* Alain (R.). — L'Épreuve réciproque, comédie repré- 
sentée en 1711, s. 1. n. d., in-12, v. é 1711 1 

5* Aletes* (D'). — Histoire de don Ranucio d'Aletes, écrite 
par lui-même. Venise, aux dépens de la Com- 
pagnie, in-12, v. é., fig 1758 2 

6* Allainval (D'). — L'École des bourgeois, comédie en 
trois actes; nouv. édit. Amsterdam et Paris, 
veuve Duchesne, in-8, v. é 1774 1 



1. Archiv. dép. de Seine-et-Oise. Série Q. Collection des catalogues des livres 
mis sous la main de la Nation. Cette collection existe en double à la bibliothèque 
de TArsenal^ à Paris, fonds des archives des dépdU littéraires. 

2. L*auteur est Tabbé Porée. 



412 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

7 Ancourt (D*). — Œuvres de théâtre; nouv. édit., rev. 

et cor. Paris, libraires associés, in-16, v. é. . 1760 12 

8 Anquetil. — L'Esprit de la Ligue, ou Histoire poli- 

tique des troubles de France pendant les xvi* 
et XVII* siècles; 2* édit. cor. et augm. Paris, 
Delalain, in-12, v. é 1771 3 

9 — L'intrigue du cabinet sous Henr}' IV et Louis XIII, 

terminée parla Fronde. Paris, Moutard, 1780, 

in-12, V. é 1780 4 

10* Anseaume. — Théâtre, ou Recueil de comédies, paro- 
dies et opéras-comiques; avec les airs, rondes 
et vaudevilles notés. Paris, veuve Duchesne, 
in-8, V. é 1766 3 

11 * Argens (Le marq. d). — Mémoires de la comtesse de Mi- 

rol, ou les Funestes effets de Tamour et de la 
jalousie, histoire piémonlaise. La Haye, Adrien 
Moetjens, in-16, v. é 1748 1 

12* Arnaud (D'). — Épreuves du sentiment. Paris, Le Jay 

et Delalain, in-8, v. é., fig 1772-1780 5 

13* — Œuvres. Nouvelles historiques. Paris, Delalain, 

in-8, tome I", v. é., fîg 1774 1 

14* — Œuvres. Théâtre. Paris, Le Jay et Delalain, in-8, 

V. é., fig 1770-1777 3 

15 Artaud. — Le centenaire de Molière, comédie en un acte, 

en vers et en prose, suivie d'un divertissement 
relatif â l'apothéose de Molière. Paris, veuve 
Duchesne, in-8, v. é 1773 1 

16 Attaignant (L'ab. de L'). — Poésies, contenant tout ce 

qui a paru de cet auteur sous le titre de pièces 
dérobées, avec des augm. considérables, des 
annot. sur chaque pièce qui en expliquent le 
sujet et l'occasion, et des airs notés sur toutes 
les chansons. Londres et Paris, veuve Du- 
chesne, in-12, V. é 1757 5 

17 AuBiGNY (D'). — La Vie des hommes illustres de la 

France, depuis le commencement de la mo- 
narchie jusqu'à présent. Amsterdam et Paris, 
Knapen, in-12, v. é 1769 26 

18 AuLNOY (D'). — Le comte de Warwick, nouv. édit. rev. et 

cor. Paris, Compagnie des hbraires, in-12, v. é. 1740 1 



BIBLIOTHÂQUB DU PBTIT-TRIANON. 413 

Années Vol. 

19 Aulnoy(D'). — Histoire et aventures d'Hippolyte, comte 

de Douglas; nouv. édit. augm. Paris, Val- 

levre et Gailleau, in-12, v. é 1764 2 

20 AuTREAU. — Œuvres*. Paris, Briasson, in-12, v. é. . . 1749 4 

21 — Le chevalier Bavard*, comédie héroïque. Paris, 

Briasson, in-8, v. é 1741 1 

22 AvissE. — Œuvres de théâtre, contenant ses comédies 

représentées. Paris, Duchesne, v. é 1758 1 

23 AzEHA. — Mémoires d'Azema*, contenant diverses anec- 

dotes des régnes de Pierre le Grand, empereur 
de Russie, et de l'impératrice Catherine, son 
épouse, trad. du russe par M. G. D. Amster- 
dam, in-12, V. é 1764 1 



B 

24 Barbier (Mademoiselle). — Théâtre. Paris, Briasson, 

in-12, V. é 1745 1 

25 * — Arrie et Petus, tragédie. Paris, Ribou, in-12, v. é. 1713 1 
26* Barneveldt (Madame de)*. — Mémoires. Paris, Michel 

Gandouin et P.-F. Giffart, in-12, v. é 1732 1 

27 Baron. — Le théâtre, augm. Paris, aux dépens des 

assoc, in-16, v. é 1759 3 

28 Barrême. — Le livre des comptes', ou tarif général des 

monnoyes. Paris, lib. assoc, in-12, v. é. . . 1771 1 
29* Barthe. — L'amateur, comédie en 1 acte et en vers. 

Paris, Duchesne, in-8, v. é 1764 1 

30 — La mère jalouse, comédie en vers, représentée 

en 1771. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é. . 1772 1 

31 BEiVUMELLE (De la). — Mémoires pour servir à l'histoire 

de madame de Maintenon et à celle du siècle 
passé; nouv. édit. augm. des remarques criti- 
ques de M. de Voltaire. Maëstricht, J. Edm. 
Dufour et Philippe Roux, in-12, v. é 1778 16 

1. Théâtre. 

2. Manque dans le catalogue de M. P. Lacroix. 

3. Par Coûtant d'Orville. 

4. Par d'Auvigny. 

5. Manque dans le catalogue de M. P. Lacroix. 



414 DOGUMRNTS. 

Années Vol . 

32* Beaussol (Peyrard de). — Les Arsacides , tragédie ré- 
citée en 1775. Duchesne, in-8, v. é 1775 1 

33 Bedfort (Milady de)*. — Lettres, trad. de l'anglais par 

madame de B. G. Paris, Dehausy, in^i2, v. é. 1769 1 

34* Belloy (De). — Gabrielle de Vergy, tragédie par Belloy, 

citoyen de Calais. Paris, veuve Duchesne, 
in-8, V. é 1770 1 

35* — Pierre le Cruel, tragédie. Paris, Sorin, in-8, v. é. 1777 1 

36* — Zclmire, tragédie par Belloy, citoyen de Calais ; 

nouv. édit. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é. 1770 1 

37 Bercastel (L'abbé de). — Histoire de l'Église. Paris, 

Moutard, in-8, v. é 1778 12 

38* Bercaville (La marquise de)*. — Les heures (pour les 

erreurs) de l'amour et de la vanité, mémoires de 
la marquise de Bercaville. La Haye, Neaulme, 
in-12, V. é 1755 1 

39* Bernard. — L'art d'aimer et poésies diverses, s. 1. n. d., 

in-8, V. é » 1 

40* Berval (De). — Mémoires de Berval*. Amsterdam, 

in-8, V. é 1752 1 

41* Blanc (L'abbé le). — Aben-Saïd, empereur des Mogols, 

tragédie; 2'=édit.Paris, Praultlils, in-8, v. é., fig. 1743 1 

42* BocACE. — Contes; traduct. nouv. Londres, in-16, 

V. é., fig 1779 10 

43* BoiSMmAN (Mademoiselle de)*. — Lettres recueillies et 

publiées par madame de... Amsterdam. Paris, 
Montard, 2 vol. in-i2, v. é 1777 2 

44 BoissY (De). — Œuvres de théâtre, nouv. édit. cor. et 

augm. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é. . . 1766 9 

45* BoiSTEL. — Antoine et Cléopâtre, tragédie. Paris, Prault 

père, in-8, v. é 1743 1 

46 BoMARE (Valraont de). — Dictionnaire raisonné uni- 
versel d'histoire naturelle, contenant l'his- 
toire des animaux, des végétaux et des miné- 
raux, celle des corps célestes, des météores et 
autres principaux phénomènes de la nature, 

1. Attribué à madame Becc&ri. 

2. Par Liébault. 

3. Par Fyot de La Marche. 

4. Par madame de Boisgiron. 



BIBLIOTHÈQUE DU PBTIT-TRIANON. 415 

Années Vol. 

avec l'histoire et la description des drogues 
simples tirées des trois règnes, etc. ; 3* édit. 
rev. et augm. Lyon, Bruyset, in-8, v. é. . . . 1776 9 
47* BoNNEGARDE (De). — Dictionnaire historique et critique, 

ou Recherches sur la vie, le caractère et les 
mœurs et opinions de plusieurs hommes célè- 
bres, tirées des dictionnaires de MM. Bayle et 
Ghaufiepied. Lyon, Barret, in-8, v. é 1771 4 

48 Bos (L'abbé Du). — Réflexions critiques sur la poésie et 

sur la peinture; 7® édit. Paris, Pissot, in-l!2, 

v. é 1770 3 

49 BossuET (Jacq.-Bénigne). — Recueil des Oraisons funè- 

bres* ; nouv. édit. rev. et augm. Paris, Saillant- 

Nyon et compagnie, in-12, v. é 1774 1 

50* BouRSAULT. — Lettres nouvelles, accompagnées de fa- 
bles, contes, épigrammes, remarques, avec 
seize lettres amoureuses d'une dame à un ca- 
valier; nouv. édit. Paris, Nice, Le Breton, 
in-12 , V. é 

51 — Théâtre; nouv. édit. rev., cor. et augm. Paris, 

F. Le Breton, in-12, V. é 1725 3 

52* — Artémire et Poliante; nouv. édit. Paris, Nyon 

fils, in-12, V. é 1739 1 

53 — Artémire et Poliante; nouv. édit. Paris, Didot, 

in-12, V. é 1740 1 

54 — Le marquis de Chavigny *. Paris, Nyon fils, in-12, 

V. é .' 1739 1 

55 — Le prince de Condé. Paris, Nyon fils, in-12, v. é. 1739 1 
56* — Ne pas croire ce qu'on voit, histoire espagnole. 

Paris, Le Breton, in-12, v. é 1739 1 

57* BoYARDO (Mathéo-Maria, comte de Scandiano). — Nou- 
velle traduction de Roland amoureux, par Le 
Sage; nouv. édit. Paris, Bailly, in-16, v. é. . 1769 3 
58 Bretonne (Rétif de La). — Le Paysan perverti, ou les 

Dangers de la ville; histoire récente, mise au 
jour d'après les véritables lettres des person- 
nages. La Haye et Paris, Esprit, in-12, v. é. . 1776 4 



1. Manque dans le catalogue de M. P. Lacroix. 

2. Manque dans le catalogue de M. P. Lacroix. 



Af6 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

59* Bretonne (Rétif de La). — La Vie de mon père, par 

Tauteur du Paysan perverti. Neufchàtel et 
Paris, Mérigot, in-12, v. é 1779 1 

60 Brueys et Palaprat. — Œuvres de théâtre, nouv. édit., 

rev. et aug. Paris, Briasson, in-12, v. é. . . 1755 5 

61**Brydone. — Voyage en Sicile et à Malte, traduit de 

Tanglais, par M. Demeunier, nouv. édit., rev. 
Amsterdam et Paris, Delalain, in-12, v. é. . 1781 ± 

62 Buffon (le comte de). — Œuvres complètes. Théorie 

de la terre et les Époques de la nature. Paris, 
Imprimerie royale, in-12, v. é., fig 1774 13 

63 — Œuvres complètes. Animaux quadrupèdes. Pa- 

ris, Imprimerie royale, in-12, v. é., fig. 1775-1777 9 

64 — Histoire naturelle des oiseaux*. Paris, Imprime- 

rie royale, in-12, v. é, fig 1770 14 

65 — Histoire naturelle. Table des matières conte- 

nues dans les Œuvres complètes. Paris, Im- 
primerie royale, in-12, v. é 1779 1 

66 BussY (Roger de Rabutin, comte de). — Lettres, nouv. 

édit. Paris, veuve Delaulne, in-12, v. é. . . . 1737 7 



c 



67* Gailhava. — L'Égoïsme, comédie en cinq actes et en 

vers. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é.. . . 1777 1 

68 — Les Étrennes de l'Amour, comédie-ballet en un 

acte : les paroles sont de M. Gailhava, la mu- 
sique de M. Boyer. Paris, Lejay, in-8, v. é. . 1769 1 

69* — Le Tuteur dupé, comédie en prose, sujet tiré 

de Plante, représentée en 1765, nouv. édit. 
Paris, veuve Duchesne, in-8, v. . é 1778 1 

70* Camoens (Louis). — La Lusiade, poème héroïque sur 

la découverte des Indes orientales, trad. du 
portugais par M. Duperron de Gastera. Paris, 
Rabuty, in-12, v. é 1768 3 

71** Gastres (L abbé Sabatier de). — Dictionnaire de litté- 
rature dans lequel on traite de tout ce qui a 

i. Manque dans le catalogue de M. P. Lacroix. 



BIBLIOTHEQUE DU PETIT-TRIANON. 

rapport à l'éloquence, à la poésie el aux 
belles lettres, et dans lequel on enseigne la 
marche et les règles qu'on doit observer dans 
tous les ouvrages d'esprit. Paris, Vincent, 
in-8, V. é 

72* Camoens (Louis). — La Lusiade, poème héroïque en 

dix chants, nouv. trad. du portugais* ; Notes 
et la Vie de l'auteur. Paris, Nyon l'aîné, in-8, 
V. é. fîg 

73* Gampistron. — Le Jaloux désabusé, comédie en vers, 

représentée en 1709; in-12, v. é 

74* Caylus (le comte de). — Nouveaux contes orientaux. 

Amsterdam et Paris, veuve Merkus et Mérigot, 
in-i2, V. é 

75 Cervantes (Michel de). — L'Histoire de l'admirable et 

incomparable Don Quichotte de la Manche, 
nouv. édit., rev. avec soin sur l'original. Pa- 
ris, veuve Duchesne, in-i2, v. é. fig 

76 — Les principales aventures de l'admirable Don 

Quichotte, représentées en figures par Coypel 
et Picard le Romain, tirées de l'original espa- 
gnol. La Haye et Paris, Bleuet, in-8, v. é., 

fig 

77 Ghabannes (Rochon de). — Œuvres, nouv. édit., rev. 

et cor. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é.. . 
78* — Les Amants généreux, comédie en cinq actes 

et en prose, imité de l'allemand. Paris, veuve 
Duchesne, in-8, v. é 

— L'Amour françois, comédie en un acte et en 
vers. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é. . . ' . 

— Hilas et Silvie, pastorale, avec divertissement, 

représentée en 1769. Paris, veuve Duchesne, 
in-12, V. é 

81* — La Manie des Arts ou la Matinée à la mode, co- 
médie en prose. Paris, veuve Duchesne, in-12, 
V. é 

82 Ghamfort (de). — Mustapha et Zéangir, tragédie. Pa- 
ris, veuve Duchesne, in-8, v. é 



417 

Années Vol. 



1770 3 



1776 2 
1709 1 



1780 2 



1777 4 



1774 

1776 



79* 
80* 



1774 
1779 



1769 



1774 
1778 



1. Par d'HermilIy et La Harpe. 



27 



418 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

83 Ghampmeslé (De).— Œuvres*. Paris, J.-P. Ribou, in-12, 

V. é 1733 2 

84* Chapelle (De La). — Zaïde et Téléphonte, tragédie (le 

volume paraît tiré d'un autre, il commence 
page 211 et finit page 312*), in-12, incorap., 
V. é 1733 1 

83 — Les Amours de Catulle, 3* édit. Paris, veuve Flo- 
rent Delaulne, in-12, v. é 1723 2 

86 — Les Amours de Tibulle, 2* édit. Paris, veuve Flo- 
rent Delaulne, in-12, v. é 1719 3 

87* CnATEAURRUN(De).— Philoctète, tragédie. Paris, Brunet, 

in-12, v.é 1736 1 

88* — Les Troyennes, tragédie représentée en 1734. 

Paris, Cailleau, in-12, v. é 1769 1 

89 Chaulieu. — Œuvres, d'après les manuscrits de l'au- 

teur. La Haye et Paris, in-12, v. é 1777 2 

90 Chaussée (Nivelle de La). — Œuvres', nouv. édit. cor. 

et augm. Paris, Lejay, in-12, v. é 1777 3 

91 Chevrier (De). — Le Colporteur, histoire morale et cri- 

tique. Londres, J. Nourse, s. d., notes au bas 

des pages, in-8, v. é 1777 1 

92* — Mémoires d'une honnête femme écrits par elle- 
même. Londres, in-12, v. é 1733 1 

93 Chompré. — Dictionnaire abrégé de la fable pour l'in- 

telligence des poètes, des tableaux et des sta- 
tues dont les sujets sont tirés de l'histoire poé- 
tique; 12* édit. Paris, Desaint et Nyon, in-16, 
v. é 1778 1 

94 Cleveland. — Le Philosophe anglais*, ou Histoire de 

M. Cleveland, écrite par lui-même et trad. de 
l'anglais; nouv. édit. Londres, Paul Vaillant, 
in-12, fig., v.é 1777 6 

93* Clément. — Médée, tragédie en 3 actes; nouv. édit. 

Paris, Moutard, in-8, v. é 1779 1 

96 Clos (Du). — Considérations sur les mœurs de ce siècle; 

6** édit. Paris, Prault et Durand, in-12, v. é. . 1772 1 

1. Théâtre. 

2. Cette note a été supprimée dans le catalogue de M. P. Lacroix. 

3. Théâtre. 

4. L*auteur est Tabbé Prévost. 



BIBLIOTHÈQUE DU PKTIT-TRIANOX. 410 

Années Vol. 

97 Comte (Florent Le). — Cabinet des singularités d'archi- 

tecture, peinture, sculpture et gravure, ou In- 
troduction à la connaissance des plus beaux 
arts, etc. Paris, Nie. Le Clerc, in-i2, v. é. . . 1699 3 

98 Corneille (P.).— Œuvres. Paris, Gandouin, in-16, v. é. 1759 10 

99 Corneille (T.). .— Œuvres. Paris, veuve Gandouin, 

in-16, V. é 1759 9 

100 Crébillon. — Œuvres* ; nouv. édit., rev., cor. et augm. 

de la Vie de Fauteur. Paris, Libraires asso- 
ciés, in-16, V. é 1772 3 

101 Crébillon fils. — Œuvres complètes de Crébillon fils; 

nouv. édit., rev. et cor. Maëstricht, J.-Edm. 

Dufour et Phil. Roux, in-12, v. é 1777 11 

102* Croix (De La). — Dictionnaire historique des cultes re- 
ligieux établis dans le inonde depuis son ori- 
gine jusqu'à présent, les différentes manières 
d'adorer la Divinité, etc. ; l'histoire abrégée 
des dieux et les sectes et hérésies princi- 
pales, etc.; nouv. édit. Paris, Vincent, in-8, 
V. é., fig 1775-1776 3 

103* — Mémoires du chevalier de Gonthieu. Ams- 
terdam et Paris, Durand, in-12, v. é 1766 1 



D 



104** Dancuet. — Théâtre. Paris, Grange et Le Loup, in-8, 

V. é 1751 4 

105* — Cyrus, tragédie. Paris, P. Hibou, in-i2, v. é. 1706 1 

106 Désorheaux. — Histoire de la maison de Bourbon. 

Paris, de Tlmprimerie royale, in-4, v, é., fig. 1772 2 

107 Despréaux (Nicolas-Boileau)*. — Œuvres, avec des 

éclaircissements historiques donnés par lui- 
même; nouv. édit., rev., cor. et augm. La 
Haye, Isaac Vaillant, in-12, V. é., fig 1722 4 



1. Théâtre. 

2. Cet exemplaire, d*après M. Quentin Bauchart (Bibi. de M, A., aux Tuileries), a 
été vendu 1,000 francs, lors de la seconde vente de M. Léopold Double (Paris, Por- 
quet, 1881). 



420 DOCUMENTS 

Annéer Vol. 

108 Diderot. — Œuvres de théâtre , avec un discours sur 

la poésie dramatique. Paris, veuve Duchesne 
etDelalain, in-12, v. é 1771 2 

109 DiXMERiE (De La). — Contes philosophiques et moraux ; 

nouv. édil., cor. et augm. Londres et Or- 
léans, Couret de Villeneuve, in-i2, y. é. . . 1769 3 

110 — Les Dangers d'un premier choix, ou Lettres 

de Laure à Emilie. La Haye et Paris, Dela- 

lain le jeune, in-12, brochés 1785 3 

111* — Toni et Clairette. Paris, Didot l'aîné, in-i2. 1773 2 
112* DoRAT. — Œuvres de Dorât. La Haye, Paris, in-8, 

V. é., fig [ 1771 18 

113* Duché. — Absalon, tragédie, s. 1. n. d., in-12, v. é. . 1712 1 
114 — Débora*, tragédie tirée de l'Ecriture sainte. 

Paris, P. Ribou, in-12, v. é 1712 1 

115* — Jonathas , tragédie tirée de l'Ecriture sainte, 

par Duché; nouv. édit. Cet ouvrage com- 
mence page 123, in-12, v. é 1712 1 



E 



116 ËCHARD (Laurent). — Dictionnaire géographique, por- 

tatif, ou Description des royaumes, pro- 
vinces, villes, etc.; traduit de l'anglais sur la 
13" édil., avec des notes, addit. et correct, 
considérables, par Vosgien ; nouv. édit. Paris, 
Lib. assoc. , in-8, v. é 1779 1 

117 Enclos (De L'). — Lettres de Ninon de L'Enclos au 

marquis de Sévigné, sa Vie; nouv. édil., rev. 
Amsterdam, Fr. Joly; Paris, Bauche, 1768, 
in-12, v. é 1768 

118* Erban (Le chevalier d')*. — Mémoires. Londres et Pa- 
ris, Duchesne, in-12, v. é 1755 1 

119* Erneville (Madame d')'. — Histoire de madame d'Er- 

ne ville, écrite par elle-même. Londres et 

1. Manque dans le catalogue de M. P. Lacroix. 

2. L'ouvrage est de M. de tïanifey. 

3. L'ouvrage est de M. Maucomble. 



^ 



BIBLIOTHÈQUE DU PBTIT-TRIANON. 421 

Années Vol. V 

Paris, Nic.-Aug. Delalain; Dijon, veuve Coi- , 

gnard, in-i2, v. é 1768 1 

120 ÉvREMOND (De Saint-). —Œuvres, avec la Vie de lau- 

teur par M. Desmaizeaux ; nouv. édit., in-12, 
V. é., fig 1740 7 

121* — Les mémoires de la vie du comte D*** avant 

sa retraite, contenant diverses aventures qui 
peuvent servir d'instructions à ceux qui ont 
à vivre dans le grand monde; in-12, v. é. . 1740 2 



F 

122* Pagan. — L'Étourdorie, comédie en 1 acte et en prose. 

Paris, Duchesne, in-12, v. é 1761 1 

123 — Les Originaux, comédie en prose, représentée 

en 1737. Paris, Duchesne, in-12, v. é 1763 1 

124 — Théâtre et autres œuvres. Paris, N.-B. Du- 

chesne, in-12, V. é 1760 4 

125* Falbaire (De). — Le Fabricant de Londres, drame en 

5 actes et en prose. Paris, Delalain, in-8, v. é. 1771 1 

126 Favart, — Théâtre ou Recueil des comédies, parodies 

et opéras-comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce 
jour, avec les airs , rondes et vaudevilles notés 
dans chaque pièce. Paris, Duchesne, in-8, 
V. é 1763 10 

127 — Les Amours de Bastien et Bastienne, parodie du 

Devin de village, par M. Favart et M. Harny. 
Paris, veuve Delormel et Prault fils, in-8, 
broché 1756 1 

128 — — — 1756 1 

129 — La Chercheuse d'esprit*, opéra comique, nouv, 

édit. Paris, veuve AUouet, in-8, broché. . . 1764 1 

130 — — — 1764 1 

131 — — — 1764 1 

132 — — — 1764 1 



1. Je ne sais sur la foi de quel témoiguage M. P. Lacroix dit (p. xxvi), parlant 
de La Chercheuse d'esprit : « On sait que c'était un des rôles favoris de Marie-An- 
toinette,etronn*estpas surpris de rencontrer cinq exemplaires de cet opéra comique 
qui fut représenté plusieurs fois en présence du roi et de iacour auPetit-Trianon. » 
Aucun écrit ou document du temps n'en parle. 



k 



422 DOGUMBMTS. 

Années Vol. 

133 Favart. — La Cliercheuse d'esprit*, opéra comique; 

nouv. édit. Paris, Didot Tainé, in-8, broché. 1778 1 

134 FÉNELON (Fr. de Salignac de La Motte). — Les Aven- 

tures de Télémaque, fils d'Ulysse. Paris, 

veuve Barrois, in-12, V. é., fig 1775 2 

135* Feutry. — Choix d'histoires tirées de Bande! , italien, 

de Belleforest, deBoisteau, dit [jaunay ; nouv. 
édit. Londres et Paris, Bastien, in-12, v. é. . 1779 2 

136* Fèvre. — Cosroès, tragédie en 5 actes et en vers. Pa- 
ris, veuve Duchesne, in-8, v. é 1767 1 

137* — Zuma, tragédie jouée en 1776. Paris, veuve Du- 
chesne, in-8. V. é 1777 1 

138 FiELDiNG. — Amélie, roman, trad. de l'anglois par 

M""" Riccoboni ; nouv. édit. Paris, Humblot, 

in-12, V. é 1773 2 

139 — Aventures de Joseph Andrews et de son ami 

Abrah. Adam, trad. en français par une dame 
anglaise; 2° édit. rev. et cor. Amsterdam, 
Barth. Ulam, in-8, v. é 1775 2 

140 — Tom Jones ou l'Enfant trouvé, imitation de 

l'anglois par M. de La Place, 4'' édit. rev. et 

augm. Londres et Paris, Nyon, in-12, v.é.,fig. 1767 4 

141 Fléchier (Esprit). — Recueil des Oraisons funèbres"; 

nouv. édit. Paris, Saillant, Nyon, etc...., 

in-12, V. é 1774 1 

142 Font (De La). — Théâtre ; nouv. édit. rev. et cor. 

Amsterdam, P. Marteau, in-12, v. é 1746 1 

143 Fontaine (De La). — Œuvres diverses, nouv. édit. 

Paris, Leclerc, in-12, v. é 1758 4 

144* — Contes et Nouvelles en vers. Londres, in-18, 

V. é., fig 1778 4 

145 — Fables choisies, mises en vers ; nouv. édit» rev. 

et augm. de notes au bas des pages. Paris, 

J.-F. Bastien, in-12, v. é 1779 2 

146* — Le Florentin, comédie en vers, représentée en 

1683, s. 1. n. d., in-12, v. é. 1 



1. M. P. Lacroix n*a pas iodiqué cette édition. 

2. Cet exemplaire, d'après M. Quentin Bauchart {fiihU de M, A,, aux Tuikries\ 
appartient aujourd'hui à M. le général de Cools. 



BIBLIOTHÈQUE DU PBTIT-TRIANON. 423 

Années Vol. 

147 FoNTENELLE (De). — OEuvrcs* ; nouv. édii. Paris, Sail- 

lant, etc., in-i2, v. é 1767 11 

148 FRESNE*(La marquise de). — Mémoires, nouv. édit. rev. 

et cor. Amsterdam, Henrj' Seeile, 1702, 1 vol. 

in-12, V. é., fig 1702 1 

149* Fresny (Rivière Du). — Œuvres'; nouv. édit. cor. et 

augm. Paris, Barrois, in-12, v. é 1779 4 

150* FuzELiER. — Momus fabuliste ou les Noces de Vulcain, 

comédie, s. 1. n, d,, in-12, v, é , . 1 



G 

151 Gaillard. — Histoire de François P', roy de France ; 

2* édit. rev. et augm. Paris, Saillant et Nyon, 

in-12, V. é. . . 1769 8 

152 — Histoire de la querelle de Philippe de Valois et 

d'Edouard HI. Paris, Moutard, in-12, v. é. . 1774 4 

153 — Histoire de la rivalité de la France et de l'An- 

gleterre. Parig, Saillant et Nyon, in-12, v. é. 1771 3 

154 — Supplément à l'Histoire de la rivalité de la 

France et de l'Angleterre. Paris, Moutard, 

in-12, v. é 1777 4 

155 Galland. — Les Mille et une Nuits, contes arabes, 

trad. en français. Paris, par la Compagnie 

des libraires, in-12, v. é 1774 6 

156* Gaultier. — Bazile et Quitterie, tragi-comédie. Paris, 

Noël Pissot, in-8, v. é . . 1723 1 

157* Gherardi. — Le Théâtre italien ou le Recueil général 

de toutes les comédies, etc.; édit. nouv. Paris, 
P. Witte, in-12, v.é., fig.T 1738 6 

158 GiRARD(L'abbé).— Synonimesfrançois,leursdifrérentPs 

significations et le choix qu'il en faut faire 
pour parler avec justesse; nouv. édit. augm. 
et enrichie de notes par M. Beauzée. Paris, 
Henrj-, in-12, v. é 1780 2 



1. Oublié dans le catalogue de M. P. Lacroix. 

2. L*auteur est Gatien Des Courtils. 

3. Théâtre. 



424 DOCUMKNTS. 

Années Vol. 

159 GiRECOURT (Le comte de;. — Essai sur l'histoire de la 

maison d'Autriche. Paris, Moutard, in-i2, v. é. 1778 6 

ItK) GoLDOM — Le Bourru bienfaisant, comédie en 3 actes 

et en prose». Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é. 1771 1 

161 GoMEZ (Madame de). — Les Journées amusantes ; 

8* édit., rev. et cor. Amsterdam, Compagnie 

des libraires, in-12, V. é., fig 177:f 4 

162 — Les Cent Nouvelles nouvelles. Paris, de Mau- 

douvt et Sébastien Jorn, in-12, v. é. . 1735-1737 18 

163 — Œuvres mêlées, contenant ses diflérents ou- 

vrages en vers et en prose. Paris, Gui 11. Sau- 

grain, in-12, v. é 1724 1 

164 GoNDEZ* (Madame la comtesse de). — Histoire de la 

comtesse de Gondez, écrite par elle-même. 

Paris, veuve Pissot, in-12, v. é 1751 2 

165 Grafkignv (Madame de). — Lettres d'une Péruvienne; 

nouv. édit. Paris, veuve Dufresne, in-12, v. é. 1773 1 

166 — Œuvres posthumes, contenant Zimian et Ze- 

nise, suivi de Phaza, comédie en 1 acte et 
en prose. Amsterdam et Paris, chez les li- 
braires qui vendent des nouveautés, in-12, v.é. 1770 1 

167 Grand (Le). — Œuvres de Le Grand, comédien ; nouv. 

édit., rev. et augm. Paris, par la Gomp. des 

libraires associés, in-12, v. é 1770 4 

168* Grange (De La). — Amasis, tragédie. Paris, veuve 1\ Hi- 
bou, in-12, V. é 1729 1 

169* — Athénaïs, tragédie: Paris, veuve P. Hibou, in-12, 

V. é 1729 1 

170 Grange (Chancel de La). — Œuvres*. Nouv. édit., rev. 

et augm. Paris, Lib. associés, in-12, v. é . . 1758 5 

171* — Cassius et Yictorinus, martyrs, tragédie chré- 
tienne, tirée de Grégoire de Tours. Paris, 
veuve P. Hibou, in-8, v. é 1733 1 

172* Grécourt. — Œuvres'; nouv. édit., cor. et augm. 

Luxembourg, in-12, v. é 1764 4 

173 Gresset. — Œuvres; nouv. édit., rev. et augm. Lon- 
dres, Edouard Kelmarneck, in-12, v. é. . . 1765 2 

1. L'auteur est mademoiselle deLussan. 

2. Théâtre. 

3. Théâtre. 



BIBLIOTHÈQUE DU PSTIT-TRIANON. 425 

Années Vol. 

174 GuEULLETTE. — Mémoires de mademoiâelle Bonlems 

ou de la comtesse de Marlou. La Hâve, J. 
Neaulme, in-i6, v. é 1749 4 

1 75 Gulliver. — Voyages de Gulliver*, trad. Desfontaines ; 

nouv. édit. Paris, J.-B.-G. Musier fils, in-12, 

V. é 1772 2 



H 



176 Hamilton (Le comte Antoine). — Mémoires du comte 

de Grammont. Londres, in-12, v. é 1776 7 

177 Harpe (De La). — Abrégé de l'histoire générale des 

voyages. Paris, hôtel de Thou, in-8, v. é., fig. 1780 21 

178 — Œuvres. Paris, Pissot, in-8, v. é 1778 6 

179* — i^es Muses rivales, en vers libres, représen- 
tées en 1779. Paris, Pissot, in-8, v. é. . . . 1779 4 

180* — Timoléon, tragédie en 5 actes et en vers. 

Paris, Duchesne, in-8, v. é 1764 1 

181 Hauteroche (Noël Lebreton, s' de). — Théâtre; nouv. 

édit., rev. et cor. Paris, aux dépens de la 

Comp., in-12, v. é 1772 3 

182 Hébert. — Dictionnaire pittoresque et historique, ou 

Descriptions d'architecture, peinture, sculp- 
ture, gravure, histoire naturelle, antiquités 
et dates des établissements et monuments de 
Paris, Versailles, Marly, etc. Paris, Claude 
Hérissant, in-12, v. é. 1766 2 

183 HÉRissAiE (Noël Du Fail, s' de La). — Les Contes et 

discours d'Eutrapel, s. n., in-16, v. é. . . . 1732 2 
184* Hesseln (Robert de). — Dictionnaire universel de la 

France. Paris, Desaint, in-8°, v. é 1771 6 

185 HouLiÈREs (Madame et Mademoiselle Des). — Œuvres; 

nouv. édit., augm. de leur éloge historique. 

Paris, Libraires associés, in-12, v. é 1754 2 

186 HuRTAUT. — Dictionnaire historique de la ville de 

Paris et de ses environs, etc., par Hurtaut et 

Magny. Paris, Moutard, in-8, v. é 1779 2 

1. Chacun sait que l'auteur est le docteur Swift. 



426 DOGUMBNTS. 



Années Vul. 

187 * Jaubert (L'abbé). — Dictionnaire raisonné universel des 

arts et métiers, contenant l'histoire, la des- 
cription et la police des fabriques et manu- 
factures de France et des pays étrangers; 
nouv. édil. Paris, P.-F. Didot le jeune, in-8, 
V. é 1773 5 



188 Ladvocat (L'abbé). — Dictionnaire historique et biblio- 

graphique, portatif, contenant l'histoire des 
patriarches, des princes hébreux, des empe- 
reurs, des rois, etc. ; nouv. édit. Paris, Le- 
clerc, in-8, v. é 1777 3 

189 Lille (L'abbé de). — Les Jardins, ou l'Art d'embellir 

les paysages, poème ; 4® édit. Paris, Valade 

et Gazin à Rheims, in-8, V. é 1782 1 

190* Lïzancourt(P. La Paix de). — Perkin, faux ducd'Yorck, 

sous Henry VII, roy d'Angleterre; nouvelle 
historique. Amsterdam, L'Honoré Châtelain, 
in-12, V. é 1732 1 

191 LussAN (Mademoiselle de). — Annales galantes de la 

cour de Henry II*. Amsterdam, J. Desbordes, 

in-12. V. é 1749 2 

192 — Les Veillées de Thessalie; 3* édit., rev., cor. 

et augm. Paris, veuve Pissot, in-12, v. é. . 1741 2 



M 

193* Mahis (Des). — Les Œuvres; 1" édit. complète, publiée 

d'après ses manuscrits, avec son éloge histo- 
rique par M. de Tresséol. Paris, Humblot, 
in-12, v. é 1778 2 

i. Cet exemplaire, d'après M. Quentin Bauchart (Bibl, de Jf. A., aux Tuileries), 
a été adjugé 92 francs, lors de la vente des livres du comte de La Béraudière (Pa- 
ris, Porquet, 1883). 



BIBLIOTHÈQUK DU PSTIT-TRIANON. 437 

Années Vol. 

194* Mahis (Des). — L'Impertinent, comédie en vers, repré- 
sentée en 1750. Paris, in-8, v. é 1751 1 

195* Mailhol. — Paros, tragédie représentée en 1754. 

Paris, Sébastien Jorr>', in-12, v. é 1754 1 

196* Mairet. — Sophonisbe, tragédie réparée à neuf. Paris, 

veuve Duchesne, in-8, v. é 1770 1 

197 * Marini (Jean-Ambroise). — Les Désespérés, histoire hé- 

roïque ; nouv. trad. de l'italien sur la 10" édit. 
de Venise. Paris, P. Prault, 2* partie*, in-12, 
v. é 1732 1 

198 Marivaux (De). — Œuvres diverses. Paris, Duchesne, 

in-12, V. é 1765 4 

199 — Œuvres de théâtre; nouv. édit. Paris, Du- 

chesne, in-12, V. é 1758 5 

200 — Les comédies. Paris, Briasson, in-12, un pre- 

mier vol. *, V. é 1732 1 

201 — I^a Vie de Marianne, ou les Aventures de la 

comtesse de...; nouv. édit. Paris, Libraires 

associés, in-12, v. é 1781 3 

202 — Le Paysan parvenu, ou les Mémoires de M... 

Paris, veuve Duchesne, in-12, v. é 1764 4 

203* Marmontel. — Bélisaire. Paris, Merlin, in-8, v. é., lig. 1767 1 

204 -^ Contes moraux; dern. édit. Paris, Merlin, 

in-8, V. é., fig 1775 3 

205 — Les Incas, ou la Destruction de l'empire du 

Pérou. Paris, I^acombe, in-8, v. é., fîg. . . 1777 2 

206 — Poétique françoise. Paris, L'Esclapart, in-8, 

V. é 1763 2 

207* Marsange* (Mesdemoiselles de). — Mémoires, Lallaye, 

in-12, V. é . 1757 2 

208 Martimère (Bruzen de La). — Le grand Dictionnaire 

géographique , historique et critique ; nouv. 
édit., cor. et amplement augm. Paris, Lib. 
assoc, in-fol. à 2 colonnes, v. é 1768 5 

209 MATiiANASius'(Le d' Chrysostome). — Le chef-d'œuvre 

d'un inconnu, poème heureusement décou- 



i. M. P. Lacroix a indiqué Texemplaire comme complet. 

2. Attribué à madame de Villeneuve, sans certitude. 

3. Par Thoniiseul de Saint- Hyacinthe. 



428 DOCUMENTS. 

Années Vul. 

vert et mis au jour avec des remarques sa- 
vantes et recherchées; nouv. édit. , augm. 
d'une dissertation sur Homère et sur Chape- 
lain. Londres, in-16, v. é 1758 2 

210* Merville (Guyot de). — Œuvres de théâtre. Paris, 

veuve Duchesne, in-12, v. é 1766 3 

211* MiERRE(Le). — Artaxerce, tragédie; nouv. édit. Paris, 

veuve Duchesne , in-8 , v. é 1778 1 

212* — Hipermnestre, tragédie représentée en 1758. 

Paris, Duchesne, in-12, v. é 1759 1 

213* — Idoménée, tragédie. Paris, Duchesne, in-12, 

V. é. . . 1764 1 

214* — La Veuve du Malabar, ou l'Empire des cou- 
tumes, représentée en 1780. Paris, veuve Du- 
chesne, in-8, V. é 1780 1 

215 MiRONE (De). — Anecdotes vénitiennes et turques, ou 

nouveaux Mémoires du comte de Bonneval, 
depuis son arrivée à Venise jusqu'à son exil 
dans l'île de Chio, au mois de mars 1739. 
Utrecht, Jean Brocdelet, in-8, v. é 1740 2 

216 MoissY (De). — Œuvres de théâtre. Paris, veuve Du- 

chesne, in-12, V. é 1768 1 

217 Molière. — Œuvres, avec remarques grammaticales, 

avertiss. et observ. par M. Bret. Paris, aux 

dépens des Lib. associés, in-12, v. é 1778 8 

218 MoNCRiF (De). — Œuvres; nouv. édit. Paris, Regnard, 

in-12, \\é.,ng 1768 4 

219 Montesquieu (De). — Considérations sur les causes de 

la grandeur des Romains et de leur déca- 
dence; nouv. édit. Dialogue de Sylla et d'Eu- 
crate. Paris, Bailly, in-12, v. é 1771 1 

220 MoNTFLEURY père et fils. — Théâtre; nouv. édit. Pa- 

ris, veuve Duchesne, in-12, v. é 1775 4 

212 * MoNTFLEURY. — Le Bon soldat, comédie en vers. Paris, 

Christophe David, in-12, v. é 1718 1 

222 MoNTPENSiER (Mademoiselle de). — Mémoires; nouv. 

édit. Maëstricht, J.-Edme Dufour et Ph. Roux, 

in-12, v. é 1768 8 

223* MoNVEL (De). — L'Amant bourru, comédie en 3 actes 

et en vers libres. Paris, veuve Duchesne, in-8, 
V. é 1777 1 



BIBLIOTHÈQUE DU PKTIT-TRIANON. 429 

Années Vol. 

224* Morand (De). — Childéric, tragédie représentée en 

1736. Paris, Prault fils, in-8, v. é 1737 1 

223* MoRELL (Sir Charles). — Les Contes des génies, ou les 

charmantes Leçons d'Hiram, fils d'Omar, 
ouvr. trad. du persan en anglais par Sir Ch. 
Morell, et en français sur la traduction an- 
glaise. Amsterdam, Marc-Michel Rey, in-12, 
V. é., fig 1766 3 

226 Motte (Houdar de La). — Œuvres. P.aris, Prault, in-12, 

V. é 1754 11 

227 MoTTEViLLE (De). — Mémoires pour servir à l'histoire 

d'Anne d'Autriche, épouse de Louis XIIL 
Amsterdam, Fr. Changuion, in-12, v. é. . . 1723 5 

228 MouHY (Le chevalier de). — La Paysanne parvenue ; 

nouv. édit. Paris, Prault, in-16, v. é 1777 4 

229* Murât (La comtesse de). — Les Lutins du château de 

Kernosy, nouvelles historiques; nouv. édit., 

rev. et augm. de 2 contes. Leyde, in-12, v. é. 1753 1 
230* — Les nouveaux Contes des fées; nouv. édit., 

cor. Paris, Comp. des libraires, in-12, v. é. 1724 1 



N 



231 Nadal (L'abbé). — Histoire des vestales, ou Traité du 

luxe des dames romaines. Paris, veuve P. Hi- 
bou, in-12, V. é 1725 1 

232 — Œuvres mêlées. Paris, Briasson, in-12, v. é. . 1738 3 

233 Noue (De La). — Œuvres de théâtre. Paris, Duchesne, 

in-12, V. é 1765 1 

234* — La Coquette corrigée , comédie en vers, repré- 
sentée en 1756. Paris, veuve Duchesne, in-12, 
V. é 1776 1 







235* Oisemont (D'). — Laurette, comédie tirée des contes 

de Marmontel, représentée en 1779. Paris, 
Vente, in-8, v. é 1780 



430 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

236 Olbery* (D*). — Mémoires de Lucie d'Olbery, trad. de 

Tanglois par madame de B. G., auteur des 
Lettres de milady Bedfort. Paris, Dehansy 
le jeune, in-12, v. é \ 1770 2 

237 Orléans (Le Père Joseph d). — Histoire des révolu- 

tions d'Espagne depuis la destruction de Vem- 
[)ire des Goths jusqu'à l'entière et parfaite 
réunion des royaumes de Castille et d'Aragon 
en une seule monarchie, rev., contin.etpubl. 
parles PP. Rouillé et Brumoy; nouv. édit. 
Paris, Rollin fils, in-12, \.é.\ 1737 5 

238 Orneval (Le Sage et d'). — Le Théâtre de la foire ou 

l'opéra comique, contenant les meilleures 
pièces recueillies, rev. Paris, P. Gandouin, 
in-12, v.é., fig 1737 11 

239 Ouville(D'). — Les Contes; nouv. édit., augm. Amster- 

dam, Henrj' Des Bordes, in-12, v. é 1732 2 

240 Ovide. — Les Métamorphoses en latin et en français, 

de la traduct. de M. l'abbé Banier, avec des 
explications historiques et des estampes gra- 
vées sur les dessins des meilleurs peintres 
françois, par les soins des sieurs Le Mire et 
Basan. Paris, Le Clerc, in-4, v. é., fig. . . . 1767 4 



241 Palissot. — Œuvres complètes; nouv. édit., rev., 

cor. et augm. Londres et Paris, J.-F. Bastien, 

in-16, V. é 1779 7 

242 Pannard. — Théâtre et œuvres diverses. Paris, Du- 

chesne, in-12, v. é 1763 4 

243 Pavillon (Etienne). — Œuvres, considérablement aug- 

mentées. Amsterdam, Zacharie Châtelain, 

in-12, V. é 1750 2 

244* Pecuantré. — Géta, tragédie, s. 1. n. d., in-12, v. é. 1157 1 
245 Persan (L'abbé). — La Vie de Jérôme Bignon. Paris, 

J.-Th. Hérissant, in-12, v. é 1757 1 

1. L'nulcur est madame Boccari. 



BIBLIOTHÈQUE DU PETIT-TRIANON. 431 

Années Vol. 

246* Perrault (Ch.). — Contes des fées; nouv. édit. Paris, 

Lamy, in-12, v. é., fig 1781 i 

247 Pesselier. — CEuvres de IhéAtre et autres pièces. 

Paris, Prault père, in-8, v. é 1742 1 

248 PÉTRONE, — L'Histoire secrète de Néron, ou le Festin 

de Trimalcion, Irad. de Pétrone; notes his- 
toriques au bas des pages, par Lavaur. Paris, 
Etienne Ganneau et G.-F. Quillon, 2 parties, 
in-12, V. é 1726 1 

249* PiRON (Alexis). — Œuvres complètes, publiées par 

M. Rigoley de Juvigny. Paris, Lambert, in-16, 
V. é 1776 9 

250* — Fernand - Cortès , tragédie. Paris, Duchesne, 

in-12, v. é 1757 1 

251 Place (De La). — Mémoires de Cécile , écrits par elle- 
même. Paris et Francfort, J.-F. Bassompierre 
et J. Van den Berghen, in-12, v. é 1772 2 

252* — L'Orpheline angloise, ou Histoire de Charlotte 

Summers, imitée de l'anglois de M. N. Lon- 
dres et Francfort, J.-F. Bassompierre, in-12, 
V. é 1756 2 

253 — Oronoko, imité de l'anglois; nouv. édit., cor. 

Paris, Sébastien Jorry, in-12, v. é 1756 1 

254 — Théâtre. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é. . . 1772 1 

255 Poisson (Philippe). — Œuvres de théâtre; nouv. édit. 

Paris, Duchesne, in-12, v. é 1766 2 

256 Pope (Alexandre). — Œuvres complètes, trad. en fran- 

çois; nouv. édit, rev., cor. et augm. du texte 
anglois mis à c6té des meilleures pièces, et 
ornée de belles gravures. Paris, Durand, in-8, 
V. é., fig. . . 1780 8 

257 Porte (L'abbé de La). — Le Voyageur françois, ou la 

Connaissance do l'Ancien et du Nouveau- 
Monde; 4* édit. Paris, L. Cellot, in-12, v. é. 
(Le sixième volume manque) 1772-1782 27 

258 Prévost (L'abbé). — Histoire de Marguerite d'Anjou. 

Amsterdam, Fr. Desbordes, in-12, v. é. . . 1740 2 
259* Prezel (De). — Dictionnaire iconologique , ou Intro- 
duction à la connaissance des [leintures, sculp- 
tures, estampes, médailles, pierres gravées, 
emblèmes, devises, etc., avec des descriptions 



432 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

tirées des poètes anciens et modernes; nouv. 
édit. , rev. et augm. Paris, Hardouin, in-8, v. é. 1779 ± 
260* PuisiEux (iMadame de). — Histoire de mademoiselle 

de Terville. Amsterdam et Paris, veuve Du- 
chesne, in-12, v. é 1768 3 

Q 

261* QuÉvÉDO (Dom François de). — Œuvres choisies de 

dom Quévédo, traduites de l'espagnol, en 3 
parties , contenant le Pin Matois , les lettres 
du Chevalier de l'Epargne , la lettre sur les 
qualités du mariage, etc. La Haye et Paris, 
in-12, V. é * 1776 3 

262 QuiNAULT. ^- Théâtre, contenant ses tragédies, etc.; 

nouv. édit., augm. de sa Vie, etc. Paris, 
veuve Duchesne, in-12, v. é 1778 5 

263* QuiNGEY* (Falbaire de). — L'Ecole des mœurs, ou les 

Suites du libertinage, drame en 5 actes et en 
vers. Paris, Didot l'aîné, in-8, v. é 1778 1 



R 

264 Racine. — La Religion, poème; 9" édit., rev., cor. et 

augm. Paris, Desaint et Despilly, in-16, v. é. 1777 1 

265 Racine (Jean). — Œuvres; nouv. édit. Paris, par la 

Comp. des libraires, in-12, v. é 1779 3 

266 Raynal (L'abbé). — Histoire du stathoudérat , depuis 

son origine jusqu'à présent , 6* édit. , in-8, v. é. 1750 2 

267 Réaumur (De). — Mémoires pour servir à l'histoire 

des insectes. Paris, Imprimerie royale, in-4, 

V. é., lig '. 17a4 5 

268 Reboulet. — Histoire du règne de Louis XIV. Amster- 

dam , Zacharie Châtelain , in-12 , v. é. . . . 1756 9 

269 Regnard. — Œuvres; nouv. édit., rev. Paris, Lib. 

assoc, in-12, v. é 1778 J 

270* Restaut. — Principes générau?c et raisonnes de la 

grammaire françoise, avec des observations 



^ 



\, Voy. Falbaire. 



BIBLIOTHÈQUE DU PETIT-TRI ANON. 433 

ADoées Vol. 

sur l'orthographe, les accents, la ponctuation 
et la prononciation, et un abrégé des régies 
de la versification françoise; il'édit., cor. 
et augm. de la Vie de l'auteur. Paris, Lottin 
le jeune, in-12, v. é. .• 1764 1 

271 Retz (Cardinal de). — Mémoires du cardinal de Retz, 

conten. ce qui s'est passé de remarquable en 

France pendant les premières années du régne 

de Louis XIV. Genève, Fabry-Barillot, in-12, . 

V. é 1777 6 

272 RiccoBONi (Madame).— (JKuvres. Paris, Humblot, in-12, 

V. é 1781 8 

273 RicuELET (P.). — Dictionnaire des rimes, où se trou- 

vent les mots et le genre des mots, un traité 
complet de la versification, etc.; nouv. édit., 
rev. et augm. par M. Berthelin. Paris, Lib. 
assoc, in-8, v. é 1781 1 

274 RoBERTSON. — Histoire du régne de l'empereur Charles- 

Quint, trad. de l'anglois. Amsterdam et Pa- 
ris, Saillant et Nyon, in-12, v. é 1771 6 

275 RocHEGUiLHEN (Madame de la). — Histoire des favo- 

rites, contenant ce qui s'est passé de plus 
remarquable sous plusieurs régnes; nouv. 
édit., rev. et augm. Amsterdam, aux dépens 
de la Comp., in-8, v. é., fîg., s. d » 1 

276* RocuELLE (De la). — Le Czar Démet rius, histoire mos- 
covite; 2'^ édit. La Haye, Fr. Vandole, in-12, 
v. é " 1761 1 

277 RoMAGNESi. — (JKuvres de Roniagn*Vi*; nouv. édit., 

augm. de la Vie de l'auteur. Paris, veuve 
• Duchesne, in-8, V. é 1772 2 

278* RoTROU. — Venceslas, tragédie en 5 actes. Paris, 

veuve Duchesne, in-12, v. é 1774 1 

279 Rousseau (J.-B.). — Œluvres; nouv. édit., rev., cor. 

et augm. par M. Seguy. Bruxelles et Paris, 
in-12, v. é \ 1753 4 

280* — La Rivale suivante , comédie en 1 acte et en 

vers, précédée d'un prologue. Paris, Prault 
fils, in-8, v. é. . . '. 1747 1 

1. Théâtre. 

28 



w> 



Q 



434 D0CUMKMT3. 

Années Vol. 

281 * Rousseau (De Genève). — Pygraalion , scène lyrique. 

Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é 1775 1 

282* Ryer (P. Du). — Alcionée, tragédie de Ryer,s. 1. n. d., 

in-12, V. é » 1 



S 



283 Sage (Le). —Le Diable boiteux; nouv. édit., augm. 

d'une Journée des Parques et des Béquilles 
du Diable. Paris, Musier et Fournier, in-12, 
V. é., fig 1779 2 

284* — Histoire d'Estevanille Gonzalez, surnommé le 

Garçon de bonne humeur, tirée de l'espagnol. 
Paris, Musier lils, in-16, v. é 1767 2 

285 — Histoire de Gil Blas de Santillane* ; nouv. édit. 

Paris, Gomp. des libraires, in-12, v. é., lig. 1771 4 

286 — Œuvres de théâtre; nouv. édit., rev. et cor. 

Paris, veuve Duchesne, in-12, v. é 1774 2 

287* Scarron. — Œuvres; nouv. édit., rev., cor. et augm. 

de l'histoire de sa Vie et de ses ouvrages, 
d'un discours sur le style burlesque et de 
quantité de pièces omises dans les édit. pré- 
céd. [Amsterdam , J. Wetstein, in-16, v. é. . 1752 7 
288* Saint-foix (De). — Essais historiques sur Paris; 5^ édit. 

Paris, veuve Duchesne, in-12, v. é 1776 7 

289 — Œuvres de théâtre; nouv. édit., rev., cor. et 

augm. Paris, Gharpenlier, in-12, v. é. . . . 1763 4 

290 Saurin. — Œuvres de théâtre. Paris, veuve Duchesne, 

in-8, V. é 1772 1 

291* Sau VIGNY (De). — Hirza, tragédie représ, en 1767. Pa-* 

ris, veuve Duchesne, in-8, V. é 1767 1 

292* — La Mort de Socrate , tragédie en 3 actes et en 

vers; nouv. édit. Paris, Duchesne, in-8, v. é. 1763 1 
293 Sévigné (La marquise de). — Recueil des lettres à ma- 
dame la comtesse de Grignan, sa fille; nouv. 
édit. augm. Paris, Gomp. des libraires, in-16, 
V. é 1775 8 



V»J 



«-i 



1. Oublié dans le catalogue de M. P. Lacroix. 



BIBLIOTHÈQUE DU PKTIT-TRIANON. 435 

Années Vol . 

294 SivRY (Poinsinet de). — Théâtre, contenant la tragédie 

de Briséis, 3" édit.; la tragédie d'Ajax et la 
comédie d'Aglaé, 2*édit., et trois comédies 
nouvelles du même auteur. Londres et Paris, 
Lacombe, in-8, v. é 1773 1 

295 Sully (Maximilien de Béthune, duc de). — Mémoires, 

mis en ordre avec des remarques au bas des 
pages, par M. L. D. L. D.; nouv. édit., rev. 
et cor. Londres, in-i2, v. é 1778 8 

296 SuzE et Pélisson (La comtesse de la). — Recueil de 

pièces galantes en prose et en vers ; nouv. 
édit. à laquelle on a joint le voyage de Ba- 
chaumont et La Chapelle, les poésies du 
chevalier d'Aceilly ou de Cailly, et les Vision- 
naires, comédie de J. Desmarets. Trévoux, 
par la Gomp. des libraires, in-12, v. é. . . 1741 5 



T 

297 Tacite. — Traduction complète*, avec le latin k cAté. 

Paris, Moutard, in-12, v. é 1779 7 

298 Tasse (Le). — La Jérusalem délivrée, poème; nouv. 

trad.* Paris, J.-B.-G. Musier, in-12, v. é. . 1774 2 

299 TiiuiLLERiE(De La). — Théâtre ; nouv. édit., rev. et cor. 

Amsterdam, P. Marteau, in-12, v. é 1745 1 

300 TiTE-LiVE. — Histoire romaine; trad. en francois, 

avec les suppléments de Freinshemius; 
nouv. édit., rev. et cor. Paris, veuve de 
rOrmel et Brocas, etc., in-12, v. é. 1" dé- 
cade 1770 3 

301 — Histoire romaine , 2* décade , avec les supplé- 

ments de J. Freinshemius; trad. en francois 
par Guérin; nouv. édit., rev. et cor. par 
Gosson. Paris, veuve de TOrmel et Brocas, 
2« décade, in-12, v. é 1771 1 

302 — Histoire romaine; trad. en francois par Guérin. 

Paris, Brocas, in-12, 3* décade, v. é 1769 3 

i. Par l'abbé de La Blettme et le P. Dolleville. 
2. Par Lebrun. 



436 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

303 TiTE-LivE. — Histoire romaine, 4* décade; trad. par 

Cîùérin; nouv. édit., rev. et cor. par Cos- 
son. Paris, veuve de l'Ormel et Brocas, 
in-12, V. é 1771 3 

304* ToRMÈs (Lazarille de)*. — Aventures et espiègleries de 

Lazarille de Tormès, écrites par lui-même; 
nouv. édit. Paris, Gailleau, in-12, v. é., lig. . 1765 1 

305 ToucHES(Néricault Des). — Œuvres dramatiques; nouv. 

édit., rev. et augm. Paris, Lib. associés, in-12, 

V. éc 1774 10 

306 — Le Philosophe marié , ou le Mari honteux de 

l'être, comédie en vers et en 5 actes. Paris, 

aux dépens de la Comp., in-8, broché. . . . 1742 

307 — — — 1742 

308 — — — 1742 

309 — — — 1742 

310 — — — 1742 

311 — — — 1742 

312 TiRPiN. — Histoire de l'Alcoran, où l'on découvre le 

système politique et religieux du faux pro- 
phète et les sources où il a puisé sa législa- 
tion. Londres et Paris, Dehansy, in-12, v. é. 1775 



V 



313 Vadé. — Œuvres, ou Recueil des opéras comiques, 

parodies ou pièces fugitives de cet auteur, 
avec les airs, rondes et vaudevilles notés; 
nouv. édit. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é. 1775 4 

314* Valcourt' (Mademoiselle de). — Mémoires. Amster- 
dam et Paris, Lacombe, in-12, v. é 1767 1 

315 Varmonti (milady de). — Mémoires, trad. ou im. de 

Tanglois par M. le comte de M...' Londres, 
in-12, V. é 1778 1 

i. L*auleur est Di6go Hurtado de Meudoça. 

2. L*auteur est madame la présidente Thyroux d'ArconvUle. 

3. Montagnac 



BIBLIOTHÈQUE DU PETIT-TRIANON. 437 

Années Vol 

316 Vassoh (Michel Le). — Histoire du règne de Louis XIII, 

roy de France; 3" édit., rev. et cor. Amster- 
dam, P. Brunel, in-12, v. é . 1701 25 

317* Vaux (De). — Les Engagements indiscrets, comédie 

en 1 acte et en prose. Paris, Duchesne, in-12, 
V. <^ 1753 1 

318 Vaux (De La). — Sigevart, dédié aux âmes sensibles, 

roman trad. de l'allemand. Genève, Paul 

Barbe, in-8, broché i789 2 

319 Velly (L'abbé). — Histoire de France depuis l'établis- 

sement de la monarchie jusqu'à Louis XIV. 

Paris, Saillant et Nyon, in-12, v. é. . . 1769-1781 28 

320 Vertot (L'abbé de). — Histoire des chevaliers hos- 

pitaliers, chevaliers de Malle; nouv. édit., 
augm. des statuts de l'ordre. Paris, Rabuty, 
in-12, V. é 1772 7 

321 — Révolutions de Portugal ; nouv. édit., rev. et 

augm. Paris, Lib. assoc, in-12, v. é 1773 1 

322 — Histoire des révolutions arrivées dans le gou- 

vernement de la République romaine. Paris, 

Bailly, in-12 , v. é 1778 3 

323 — Histoire des révolutions de Suéde, où l'on voit 

les changements qui sont arrivés dans ce 
royaume au sujet de la religion et du gou- 
vernement; nouv. édit. Paris, Nyon, v. é. . 1768 2 
324* ViLLEDiEU (Madame de). — Œuvres. Paris, Roslin 

fils, in-12, V. é 1741 12 

325 Virgile. — Les Géorgiques de Virgile, traduction nou- 

velle en vers françois, avec des notes par 
M. de Lille; 4« édit., rev. et cor. Paris, Ble- 
net, in-8, v. é., fig I77O 1 

326 V01SENON (L'abbé de Fusée de). — Œuvres de théâtre ' . 

Paris, Duchesne, in-12, v. é 1753 l 

327 Voltaire (De). — Œuvres complètes. Soc. litt. typog., 

in-8, broch. Tome 1 jusq. et compris le 
15" tome; depuis le 17** jusq. et compris le 22* 
tome; depuis le 24'' jusq. et compris le 51« 
tome ; depuis le 54° jusq. et compris le 69* ; im- 
parfait : les tomes 16% 23», 52" et 53" manquent, 1 784 65 

1. Oublié dans le catalogue de M. P. Lacroix. 



438 DOCUMENTS. 

Années Vol 

328 Voltaire (De). — Théâtre complet, le tout rev. et cor. 

par l'auteur même. liausanne, Fr. Grasset et 
comp., in-8, v. é ill± 8 

329* — Brulus, tragédie; nouv. édit., rev. et cor. par 

l'auteur. Paris, Prault fils, in-8, v. é 1736 1 

3^W)* — La Mort, de César, tragédie, rev., cor. et augm. 

par l'auteur, avec un avertis, et une lettre à 
ce sujet. Londres et Paris, J.-B.-C. Bauche, 
ln-8, V. é 1736 1 



\y 



331 * W OODWILL (Miss). — La Destinée , ou Mémoires de 

lord KilmarnofT, trad. de l'anglois j)ar d'Or- 
ville. Paris, Amsterdam, Cl. Hérissant, in-12, 
V. é 1766 

332 Wailly (De). — Dictionnaire portatif de la langue 

françoise, extrait du grand dictionnaire de 
P.Richelet,contenanttouslesmotsusités,etc.; 
nouv. édit. Lyon, P. Bruyset-Ponthus , in-8, 

V. é . . . . !^ 1780 

333* Wakefield*. — Le Ministre de Wakefield , histoire 

supposée, écrite par lui-même. Londres et 
Paris, Pissot et Desaint, in-i2, v. é 1767 



334* Yart (L'abbé). -— Idée de la poésie angloise, ou Tra- 
duction des meilleurs poètes anglois qui n*ont 
point encore paru dans notre langue, etc., 
avec un grand nombre d'anecdotes et de 
notes critiques. Paris, Briasson, in-12, v. é. 1753 8 

335 YouNG. — Les Nuits, trad. de l'anglois par Le Tour- 
neur; 3* édit. Paris, Le Jay, in-16, br. . . . 1770 2 



i. Par Goldsmith. La traduction est de Rose et de madame de Montesaoa. 



BIBLIOTBÂQUB DU PBTIT-TRIANON. 439 



• 



ANONYMES 



HISTOIRE 

Années Vol 

336 Alzarac', ou la Nécessité d'être inconstant. Cologne 

et Paris, Charpenlier, in-12, v. é 1762 1 

337 Traduction libre d'Amadis de Gaule, par M. le comte 

de Tress"; nouv. édit. Amsterdam et Paris, Pissot, 

in-i2 1780 2 

338 Anecdotes du xvi'' siècle*, ou Intrigues de cour politi- 

ques et galantes, avec les portraits de Charles IX, 
Henri III et Henri IV. Amsterdam, aux dépens de la 

Comp., in-12, v. é 1741 2 

339* Almoran et Hamet*, Anecdotes orientales; 2 parties. 

Londres, in-12, v. é. 1763 1 

340 Anecdotes arabes", américaines, chinoises, ecclésias- 

tiques, espagnoles, francoises, germaniques, afri- 
caines, romaines, du Nord, orientales et des répu- 
bliques. Paris, Vincent, in-8, v. é 1772 18 

341 Anecdotes secrètes des règnes de Charles VIII et de 

Louis XII*; notes historiques au bas des pages. La 

Haye, F. Neaulme, in-12, v. é. . . 1741 1 

342 L'Esprit de Henri IV\ ou Artecdotes les plus intéres- 

santes, et quelques lettres de ce prince; nouv. édit., 

augm. Paris, Prault, in-8, v. é 1775 1 

343* Anecdotes galantes et tragiques de la cour de Néron". 

Paris, P. Michel, Huart, in-12, v. é 1735 1 

344* Anecdotes politiques et galantes de Samos et de La- 

cédémone". La Haye, J. Neaulme, in-i2, v, é . . . 1744 1 



1. Par madame de Puisieux. 

2. Tressan. 

3. Par mademoiselle de La Force. 

4. L'original est en anglais, de Hankesworth. 

3. Par J.-F. de La Croix, Dubois-Fontenelle, J. Castillon, etc. 

6. Par Lesconvel. 

7. Par Prault. 

8. Par d'Auvigny. 

9. Par Menin. 



440 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

345* Le sire d'Aubigny', nouvelle historique. Paris, Barth. 

(juérin, in-12, \\é ifiîW 1 

346* Les Aventures dAhdalla*, ou son voyage dans Tlle de 
Borico; trad. de Tarabe; nouv. édit. I^ Haye et 
Paris, J.-B.-G. Musier, in-12, v. é., fig 1773 1 

347* Adrienne', ou les Aventures de la marquise de NN.; 
trad. (W l'italien par M.-D.-L.-G. Milan, Colombs; 
Paris, veuve David, in-12, v. é 17(18 ± 

348 La Vie et lt»s aventures surprenantes de Robinson 
Crusoë*; trad. de langlois*. Paris, Laurent Prault, 
in-12, V. é., lig 1768 1 

349* L'Infortuné Napolitain*, ou les Aventures du seigneur 
Rozelli, qui contienneni l'histoire de sa naissance, 
de son esclavage et de son état monastique, de sa 
prison dans l'Inquisition et des différentes figures 
(|u'il a faites tant en Italie qu'en France et en Hol- 
lande; nouv. édit., rev., cor. et augm. Amsterdam, 
Henry Desbordes, in-14, v. é., lig 1777 i 

350 Aventures galantes \ avec la Feste des Thuileries, ou 
le Bouquet présenté au roy. La Haye, Jean van 
Duren, in-12, v. é 1736 ±' 

351* La Duchesse de Capoue'; nouvelle italienne. Amster- 
dam, in-lî2, V. é 1735 1 

352* Les Amours de Carite et de Polidore*, roman trad. du 

grec. Paris, in-8, v. é 1760 1 

353* La Comédienne fille et femme de qualité*', ou Mé- 
moires de la marquise de..., écrits par elle-même. 
Bruxelles, in-12, v. é 1757 '4 

354* Les Confessions de la baronne de*'..., par elle-même, 

rédigées par M. le C. D. Amsterdam, in-12, v. é. . . 1743 1 



1. Par Lesconvel. 

2. Par SandiBson. 

3. L'auteur est de La Grange. 

4. Par Daniel Foe. 

5. Par Thomiseul de Saint- Hyacinthe et van Effen. 

6. Par l'abbé Olivier. 

7. Par le chevalier de Mailly. 

8. Par J.-B. Née de La Rochelle. 

9. Par l'abbé Barthélémy. 
10, Par de Sainte-Croix. 

il. Par le chevalier de Neuville de Montador. 



BIBLIOTHÈQUB DU PETIT-TRI ANON. 441 

Années Vol. 

355 Les Confessions du comte de..,*; 4* édil. Amsterdam, 

in-12, V. é 1742 1 

356 Acajou et Zirphile', conte. Minutie, in-12, v. é. . . . 1744 1 

357 Les Mille et une heures', contes péruviens ; nouv. édit. , 

rev., cor. et augm. Londres et Paris, Nyon, in-12, 

V. é .' 1759 2 

358 Les Mille et un quart d'heures*, contes tarlares; nouv. 

édit. Paris, in-12, v. é 1753 3 

359 Mirza et Fatmé", conte indien; trad. de l'arabe. La 

Haye, in-12, v. é 1754 1 

360* Contes très mogols*, avec notes, avis, etc., à l'usage 

des deux sexes, par un vieillard quelquefois jeune. 

Lyon, Celicot; Genève et Paris, Valade, in-12, v. é. 1770 1 
361* Pantin et Pantine', conte. Paris, chez tout le monde, 

l'an du bilboquet 35, in-12, v. é 1770 1 

362 Les facétieuses nuitsde Straparole, contenant plusieurs 

beaux contes et énigmes, trad. de l'italien en fran- 
cois par P. de Larivey, cham{)enois. Amsterdam, 
J.-Fréd. Bernard, in-12, v. é 1725 2 

363 Les Contemporaines', ou Aventures des plus jolies 

Jemmes de l'âge présent, recueillies par N.., et pu- 
bliées par Timothée Joly de Lyon, dépositaire de 
ses manuscrits. Leipsick, BUschel, in-12, v. é. fig. 1780 16 

364 Milord Courtenay, ou les Premières amours d*Klisa- 

beth, reine d'Angleterre, s. 1. in-12, v. é 1780 1 

365 Le Danger des liaisons *, ou Mémoires de la baronne de 

Blémon, par madame la M. de S. T. Genève, in-12, 

v. é 1763 3 

366* Le Danger des passions", ou Anecdotes syriennes et 
égyptiennes, trad. nouv. par l'auteur de l'École de 
l'amitié, in-12, v. é 1757 2 

1. Par Duel 08. 

2. Par Duclos. 

3. Le marquis de Pauluiy, cité par M. P. Lacroix, dit qu'il ne connaît paa le 
premier auteur de ces contei^, mais qu'ils ont été achevés par Gueullette. 

4. Par GucuUetle. 

5. Par Sauriii. 

6. Par Mérard de Saint-Just ou J.-H. Marchand. 

7. Par L'Afflchard. 

8. Par Rétif de La Bretonne. 

9. Par la marquise de Saint- Aubin, mère de madame de Genlis. 
10. Par le marquis de Thibouville. 



4^f2 DOCUMBNTS. 

Années Vol. 

367* Dorval*, ou Mémoires pour servir à Fhistoire des 
mœurs du xviii* siècle. Amsterdam et Paris, Mérigot 
le jeune, in-12 1770 2 

368 L'heureux Esclave", nouvelle. Paris, P. Wille, in-i2. 1726 1 

369* Féeries nouvelles'. U Haye, in-12, v. é 1741 2 

370* Le Cabinet des fées par madame de.... *. Amsterdam, 

Marc-Michel Rey,in-12,v.é., fig 1751 8 

371 I^e Cabinet des fées*, ou Collection choisie des Contes 
de fées et autres merveilleux contes. Amsterdam, 
in-8°, broché, Vi^ 1785 8 

372* l^s Femmes militaires*. Relation historique d'une isle 
nouvellement découverte. Amsterdam, aux dé[)ens 
de la Comp., in-12, V. é. fig 1739 i 

373* La Fille entretenue et vertueuse', ou les Progrès de la 

vertu. La Haye et Paris, Dehansy, in-12, V. é. . . . 1774 2 

374* Les illustres Françoises', histoire véritable; nouv. éd. 

cor. Lille, C.-F. Lehoucq, in-12, v. é 1780 4 

375* Les Frères jumeaux', nouvelle historique, tirée de 

l'espagnol. Paris, J.-F. Josse, in-12, v. é 1730 1 

376 La Retraite de la marquise de Gonzanne, contenant 

diverses histoires galantes et vérit. Paris, Etienne 

Ganneau, in-12. v. é. 1734 2 

377 lie Duc de Guise surnommé le Balafré", Paris, Claude 

Barbin, in-12, v. é 1694 1 

378 Albassaï", histoire orientale. Bagdad, Bauche fils, 

in-12, V. é 1753 3 

379* Aben-Muslu, ou les Vrais amis, histoire turque. La 

Haye, in-12, v.é 1757 1 



1. Par Damiou de Gomicourt. 

2. Par Olivier de Vorennes. 

3. Par le comte de Caylus. 

4. Madame d'Aulnoy. 

5. Oublié dans le catalogue de M. P. Lacroix. 

6. Par le chevalier de Saint-Jorry. 

7. Par Rétif de La Bretonne. 

8. Par Robert Challes. 

9. Par Milon de Laval 

10. Par de Brie. 

11. Par mademoiselle Fauque. 



BIBLIOTHÀQUB DU PKTIT-TRIANON. 443 

Années Vol. 

380* Angola*, histoire indienne, ouvrage sans vraisem- 
blance; nouv. éd. rev. Agra, in-8°, v. é 1778 2 

381 Histoire du démêlé de Henri H ", roy d'Angleterre, avec 

Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, etc. 
Amsterdam, Arkstée et Merkus, in-12, v. é 1756 1 

382 Histoire du Parlement d'Angleterre', s. 1., in-8^ v. é. 1750 2 

383 Histoire de mademoiselle de Bagneux*. Paris, Guil. 

de Luynes, in-12, v. é 1690 1 

384* Histoire des princesses de Bohême, par madame X*. 

La Haye, J. Neaulme, in-12, v. é 1749 2 

385 Histoire du maréchal de Boucicaut*, contenant les 
évén. de Charles VI, l'abrégé de l'Histoire du grand 
schisme d'Occident, et ce qui s'est fait en Europe 
depuis 1378 jusqu'à 1415. La Haye, Guil. de Voys, 
in-12, v.é ] \ , 1711 1 

386* Histoire secrète du Ccmnétable de Bourbon', 2* édit. 

Paris, Nie. Gosselin, in-12, v. é 170() 1 

387 Histoire secrète de Bourgogne*. Paris, Damien Beu- 

gnié, in-12, v. é 1710 2 

388* Histoire du comte de (]lare', nouvelle galante. Colo- 
gne, Pierre le jeune, in-12, v. é 1770 1 

389 Histoire anglaise de Mil. Feld", arrivée à Fontainebleau. 

La Haye .et Paris, Duchesne et Musier, in-12, v. é. . 1763 1 

390* Histoire secrète des femmes galantes de l'antiquité". 

Amsterdam, Zacharie Châtelain, in-12, v. é. . . . 1745 6 

391 Histoire du maréchal de La Feuillade", nouvelle ga- 
lante et historique, in-12, v. é 1713 1 



1. Par le chevalier de La Morlière. 

2. Oublié danâ le catalogue de M. P. Lacroix. 

3. Par l'abbé RayDal. 

4. Par Catien des Courtils. 

5. Madame de Saliez d'Alby. 

6. Par de Pilham. 

7. Par Baudot de Juilly. 

8 Par mademoiselle de La Force. 

9. Par L'Afflchard. 

iO. Oublié daus le catalogue de M. P. Lacroix. 
H. Par P. N. Dubois. 
12. Par Gaticu de Sandras des Courtils. 



444 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

392 Nouvel abrégé chronologicfue de l'Histoire de France', 

contenant les événements de notre histoire, depuis 
Clovis jusqu à Louis XIV ; nouv. édit., rev. et augm. 
Paris, Prault et Desaint, in-12, V. é 1775 3 

393 Histoire des derniers troubles de France* sous les 

règnes de Henri III et Henri IV, in-8°, v. é 159ÎI 1 

394* Histoire de S. de Francourt , par M... Paris, Merlin, 

in-i2, V. é 1768 2 

395 L'Esprit de la Fronde', ou Histoire politique et mili- 
taire des troubles de la France pendant la mino- 
rité de Louis XIV. Paris, Moutard, in-12, v. é. . . 1772 5 

390* Histoire du comte de Genevois et de mademoiselle 

d'Anjou. Lyon, Th. Amaury, in-16, v. é 1680 1 

397 Nr)uvelles lettres angloises, ou l'Histoire du chevalier 
Grandisson, par l'auteur de Paméla et de Clarisse*. 
Amsterdam, in-12, v. é 1776 4 

398* Histoire* de très noble et chevaleureux prince Gérard, 
comte de Nevers, et de la très vertueuse et sage prin- 
cesse Eurianl de Savove, sa mve, avec des notes 
crit. et hislor. au bas des pages. Paris, Sébastien 
Ravenel, in-8, v. é 1520' I 

399 Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Les- 
caut*. Amsterdam, aux dépens de la Comp., in-12, 
V. é 1756 2 

400* Lettres angloises', ou Histoire de miss Clarisse Har- 
Idve; nouv. édit., augm. de l'Éloge de Richardson, 
des lettres posthumes et du testament de Clarisse. 
Paris, libraires associés, in-12, v. é., fig 1777 14 

401 L'Heureux retour, histoire espagnole par M. de... 

Londres, in-12, v. é 1747 1 

402* Honny soit qui mal y pense*, ou Histoire des filles cé- 
lèbres du xviii" siècle. Londres, in-12, v. é 1775 3 



1. Par le président Hénault. 

2. Par Pierre Mathieu. 

3. Par Mailly. 

4. Richardson, traduit par Tabbé Prévost. 

5. C'est une reproduction, faite en 1747, de Tédition de 1520. 

6. Par l'abbé Prévost, 

7. Par Richardson. 

8. Par Desboulmiers. 



BIBLIOTHÈQUE DU PETIT-TRI ANON. 445 

Années Vol. 

403 Histoire de miss Honora*, ou le Vice dupe de lui- 
même. Amsterdam et Paris, Durand, in-i2, v. é. . 1766 2 

404* Les Amours de Laïs, histoire grecque, par M. de P.,. 

Gorinthe (Paris), Cuissart, in-i2, v. é 1765 1 

405 Histoire de madame de Luze*, anecdote du règne de 

Henri IV. La Haye, P. de Hondt, in-12. v. ê. . . . 1780 1 
406* Histoire de la princesse Macarie, en deux i)arlies, 

in-12, V. é 1747 1 

407* Histoire de Mélusine', tirée des Chroniques de Poitou, 

et qui sert d'origine à Tancienne maison deLusignan. 

Paris, G. Barbin et Thomas Moëtte, in-16, v. é.. . . 1698 2 

408* Rhinsault et Sapphira, histoire tragique, avec les 

Quatre fleurs, conte. Paris, Prault, in-12, v. é. . . 1736 1 

409 Saroutaki et Alibek, histoire traduite du persan. L'o- 
rient, aux dépens de la Gomp., in-12, v. é. , . . . 1752 1 
410* Histoire de la comtesse de Savoye*, in-12, v. é. . . . 1726 1 

411* Semelion', histoire véritable, in-12, V. é 1722 1 

412 Histoire du chevalier du Soleil*, de son frère Rosi- 
claire et de leurs descendants; Irad. libre et abrég. 
de l'espagnol, avec la conclusion tirée du Roman 
des romans du sieur de Verdier. Amsterdam et Pa- 
ris, Pissot, in-12, v. é 1780 2 

413* L'Amitié scythe, ou Histoire secrète de la conspiraticm 

de Thèbes. Paris, Vente, in-12, v. é 1767 1 

414 Histoire du vaillant chevalier Tiran le Blanc ; trad. de 

Tespagnor. Londres, aux dépens de la Gomp,, 

in-12, V. é 1775 3 

415 Histoire du prince Titi"; 4* édit. Paris, veuve Pissot, 

in-12, V. é 1752 3 

416* Histoires tragiques et galantes. Paris, Briasson, in-12, 

V. é., fig 1731 3 

1. Par Lefèvre de Beau vrai. 

2. ParDuclos. 

3. Par Nodot. 

4 Par la comtesse de Fontaine-Marlel. 

5. Par le marquis de Belle-Isle. 

6. Par Torcher de Boismêlé. 

7. Par le comte de Caylus. 

8. Par Th0miseul de Saint-Hyacinthe. 



446 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

417* Histoire de Tullie, fille de Cicéron, par une dame*. 

Paris, P. Praull, in-12, v. é 1726 1 

418 Les Amours d'Ismène et d'Isménias*. La Haye, in-12, 

V. é.,fig 1743 1 

419 Le Doyen de Killerine*, histoire morale composée sur 

les mémoires d'une illustre famille d'Irlande, et 
ornée de tout ce qui peut rendre une lecture utile 
et agréable, par l'auteur des Mémoires d'un homme 
de qualité; nouv. édit. Lille, J.-B. Henry, in-12, 
V. é., fig 1771 3 

420* Maria, ou les véritables Mémoires d'une dame illustre 
et trad. de l'anglois. Londres et Paris, Bauche et 
L. Cillot, in-12, v. é 1765 2 

421* Les Mémoires secrets de la cour de Charles VII, rov 

de France, parM. de...* Paris, P. Hibou, in-i2, v. é, 1700 2 

422* Mémoires et aventures d'une dame de qualité qui s'est 
retirée du monde'. Amsterdam, P. Erialed, in-12, 
v. é 1772 3 

423 Mémoires instructifs* : 1** sur la \>acance du trône im- 

périal ; 2** les droits des électeurs de l'Empire ; 3® la 
capitulation impériale; 4* l'élection, le serment et 
le couronnement; 5° addition de la capitulation 
perpétuelle et du suffrage de Bohême, par le baron 
de D... Amsterdam, P. Mortier, in-16, v. é 1745 1 

424 Mémoires et aventures d'un homme de qualité qui 

s'est retiré du monde', nouv. édit. rev. et augm. 
Amsterdam et Paris, Martin Desaint, in-i2, v. é. . 1756 6 
425* Les Désordres de l'amour", ou les Etourderies du che- 
valier de Brières ; mémoires secrets contenant des 
anecdotes historiques sur les campagnes de 
Louis XIV et de Louis XV, par l'auteur des Mé- 
moires de Cécile. Amsterdam et Paris, Cailleau, 
in-12, V. é 1768 i 



1. La marquise de Lassay. 

2. Par de Beauchamps. 

3. Par l'abbé Prévost. 

4. Calherine Bedacier, veuve Durand. 

5. Par l'abbé Lambert. 

6. Par Jean Roussel. 

7. Par l'abbé Prévost. 

8. Par mesdemoiselles Guichard et de La Place. 



BIBLIOTHÈQUR DU PETIT-TRIANON. 447 

Année» Vol. 

426* Mémoires pour servir à l'histoire de Malthe*, ou His- 
toire de la jeunesse du commandeur de... Amster- 
dam, F. Desbordes, in-i2, v. é 1741 1 

427 * La princesse de MontpensierV Amsterdam, in-16,v. é. 1723 1 

428* La comtesse de Mortane*, par M"'... Paris, veuve Gi.. 

Barbin, in-16, v. é 1699 2 

429* Les Préjugés trop bravés et trop suivis, ou les Mé- 
moires de M"* d'Oran, par M"**.,. Londres, in-12, 
V. e 1 ioo 1 

430* Mémoires de M. de Poligny, dédiés à M. de Voltaire, 

par M"*... La Haye, Isaac Bauregard, in-12, v. é. 1749 1 

431 Mémoires en forme de lettres de deux jeunes per- 
sonnes de qualité, par l'auteur du Danger des liai- 
sons'. La Haye et Paris, Robin, in-12, v. é 1765 2 

432* Mémoires de M"' la comtesse de*... avant sa retraite ; 

nouv. édit., in-12, v. é 1740 1 

433 * Nouvelles africaines'. Paris, Claude Barbin, in-12, v. é. 1673 l 

434 Les Deux orphelins', histoire angloise. Londres et Pa- 

ris, Pissot, in-12, v.é 1769 1 

435* Édéle de Ponthieu, nouvelle historique*. Paris, Noël 

Pissot, in-12, v. é 1723 1 

436* Recueil de romans historiques**. Londres, in-12, v. é. 1746 2 
437 Les Galanteries des rois de France". Gologne, P. Mar- 
teau, in-16, V. é , » 3 

438* Le Roman du jour pour servir à l'histoire du siècle'". 

Londres, in-8, v. é 1754 1 

439* Le Siège de Galais", nouvelle historique, 3" édit. La 

Haye, J. Neaulme, in-12, v. é 1739 1 

\ . Par l'abbé PrévoaU 

2. Par la comlesse de La Fayette et Jean Renaud de Segrais. 

3. Par madame Durand. « 

4. Par mademoiselle Fauque. 

5. La marquise de Suint- Aubin, remariée au baron d'Andlaw. 

6. Par la comtesse de Murât. 

7. Par Le Noble. - , 
8 Par Robert Challes. 

9. Par le commandeur de Vignacoiir de La Vieuville. 

10. Par Tabbé Lenglet du Freanoy. 

11. Par Sauvai. 

12. Par le chevalier d*Arcq. 
1.3. Par madame de Tencin. 



448 DOCUMENTS. 

Anoéet Vul 

440* S^iphic. par M. D. B*. I^ Haye el Paris, Hochereau, 

in-12, V. é 1756 i 

441 * Milord Stanley', ou le Criminel vertueux. Cadix, in-li, 

V. é. . . / 1747 i 

442* Le Succt's d'un fat*, nouvelle. Avignon el Paris, L. Ks- 

clapart, in-12, v. é 1762 i 

443 l^es Effets surprenants de la Sympathie, ou les aven- 
tures de*... Paris, veuve Duchesne, in-12, v. é. . . 1781 2 

444* Tarsis et Zélie"; nouv. édit. Paris, Musier (ils, in-8, 

V. é., Vig 1774 3 

443 Amours de ïhéagènes et Chariclée*, histoire éthio- 

pique. Paris, Coutelier, in-12, v. é 1757 1 

446* I^a^Vie du fameux père Nortbert, ex-capucin, connu 
sous le nom de Tahlié Plalel, par l'auteur du Col- 
porteur \ Londres, J. Nourse, in-12, v. é 1762 i 

447 \V»yage d'Alcimédon", ou Naufrage qui conduit au 

port, histoire plus vraie que vraisemblable. Ams- 
terdam, in-12, v. é 1759 1 

448 * Voyage merveilleux du prince Fanferedin dans la Ho- 

mancie*, contenant plusieurs observations histo- 
riques, géographiques, physiques, critiques et mo- 
rales. Paris, P. -G. Le Mercier, in-12, v. é 1755 1 

449 Voyages et aventures du comte de... et de son lils. 

Amsterdam, P. Marteau, in-12, v. é 1745 3 

1. Par Desbicz. 

2. Par le chevalier de La Morlière. 

3. Par madame Abeille de Kéralio. 

4. Par .Marivuux. 

"). Par Le Voyer de Boutigny. 

6 Traduit d'Héliodore par l'abbé de Fonteuu. 

7. Par Chevrier. 

8. Par le comte de Marligny. 

9. Pnr le père Bougeaut. 



BIBLIOTHàQUB DU PKTIT-TRIAKON. 449 



SCIENCES ET ARTS 

Années Vol. 

450 Anecdotes des beaux-arts*, contenant tout ce que la 

peinture, la sculpture, la gravure, etc., offrent de 
plus curieux et de plus piquant, etc., par M... Paris, 
J.-F. Bastien, in-8, v. é 1776-1780 3 

451 Anecdotes dramatiques", contenant toutes les pièces 

de théâtre , etc. ; un tableau , accompagné d'anec- 
dotes, des théâtres de toutes les nations. Paris, veuve 
Duchesne, in-8, v. é 1775 3 

452* Bibliothèque de campagne', ou les Amusements du 
cœur et de Tesprit. Amsterdam et Paris, veuve Du- 
chesne, in-12, V. é 1767 24 

453* Nouvelle bibliothèque de campagne, ou Choix d'épi- 
sodes intéressants et curieux, tirés des meilleurs ro- 
mans, tant anciens que nouveaux. Amsterdam et 
Paris, Ghanguion et Le Jay, in-12, v. é 1776 10 

454* Bibliothèque choisie et amusante*. Amsterdam, aux 

dépens de la Comp., in-12, v. é 1749-1750 6 

455 Bibliothèque historique à l'usage des dames*, conte- 

nant un catalogue raisonné de tous les livres néces- 
saires pour faire un cours complet d'histoire en 
langue françoise. Paris, Moutard, in-8, v. é 1779 2i 

456 Nouvelle bibliothèque d'un homme de goût", ou Ta- 

bleau de la littérature ancienne et moderne, étran- 
gère et nationale. Paris, in-12, v. é 1777 4 

457 Bibliothèque universelle des romans', ouvrage pério- 

dique, dans lequel on donne l'analyse raisonnée des 
romans anciens et modernes, françois ou trad. dans 
notre langue, avec des anecdotes et des notices, etc. 
Paris, Demonville et Gueffîer, in-12, v. é. . . 1775-1780 44 



1. Par NougoreU 

2. Par l'abbé de La Porte. 

3. Par Tabbé de La Porte. 

4. Par du Port du Tertre. 

5. Par le marquis de Paulmy et ConiaDt d'Onrille. 

6. Par l'abbé de La Porte. 

7. Par le marquis de Paulmy. 

29 



450 DOCUMENTS. 

Années Vu! . 

458 Dictionnaire d'anecdotes* et de traits singuliers et ca- 
ractéristiques, historiettes, bons mots, naïvetés, etc.; 
nouv. édit. augm. Paris, Lacombe, 2 tomes en 1 vol. 
in-8,v.é 1707 i 

459* Dictionnaire des origines*, découvertes, inventions et 
établissements, ou Tableau historique de Torigine et 
du progrès de tout ce qui a rapport aux arts et aux 
sciences, aux modes, etc., par une société de gens 
de lettres. Paris, Moutard, in-8, V. é 1777 3 

460 Dictionnaire théorique et pratique de chasse et de pè- 

che'. Paris, J.-B.-G. Musier fils, in-8, v. é 1769 2 

461 Dictionnaire dramatique*, contenant l'histoire des 

théâtres, les règles des genres dramatiques, les ob- 
servations des maîtres les plus célèl>res, etc. Paris, 
Lacombe, in-8, v. é 1776 3 

462* Dictionnaire historique des mœurs, usages et cou- 
tumes des François, contenant aussi les établisse- 
ments*, etc. Paris, Vincent, in-8, v. é 1767 3 

463* Dictionnaire historique portatif des femmes célèbres*. 

Paris, L. Gellot, in-8, v. é 1769 2 

464* Dictionnaire généalogique, héraldique, chronologique 
et historique-, contenant l'origine de l'état actuel 
des premières maisons de France, des maisons sou- 
veraines et principales de l'Europe, les noms des 
provinces, villes, terres, etc., érigées en princi- 
pautés, duchés, etc., par M. D. L. G. D. B'. Paris, 
Duchesne, in-8, v. é 1757-1765 7 

465* Dictionnaire portatif des faits et dits mémorables de 
l'histoire ancienne et moderne". Paris, Vincent, in-8, 
V. é 1768 2 

466* Nouveau dictionnaire historique*, ou Histoire abrégée 



1. Par Jacques Lacombe. 

2. Pur Sabatier de Castres et Préfort. 

3. Oublié daus le catalogue de M. P. Lacroix. Par Delisle de Sales. 

4. Oublié dans le catalogue de M. P. Lacroix. Par de La Porte et Chauifort. 
5* Par de La Chesnaie des Bois. 

6. Par J.-F. de La Croix. 

7. De La Chesnaie des Bois. 

8. Par J.-F. de La Croix. 

9. Par ChaudoD. 



BIBLIOTHÈQUE DU PBTIT-TRIANON. 451 

Année* Vol. 

de tous les hommes qui se sont fait un nom par le 
génie, les talents et les vertus, les erreurs, etc., de- 
puis le commencement du monde jusqu'à nos jours, 
par une société de gens de lettres; 4* édit., enri- 
chie d'augm. Caen et Paris, G. Le Rf)y et Le Jay, 
in-8, v..é ' 1779 fi 

467 Idem\ — - 1779 (5 

468 Dictionnaire des |K)rtraits historiques, anecdotes et 

traits remarquables des hommes illustres*. Paris, 
Lacombe, in-8, v. é 1768 3 

469* Dictionnaire historique et géograpiiique portatif de 
l'Italie', contenant une description des royaumes, 
des républiques, états, etc., ensemble l'histoire des 
rois, papes, écrivains, artistes, guerriers, etc. Paris, 
Humblot et Nyon, in-8% v. é 1777 2 

470* Nouveau Dictionnaire universel et raisonné de méde- 
cine, de chirurgie et de Fart vétérinaire, contenant 
ries connaissances étendues sur toutes ces parties, etc . , 
par une Société de médecins*. Paris, Hérissant le 
fils, in-8^ V. é 177i 6 

471 Dictionnaire portatif de mythologie* pour l'intelli- 
gence des poètes, de l'histoire fabuleuse, des monu- 
ments historiques, des bas-reliefs, des tableaux, etc. 
Paris, Briasson, in-8°, v. é 1765 2 

472* Dictionnaire des passions, des vertus et des vices, ou 
Recueil des meilleurs morceaux de morale pratique, 
tirés des auteurs anciens et modernes, étrangers et 
nationaux, [)ar l'auteur des Trois siècles de la litté- 
rature*. Paris, Laporte, in-8", v. é 1767 2 

473 Dicticmnaire poétique portatif qui contient l'histoire 
des dieux et des héros de Fantiquité payenne, par 
M. B....'. Paris, Nvon, in.8^ v. é. . . /. 1759 1 



1. M. P. Lacroix n'iadique qu'un exemplaiiv 

2. Par Lncombe de Prézel, 

3. Par Maison de Morvilliei-î». 

4. Par Nicolas, Démarque et de Ln Sorvoli*. 

5. Par TabW» de Claustre et Richer. 

6. Sticotti et Sabatier de Caatn^s. 

7. Bilhard. 



452 DOCUMENTS. 

AonéM Vo!. 

474* Dictionnaire des proverbes François* el des façons de 
parler comiques, burlesques et familières, etc., avec 
les explications et les étymologies les plus réser- 
vées. Paris, Savoye, in-S**, v. é 1749 i 

475 Dictionnaire portatif de santé*. Le premier volume 

contient l'introduction, le 4* le Dictionnaire portatif 

de chirurgie. Paris, Vincent, in-8*, v. é 1772-1777 4 

476 * Encyclopédie*, ou Dictionnaire raisonné des sciences, 

arts el métiers, par une Société de gens de lettres, 
mis en ordre et publié par M. Diderot, et, quant à 
la partie mathématique, par M. d'Alembert, édit. 
conforme à celle de Pellet. Lausanne, Société typo- 
graphique, in-8% V. é, à 2 col 1778 72 

477 Recueil de planches pour la nouv. édition du Diction- 

naire raisonné universel des sciences, arts et mé- 
tiers, avec leur explication. Lausanne et Berne, 
Société typographique, in-4°, v. é., fîg. à 2 col. . 1779 3 

478 L'Elève de la nature*, nouv. édit. augm. d'un volume. 

Lille, Le Houcq,in-12,v. é.,rig 1778 3 

479 Les Tours de maître Gonin*. Amsterdam, Le Renard, 

in-12, V. é 1713 2 

480* Grammaire générale raisonnée, contenant les fonde- 
ments de l'art déparier*, 3* édit. Paris, Praultpére, 
in-12, v.é 1768 i 

481 Les Trois siècles de la littérature francoise, ou Tableau 

de l'esprit de nos écrivains depuis François I" jus- 
qu'en 1779, par M. l'abbé.... \ de Castres; 4'' édit. 
augm. La Haye el Paris, Moutard, in-12, v. é. . . 1779 4 

482 Le Monde moral, ou Mémoires pour servir à l'histoire 

du cœur humain, par M....*, Genève, in-12, v. é. . 1760 4 
183 La Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit, 

dialogues; nouv. édit. Paris, Lib. associés, in-i2,v. é. 1771 1 



i. Par Joseph Panckouke. 

2. Par Ch.-A. Vandenuonde. 

3. Cel ouvrage est à la bibliothèque du lycée de Versailles. 

4. Par de Beaurieu. 

5. Par l'abbé Bordelou. 

6. Par Lancelot et Aniauld. 

7. Sabatier. 

8. L'abbé Prévost. 



BTBLIOTHÉQUB DU PSTIT-TRIÂNON. 453 

Années Vol. 

484 La Philosophie du bon sens, ou Réflexions philosophi- 

ques sur l'incertitude des connaissances humaines ; 

nouv. édit. augm. La Haye, P. Paupie, in-12, v. é. 1768 2 

485 Galerie de portraits*, ou Portraits des hommes illus- 

tres qui ont paru depuis les Romains, tirés des plus 
célèbres auteurs francois. Paris et Dijon, Delalain 

et veuve Coignard de La Pinelle, in-8°, V. é 17G8 1 

48G La Promenade utile et récréative de deux Parisiens en 

105 jours. Avignon et Paris", Vente, in-12, v. é. . . 1768 2 

487 Voyage pittoresque des environs de Paris, ou Descri|)- 

tion des maisons royales, châteaux et autres lieux 
de plaisance, situés à 15 lieues aux environs de 
Paris, par M. D'., 4* édit. corrig. et augm. Paris, 
de Bure l'aîné, in-12, v. é 1779 1 

488 Voyage pittoresque de Paris, ou Indication de ce qu'il 

y a de plus beau dans cette ville en peinture, sculp- 
ture et architecture, par M. D*.; 6* édit. Paris, Fr. de 
Bure, in-12, v. é., fig 1778 1 



BELLES-LETTRES 



489* Almanach des gens d'esprit par un homme qui n'est 
pas sot", pour l'an 1763 et le reste de la vie. Tou- 
jours à Londres, chez l'éternel M. J. Nourse, in-12, 
V. é 1763 1 

490* Almanach des Muses*; 2* édit. l*aris, Delalain. Cet ou- 
vrage commence en Tannée 1765 et finit en 1782; 
in-8, V. é 1769-1782 18 

491 L'Amour à Tempe', pastorale erotique en 2 actes et 

en prose, s. 1. n. d., in-8, v. é 1769-1782 1 



1. Par Lacombe de Prézel. 

2. Par Brussel. 

3. D'Argenville. 

4. D'Argenville. 

5. Chevrier. 

6. Publié par Sautereau de Marsy. 

7. Par de Chaumont. 



'ib4 DOCUMKNTS. 

Années V'oi. 

4Î>2 Les Amours pastorales de Daphnis' et Chloé, in-^, 

V. é., fig 17i5 I 

4î)3* Amusements des dames*, ou Recueil d'histoires ga- 
lantes, tirées des meilleurs auteurs de ce siècle. ï^ 
Haye, aux dépens de la Comp., in-16, v. é 17tJ3 8 

4114 Amusements des eaux d'Aix-la-Chapelle, enrichis de 
t ai lles-f louées qui représentent les vues et perspec- 
tives de cette ville et de ses bains, fontaines, églises 
et édifices publics, par l'auteur des Amusements des 
eaux de Spa*. Amsterdam, P. Mortier, in-12, v. é. 1736 3 

4ÎI5* Amusements des eaux de Spa*; nouv. édit. Amster- 
dam, P. Mortier, in-16, v. é., fig 1752 4 

496 Anthologie Françoise*, ou Chansons choisies depuis le 

xiii* siècle jusqu'à présent, in-8, v. é., fig 4765 4 

497* Le Chansonnier François, ou Recueil de chansons, 
ariettes, vaudevilles et autres couplets choisis, avec 
les airs notés à la fin de chaque recueil, s. 1., 
in-12, v. é 1765 16 

498* Le petit Chansonnier François, ou Choix des meilleures 
chansons, sur des airs connus; 2* édit. Genève et 
Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é. . . . ; 1780 2 

499* Les Adieux du goût*, comédie en vers, représentée 

en 1754. Paris, veuve Duchesne, in-12, v. é 1754 1 

500* Aphos^ comédie en 1 acte et en vers. Paris, Prault fils, 

in-8, V. é 1748 4 

501* L'Aveugle par crédulité*, comédie en 1 acte et en 

prose. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é 1778 1 

502* Le Bienfait rendu', ou le Négociant, comédie en vers, 
représentée en 1763; nouv. édit. Paris, veuve Du- 
chesne, in-8, V. é 1763 1 



i. Oublié dans le catalogue de M. P. Lacroix. 

2. Par Cbevrier, d'Argout et autres. M. P. Lacroix n'indique que 2 volumes. 

3. Voir le numéro suivant. 

4. Par Limbourg. 

5. Publié par .Monet. 

6. Par Pattu et Portclance. 

7. Par Boragué. 

8. Par Nie. Fouruel. 

9. Par Dampierre. 



503* 

504 

505* 



500* 
507* 
508* 
509* 
510* 
511* 
512* 
513* 
514 



515* 



BIBLIOTHEQUE DU PETIT-TRIANON. 

Le Caprice*, ou l'Epreuve dangereuse, comédie en 

prose représentée en 1762. Paris, Rozel, in-12, v. é. 
Les Déguisements, comédie en prose, en lacté. Paris, 

Cailleau, in-8, broché 

Le Divorce de l'amour et de la raison, comédie, suite 

du Nouveau monde, par M * Ce volume parait 

tiré d'un autre; il commence page 331; in-12, v. é. 
L'École des maris, comédie'. Ce volume parait tiré 

d'un autre; il commence page 91; in-12, v. é. . . . 
L'Écossaise*, ou le Café, comédie, représentée en 1760, 

in-12, v. é 

Le Fat puni', comédie avec un divertissement. Paris, 

Prault fils, in-8 , v. é 

La Folie et l'Amour*, comédie en vers, représentée en 

1754. Paris, Duchesne, in-12, v. é 

La Gageure de village \ comédie en prose, représentée 

en 1756. Paris, Duchesne, in-12, v. é 

L'Heureuse rencontre, comédie en 1 acte et en prose, 

par M. R'. Paris, veuve Duchesne, in-8, v. é. . . . 
L'Homme à bonnes fortunes', comédie. Paris, P. Ri- 

bou, in-12, v. é 

L'He déserte, comédie en 1 acte et en vers, par M. C...** 

Paris, N.-B. Duchesne, in-8, v. é 

La triste Journée, ou le Lendemain des noces, comédie 

en 1 acte et en prose , par l'auteur de Fanfan et 

Colas*'. Paris, Cailleau, in-8, broché 

Julie, ou le Bon père, comédie en prose, représentée 

en 1769, par M. D.-N*V Paris, Delalain, in-12, v.é. 



455 

Années Vol. 

1762 
1785 



1785 
1785 
1785 
1738 
1755 
1756 
1771 
1771 
1758 



1785 



1769 



1. Par Renout. 

2. L'abbé Pellegrin. 

3. Par Molière. 

4. Par Voltaire. 

5. Par de Pont de Vesle. 

6. Par Yon. 

7. Par de Seillaos. 

8. Par mesdemoiselles Rosset et Cbaumont 

9. Par Baron. 
\0. Collet. 

H. Madame de Beaunoir. 
12. Par Vivant Denon. 



45G DOCUMENTS. 

Années Voi. 

516* Les Méconlenls*, comédie en vers et en 1 acte, pré- 
cédée d'un prologue et suivie d'un diverlisseinent. 

Paris, Le Breton et Ghambert, in-12, V. é iTSo 1 

517* Le Mort vivant*, comédie in-12, v. é 1735 i 

518* Nouveau monde, comédie, par M...*, in-42, v. é. . . 4735 1 
519* La Déroute de Pharaon*, comédie, in-12, v. é. . . . » i 

520* ïiC Port de mer*, comédie en prose, représentée en 

4704, in-12,v. é « i 

521* Le Procès des sens*, comédie, représentée en 4732. 

Paris, P. Prault, in-42, v. é 4732 i 

522* Le Quartier d'hiver\ comédie en 4 acte et en vers. 

Paris, veuve Pissol, in-42, v. é 4745 1 

523 Le Somnambule", comédie; nouv. édit. Paris, veuve 

Duchesne, in-8, v. é 4768 1 

524* Turcaret', comédie représentée en 4709, in-42, v. é. * >» 1 
525* La Veuve", comédie en 4 acte et en prose, composée 

en Tannée 4756. Paris, Duchesne, in-8, v. é 4764 i 

526 Confidences d'une jolie femme". Paris, Liège, F.-J. 

Desoer, in-42, v. é . 4777 2 

527* Les Coudées franches", ouvrage satirique et curieux. 

Paris, P. Prault, in-42 , v. é 1723 1 

528* Les Divertissements de Sceaux". Trévoux et Paris, 

Etienne Ganeau, in-42, v. é 4742 • 1 

529* Mes dix-neuf ans", ouvrage de mon cœur. Kusko, 

Naïf, in-46, v. é 4772 1 



i. Par La Bruère. 

2. Par Boureault. 

3. L^abbé Pellegrin 

4. Par Dancourt. 

5. ParBoidin. 

6. Par Fuzelier. 

7. Par Bret, Dancourt et Villaret. 

8. Par de Pont de Vesle. 

9. Par Lesage. 

10. Par Collé. 

11. Par mademoiselle d'Albert. 

12. Par l'abbé'Bordelon. 

13. Par Malozieux et l'abbé Geucst. 
W, Par Fami»3n Du Rosoi. 



BIBLIOTHÈQUE DU PETIT-TBIANON. 457 

' Années Vol. 

530* Entretien d'un Européen avec un insulaire du royaume 

de Dumocala*, in-8, v. é i752 1 

531 Etrennes lyriques et anacréontiques pour l'an i781. 

Paris, in-12, v. é i781 1 

o3i Les Etrennes de la Saint-Jean *; 4* édit., rev. et augm. 

Troyes, veuve Oudot, in-12, v. é 1757 1 

533* Fabliaux*, ou Contes des xii® et xiii" siècles; Irad. ou 

extr. d'après divers manuscrits du temps, avec des 

notes historiques. Paris, E. Onfroy, in-8, v. è. . . 1779 4 
53i L'Iliade, trad. nouv. * Paris, Barbou, Moutard, etc., 

in-8, v. é., ^\% 1776 3 

535* L'Innocence du premier âge en France'. Paris, Ruault, 

in-8, v. é 1774 1 

536 Lettres cabalistiques*, ou Correspondance philosophi- 

que, historique et critique entre deux cabalistes, 
divers esprits élémentaires et le seigneur Astaroth ; 
nouv. édit. augm. La Haye, P. Paupie, in-16, v. é. 1 769 7 

537 Lettres chinoises ', ou Correspondance philosophique, 

historique et critique entre un Chinois voyageur et 
ses correspondants à la Chine, en Moscovie, en 
Perse et au Japon ; nouv. édit. augm. La Haye, 
P. Paupie, in-16, v. é 1755 6 

538 Lettres historiques et galantes par M. de C...*, ouvrage 

curieux; nouv. édit., rev. et cor. Londres, Nourse 

et Vaillant, in-16, v. é 1757 9 

539 Lettres juives*, ou Correspondance philosophique, 

historique et critique; nouv. édit. augm. La Haye, 

P. Paupie, in-12, v. é 1764 8 

540 Lettres du chevalier de Luzeincour, par une femme 

veuve**. Londres, in-8, v.é 1769 1 



1. Par Stanislas, roi de Pologne et duc de Lorraine. 

2. Par le comte de Caylus. 

3. Par Legrand d*Âussy. 

4. Par Lebrun. 

5. Par de Snuvigny. 

6. Par le marquis d*Ârgens. 

7. Par le marquis d'Argens. 

8. Madame Dunoyer. 

9. Par le marquis d'Argens. 
10. Par Gauthier de Mondorge. 



458 DOCUMENTS. 

Années Vol. 

oil Lettres du marquis de Rozelle, ï)ar madame E.-D. B. * ; 

nouv. édit. Londres et Paris, L. Cellot, in-46, v. é. 4770 4 
54i* Lettres de Stéphanie*, roman historique en 3 parties. 

Paris, in-8, v. é 4778 3 

543* Lettres du colonel Talbert, par madame'..., auteur 

d'Elisabeth. Amsterdam et Paris, Durand, in-12, v. é. 4707 4 
544 Les Malheurs de l'amour*. Amsterdam et Paris, 

Prault, in-42, v. é 4706 1 

545* Le Nouveau marié, premier intermède*, in-42, v. é. 47tk* 4 
540 Les Deux mentors, traduction libre de l'anglois de 

M. de M..., par M. D. la P...* Amsterdam , Paris, 

in-12, brochés 4785 2 

547* Les Nones galantes', ou l'Amour embéguiné. La Haye, 

J. Van Es, in-42, v. é . 4740 4 

548 Œuvres badines et morales de M..." Amsterdam et 

Paris, Esprit, in-8, v. é.,fig 4770 2 

549 Œuvres complètes de M. le G. deB...'; dern. édit. 

Londres, in-8, v. é 4767 4 

550 Œuvres diverses de M. L.-F... **; 3« édit. Paris, Chau- 

bert, in-42, v. é 4753 2 

554 Les Parodies du nouveau théâtre italien, ou Recueil 

des parodies, etc., avec les airs gravés ; nouv. édit., 

rev. et augm. Paris, Briasson, in-42, v. é 4738 4 

552* Elite de poésies fugitives". Londres, in-12, V. é. . . . 4769 5 
553* Le Pouvoir de la beauté", nouvelle toute nouvelle. 

in-12, v. é 4740 4 

554* Proverbes dramatiques". Paris, Le Jay, in-8°, 

V. é 4773-4784 8 

1. Madame Elle de Beaurnoot. 

2. Par Dorai. 

3. Madame Benoît. 

4. Par mesdames de Tencin et de Pont de Vesle. 

5. Comédie en vers par Montfleury. 

6. De La Place. 

7. Par le marquis d'Argens. 

8. Cazotte. 

9. Cardinal de Bemis. 

10. Le Franc de Pompignan. 

11. Publiées par Blin de Sainmore et Luneau de fioisjermain. 

12. Par L'Affichard. 

13. Par Carmontellp, 






« V — ♦ 



558 

559 * 

5G0* 
501 * 
5(52 



5tii 



565 * 
566* 



567 
568 



BIBLIOTHÈQUE DU PKTIT-TRIANON. 450 

Années Voi. 

Les Rendez- vous (\\x j^arc rie Versailles'. Bruxelles» 
1 vol., in-14, V. é 1762 

Richardel, poëme*. Liège, Plomleux, in-16, v. é. . . 1776 

Saufrein*, ou Mon dernier séjour à la campagne. 

Amsterdam, in-12, v. é 1765 

La Saxe galante*. Amsterdam, aux dépens de la Com- 
pagnie, 2 tomes en 1 vol. in-16, v. é 173i 

Les spectacles nocturnes ■, ouvrage épisodique. Lon- 
dres et Paris, Duchesne, in-12, v. é 1756 

Les tètes folles*. Londres et Paris, Tilliard, in-12, v. é. 1753 

Le théâtre anglois'. Londres, in-12, v. é 1746 8 

Théâtre des boulevards, ou Recueil des parades'. 
Mahon, Gilles et Langlois, in-12, v. é 1756 3 

Théâtre bourgeois, ou Recueil des meilleures pièces 
dedillérenls auteurs qui ont été représentées sur des 
théâtres bourgeois. Paris, Duchesne, in-12, v. é. . 1755 1 

Théâtre de campagne, ou Recueil de parades propres 
au délassement de l'esprit*. Nugopolis et Paris, 
veuve Duchesne, in-8", v. é 1767 1 

Théâtre de campagne, par l'auteur des proverbes dra- 
matiques*'. Paris, Ruault, in-8°, V. é 1775 4 

Théâtre francois, ou Recueil de toutes les pièces fran- 
coises restées au théâtre avec les vies des auteurs, 
des anecdotes sur celles des plus célèbres acteurs et 
actrices et queb^ues dissertations historiques sur le 
théâtre. Genève, P. Pellet et fils, in-8% v. é. . 1767-1769 14 

Théâtre pour servir à l'éducation. Paris, Lambert et 
Baudoin, in-12, v. é 1780 4 

Théâtre d'un inconnu*'. Paris, Duchesne, in-12, v. é. 1765 1 



1. Par Huerno de La Motte. 

2. Traduit de ritalien de Fortiguerra par le duc de Nivernais. 

3. Par Tiphaigne. 

4. Par le chevalier de Soliguac. 

5. Par Magiiy. 

6. Par de Bastide. 

7. Traduit par de La Place. 

8. Publié par Corbie. 

9. Par Grandval p<»re. 

10. Carmontelle. 

11. Goldnni, traduit par Sablier. 



460 DOCUMENTS. 

Anoéen Vol. 

5(511** Le nouveau théâire italien, ou Recueil général des co- 
médies, etc., nouv. édit. rev. et augm. Paris, Brias- 
son, in-12, v. é 1753 10 

570 Théâtre à l'usage des jeunes personnes*. Paris, Mich. 

Lambert, tome !•', in-S", broché 1783 i 

571** Théâtre de société*, nouv. édit., rev. cor. et augm. 

La Haye et Paris, P.-F. Gueffier, in-12, v. é. . . . 1777 3 

572* Adherbal, roy de Numidie*, tragédie. Paris, veuve 

P. Bouillerot, in-8°, v. é 1094 

573* Antiochus, tragi-comédie*, in-12, v. c 1694 

574 Cromwel *, tragédie en vers. Londres, Libraires assoc, 

in-12, v. é 1764 

575* Electre*, tragédie. Ce volume parait tiré d'un autre, il 

commence page 215, in-12, v. é 1764 

576* Gabinie\ tragédie chrétienne. Paris, P. Ribou, in-12, 

v. é 1699 

577* Germanicus, tragédie*. Paris, J. Guignard, in-12, v. é. 1694 

578* ïno et Mélicerte, tragédie', in-12, v. é 1694 

579 * Méléagre, tragédie **. Ce volume paraît tiré d'un autre; 

il commence page 200, in-12, v. é 1694 

580* Oreste, tragédie*'. Paris, P.-J. Le Mercier et M. Lam- 
bert, in-12, v. é 1750 

581* Scipion l'Africain, tragédie". Paris, Jacques Ribou, 

in-12, v. é 1737 

582* Stalira, tragédie", in-12, v. ê 1737 

583 Tamerlan**, ou la Mort de Bajazet, tragédie, in-12, v. é. 1737 



i. Par la comtesse de Genlis. 

2. Par Collé. 

3. Par La Grange-Chancel. 

4. Par Thomas Corneille. 

5. Par le P. Marion, jésuite. 

6. Par Crébilloii. 

7. Par Brueys. 

8. Par Boursault. 

9. Par La Grange-ChaDcel. 
iO. Par La Grange-Chancel. 

11. Par Voltaire. 

12. Par Pradon. 

13. Par Pradon. Oublié dans le catalogue de M. P. Lacroix. 
U. P.ir Pradon. Egalement oublié par M. P. Lacroix. 



BIBLIOTHÈQUE DU PETIT-TRI ANON. 46i 

Années Vol. 

584* Varon, tragédie par M. le vicomte de G....* représen- 
tée en 1751. Paris, Duchesne, i vol. in-12, v. é. 1752 1 

585* Xercès, tragédie*. Ce volume paraît tiré d'un autre ; 

il commence page 157, in-12, v. é 1752 1 

586* Zulica, tragédie', représentée en 1760. Paris, N.-B. 

Duchesne, in-12, v. é 1760 1 

.587* La veuve en puissance de mari, nouvelle tragique, 
avec deux divertissements par madame L.rG.-D.-R*. 
Paris, P. Prault, in-12, v. é 1732 1 

588 Le trésor du Parnasse, ou le plus joli des recueils*. 

Londres, in-12, v. é 1770 6 

589* Le triomphe de Tamour*, ou le Serpent caché sous les 

fleurs. Londres et Paris, Duchesne, in-12, v. é. . . 1755 2 

590* Le Vindicatif, drame en 5 actes et en vers libres. 

Paris, Delalain, in-8°, V. é 1774 1 

591 * Voyage de Paris à Saint-Cloud par mer et retour par 

terre* ; 4®édit. rev. et augm. Paris, Duchesne, in-12, 

V. é 1762 1 

592 Werther*, trad. de l'allemand. Maestricht, J.-Ed. Du- 

four et Philippe Roux, in-12, br 1784 2 

1. Grave. 

2. Par Crébinon. 

3. Par Dorât. 

4. Madame La Grange de Riche bourg. 

5. Publié par Couret de Villeneuve et Béreiiger. 

6. Par Michel de Saint-Sauveur-le-Vicouite. 

7. Par Dudoyer. 

8. Par Néel. 

9. De Goethe, par Dcyverduu. 



LISTE 



DKS 



ARCHITECTES, BOTANISTES, JARDINIERS, PEINTRES 

SCULPTEURS, ETC. 

gui ONT TRAVAILLÉ AU PETIT-TRIANON. 



AGRICL'LTURE 

Duhamel du Monceau, 14, 15. 
Tillel, 15, 16. 

ARCHITECTURE 

Ballar, 302. 

Butel, i07 n. 4. 

Fontaine, 302, 

(Jlabriel, 3, 12, 40-42, 01, 68, 82 
n. 2, 322. 

Henry, 224, 237, 407. 

Lafée, 106 n. 3. 

Loriot, 33-35. 

Mique, 68-71, 76, 80, 82-86, 88- 
91, 110,111, 120, 133, 175, 184, 
189, 196, 22f>, 236, 240, 246, 
267, 270, 274, 321, 362, 363. 

Péchon, 302. 

BOTANIQUE 

Duchesne, 14, 10-21, 88 n. 2. 
Jussieu (Bernard de), 17-21, 26, 
3^, 61, 62, 361. 



CÉRAMIQUE 

(ianierlander, céramiste à Saint- 
Clément, 274 n. 3. 

Ghambrelte, id. 

Finiels, id. 

Lebeuf, directeur de la manufac- 
ture de porcelaine de la reine, 
313, 407. 

Montauban, céramiste à Saint-Clé- 
ment, 274. 

CHARPENTE 

Migneron, « auteur de ramélîo- 
ration des bois, » 246. 



liOHLOGERIK 



Hobin, 268. 



JARDirrAGK 



Belleville, père et fils, jardiniers 

du Grand-Trianon, 12, 28, 68. 

Caraman (comte de), amateur, 66- 



LISTE DBS ARGEIITECTi£S, BOTANISTES, JARDINIERS, ETC. 463 



68, 70, 7!, 83, 84, 88, 91, 197, 

246. 
Egglelon, aide-jardinier anglais, 

248. 
Richard (Antoine), 23, 24, 63-65, 

67, 68, 82, 199, 239, 240, 248, 

249, 263, 273, 274, 313, 314, 

357, 361, 362, 407. 
Richard (Claude), 10-14, 18, 21, 

22, 26, 28, 62, 82, 91, 239, 313. 

MÉCANIQUE 

Boullet, machiniste et inspecteur 
des théâtres du roi, 112. 

Merklein, mécanicien, 78, 133 n. 4, 
406. 

Richer, mécanicien, 33, 34. 

MENUISERIE 

Clicot, 41 n. 1, 78 n. 2. 
Gue'snon, 7 n. 1, 4! n. j, 78 n. 2. 

MOBILIER 

Bonnefoy Du Plan, concierge - 
garde-meuble, 82, 111, 188-190, 
195,220. 

PEINTURE 

Amand, 31. 
Belle, 30 n. 4, 32. 
Carèine, 30 n. 3, 31. 
Chateieh 237, 302, 303. 



Dejuinne, 30 n. 6. 

Doyen, 30, 31, 104. 

Forget, 302. 

Halle, 31. 

Jolain, 31. 

Lagrenée,'30, 31, 112, 101, 199. 

Lépicié, 31. 

Le Riche, 198. 

Maréchal, 302. 

Mazières, 105, 241, 266. 

Monnet, 30 n. 4, 31. 

Pierre, 30, 31, 104, 281 n. 3. 

Sageret, 210, 211. 

Van Blarenberghe, 296, 297, 302. 

Vien, 30, 31, 37, 191. 

Wertmuller, 281, 282. 

SCULPTURE 

Bocciardi, 78, 407. 

Deschamps, 106, 108-112, 197 

n. 3, 224, 246, 407. 
Guibert, 29, 41 n. 2. 
Verberck, 7 n. 1. 

SERRURERIE 

Billaut, ingénieur (paratonnerre), 

339 n. 5. 
Gamain, 33, 406. 

STUC 

Chevaher, 198 n. 2. 



RÉPERTOIRE ALPHABÉTIQUE 



DU PALAIS ET DES JARDINS DU PETIT - TRIANON 



Avenue d'arbres de Judée, 90. 

Balançoire du hameau, 274. 

Bals, 273, 319, 333, 339, 360, 377. 

Bancs, 103. 

Belvédère, 90, 91, 133, 197-199, 201, 202, 210. 

Berger du hameau (cabane du), 263. 

Bergerie de Louis XV [voy. Ménagerie). 

Bibliothèque botanique de Louis XV, 29, 32. 

Bibliothèque de la reine, 133-140, 408-461. 

Billard du château, 29, 191, 267, 342 [voy. Maison du billard). 

Bocage [voy. Bosquets). 

Bois [voy, Onze-Arpents). 

Bosquets du jardin anglais, 67, 103; — bocage autour du belvédère, 
98, 103; — bosquet vert près du temple, 76, 90; — bosquet de l'es- 
cargot, au bord du lac, 197; — du limaçon, sur la rive droite de la 
rivière, près du pont de pierre, 90, 98, 103. 

Bosquet vert [voy. Bosquets). 

Botanique [voy. Jardin botanique). 

Boudoir du hameau [voy. Maison du boudoir). 

Champs labourés, 267, 289, 371. 

Chapelle, 36, 37, 184, 267. 

Château, 27-35, 37, 38, 40, 41, 103, 104, 133, 100-195, 224, 240, 867, 

268, 295, 321-323, 339, 345, 346, 358, 363. 
Chaumière dans le jardin anglais, 103. 
Colombier {voy. Maison du poulailler). 
Communs, 35, 84. 

Concert {voy. Fête), 130-132, 209, 221, 273. 
Concierge, 82, 184, 185. 
Consigne, 81. 
Cuisines, 184, 185. 



RÉPERTOIRE ALPHABÉTIQUE. 465 

DÉPENSE SOUS Louis XV, i, 2, 8, 13, 28, 33, 37; — sous Louis XVI, 69- 
71, 73, 87, 92, 99-101, 103, 106, 107, 112, 133 n. 4, 198, 199, 212, 
217, 220, 224, 329 n. 1, 349-3»l, 369-372, 405-407. 

Diamants (Cabinet, décoration de), 105, 129, 256, 257, 346. 

Divertissements [voy. Fêtes). 

Eaux, 201 n. l, 288, 338. 

Écuries, 185. 

Escargot [voy. Bosquets). 

Expériences agricoles, 14-16. 

Ferme du hameau, 274, 288-290, 297, 301, 339, 371. 

Fêtes {voy. Bals, Spectacles) : 
Sous Ijouis XV, 35, 36. 

1776, 23 juillet, 79, 80; — 26 septembre, 79, 80. 

1777, 13 mai, 92, 93; — 18 juin, 97; — 3 septembre, 98-101, 373. 

1778, juin, 104, 105; -— 14 au 27 juin, 105; — 29 juin, 105, 375; — 
15 juillet 105. 

1779, juin, 128. 

1780, 8 au 17 mai, 130, 131; -— 1" juin, 131, 132, 374. 

1781, 16 juillet, 209, 375; — 18 juillet, 209, 375; — 26 juillet, 209, 
210, 375; — 1" août, 210-212, 375. 

1782, 6 juin, 218-220, 375, 383-400 notes. 

1783, 9 août, 245. 

1784, 21 juin, 255-259, 376, 383-404 ; — 31 juillet, 265, 376. 
1786, 8 juin (projetée), 303. • 

1811, 25 août, 363. 

Garde-meuble, 82, 184, 188, 189. 

Grange du hameau, 245, 288, 290 n. 6, 300, 319, 339. 

Grotte, 133, 196, 197, 201, 210, 346, 347. 

Habit de Trianon pour les dames, 251, 256, 259, 295, 323; — pour 

les hommes, 259, 260, 297 [voy. Livrée). 
Hameau, 225, 236, 237, 245, 246, 248, 249, 267, 286-288, 273, 274, 289- 

301, 319, 320, 324, 339, 341, 342, 359, 360, 371, 372. 

Horloge du château, 267, 268. 
Iles, 76, 90, 106, 107. 

Jardin anglais, 61, 67, '^s, 76, 88-90, 97, 98, 102, 103, 120, 133, 165, 
196, 197, 199, 200-202, 225, 281, 371, 372. 

— botanique, 17-27, 61, 62, 314. 

— du hameau i^oy. Hameau). 

Jardinets des maisons du hameau, 274, 287, 294, 371, 372. 
Jardin fleuriste (pépinière à fleurs), 9, 10, 13, 120, 239, 240, 289 n. 1, 
370, 371. 

30 



466 LE PETIT-TRI ANON. 

Jardin français, 3, 27, 28, 38, 323, 369, 370. 

Jardins du Petil-Trianon, 313-315, 345, 357-361, 363, 369-372. 

Jeu de bague, 76-78, 190, 224, 323. 

Jeu de boules, 339. 

Lacs du hameau, 245, 249, 267, 288, 295, 296, 324, 371; — du jardin 
anglais, 67, 90, 98, 102, 202, 371. 

Laiteries : de Louis XV (voy. Ménagerie); — du hameau : 1° de prépa- 
ration ou de travail, 290, 300; — 2° de propreté, 245, 297, 300, 323. 

Limaçon [voy. Bosquets). 

Livrée de Trianon, 81, 300. 

Maison de la reine (Grande maison), 288, 297, 298. 

— du bailli, 294. 

— du billard, 294, 298, 360 n. 2. 

— du boudoir, 245, 296, 299, 360 n. 2. 

— du garde, 245, 290, 291. 

— du jardinier du hameau, 245, 288, 291, 297. 

— du jardinier en chef, 12, 18. 

— du poulailler, 245, 288, 290, 291, 294. 

— du seigneur, 294. 

Maisons de bois, 195, 254, 285, 286, 321. 
— - du hameau, 273, 274, 287, 372. 

ménagerie, 1, 3, 8, 81. 

Modèles, 76, 91, 237, 246, 300. 

Montagnes du belvédère, 89, 98, 102, 133, 197, 201, 371. 

Moulin, 245, 288, 289, 294, 296, 299. 

Onze-arpents (Bois des), 3, 245, 274, 289, 324, 325, 371. 

Orangerie de Louis XV, 9, 13, 28 n. 2, 35, 79, 120; — de Marie-Antoi- 
nette, 240, 371 [voy. Serre hollandaise). 

Parterre de Madame royale, 263. 

Paume, 3i0. 

Pavillon octogone du jardin français (de jeu et de conver